Terrorisme : la France est « l’ennemi absolu » de Daesh, du fait de la multiplication de ses interventions militaires

L’ancien juge du pôle antiterroriste de Paris, Marc Trévidic, livre dans Paris Match une analyse glaçante de la sécurité de la France. Selon lui, jamais le pays n’a été autant menacé par les terroristes et les Français vont devoir « s’habituer à la réalité des attentats ». « La menace est à un niveau maximal, jamais atteint jusqu’alors ». Le constat de Marc Trévidic est clair. La France n’a jamais été à ce point une cible pour les terroristes. Les attentats du mois de janvier n’étaient que les prémisses d’un avenir sombre, selon l’ancien juge du pôle antiterroriste de Paris, qui dresse un bilan de la lutte contre Daesh dans les colonnes de Paris Match.

Pour l’actuel président du tribunal de grande instance de Lille, Paris est devenu « l’ennemi numéro 1 » pour l’Etat islamique, « indubitablement l’ennemi absolu », renchérit-il. Et ce pour plusieurs raisons. La France est fragile du fait de sa position géographique, où il est à la fois facile « d’entrer sur le territoire », mais aussi pour la multiplication de ses interventions militaires, que ce soit au Mali, en Irak et désormais en Syrie.

« Prix Goncourt du terrorisme »

Cible privilégiée de l’Etat islamique, notre pays ferait face à une double menace, à la fois d’individus isolés, sans grande formation à la manière d’un Merah ou des frères Kouachi, mais aussi d’une armée formée et armée par l’Etat islamique, qui peut projeter des attaques d’ampleur. Pis, « il reste ‘le prix Goncourt’ du terrorisme » à remettre, selon Marc Trévidic, qui prévoit un attentat de la même ampleur que le World Trade Center le 11 septembre 2001, mais sur le sol français.

Face à cette menace d’ampleur, la lutte antiterroriste manque de moyens, martèle le magistrat: « Notre dispositif de lutte antiterroriste est devenu perméable ». Le système français serait devenu incapable de prévoir ce type d’événement. « On frise l’indigence à l’heure où la menace n’a jamais été aussi forte », déplore Marc Trévidic, qui décrit des enquêteurs qui peuvent juste faire « le strict minimum » dans les enquêtes, sans en assurer le suivi.

« Un commando de dix Merah »

Sa seule satisfaction est d’avoir démantelé l’an dernier « un réseau de jihadistes très dangereux qui voulait créer un commando de dix ‘Merah‘ », raconte-t-il à l’hebdomadaire. Revenant sur les attentats de janvier, selon son analyse, ces événements auraient pu être encore plus importants si l’un des frères Kouachi n’avait pas perdu ses papiers d’identité, permettant aux enquêteurs de remonter leurs traces.

Dans ce climat actuel, l’ancien responsable du pôle antiterroriste de Paris est pessimiste. Sans moyens supplémentaires et ce, malgré le déploiement de l’opération Sentinelle sur le sol français, les terroristes attaqueront la France. « Ces dispositifs protègent certains endroits, rassurent la population », analyse-t-il. « Mais en fait, ils déplacent la menace. Si cela paraît trop compliqué de s’en prendre à un objectif sous surveillance, [les terroristes] en trouveront un autre ». Marc Trévidic conclut: « Les Français vont devoir s’habituer non à la menace des attentats, mais à la réalité des attentats, qui vont à mes yeux immanquablement survenir ».


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