Tunisie: 2019, année électorale chargée d’incertitudes

Grève générale inédite, création d’un parti censé servir les ambitions prêtées au Premier ministre… La Tunisie, pionnière et unique rescapée du mal nommé Printemps arabe, est entrée de plain-pied dans une année électorale à hauts risques pour sa jeune démocratie. 

Tour d’horizon à quelques mois de ces scrutins législatifs et présidentiel, huit ans après le renversement du président Ben Ali. 

– LES DATES SONT-ELLES CONNUES ? 

L’Instance supérieure indépendante chargée d’organiser les élections (Isie) doit les fixer prochainement. 

La Constitution, dont l’adoption en 2014 fut saluée comme une grande réussite de la transition démocratique, prévoit que les législatives aient lieu dans les 60 jours avant la fin du mandat de l’Assemblée, soit entre début octobre et début décembre. La présidentielle est prévue entre fin octobre et fin décembre. 

Les législatives sont prévues avant la présidentielle, à moins qu’un parti ne parvienne à convaincre la majorité des députés de bousculer ce calendrier ou que le Président ne démissionne. 

La Cour constitutionnelle, saisie en cas de litiges, n’est pas encore constituée, et l’Isie est fragilisée, le Parlement n’ayant notamment toujours pas désigné de nouveau Président. Mais la majorité des élus et les bailleurs de fonds sont opposés à tout report. 

– LE PRESIDENT SERA-T-IL CANDIDAT ? 

Premier Président élu démocratiquement au suffrage universel en 2014, Béji Caïd Essebsi, 92 ans, est le doyen des chefs d’Etat avec la reine d’Angleterre. 

M. Essebsi est envisagé comme candidat par Nidaa Tounes, parti qu’il a co-fondé en 2012 et qui est déchiré par des luttes de pouvoir. 

Il a indiqué récemment dans un entretien à un journal arabophone qu’il ne visait pas « la présidence à vie » et qu’il ne briguerait un second mandat que « dans l’intérêt de la Tunisie » et à condition que Nidaa se ressoude. 

Il a par ailleurs attaqué son Premier ministre Youssef Chahed, accusé de s’accrocher au pouvoir via un pacte « secret » avec les islamistes d’Ennahdha. 

Le fils du Président, Hafedh Caïd Essebsi, dont la mainmise sur Nidaa Tounes a précipité les tensions, est lui très largement rejeté, jusque dans son camp. 

– QUELS CANDIDATS POSSIBLES ? 

Si aucun ne s’est prononcé, le Premier ministre, ex-dauphin du Président, rassemble ses troupes. 

Fin janvier a été annoncée la création prochaine d’un mouvement dont les référents politiques sont très proches de ceux de Nidaa Tounes (« modernisme », libéralisme…). Si M. Chahed était absent, c’est autour de sa personne et des 44 députés l’ayant rallié cet automne que le mouvement « Tahia Tounes » (« Vive la Tunisie ») se constitue. 

Tahia Tounes, tout comme Nidaa, doit organiser son congrès en mars. 

Ennahdha, formation qui s’en est la mieux tirée lors des municipales de 2018, apparaît pour sa part comme la plus structurée pour les législatives. Elle s’est en outre efforcée d’acter sa mutation en parti à simple « référent » islamiste, ou « islamo-conservateur ». 

Mais Ennahdha n’a pas encore décidé s’il allait présenter un candidat à la présidentielle ou trouver un allié, tel l’ex-président Moncef Marzouki en 2014. Après ce scrutin perdant, Ennahdha avait scellé une alliance surprise avec M. Essebsi, rompue fin 2018. 

Le chef de file historique d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, a déclaré qu’il ne souhaitait pas être candidat. Mais la décision relève des instances du parti. 

D’autres personnalités sont évoquées pour ce scrutin, dont l’ex-président Marzouki (2011-14), le chef de file de la gauche Hamma Hammami ou la mécène Olfa Rambourg, dont la Fondation soutient divers projets socio-culturels. 

– QUELS THEMES DE CAMPAGNE ? 

Les 11 millions de Tunisiens attendent avant tout des réponses à la profonde crise sociale et économique qui a suivi le départ du président Ben Ali, alors que la menace jihadiste a reflué. 

La reprise de la croissance n’a pas permis de juguler le chômage, et l’inflation a rogné le pouvoir d’achat. 

Une grève générale inédite a été observée le mois dernier, et un nouvel appel a été lancé par le puissant syndicat UGTT. 

Mais la tentation reste forte de placer le débat sur des questions polarisantes comme les droits des femmes ou la religion. 

« Si Tahia Tounes s’installe et récupère l’électorat de Nidaa, elle pourra décliner » un programme de « réformes économiques », estime Khayam Turki, du centre de réflexion Joussour. 

« Mais si elle peine à s’affirmer », la campagne pourrait tourner « autour de l’identitaire pour gêner Ennahdha ». 

– QUEL TYPE DE SCRUTIN ? 

Les conditions pour postuler à la présidentielle sont aussi souples que lors du scrutin historique de 2014, et il pourrait y avoir foule de postulants, ouvrant la voie à des candidatures visant à négocier un ministère ou l’abandon de dossiers judiciaires, estime un observateur. 

Pour les législatives, un projet de loi visant à relever le seuil électoral à 5 % est à l’étude, ce qui accentuerait la domination des gros partis. 

« Le risque est d’appauvrir le débat parlementaire, ce qui n’est pas indiqué dans une démocratie de transition nécessitant des contre-pouvoirs forts », estime Selim Kharrat, de l’observatoire de la vie politique Al-Bawsala.

Avec AFP

Ben Ali crédité d’au moins 17% des intentions de vote pour la présidentielle 2019 !

Si une élection présidentielle avait lieu aujourd’hui et permettant à l’ancien président tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, de se présenter, celui-ci récolterait 17% des suffrages. Certains disent plus, bien plus,voire le double…

C’est en tout cas ce que révèle un “sondage tenu secret et qui vient d’être réalisé par un institut américain à Tunis sur les candidats favoris des Tunisiens pour la prochaine présidentielle de 2019“, rapporte le site mondafrique.com. A noter toutefois qu’aucune personnalité n’était proposée aux sondés.

Ben Ali, la nostalgie de la sécurité

Et le site web d’expliquer : «Sans doute le désir d’ordre et d’autorité qui est très fort aujourd’hui dans l’opinion tunisienne se manifeste dans cette nostalgie d’un passé largement fantasmé. Sur les réseaux sociaux, ces dernières semaines, apparaissent des sites Facebook appelant au retour en Tunisie de l’ancien président d’Arabie Saoudite, où il est exilé».

Cependant, Ben Ali est devancé par le chef du gouvernement, Youssef Chahed, qui est crédité de «19% des intentions de vote des sondés». «Un effet Macron? Sans doute son jeune âge lui donne une image de renouveau sur la scène politique tunisienne. Le fait qu’il soit soutenu par les islamistes du mouvement Ennahdha, arrivés en tête des partis aux dernières municipales (loin derrière les listes indépendantes), peut expliquer cette popularité».

Tunisie: 11 accords signés en marge de la visite du Premier ministre français Edouard Philippe

 

Le Premier Ministre français, Édouard Philippe, a mené sa visite officielle en Tunisie,  tambour battant. C’est à la tête d’une importante délégation d’hommes d’affaires et de députés qu’il a effectué son premier déplacement hors de l’Union européenne, placé sous le sceau de la coopération et de l’économie. Il a beaucoup échangé avec le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, et s’est entretenu avec le président Béji Caïd Essebsi.

« Soyez, soyons tous, utiles. Préférons les projets aux concepts, les réalisations concrètes aux idées générales. (…) Créons des emplois, créons de la richesse locale. Nous créerons un avenir, nous créerons de l’espoir », a lancé Édouard Philippe au moment de donner le coup d’envoi du volet tunisien des « Rencontres Africa » qui se déroulaient au même moment à Abidjan et Nairobi.  Un événement pour remettre au premier plan la France sur les marchés africains où la concurrence chinoise et turque la mettent à l’épreuve.

La visite du locataire de Matignon, reçu par le président tunisien Béji Caïd Essebsi, reste marquée par la première réunion du Haut Conseil de coopération tuniso-français, objet d’un accord entre la France et la Tunisie signé en avril 2015 à l’occasion du dernier voyage officiel de Béji Caïd Essebsi à Paris. Un Haut Conseil qui place haut la barre et qui permet à la France de consolider ses partenariats avec la Tunisie. Pas moins de 11 accords ont été signés à faveur de ce premier round d’échanges officiels. Le soutien de la France est axé sur l’éducation et l’appui aux institutions universitaires, au financement de projets agricoles, à la microfinance, au transfert technologique dans le domaine des TIC et des nouvelles technologies de l’énergie et à la création d’un réseau de hubs sur le continent africain.

Une enveloppe de 92,3 millions

Les déclarations d’Édouard Philippe sur la volonté de la France de soutenir la démocratie, les grandes réformes et le développement économique et social de la Tunisie se sont traduites par un soutien budgétaire aux réformes liées à la gouvernance de l’État et des entreprises publiques. Les accords signés portent sur une enveloppe globale de 92,3 millions d’euros monitorés notamment par l’Agence française de développement (AFD). Côté français, certains affirment que ces accords ne sont qu’une étape pour consolider un rapport gagnant-gagnant entre l’Hexagone et la Tunisie.

La délégation française suggère aussi que la visite d’Édouard Philippe a été l’occasion de revenir sur la conversion d’une partie de la dette tunisienne en investissements. Une annonce que pourrait faire le président Macron, qui se déplacera à Tunis en janvier 2018. Une décision similaire, portant sur 60 millions d’euros, avait été prise précédemment par François Hollande en 2014. Une manière de « préférer l’utile à l’éclat », comme l’a souligné Édouard Philippe, citant l’historien antique Tite-Live.

Tunisie : la guerre contre la corruption continue

La guerre contre la corruption lancée en Tunisie par le chef du gouvernement Youssef Chahed a connu une nouvelle étape avec l’annonce ce mercredi de la décision de la justice tunisienne de geler les avoirs du richissime homme d’affaires Slim Riahi, président de l’équipe de football tunisienne Club Africain, rapportent les médias tunisiens.

Président du parti politique l’Union Patriotique Libre et candidat à l’élection présidentielle en 2014, Slim Riahi est aujourd’hui soupçonné de corruption et blanchiment d’argent et s’est vu geler toutes ses actions en bourse, ses comptes bancaires et ses biens immobiliers. Il est le dernier entrant dans une liste d’hommes d’affaires sulfureux ayant déjà été ciblés par les autorités tunisiennes, aux côtés d’hommes tels que Chafik Jarraya et Nejib Ben Ismaïl ou encore Yassine Chennoufi.

Selon le média tunisien Business News, Slim Riahi avait comparu en avril 2017 devant le juge d’instruction du pôle judiciaire financier dans le cadre de l’affaire de blanchiment d’argent en provenance de la Libye. Il ne serait pas parvenu à prouver la provenance de son argent ou qu’il avait des affaires en cours.

Slim Riahi a contre-attaqué en affirmant être victime d’un « chantage politique », et en jugeant que la lutte anti-corruption du gouvernement était « une opération sélective ». Son parti était arrivé en troisième position aux élections législatives tunisiennes de 2014. L’homme d’affaires a en outre annoncé le dépôt d’une plainte à Londres, son lieu de résidence habituelle, contre le chef du gouvernement tunisien en « tant que représentant de l’État tunisien ». Selon le site tunisien Webdo, Slim Riahi a été classé en 2014 en tête des hommes d’affaires les plus riches en Tunisie par le rapport annuel de la Société singapourienne Wealth-X.

 Source TSA – par Yacine Babouche