Parution du récit «historique» d’un détenu mauritanien de Guantanamo

Cette semaine paraît en France un livre exceptionnel intitulé Carnets de Guantanamo. Il s’agit du journal intime d’un Mauritanien soupçonné d’appartenir à al-Qaïda et détenu depuis août 2002 dans la terrible prison militaire américaine. C’est la première fois qu’un prisonnier toujours détenu à Guantanamo raconte sa captivité, et notamment les nombreuses tortures et humiliations qu’il a subies.

Il s’appelle Mohamedou Ould Slahi. Il est Mauritanien, âgé de 44 ans, et le récit qu’il publie cette semaine dans vingt pays était très attendu. Mohamedou Ould Slahi est détenu à Guantanamo depuis août 2002. Dans son journal intime, paru ce jeudi en France, il raconte les tortures qu’il a subies dans le centre de détention militaire américain situé à Cuba.

Au cours de la longue procédure ayant conduit à déclassifier ce document, Mohamedou Ould Slahi a vu ses écrits être retouchés et amendés plus de 2 500 fois! Samedi dernier, The Guardian a publié de larges extraits de son texte (en anglais).

Bénédicte Lombardo, responsable du domaine étranger chez Michel Lafon, maison d’édition de Carnets de Guantanamo en France, explique en quoi ce livre constitue selon elle un « document unique à portée historique » :

« C’est la première fois qu’un détenu à Guantanamo, qui est encore emprisonné, réussit à faire publier son manuscrit. Grâce à ses avocats américains, et grâce à un éditeur américain, ils ont réussi à publier ses carnets.

Ils sont rédigés en anglais ; c’est une langue qu’il a apprise pendant sa détention. Il y a des pages entières et certains passages – ou certains mots, certains noms de personnes -, qui ont été barrés en noir. Ça apparaît dans le livre ainsi.

On n’avait pas le droit de citer notamment tous les noms des gardiens, des personnes qui l’ont interrogé, de ses codétenus, etc. Tout cela est censuré.

Mohamedou Ould Slahi a montré qu’il était un vrai écrivain. Il a une façon de raconter tout son parcours et son emprisonnement de façon très personnelle, très touchante.

C’est un récit à la fois terrifiant bien sûr, mais aussi drôle, très élégant, et qui donne vraiment une vision de ce qui se passe réellement à Guantanamo. C’est un document exceptionnel. »

avec RFI

La CIA accusée de torture contre des islamistes libyens

Human Rights Watch accuse l’administration de l’ancien président américain George W. Bush d’avoir torturé des islamistes libyens dans la foulée des attentats du 11-Septembre 2001. Le rapport repose sur une quinzaine de témoignages d’anciens détenus libyens, la plupart de la base américaine de Guantanamo, mais aussi sur des documents officiels découverts après la chute de Tripoli, dans le bureau de Moussa Koussa, l’ex-chef des services secrets de Mouammar Kadhafi. La CIA aurait fait subir des sévices atroces relevant de la torture à ces détenus. Des accusations que l’agence de renseignements n’a ni confirmées ni infirmées.

L’ONU accuse les rebelles libyens de crimes de guerre, de racisme, et l’Otan de passivité

Si les forces loyales au colonel Kadhafi se sont rendues coupables de massacres et de tortures à l’encontre des insurgés, les rebelles n’en ont pas moins, eux aussi, commis des crimes de guerre en Libye. La commission d’enquête de l’ONU sur la Libye, mise en place par le Conseil des droits de l’homme, accuse les « Thuwar » (combattants révolutionnaires) d’exécutions sommaires, de tortures, de disparitions forcées, d’attaques indiscriminées et de pillages au cours de leur avancée vers Tripoli.

Le rapport de 220 pages, rédigé par trois juristes internationaux cite notamment l’offensive contre la ville de Syrte, un bastion pro-Kadhafi, bombardée à l’arme lourde de manière « indiscriminée » malgré la présence de populations civiles. A plusieurs reprises, des combattants pro- Kadhafi ont été exécutés, en dépit des lois de la guerre.

Le rapport note que les représailles se poursuivent encore aujourd’hui à l’encontre des partisans supposés de l’ancien régime et des minorités noires de Libye comme les Tawergha.

Si les pays de la coalition ont crié fort à l’encontre des crimes du colonel Kadhafi leurs critiques sont beaucoup plus discrètes quand il s’agit de leurs aliiés rebelles et du nouveau gouvernement libyen. « La tendance est de se féliciter de la chute de Kadhafi et de ne rien dire des crimes commis par ses opposants, note Fred Abrahams de Human Right Watch. Les condamnations de la part de la France, de la Grande-Bretagne ou du Qatar sont trop faibles. Ces pays qui ont soutenu l’opération en Libye doivent faire pression », ajoute t-il.

La Commission déplore également le manque de coopération des nouvelles autorités libyennes qui ont refusé de remettre les rapports d’autopsie concernant la mort de Mouammar Kadhafi et de son fils Moatassim. « Bien que blessés, les deux hommes étaient vivants lors de leur capture et sont donc morts alors qu’ils étaient détenus par les thuwars » peut-on lire dans ce rapport qui conclut, faute de preuves, à « l’incapacité de confirmer que la mort de Mouammar Kadhafi est un assassinat illégal » et réclame un complément d’enquête.

Le rapport vise également l’Otan, accusé de n’avoir pas suffisamment enquêté sur cinq raids qui ont tué 60 civils libyens et en ont blessé 55 autres. A deux reprises, la commission de l’ONU n’a pu identifier « aucune cible militaire » sur les lieux des bombardements. C’est la première fois que les raids de l’Otan en Libye sont critiqués dans un rapport des Nations unies. La Commission estime toutefois qu’au regard des quelque 18 000 sorties aériennes effectuées par les avions de la coalition, l’Otan  « a mené une campagne très précise avec une détermination notable pour éviter les pertes civiles ».

Pour Human Right Watch, la réponse de l’Otan sur ces « bavures » reste insatisfaisante. « Nous ne disons pas que l’Otan a délibérément visé des cibles civiles, mais ils font preuve d’un manque de transparence terrible, explique Fred Abrahams. L’Otan doit faire une enquête sérieuse et expliquer pourquoi ces cibles ont été choisies ».

Libye: l’ancien ambassadeur libyen à Paris torturé à mort

En Libye, le corps sans vie d’un diplomate de l’ancien régime a été rendu à son fils, 24 heures après sa convocation par une milice.

Omar Brebesh était l’ambassadeur de la Libye à Paris entre 2004 et 2008. Membre du régime Kadhafi, il avait travaillé pour le gouvernement de transition, allié de l’Otan, après le renversement par la force du Guide. Convoqué le 19 janvier par un groupe armé, il a été torturé, selon l’ONG Human Rights Watch.


Tunisie: report du procès du président Ben Ali

Le procès en appel pour torture intenté contre le président tunisien renversé Ben Ali, un ex-ministre et des hauts cadres de la sécurité de son régime, a été reporté au 28 février devant le tribunal militaire de Tunis, dont la compétence a été vivement contestée, a constaté l’AFP.

Mercredi, les avocats de la partie civile comme ceux de la défense ont estimé que la cour n’était pas compétente pour statuer et devait se dessaisir. « Ce tribunal doit se désister au profit d’une chambre criminelle, la torture n’est pas un délit mais un crime! », a lancé Me Abderraouf Ayadi pour la partie civile. La cour a en conséquence reporté ses audiences au 28 février à la demande des deux parties.

La cour d’appel militaire devait réexaminer le jugement prononcé le 29 novembre par le tribunal militaire de première instance qui avait condamné Ben Ali par contumace à cinq ans de prison. Ce dernier est réfugié en Arabie saoudite depuis sa chute le 14 janvier 2011. Abdallah Kallel et Mohamed Ali Ganzoui, respectivement ex-ministre de l’Intérieur et patron de la sûreté de l’Etat, tous deux sur le banc des accusés, avaient été condamnés à quatre ans de réclusion.

Dans ce premier procès du genre en Tunisie depuis la chute de Zine el Abidine Ben Ali, la justice militaire a été chargée de statuer sur l’arrestation et les tortures infligées à un groupe d’officiers de l’armée accusés de coup d’Etat, et qui se sont constitués partie civile. Les faits de l’affaire dite « Baraket Essahel » – du nom d’une localité à 45 km au sud de Tunis – remontent à 1991 lorsque des officiers supérieurs de l’armée se seraient réunis pour préparer un coup d’Etat militaire contre Ben Ali, général devenu président quatre ans auparavant. Ces officiers avaient été remis par leurs supérieurs au ministère de l’Intérieur et auraient été l’objet de graves sévices dans les locaux des services de la sûreté de l’Etat.

Les avocats des présumés tortionnaires, qui comptent plaider ultérieurement la prescription des faits, ont de leur côté affirmé que le procès avait un « caractère politique ». Ce procès est « inévitablement politique et l’issue ne peut être que politique », a déclaré à l’AFP Me Kefi, avocat de Ganzoui.


Libye: Médecins Sans Frontières dénonce la torture à Misrata

Le sort des prisonniers de guerre libyens, à commencer par celui de Seif al-Islam, toujours réclamé par la justice internationale,inquiète de plus en plus diplomates et organisations humanitaires qui pressent les autorités de ce pays à bâtir au plus vite un système judiciaire digne de ce nom.

Misrata, ville assiégée et bombardée pendant des mois par les troupes de Kadhafi, symbolisait hier la résistance héroïque au Guide. Certains de ses combattants, après avoir froidement abattu le dictateur, pourraient maintenant illustrer la vengeance aveugle et les règlements de comptes qui ont cours en Libye.

Depuis qu’elle s’est engagée à soigner les blessés de guerre prisonniers à Misrata, en août 2011, l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) affirme avoir traité 115 personnes présentant des blessures liées à la torture. «Certains responsables ont cherché à instrumentaliser et à entraver le travail de MSF», accuse Christopher Stokes, le directeur général de l’ONG médicale. «Des patients nous ont été amenés au milieu d’un interrogatoire pour recevoir des soins médicaux afin de les remettre en forme pour la poursuite de cet interrogatoire. C’est inacceptable. Notre rôle est de fournir des soins médicaux aux blessés de guerre et aux malades en détention, et non de soigner encore et encore les mêmes patients entre deux séances de torture.»

Le cas «le plus inquiétant», rapporte MSF, est survenu le 3 janvier, lorsque les médecins MSF ont traité un groupe de 14 détenus revenant d’un centre d’interrogatoire secret, méthode américaine, situé en dehors des centres de détention. Selon MSF, neuf des 14 détenus souffraient de nombreuses blessures et présentaient des signes évidents de torture.

Ne parvenant à obtenir l’implication des autorités militaires et civiles de Misrata pour que cessent ces pratiques, l’ONG a donc décidé de suspendre ses activités dans les centres de détention de la ville. Elle entend pour autant poursuivre son travail dans d’autres structures de santé de Misrata.

«Des prisonniers détenus en dehors de tout cadre légal»

L’ONG Human Rights Watch, après une mission sur place en décembre, avait déjà accusé certaines milices de Misrata, et engagé les autorités libyennes à mettre en œuvre «de toute urgence» la réforme du système judiciaire. HRW faisait notamment part de son «inquiétude face aux groupes armés qui détiennent des prisonniers en dehors de tout cadre légal».

L’organisation avait à nouveau demandé une enquête sur les 53 personnes exécutées à Syrte, en octobre 2011, lors de la bataille menée par les rebelles pour prendre la ville aux mains des dernières forces kadhafistes. Daniel Williams, l’un chercheur de HRW, avait affirmé à l’époque que 100 groupes de miliciens de Misrata opéraient hors de tout commandement militaire ou civil.

Depuis la chute de Tripoli au mois d’août, écrivait-il, «des miliciens s’adonnent à la torture, poursuivent des ennemis présumés, les arrêtent et les tuent en détention». Le chercheur, qui ne voulait s’étonner que Mouammar Kadhafi ait été assassiné par des rebelles de Misrata, rappelait «l’exécution de 53 Kadhafistes dans un hôtel de Syrte apparemment sous le contrôle de milices de Misrata». Ces corps, souvent des Noirs, avaient été retrouvés les mains liés dans le dos. «C’est un règlement de compte entre Kadhafistes», avait expliqué les rebelles à l’époque. Les brigades de Misrata avaient nié être responsables de cette tuerie aux abords d’un hôtel où étaient passés d’autres groupes de combattants, venus d’autres villes. Daniel Williams avait pointé les «pillages et les maisons brûlées» par des rebelles du Djebel Nefousa.

La lumière n’a toujours pas été faite sur ce massacre à Syrte. Aucune enquête officielle n’a, semble-t-il, été enclenchée.

La justice tourne au ralenti en Libye. Dernière preuve la plus flagrante: les autorités de ce pays ont récemment demandé un délai supplémentaire pour remettre à la Cour pénale internationale leurs observations sur une éventuelle remise à la cour de Seif al-Islam. Depuis son arrestation, le 19 novembre 2011, le fils de Mouammar Kadhafi, est retenu dans un endroit tenu secret, semble-t-il dans la ville de Zenten, dans le Djebel Nefousa.


Tunisie: Ben Ali condamné pour torture

L’ancien président tunisien Zine El Abidine Ben Ali et plusieurs hauts responsables sécuritaires de l’ancien régime ont été condamnés à des peines allant de cinq à trois ans de prison pour avoir torturé des officiers de l’armée, a rapporté aujourd’hui l’agence officielle TAP.

Accusés de tentative de coup d’Etat, ces militaires avaient été emprisonnés et torturés en 1991 dans l’affaire dite de Barakat Essahel. Après la chute du régime et la fuite de Ben Ali en Arabie Saoudite le 14 janvier dernier, ils ont porté plainte pour réclamer justice et réhabilitation.

La chambre correctionnelle du tribunal militaire permanent de première instance de Tunis (justice militaire…) a condamné la nuit dernière le président déchu à cinq ans de prison par contumace tout comme quatre hauts cadres de l’appareil de sécurité, eux aussi en fuite.

En revanche, Abdallah Kallel, ministre de l’Intérieur en exercice à l’époque et son secrétaire d’Etat à la Sécurité Mohamed Ali Ganzoui, ainsi qu’Abderahmane Guesmi, cadre supérieur du département, jugés en état d’arrestation ont été condamnés à quatre d’emprisonnement. Un autre haut cadre, Mohamed Naceur Alibi, écope lui de trois ans de prison.

Le tribunal a également accordé un dédommagement de 50.000 dinars (environ 50.000 euros) à trois des 17 plaignants au titre du préjudice moral, mais rejeté le recours pour l’indemnisation des dommages matériels. Ce jugement sera interjeté en appel par la défense, selon la TAP.

Le président renversé a déjà été condamné par défaut à plus de 60 ans de prison dans d’autres affaires d’abus de pouvoir, de corruption financière et immobilière, de détention illégale d’objets archéologiques, d’armes et de drogue.

Il est par ailleurs impliqué dans un grand nombre de dossiers judiciaires relevant de la justice militaire ayant trait notamment à des homicides volontaires lors du soulèvement populaire de décembre qui a fait plus de 300 morts, selon plusieurs ONG.

De Guantanamo à l’Irak, Dick Cheney ne regrette rien 

De Guantanamo à l’Irak, de la torture à la guerre, Dick Cheney n’a aucun regret. En 2007, il aurait même volontiers bombardé la Syrie. En revanche, le «faucon» de l’Administration Bush a quelques comptes à régler avec ses ex-collègues.

L’ex-vice-président le plus influent de l’histoire récente des États-Unis a publié ses Mémoires intitulés In My Time, mardi, aux États-Unis. À l’heure où Barack Obama met en pratique sa doctrine multilatéraliste en Libye et en Syrie, Dick Cheney, lui, continue de défendre vigoureusement la politique étrangère américaine des années Bush, de 2001 à 2008. Dans son autobiographie de 565 pages coécrite avec sa fille Liz, le prédécesseur de Joe Biden écrit: «Pourquoi s’excuser alors que les Britanniques avaient bien déclaré que l’Irak cherchait à se procurer une quantité importante d’uranium en Afrique? Les 16 mots étaient vrais.»

Simulation de noyade

Jouant avec les mots, Dick Cheney fait référence à la petite phrase prononcée par le président Bush dans son fameux discours sur l’État de l’Union, en janvier 2003. L’Administration avait alors monté en épingle l’affaire de l’uranium devant lui servir de justification morale pour envahir l’Irak. Elle a plus tard officiellement regretté «ces 16 mots». Dans ses propres Mémoires publiées en 2010, George Bush a écrit avoir eu la «nausée» lorsqu’il a découvert qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak. Revenant sur les simulations de noyades (dites de la baignoire) contre les détenus soupçonnés de terrorisme, comme il l’a toujours dit depuis son départ du pouvoir, Dick Cheney estime que Barack Obama devrait continuer cette pratique «efficace». Sur Guantanamo, il se dit «heureux de noter» que le président n’a toujours pas fermé la prison. Sur le 11 Septembre, à l’en croire, c’est lui qui fut derrière l’ordre d’abattre tout avion civil posant une menace. George Bush avait pour sa part revendiqué cette initiative.

Sur la Syrie, Cheney raconte comment il se désolait en 2007 de voir un George Bush de plus en plus influencé par les partisans de la voie diplomatique. Il avait encouragé en vain le président à faire bombarder un réacteur nucléaire, lequel a depuis été détruit par Israël. «J’étais seul à penser cela. Quand j’ai eu fini de parler, le président a demandé: “Quelqu’un est-il d’accord?” Personne n’a levé la main.»

Dark Vador

Mais c’est lorsqu’il décrit ses anciens collègues que Dick Cheney est le plus vindicatif. Il accuse Colin Powell, le secrétaire d’État de 2001 à 2005, d’avoir saboté en coulisses la politique de George Bush en Irak en faisant fuiter des informations embarrassantes dans la presse. Dans ses propres Mémoires, George Bush n’avait pas caché ses désaccords avec Colin Powell jusqu’à la démission de ce dernier en 2005. Dick Cheney est également très acide avec celle qui a succédé à Powell, Condoleezza Rice: une secrétaire qu’il a jugée «naïve» sur la Corée du Nord.

L’ancien patron de la CIA, George Tenet, en prend aussi pour son grade pour avoir démissionné «quand ça devenait sérieux» en 2004. Interviewé mardi matin sur NBC, Cheney n’a pas enfin caché sa satisfaction d’être toujours surnommé «Dark Vador».


Tortures : La justice américaine autorise les poursuites contre Donald Rumsfeld

La justice américaine a autorisé deux Américains à poursuivre l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld pour torture pendant leur détention en Irak par l’armée américaine.

Un cour d’appel fédérale a confirmé lundi un jugement qui avait invalidé une décision du ministère de la Justice demandant l’abandon d’une procédure judiciaire entamée par Donald Vance et Nathan Ertell en 2006 contre M. Rumsfeld.

A l’époque, MM Vance et Ertell avaient informé le FBI qu’ils suspectaient leur employeur, Shield Group Security, une société de sécurité irakienne privée, de payer un cheikh irakien afin d’obtenir des contrats avec le gouvernement.

Mais lorsque la société a commencé à douter de leur loyauté, ils ont été arrêtés par l’armée américaine et ont été emmenés au camp Cropper, près de l’aéroport de Bagdad, sans avoir le droit à un seul contact extérieur.

Là-bas, ils auraient été victimes de violences, de privation de sommeil et auraient eu à supporter des conditions extrêmes, notamment par des expositions répétées à des lumières ou des bruits puissants, censés perturber le rythme biologique.

M. Ertell a finalement été relâché six semaines plus tard, et M. Vance au bout de trois mois, sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre eux.

«Si les accusations des plaignants sont avérées, les deux jeunes civils ont eu le bon réflexe en dénonçant les agissements de la société au gouvernement américain, mais c’est finalement eux-mêmes qui auront été emprisonnés et torturés par leur propre gouvernement», souligne le texte de la décision.

«Au-delà de la privation de sommeil et des conditions extrêmes de leur détention, les plaignants affirment qu’ils ont été menacés physiquement, qu’ils ont subi de mauvais traitements et ont été agressés par leurs geôliers, des officiers américains dont l’identité reste inconnue», selon le texte.

«Ils racontent par exemple qu’on leur a fait porter une cagoule, qu’on a entouré leurs têtes de serviettes de bain, puis qu’on les a jetés contre les murs, alors qu’ils avaient les yeux bandés pendant les interrogatoires», précisent les juges.

Les magistrats ont conclu que la gravité des accusations permettait de mettre en cause M. Rumsfeld pour avoir autorisé des techniques d’interrogatoire assimilées à de la torture ou pour ne pas avoir mis un terme à ces pratiques, alors qu’il avait été averti par de nombreux rapports de dérives dans le traitements des détenus.

L’ancien secrétaire américain à la Défense avait autorisé la CIA et les militaires américains à avoir recours à des techniques d’interrogatoire durcies après les attentats du 11 septembre 2001.

Source AFP


Torture : Un ex-détenu porte plainte contre Bush

Un Algérien de 42 ans, qui a passé huit ans au camp de Guantanamo à Cuba avant d’être libéré en 2009 et réside depuis dans la région bordelaise, va porter plainte contre les autorités américaines, notamment l’ancien président George W. Bush, pour détention abusive.

Saber Lahmar, originaire de Constantine, a été arrêté le 18 octobre 2001, après la fouille de la maison de Sarajevo où il résidait avec sa femme bosnienne et son fils de deux ans. Il enseignait alors l’arabe dans un centre culturel islamiste financé par l’Arabie Saoudite. A sa sortie de trois mois en détention préventive, des « voitures américaines » l’attendaient, a-t-il raconté lundi, confirmant son histoire relatée par Sud Ouest. Sans explication, il était emmené à Guantanamo.

Suivent huit ans « d’une vie d’animal », selon lui, dans une cellule en métal de 2 X 1,5 mètre, émaillée de « tortures étudiées selon des programmes validés par les responsables politiques américains » : pauses de 18 heures sur un siège très bas sans dossier, privation de sommeil, électricité, simulation de noyade…

Il aurait « aimé avoir quelque chose à avouer, mais il n’avait rien, et souhaité comprendre ce qu’ils cherchaient, mais eux-mêmes ne semblaient pas le savoir ». Aujourd’hui il « voudrait que les Américains s’appliquent à eux-mêmes le respect du droit qu’ils exigent des autres ».

Finalement, le 20 novembre 2008, le juge du district de Columbia Richard J. Leon le libère avec quatre autres hommes, faute de preuve qu’ils voulaient « se rendre en Afghanistan pour combattre les forces américaines et alliées », hypothétique projet, unique motif de leur détention. M. Lahmar reste cependant encore neuf mois, comme oublié dans le camp.

Au terme d’un accord franco-américain, M. Lahmar, qui a eu entre-temps en Bosnie une fillette qu’il n’a jamais vue, arrive à Bordeaux. Il est aujourd’hui sans travail et « complètement dans le brouillard » quant à sa situation juridique, se demandant si la France « ne s’est pas contentée de prendre l’argent des Américains » sans plus se préoccuper de lui.

Son avocat bordelais Me Pierre Blazy, qui s’occupe de la plainte, a souligné « le préjudice énorme et incontestable » subi pendant huit ans par cet homme « qui a tout perdu ».