E. Macron lève le tabou de la torture du côté français pendant la guerre d’Algérie

Emmanuel Macron a reconnu que la France, issue de la Libération, avait mis en place un “système” entraînant des actes de “torture” pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), source de nombreuses blessures pas encore refermées dans la société française. 

Le chef de l’État français a remis une déclaration en ce sens à la veuve de l’opposant communiste Maurice Audin, mort après avoir été enlevé par des militaires français à Alger en 1957, lui demandant “pardon”. M. Audin était alors soupçonné d’aider le FLN indépendantiste algérien qui pratiquait le terrorisme.

“Il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité. Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris (…) tant en Algérie qu’en France”, a dit E. Macron. 

Le président a également promis l’ouverture des archives sur le sujet des disparus civils et militaires, français et algériens, Paris et Alger entretenant des relations intimes et compliquées du fait de l’Histoire coloniale et des migrations entre les deux pays. 

Ces déclarations promettent de provoquer de vives réactions en France où la guerre d’Algérie, bien que largement documentée, reste un sujet hyper-sensible et le recours à la torture, bien que connu, demeure un tabou de l’histoire officielle. 

Français ayant dû fuir l’Algérie (les “pieds-noirs”), combattants algériens s’étant battus pour la France puis abandonnés par cette dernière (les harkis), familles des disparus enlevés par les Français ou les Algériens, jeunes appelés du contingent jetés dans la guerre… Des pans entiers de la société française ont été meurtris par cet épisode et Emmanuel Macron semble décidé à crever l’abcès. 

Le gouvernement algérien a salué une “avancée” du gouvernement français. Le ministre des Anciens combattants, Tayeb Zitouni, jugeant sur la télévision Ennahar TV que “le dossier de la mémoire entre la France et l’Algérie” serait “traité avec sagesse par les deux pays”. 

Les conséquences de cette reconnaissance, diversement accueillie en France, restent encore incertaines. 

“Incongruité”

“Pour la première fois, la République assume que, pendant la guerre d’Algérie, des militaires français, qui accomplissaient leur devoir, ont pu se rendre coupables de ce qu’il faut bien appeler des crimes de guerre”, analyse dans Le Monde l’historienne Raphaëlle Branche, auteure notamment de “La torture et l’Armée pendant la guerre d’Algérie”. 

“Quel est l’intérêt pour le président de rouvrir des blessures, en évoquant le cas de Maurice Audin ? Il souhaite surfer sur la division des Français, au lieu de les réunir dans un projet”, a jugé la finaliste de la présidentielle de 2017, Marine Le Pen, dont le père Jean-Marie, figure historique de l’extrême droite et ancien combattant en Algérie, a qualifié l’action de M. Macron d'”incongruité”. 

Le secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent, s’est quant à lui réjoui que “le mensonge d’État qui durait depuis 61 ans tombe”. 

“Il ne faut jamais craindre la vérité, mais en même temps il ne faut pas instrumentaliser l’Histoire” a estimé le chef de file des sénateurs de droite Les Républicains, Bruno Retailleau, prévenant contre “la concurrence mémorielle qui brise souvent le tissu national”. 

Afghanistan : l’armée américaine enfin accusée de crimes de guerre

La procureure de la Cour pénale internationale a accusé les soldats américains, mais aussi la CIA, les talibans et le gouvernement afghan d’avoir torturé des détenus, notamment en 2003 et 2004. Elle décidera «de façon imminente» si elle demande l’ouverture d’une enquête.

Quinze ans après l’entrée des forces armées américaines en Afghanistan, et alors que la situation sur le terrain est toujours incontrôlable, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) n’a pas mâché ses mots. Lundi soir, elle a accusé l’armée américaine et la CIA d’avoir pu commettre des crimes de guerre en torturant des détenus, particulièrement durant les années 2003 et 2004. La magistrate doit décider «de façon imminente» si elle demande l’ouverture d’une enquête. Ces accusations sont le résultat d’un long examen préliminaire sur les atrocités commises dans ce pays en proie à la guerre civile depuis mai 2003.

La procureure Fatou Bensouda affirme «avoir une base raisonnable permettant de croire» que les forces armées américaines, l’agence de renseignement CIA, mais aussi les talibans et leurs alliés ainsi que les forces gouvernementales afghanes auraient commis des crimes de guerre. Dans son rapport annuel sur ses examens préliminaires, l’étape préalable à l’ouverture d’une enquête, la procureure affirme que des membres des forces armées américaines auraient infligé «à au moins 61 détenus des actes de torture, traitements cruels, des atteintes à la dignité de la personne sur le territoire afghan». «Au moins 27 détenus» auraient subi les mêmes traitements, infligés par des membres de la CIA en Afghanistan mais aussi dans d’autres pays parties au Statut de Rome qui a créé la CPI, comme la Pologne, la Roumanie et la Lituanie.

Des méthodes d’interrogations critiquées

Ces allégations, assure encore la procureure, «ne concernent pas seulement quelques cas isolés». Elle estime qu’il existe des motifs raisonnables pour croire que ces crimes «ont été commis en application d’une ou plusieurs politiques visant à obtenir des renseignements au travers de techniques d’interrogatoires s’appuyant sur des méthodes cruelles ou violentes destinées à servir les objectifs américains dans le conflit en Afghanistan».

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, la CIA avait en effet reçu l’autorisation de l’administration du président George W. Bush d’utiliser les méthodes d’interrogations dites «améliorées», dont la technique du «waterboarding» « supplice de la baignoire » en français, qui consiste à simuler une noyade. La CIA n’a pas utilisé ces méthodes depuis décembre 2007 et le président Barack Obama les a interdites en janvier 2009. Le président élu Donald Trump a néanmoins affirmé avant sa victoire électorale être favorable au recours à de telles techniques.

 

Les talibans, eux, seraient responsables de la mort de plus de 17.000 civils et auraient commis des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. «Depuis mai 2003, des groupes insurgés auraient lancé de nombreuses attaques contre des endroits protégés, notamment des écoles, des bureaux des autorités civiles, des hôpitaux, des lieux saints et des mosquées», ajoute le rapport. Des actes de torture auraient également été commis dans les lieux de détention du gouvernement afghan, une pratique criminelle qui remonterait à la fin des années 70 et concernerait à l’heure actuelle entre 35% et 50% des détenus.

Une enquête explosive

La procureure affirme qu’elle va décider «de façon imminente» si elle demandera ou non aux juges l’autorisation d’ouvrir une enquête sur ces crimes présumés commis par les forces armées et la CIA mais aussi par les talibans et les forces gouvernementales afghanes. Si elle est autorisée à le faire, il s’agira de l’une des enquêtes les plus complexes et plus controversées de l’histoire de la Cour, fondée en 2002 pour juger les pires crimes de l’humanité. Elle exposerait pour la première fois des forces armées américaines à des poursuites de la CPI. Mais Washington n’ayant pas ratifié le Statut de Rome, traité fondateur de la Cour, il est très peu probable que des soldats américains se trouvent un jour sur le banc des accusés.

Kaboul, qui n’a pas non plus ratifié le Statut de Rome, a de son côté reconnu la compétence de la Cour en février 2003, l’autorisant à enquêter sur des crimes commis à partir de mai de la même année. Des poursuites contre les forces gouvernementales afghanes pourraient également être compliquées par une loi générale d’amnistie adoptée par le parlement et en application depuis 2009.

Le rapport intervient alors que doit s’ouvrir à La Haye la réunion annuelle des États membres de la Cour, la première depuis les retraits de plusieurs pays africains, qui accuse avec raison l’institution de ne s’attaquer qu’à l’Afrique. La Russie vient également d’annoncer qu’elle allait quitter la CPI.

Attentats : plus d’un Français sur deux se déclare favorable à la torture

Le climat post-attentat encouragerait-il les Français à être moins respectueux des droits de l’homme ? C’est le tableau inquiétant dressé par l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) qui met en lumière la “tolérance croissante de l’opinion publique française à l’égard de la pratique de la torture d’Etat”.

Un sondage, commandé à l’Ifop et publié mardi 21 juin à l’occasion du rapport annuel de l’ONG, révèle en effet que 54% des Français  jugent justifié qu’un policier envoie des décharges électriques à une personne suspectée d’avoir posé une bombe prête à exploser pour l’inciter à parler. Ils n’étaient que 34% en 2000, d’après un sondage CSA pour Amnesty International. (photo : torture américaine à Abou Ghraïb)

“On se doutait qu’il y avait une acceptation de plus en plus grande de la torture, dans le contexte de la montée du terrorisme, mais on ne se rendait pas compte que l’évolution était aussi dramatique.”

1 Français sur 5 se déclare capable de torturer

36% des sondés acceptent “dans certains cas” l’emploi de la torture. Un chiffre en hausse de 11 points par rapport à 2000. Pire, 18% des personnes interrogées se sentiraient capables de pratiquer la torture elles-mêmes dans des cas exceptionnels.

“Fragilisés par un climat social et politique anxiogène, insécurisés par les agressions intérieures et extérieures, les Français – les jeunes en particulier – sont plus perméables qu’avant à l’idée que la torture puisse être une manière de gérer la violence et de s’en protéger”, explique le délégué général de l’Acat au “JDD”.

Une large part de la population est persuadée que la torture permet d’obtenir des informations fiables : 58% des sondés estiment que les pratiques tortionnaires conduisent à des aveux et 45% des personnes interrogées jugent le recours à la torture efficace pour prévenir des actes de terrorisme.

Un instrument efficace pour les régimes autoritaires

Pourtant, l’Acat souligne dans son rapport que la torture n’est pas le meilleur outil pour recueillir des informations fiables. Elle serait en revanche d’une redoutable efficacité pour museler l’opposition et conserver le pouvoir, comme le précise le rapport :

“Le message de la torture est clair : voilà ce qu’il en coûte de vous opposer. Faire taire et non parler. Une redoutable efficacité dès lors qu’il ne s’agit pas d’obtenir des renseignements, mais d’écraser toute velléité de révolte.”

“Par rapport à l’interdit absolu de torturer, les digues cèdent les unes après les autres : acceptabilité plus grande dans l’opinion, discours guerrier, complaisance à l’égard d’Etats pratiquant la torture comme le Maroc… De renoncement en renoncement, un terreau se met en place et qui sait ce qu’il se passera s’il y a un, cinq, dix attentats de plus”, redoute Jean-Etienne de Linares.

Méconnaissance des pratiques tortionnaires

L’association note que cette tolérance croissante de la torture va de pair avec une méconnaissance du phénomène tortionnaire. Ainsi, une majorité des personnes interrogées estime que les minorités ethniques ou religieuses (39%) ou les opposants politiques (25%) sont les premières victimes de torture. Alors qu’il s’agit en réalité des délinquants et suspects de droit commun (cités par 7% des sondés).

Autre idée reçue : les Français pensent que ces actes de violence sont le fait de groupes armés non étatiques (51%) ou d’organisations criminelles (33%) alors que les militaires (cités par 6% des sondés), les membres des forces de l’ordre (3%) et les gardiens de prison (1%) sont les principaux tortionnaires. Malgré sa prohibition par un grand nombre de textes internationaux (article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, article 7 du pacte international relatif aux droits civils et politiques…), la torture est encore pratiquée au quotidien dans plus d’un pays sur deux dans le monde, selon le rapport “Un monde tortionnaire” 2016 de l’Acat.

“Si la torture est une pratique quotidienne dans beaucoup de pays, c’est d’abord parce que des policiers mal formés et mal payés l’utilisent comme une méthode d’enquête” afin d’obtenir des informations, mais aussi de “faire du chiffre”, signalent les auteurs du rapport.


Torture US

Torture. Seules 528 pages ont été rendues publiques, le 6 décembre 2014, sur les 6 000 pages que compte le rapport du Comité du Renseignement du Sénat sur la torture pratiquée par la CIA. Le rapport met l’accent sur l’utilisation illégale de la torture, particulièrement le supplice de la baignoire, et la réhydratation rectale sur des suspects de terrorisme et conclut que de telles méthodes n’étaient nullement efficaces pour obtenir des renseignements.

Torture : un rapport du Sénat américain accable les autorités

Un rapport du Sénat américain (en anglais), rendu public mardi 9 décembre, accable la CIA, qui a pratiqué des interrogatoires “bien pires” que ce qu’elle avait reconnu. Les services secrets américains auraient fréquemment eu recours à la torture pour arracher des informations aux terroristes présumés, arrêtés après les attentats du 11-Septembre. La détention secrète d’une centaine d’hommes, suspectés d’être liés à Al-Qaïda, avait été autorisé secrètement sous la présidence de George W. Bush.

Le président Barack Obama dénonce des méthodes “contraires” aux valeurs (!) des Etats-Unis. “Ces techniques ont fortement terni la réputation de l’Amérique dans le monde”, indique-t-il dans un communiqué. Voici le point sur les principales informations dévoilées dans le rapport de 500 pages du Sénat.

Quelles techniques dénonce le rapport du Sénat ?

Le rapport emploie le terme “torture” à 131 reprises, pour dénoncer des méthodes “brutales et bien pires que ce que la CIA avait décrit aux élus”. Le document fait état de détenus enfermés à 10 dans des cellules minuscules et “forcés de se relayer pour dormir, à cause du manque de place”, et ce pendant trois mois. “La CIA a employé ses techniques d’interrogatoire renforcées à répétition pendant des jours et des semaines”, décrit le rapport qui évite de parler des horreurs.

Les détenus ont été jetés contre les murs, dénudés, plongés dans de l’eau glacée, empêchés de dormir pendant des périodes allant jusqu’à 180 heures (plus d’une semaine). Le détenu Abou Zoubeida, après avoir subi des simulations de noyade à répétition (supplice de la baignoire), “avait de la mousse sortant de la bouche”, et était quasi-inconscient. Des pratiques médicales ont été détournées à des fins de torture, comme l’hydratation rectale et l’alimentation rectale. Des simulacres d’exécution étaient organisés et des perceuses électriques étaient également actionnées à proximité de la tête des détenus.

Des interrogateurs de la CIA, cités dans un extrait du rapport publié par Gawker (en anglais), auraient expliqué à un détenu qu’il ne sortirait des locaux que dans un cercueil, tandis qu’un autre membre des services secrets aurait expliqué à un prisonnier qu’il n’irait jamais au tribunal “parce qu’on ne laissera pas le monde apprendre ce que je t’ai fait”. Après avoir subi ces interrogatoires, certains détenus, très atteints psychologiquement, ont tenté de s’automutiler, assure la sénatrice américaine Dianne Feinstein, citée par The Guardian (en anglais).

En général, la torture dure, poussée parfois jusqu’à la mort, était délocalisée dans un pays sous-traitant comme en Europe de l’est ou dans un pays du Golfe afin de sauvegarder les apparences pour une démocratie qui se veut un exemple pour le reste du monde.

Ces interrogatoires ont-ils été utiles ?

Le rapport accuse la CIA d’avoir menti, non seulement au grand public, mais aussi au Congrès et à la Maison Blanche, sur l’efficacité du programme, notamment en affirmant que ces techniques avaient permis de “sauver des vies”

“A aucun moment les techniques d’interrogatoires renforcés de la CIA n’ont permis de recueillir des renseignements relatifs à des menaces imminentes, tels que des informations concernant d’hypothétiques ‘bombes à retardement’, dont beaucoup estimaient qu’elles justifiaient ces techniques”, déclare la présidente de la commission, la démocrate Dianne Feinstein.

Comment la CIA se défend-elle ?

Le patron de la CIA, John Brennan, a admis que l’agence du renseignement américaine avait commis des erreurs en utilisant la torture comme méthode d’interrogatoire, mais a insisté sur le fait que cela avait permis d’empêcher d’autres attentats, après le 11-Septembre. Certains commencent à demander la constitution d’un tribunal pour juger les responsables de ces crimes.


Un juge a reçu l’ex-responsable libyen qui dit avoir été torturé par des Français

Un ancien responsable libyen du régime de Kadhafi a été reçu mercredi par un juge parisien. Il dit avoir été torturé par des Français en 2011 à Tripoli.

La justice française va se pencher sur les accusations de Tahar Dehech, ancien responsable des comités révolutionnaires de Mouammar Kadhafi. Il “a été entendu (mercredi) matin par Roger Le Loire pour confirmer les termes de sa plainte”, a dit à la presse son avocat Me Eric Moutet.

Tahar Dehech a déclaré vouloir que la “lumière soit faite sur ce qu’il (lui) est arrivé et sur les actes de torture auxquels (il a) été soumis” à l’automne 2011.

Arrêté après la chute de Kadhafi, il aurait été interrogé sur la destination d’armes et d’argent disparus, ainsi que le devenir de kadhafistes en fuite. Pendant sa détention il aurait été l’objet de tortures “abjectes”, “atroces”, qui auraient été commises “par des Français et des Qataris” dans un hôtel de Tripoli reconverti en centre de détention.

Aujourd’hui installé en Tunisie, Tahar Dehech dit avoir décrit “avec précision” au juge les quatre Français, trois hommes et une femme, qui lui auraient infligé ces sévices.

57 millions pour Nicolas Sarkozy

Cet ancien journaliste à l’hebdomadaire du régime “la Marche Verte” a répété avoir assisté à des réunions à l’hôtel Corinthia où il était question de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy à hauteur de 57 millions d’euros, sans toutefois apporter de preuve, arguant que la vie de Seif el-islam, retenu à Zintan, est en danger. “Il risque d’être exécuté si je révèle les preuves, mais il sera libéré prochainement », a déclaré M.Dahec pour qui le “drapeau vert flotte partout en Libye” c’est à dire celui de la rébellion kadhafiste. Tahar Dehech avait déjà formulé ces accusations dans le livre de la journaliste Catherine Graciet “Sarkozy-Kadhafi, histoire secrète d’une trahison”.

Nicolas Sarkozy et son entourage réfutent avec force ces assertions, évoquées par plusieurs anciens dignitaires libyens, démenties par d’autres.

Une enquête sur ces allégations est actuellement menée à Paris. Dans ce dossier, le juge Serge Tournaire a entendu début janvier une autre ancienne membre de l’entourage de Mouammar Kadhafi, Zohra Mansour, selon une source proche du dossier.

Également citée dans l’ouvrage de Catherine Graciet, celle-ci a rapporté des conversations qu’elle aurait eues avec l’ancien dictateur évoquant ce financement supposé.

Mouammar Kaddafi avait porté l’accusation dans un entretien accordé en mars 2011 à la journaliste Delphine Minoui, dont un enregistrement est diffusé mercredi soir par France 3 dans son magazine “Pièces à conviction”.

(Avec AFP)


Les USA ont à nouveau pratiqué la torture (rapport)

  • “Il est indéniable que les Etats-Unis se sont engagés dans la pratique de la torture” après les attentats du 11-Septembre et “les plus hauts responsables du pays en portent la responsabilité”, conclut le rapport d’un groupe indépendant rendu public aujourd’hui.

 

L’étude menée par l’association Constitution Project épingle en premier lieu l’administration de George W. Bush, mais exhorte aussi les dirigeants sous l’ère de Bill Clinton et sous l’actuel gouvernement de Barack Obama à admettre que “l’autorisation et la pratique de la torture” étaient une “grave erreur”.

 

Elle conclut que “la torture a eu lieu à plusieurs reprises et à travers un large éventail de lieux” à “l’intérieur et à l’extérieur du pays”, et n’était en aucun cas limitée aux trois détenus soumis à des simulations de noyade dans des prisons de la CIA et aujourd’hui enfermés à Guantanamo (Khaled Cheikh Mohammed, Abou Zoubayda et Abd al-Rahim al-Nachiri).

 

Le rapport de 577 pages, conduit par une équipe de 11 personnes, accuse les “plus hauts responsables du pays -civils et militaires- de porter une part de responsabilité pour avoir autorisé et contribué au déploiement de la torture”.


Amnesty international: la demande d’arrestation de George W. Bush est bloquée en terre africaine

  • L’organisation de défense des droits de l’homme, Amnesty international, a demandé, le jeudi 1er décembre, l’arrestation de l’ancien président américain alors que celui-ci entamait une tournée de cinq jours dans trois pays africains pour promouvoir divers programmes de santé. La Tanzanie l’a chaudement accueilli. Et la Zambie a rabroué l’ONG.
  • Délicate croisade que celle entreprise par Amnesty International : obtenir d’un pays hôte de George W. Bush, l’arrestation de ce dernier. A l’occasion de sa venue en Tanzanie, en Zambie et en Ethiopie, du 1er au 5 décembre, l’ONG a néanmoins réédité l’appel qu’elle avait lancé au Canada au mois d’octobre et qui avait déjà fait chou blanc.
  • L’ancien président américain (2000-2008) s’est en effet lancé dans une tournée africaine avec pour principal objectif de promouvoir une campagne de lutte contre les cancers féminins. A la tête de la fondation The Bush Center, l’ex-chef d’Etat s’est félicité des liens tissés avec certains gouvernements africains dans ce domaine.
  • Autorisation du « supplice de la baignoire, le waterboarding »
  • Mais pour Matt Pollard, conseiller juridique en chef d’Amnesty International, « tous les pays dans lesquels George W. Bush se rend ont l’obligation de le conduire devant la justice pour le rôle qu’il a joué dans des actes de torture ». Des actes, comme le « waterboarding », (simulacre de noyade) autorisés durant la « guerre contre le terrorisme » initiée sous son premier mandat, et pour lesquels Amnesty International et plusieurs autres organisations de défense de droits de l’homme, comme Human Rights Watch, demandent des comptes depuis des années.
  • Or selon la Convention sur la torture de 1984 (ratifiée par les Etats-Unis, l’Ethiopie, et la Zambie, mais pas par la Tanzanie), « tout Etat partie sur le territoire duquel se trouve une personne soupçonnée d’avoir commis une infraction (en l’occurrence ici un acte de torture) assure la détention de cette personne ou prend toutes autres mesures juridiques nécessaires pour assurer sa présence ». « S’il estime que les circonstances le justifient », ajoute le texte.
  • La Zambie s’est donc empressée de botter en touche. « Sur quelle base Amnesty International veut-elle que nous arrêtions M. Bush ? », s’est ainsi interrogé Chishimba Kambwili, le ministre zambien des Affaires étrangères. (…), arguant que seule une décision de la Cour pénale internationale ou d’une autre institution internationale l’y inciterait.
  • Accueil chaleureux
  • La Tanzanie, premier pays à l’avoir accueilli le 1er décembre, lui réserva même un accueil des plus chaleureux. Dans le contexte de la célébration de la journée mondiale de lutte contre le sida, le président Jakaya Kikwete a rappelé les efforts consentis par l’administration Bush dans la lutte contre cette maladie. Et a fait bien peu de cas de l’appel lancé par Amnesty International.
  • Reste l’Ethiopie, dernière étape de la tournée africaine de George W. Bush. Mais il est peu probable qu’on assiste à un scénario similaire à celui qui s’était déroulé en Suisse, en février dernier : devant la menace d’un dépôt de plainte par des victimes présumées de torture devant la justice, l’ancien président américain avait préféré annuler sa visite en territoire helvète.

Un Libyen porte plainte contre le MI5

Un islamiste libyen a déposé plainte auprès de la police à Londres contre les services de renseignements britanniques qu’il accuse de l’avoir remis au régime libyen de Mouammar Kadhafi en 2004, a annoncé  l’association britannique Reprieve. Sami al-Saadi, un opposant au colonel Kadhafi qui habitait à Londres, affirme que les services de renseignements britanniques travaillant en collaboration avec la CIA, l’agence du renseignement américain, l’ont emmené de force en Libye, avec cinq membres de sa famille.

“Des preuves de mauvais traitement infligé à M. al-Saadi, sa femme et leurs quatre enfants âgés de 12 ans et moins au moment des faits, sont apparus plus tôt cette année lors de l’avènement de la révolution libyenne, montrant le rôle organisationnel clé du Royaume-Uni dans l’affaire”, a affirmé Reprieve, organisation britannique de défense des prisonniers. La plainte vise “les services de renseignements britanniques, en particulier l’ancien directeur du contre-terrorisme Mark Allen, ainsi que (…) Moussa Koussa”, le chef des services de renseignements libyens de 1994 à 2009, selon la même source.

Selon Reprieve, Sami al-Saadi a été emprisonné et torturé par le régime libyen pendant plusieurs années et interrogé par les services de renseignements britanniques et américains pendant cette période. Il a été libéré le 23 août 2011, alors que le régime Kadhafi s’effondrait.

Libye/Guerre : Belhaj demande des excuses

Le commandant militaire de Tripoli, Abdelhakim Belhaj, a demandé aujourd’hui des excuses à la Grande Bretagne et aux Etats-Unis après la découverte de documents selon lesquels les deux pays l’auraient livré en 2004 au régime de Kadhafi, dont il était un opposant, qui l’a soumis à la torture.

Selon des documents des services de renseignements libyens consultés samedi par l’AFP à Tripoli, Abdelhakim Belhaj, à l’époque militant islamiste et opposant au régime de Mouammar Kadhafi, aurait été capturé par la CIA à Bangkok en 2004, avec sa femme enceinte, et livré aux autorités libyennes. Il fut alors incarcéré pendant sept ans dans la prison Abou Selim de Tripoli où il affirme avoir été interrogé par des membres des services secrets britanniques. “Ce qui m’est arrivé était illégal et mérite des excuses”, a-t-il affirmé à la BBC. Il a par ailleurs affirmé au quotidien britannique The Guardian qu’il envisageait de poursuivre devant la justice les gouvernements britannique et américain.

“On m’a injecté quelque chose, suspendu à un mur par les bras et les jambes et placé dans un conteneur entouré de glace”, a-t-il indiqué sur son séjour en prison. “Ils ne me laissaient pas dormnir et il y avait du bruit constamment. J’ai été régulièrement torturé”.
“Je suis étonné que les Britanniques aient été mêlé à ce qui a été une période très douloureuse de ma vie”, a-t-il ajouté.

Le commandant rebelle a cependant promis que ces révélations n’empêcheraient pas la nouvelle Libye “d’avoir des relations normales avec les Etats-Unis et la Grande Bretagne”.

Les documents ont été découverts à Tripoli dans un immeuble des services secrets libyens par l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW) qui les a transmis à plusieurs médias. Ils contiennent notamment un mémorandum, émanant apparemment de la CIA, qui informe les autorités libyennes qu’Abdullah al-Sadiq et sa femme enceinte se rendent de Kuala Lumpur à Bangkok, où l’agence américaine doit “se saisir” de lui et le livrer au régime.

Dans un courrier, un haut responsable des renseignements britanniques félicite les Libyens pour l’arrivée de M. Sadiq — nom qui semble avoir été, à l’époque, le “nom de guerre” d’Abdelhakim Belhadj. “C’est bien le moins que nous pouvions faire pour vous”, écrit dans une lettre au ton amical le responsable britannique à Moussa Koussa, alors chef de l’espionnage du régime Kadhafi, soulignant que la direction de l’opération “était britannique”.

Moussa Koussa, devenu en 2009 ministre des Affaires étrangères, a fait défection et gagné Londres le 30 mars.