Tariq Ramadan : la cagnotte en son soutien atteint les 100.000 euros

La mobilisation autour de l’islamologue, incarcéré depuis début février pour viols, se fait grandissante. Après des dizaines de messages de soutien postés sur Internet, ses partisans se mobilisent pour financer la procédure judiciaire du théologien. En cinq jours, ils ont récolté près de 100.000 euros.

Le maintien en détention de Tariq Ramadan a déclenché une forte vague de soutien en faveur de cet intellectuel musulman accusé d’agression sexuelle sur deux femmes. Jeudi 22 février, alors que la cour d’appel de Paris a tranché qu’il resterait incarcéré pour le moment, ses proches et sa famille ont lancé une collecte de fonds en ligne dans le but de couvrir les frais d’avocats et la procédure judiciaire. L’objectif de départ, fixé à 90.000 euros, a été dépassé en à peine quelques jours.

En introduction, le collectif Free Tariq Ramadan, à l’origine de la levée de fonds, dénonce une “machination sans nom” et explique que les “procédures juridiques, frais d’avocats, expertises et contre-expertises” ont “un coût financier important”. “Chaque soutien compte. C’est pourquoi nous vous appelons à vous mobiliser en contribuant et en partageant cette cagnotte mise en place ”, déclarent-ils dans ce texte hébergé par le Cotizup.

Tariq Ramadan, qui clame son innocence depuis le début de cette affaire, avait demandé à être remis en liberté pour des raisons médicales. Le théologien de 55 ans, mis en examen pour viols et écroué depuis le 2 février, estimait que sa présomption d’innocence était bafouée et que son état de santé n’était pas pris en compte.
Vendredi 23 février, l’alibi de Tariq Ramadan dans l’une des deux affaires de viol a été mis à mal par un dossier de réservation d’un billet d’avion.

Agression sexuelle: polémique sur le tweet de BHL qui prend la défense de Frédéric Haziza

 

Alors que le journaliste de la chaîne parlementaire (LCP) a été suspendu mardi de l’antenne et qu’une enquête pour agression sexuelle a été ouverte, Bernard-Henri Lévy s’est interrogé mercredi, sur Twitter. “Qui nous fera croire qu’Haziza est le Weinstein français ? Et comment mettre un signe égal entre ce qui lui est reproché et ce dont on accuse Ramadan ? Amitié à Frédéric Haziza”, s’est fendu l’intellectuel sur le réseau social.

Le journaliste Frédéric Haziza, présentateur vedette de la Chaîne parlementaire et de la station communautaire juive, Radio J, est soupçonné d’agression sexuelle par la journaliste Astrid de Villaines qui l’accuse de lui avoir pincé la fesse, en 2014. Mardi, le journaliste a été suspendu par la chaîne LCP et une enquête préliminaire a été ouverte par le Parquet de Paris.

Avec le tweet de BHL, Libération remarque que les agissements d’Harvey Weinstein seraient devenus “une sorte de baromètre de l’ignominie à l’aune duquel chaque homme accusé de harcèlement ou d’agression devait être jugé”. Le quotidien note également le parallèle douteux établi par Bernard-Henri Lévy avec Tariq Ramadan, lui-même visé par deux plaintes pour viol en France.

Sur Twitter, de nombreuses personnes ont réagi, accusant notamment BHL de faire fi des victimes d’agressions et de harcèlement sexuel. “Et on se demande encore pourquoi les victimes n’osent pas parler”, interroge le journaliste de BuzzFeed Paul Aveline.

 

Ostracisme officiel: T. Ramadan boycotté par deux ministres

  • Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls et la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem ont annulé leur participation à une réunion en Italie, en raison de la présence de l’universitaire controversé Tariq Ramadan, a-t-on appris aujourd’hui dans l’entourage des deux ministres.

 

“Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem ont décidé de ne pas assister à cette conférence (…) en même temps que Tariq Ramadan”, a indiqué l’entourage de Najat Vallaud Belkacem, également porte-parole du gouvernement. La réunion consacrée à l’avenir de l’Europe doit se dérouler jeudi à l’Institut universitaire européen (IUE) de Florence.

 

“La présence des ministres engage la France et les ministres n’ont pas souhaité qu’on puisse un instant considérer que cette présence valait blanc-seing de la France a propos de la présence de Monsieur Ramadan qui cautionne des positions obscurantistes et contraires aux valeurs de la République”, a ajouté la même source.

 

Rappelant que Najat Vallaud-Belkacem est ministre des Droits des femmes, son entourage a également souligné que “c’était compliqué de partager la tribune avec quelqu’un qui défend le principe d’un moratoire sur les châtiments corporels contre les femmes”.

 

Tariq Ramadan, professeur d’Études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford, est un islamologue anticonformiste. Selon le programme de la réunion il doit participer à une table-ronde sur les migrations, l’identité et l’intégration.

 

La rencontre baptisée “State of the Union” (Etat de l’Union) est à l’initiative de l’IUE en partenariat notamment avec le journal Le Monde et le Financial Times. Rassemblant chaque année des chercheurs, responsables politiques ou représentants de la société civile, elle se présente comme un espace de réflexion sur l’état actuel et l’avenir de l’Union européenne.