Afghanistan : l’armée américaine enfin accusée de crimes de guerre

La procureure de la Cour pénale internationale a accusé les soldats américains, mais aussi la CIA, les talibans et le gouvernement afghan d’avoir torturé des détenus, notamment en 2003 et 2004. Elle décidera «de façon imminente» si elle demande l’ouverture d’une enquête.

Quinze ans après l’entrée des forces armées américaines en Afghanistan, et alors que la situation sur le terrain est toujours incontrôlable, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) n’a pas mâché ses mots. Lundi soir, elle a accusé l’armée américaine et la CIA d’avoir pu commettre des crimes de guerre en torturant des détenus, particulièrement durant les années 2003 et 2004. La magistrate doit décider «de façon imminente» si elle demande l’ouverture d’une enquête. Ces accusations sont le résultat d’un long examen préliminaire sur les atrocités commises dans ce pays en proie à la guerre civile depuis mai 2003.

La procureure Fatou Bensouda affirme «avoir une base raisonnable permettant de croire» que les forces armées américaines, l’agence de renseignement CIA, mais aussi les talibans et leurs alliés ainsi que les forces gouvernementales afghanes auraient commis des crimes de guerre. Dans son rapport annuel sur ses examens préliminaires, l’étape préalable à l’ouverture d’une enquête, la procureure affirme que des membres des forces armées américaines auraient infligé «à au moins 61 détenus des actes de torture, traitements cruels, des atteintes à la dignité de la personne sur le territoire afghan». «Au moins 27 détenus» auraient subi les mêmes traitements, infligés par des membres de la CIA en Afghanistan mais aussi dans d’autres pays parties au Statut de Rome qui a créé la CPI, comme la Pologne, la Roumanie et la Lituanie.

Des méthodes d’interrogations critiquées

Ces allégations, assure encore la procureure, «ne concernent pas seulement quelques cas isolés». Elle estime qu’il existe des motifs raisonnables pour croire que ces crimes «ont été commis en application d’une ou plusieurs politiques visant à obtenir des renseignements au travers de techniques d’interrogatoires s’appuyant sur des méthodes cruelles ou violentes destinées à servir les objectifs américains dans le conflit en Afghanistan».

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, la CIA avait en effet reçu l’autorisation de l’administration du président George W. Bush d’utiliser les méthodes d’interrogations dites «améliorées», dont la technique du «waterboarding» « supplice de la baignoire » en français, qui consiste à simuler une noyade. La CIA n’a pas utilisé ces méthodes depuis décembre 2007 et le président Barack Obama les a interdites en janvier 2009. Le président élu Donald Trump a néanmoins affirmé avant sa victoire électorale être favorable au recours à de telles techniques.

 

Les talibans, eux, seraient responsables de la mort de plus de 17.000 civils et auraient commis des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. «Depuis mai 2003, des groupes insurgés auraient lancé de nombreuses attaques contre des endroits protégés, notamment des écoles, des bureaux des autorités civiles, des hôpitaux, des lieux saints et des mosquées», ajoute le rapport. Des actes de torture auraient également été commis dans les lieux de détention du gouvernement afghan, une pratique criminelle qui remonterait à la fin des années 70 et concernerait à l’heure actuelle entre 35% et 50% des détenus.

Une enquête explosive

La procureure affirme qu’elle va décider «de façon imminente» si elle demandera ou non aux juges l’autorisation d’ouvrir une enquête sur ces crimes présumés commis par les forces armées et la CIA mais aussi par les talibans et les forces gouvernementales afghanes. Si elle est autorisée à le faire, il s’agira de l’une des enquêtes les plus complexes et plus controversées de l’histoire de la Cour, fondée en 2002 pour juger les pires crimes de l’humanité. Elle exposerait pour la première fois des forces armées américaines à des poursuites de la CPI. Mais Washington n’ayant pas ratifié le Statut de Rome, traité fondateur de la Cour, il est très peu probable que des soldats américains se trouvent un jour sur le banc des accusés.

Kaboul, qui n’a pas non plus ratifié le Statut de Rome, a de son côté reconnu la compétence de la Cour en février 2003, l’autorisant à enquêter sur des crimes commis à partir de mai de la même année. Des poursuites contre les forces gouvernementales afghanes pourraient également être compliquées par une loi générale d’amnistie adoptée par le parlement et en application depuis 2009.

Le rapport intervient alors que doit s’ouvrir à La Haye la réunion annuelle des États membres de la Cour, la première depuis les retraits de plusieurs pays africains, qui accuse avec raison l’institution de ne s’attaquer qu’à l’Afrique. La Russie vient également d’annoncer qu’elle allait quitter la CPI.

Torture US

Torture. Seules 528 pages ont été rendues publiques, le 6 décembre 2014, sur les 6 000 pages que compte le rapport du Comité du Renseignement du Sénat sur la torture pratiquée par la CIA. Le rapport met l’accent sur l’utilisation illégale de la torture, particulièrement le supplice de la baignoire, et la réhydratation rectale sur des suspects de terrorisme et conclut que de telles méthodes n’étaient nullement efficaces pour obtenir des renseignements.

Torture : un rapport du Sénat américain accable les autorités

Un rapport du Sénat américain (en anglais), rendu public mardi 9 décembre, accable la CIA, qui a pratiqué des interrogatoires « bien pires » que ce qu’elle avait reconnu. Les services secrets américains auraient fréquemment eu recours à la torture pour arracher des informations aux terroristes présumés, arrêtés après les attentats du 11-Septembre. La détention secrète d’une centaine d’hommes, suspectés d’être liés à Al-Qaïda, avait été autorisé secrètement sous la présidence de George W. Bush.

Le président Barack Obama dénonce des méthodes « contraires » aux valeurs (!) des Etats-Unis. « Ces techniques ont fortement terni la réputation de l’Amérique dans le monde », indique-t-il dans un communiqué. Voici le point sur les principales informations dévoilées dans le rapport de 500 pages du Sénat.

Quelles techniques dénonce le rapport du Sénat ?

Le rapport emploie le terme « torture » à 131 reprises, pour dénoncer des méthodes « brutales et bien pires que ce que la CIA avait décrit aux élus ». Le document fait état de détenus enfermés à 10 dans des cellules minuscules et « forcés de se relayer pour dormir, à cause du manque de place », et ce pendant trois mois. « La CIA a employé ses techniques d’interrogatoire renforcées à répétition pendant des jours et des semaines », décrit le rapport qui évite de parler des horreurs.

Les détenus ont été jetés contre les murs, dénudés, plongés dans de l’eau glacée, empêchés de dormir pendant des périodes allant jusqu’à 180 heures (plus d’une semaine). Le détenu Abou Zoubeida, après avoir subi des simulations de noyade à répétition (supplice de la baignoire), « avait de la mousse sortant de la bouche », et était quasi-inconscient. Des pratiques médicales ont été détournées à des fins de torture, comme l’hydratation rectale et l’alimentation rectale. Des simulacres d’exécution étaient organisés et des perceuses électriques étaient également actionnées à proximité de la tête des détenus.

Des interrogateurs de la CIA, cités dans un extrait du rapport publié par Gawker (en anglais), auraient expliqué à un détenu qu’il ne sortirait des locaux que dans un cercueil, tandis qu’un autre membre des services secrets aurait expliqué à un prisonnier qu’il n’irait jamais au tribunal « parce qu’on ne laissera pas le monde apprendre ce que je t’ai fait ». Après avoir subi ces interrogatoires, certains détenus, très atteints psychologiquement, ont tenté de s’automutiler, assure la sénatrice américaine Dianne Feinstein, citée par The Guardian (en anglais).

En général, la torture dure, poussée parfois jusqu’à la mort, était délocalisée dans un pays sous-traitant comme en Europe de l’est ou dans un pays du Golfe afin de sauvegarder les apparences pour une démocratie qui se veut un exemple pour le reste du monde.

Ces interrogatoires ont-ils été utiles ?

Le rapport accuse la CIA d’avoir menti, non seulement au grand public, mais aussi au Congrès et à la Maison Blanche, sur l’efficacité du programme, notamment en affirmant que ces techniques avaient permis de « sauver des vies »

« A aucun moment les techniques d’interrogatoires renforcés de la CIA n’ont permis de recueillir des renseignements relatifs à des menaces imminentes, tels que des informations concernant d’hypothétiques ‘bombes à retardement’, dont beaucoup estimaient qu’elles justifiaient ces techniques », déclare la présidente de la commission, la démocrate Dianne Feinstein.

Comment la CIA se défend-elle ?

Le patron de la CIA, John Brennan, a admis que l’agence du renseignement américaine avait commis des erreurs en utilisant la torture comme méthode d’interrogatoire, mais a insisté sur le fait que cela avait permis d’empêcher d’autres attentats, après le 11-Septembre. Certains commencent à demander la constitution d’un tribunal pour juger les responsables de ces crimes.


Amnesty international: la demande d’arrestation de George W. Bush est bloquée en terre africaine

  • L’organisation de défense des droits de l’homme, Amnesty international, a demandé, le jeudi 1er décembre, l’arrestation de l’ancien président américain alors que celui-ci entamait une tournée de cinq jours dans trois pays africains pour promouvoir divers programmes de santé. La Tanzanie l’a chaudement accueilli. Et la Zambie a rabroué l’ONG.
  • Délicate croisade que celle entreprise par Amnesty International : obtenir d’un pays hôte de George W. Bush, l’arrestation de ce dernier. A l’occasion de sa venue en Tanzanie, en Zambie et en Ethiopie, du 1er au 5 décembre, l’ONG a néanmoins réédité l’appel qu’elle avait lancé au Canada au mois d’octobre et qui avait déjà fait chou blanc.
  • L’ancien président américain (2000-2008) s’est en effet lancé dans une tournée africaine avec pour principal objectif de promouvoir une campagne de lutte contre les cancers féminins. A la tête de la fondation The Bush Center, l’ex-chef d’Etat s’est félicité des liens tissés avec certains gouvernements africains dans ce domaine.
  • Autorisation du « supplice de la baignoire, le waterboarding »
  • Mais pour Matt Pollard, conseiller juridique en chef d’Amnesty International, « tous les pays dans lesquels George W. Bush se rend ont l’obligation de le conduire devant la justice pour le rôle qu’il a joué dans des actes de torture ». Des actes, comme le « waterboarding », (simulacre de noyade) autorisés durant la « guerre contre le terrorisme » initiée sous son premier mandat, et pour lesquels Amnesty International et plusieurs autres organisations de défense de droits de l’homme, comme Human Rights Watch, demandent des comptes depuis des années.
  • Or selon la Convention sur la torture de 1984 (ratifiée par les Etats-Unis, l’Ethiopie, et la Zambie, mais pas par la Tanzanie), « tout Etat partie sur le territoire duquel se trouve une personne soupçonnée d’avoir commis une infraction (en l’occurrence ici un acte de torture) assure la détention de cette personne ou prend toutes autres mesures juridiques nécessaires pour assurer sa présence ». « S’il estime que les circonstances le justifient », ajoute le texte.
  • La Zambie s’est donc empressée de botter en touche. « Sur quelle base Amnesty International veut-elle que nous arrêtions M. Bush ? », s’est ainsi interrogé Chishimba Kambwili, le ministre zambien des Affaires étrangères. (…), arguant que seule une décision de la Cour pénale internationale ou d’une autre institution internationale l’y inciterait.
  • Accueil chaleureux
  • La Tanzanie, premier pays à l’avoir accueilli le 1er décembre, lui réserva même un accueil des plus chaleureux. Dans le contexte de la célébration de la journée mondiale de lutte contre le sida, le président Jakaya Kikwete a rappelé les efforts consentis par l’administration Bush dans la lutte contre cette maladie. Et a fait bien peu de cas de l’appel lancé par Amnesty International.
  • Reste l’Ethiopie, dernière étape de la tournée africaine de George W. Bush. Mais il est peu probable qu’on assiste à un scénario similaire à celui qui s’était déroulé en Suisse, en février dernier : devant la menace d’un dépôt de plainte par des victimes présumées de torture devant la justice, l’ancien président américain avait préféré annuler sa visite en territoire helvète.