Silvio Berlusconi « soutient le peuple libyen »

C’est ce qu’a déclaré Silvio Berlusconi. « Il semble que (Mouammar) Kadhafi ne contrôle plus la situation en Libye », a affirmé samedi 26 février à Rome le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi lors d’un rassemblement politique.
« Si nous sommes tous d’accord, nous pouvons mettre fin au bain de sang et soutenir le peuple libyen », a ajouté le président du Conseil lors d’une intervention devant un congrès du Parti des républicains italiens (centre-droit).
Silvio Berlusconi, jusqu’ici allié du leader libyen Mouammar Kadhafi avec lequel il a signé en août 2008 un traité d’amitié censé solder les comptes de plus de trente ans de colonisation italienne, a relevé que « le scénario géopolitique est en train de changer et que l’Italie est concernée ».

« Personne n’a pu prévoir ce qui s’est passé en Libye ni ce qui s’est passé il y a quelques semaines en Tunisie et en Egypte, et personne ne peut prévoir ce qui va se passer », a-t-il souligné.
Selon lui, les développements en Afrique du Nord sont « très incertains parce que ces peuples pourraient s’approcher de la démocratie mais l’on pourrait aussi se trouver confrontés à de dangereux centres d’intégrisme islamique ».
« Il y a le risque d’une urgence humanitaire avec des dizaines de milliers de personnes à secourir », a-t-il en outre répété.
L’Italie redoute l’arrivée de 200 à 300.000 immigrés clandestins sur ses côtes en cas de chute du colonel Kadhafi.

 

Kadhafi lance un appel pour que l’islam devienne «la religion de toute l’Europe»

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi effectuait lundi à Rome une visite officielle haute en couleurs et marquée par des polémiques en particulier un appel pour que l’Islam devienne «la religion de toute l’Europe».

Tente bédouine plantée dans le jardin de l’ambassadeur de Libye, chevaux acheminés par vol spécial de Tripoli et surtout deux rencontres avec des jeunes femmes parsemées de déclarations provocatrices: Kadhafi a multiplié les frasques depuis son arrivée dimanche.

Venu célébrer avec son ami Silvio Berlusconi le deuxième anniversaire du traité d’amitié du 30 août 2008, qui a mis fin au contentieux sur la période coloniale, Kadhafi a donné dimanche soir puis lundi après-midi deux leçons sur l’Islam respectivement à 500 puis 200 femmes, sélectionnées par une agence d’hôtesses et rémunérées à hauteur de 80 euros.

La présidente du Centre italien féminin, Maria Pia Campanile, a critiqué cette «rencontre entre le dictateur-sultan libyen Kadhafi et un groupe consistant de jeunes filles recrutées à condition d’être jeunes, belles et de se taire».

«L’Europe doit se convertir à l’Islam», a dit le colonel Kadhafi, selon des membres de son auditoire de dimanche soir, soulevant une large polémique. Lundi, selon l’une des participantes, Kadhafi a récidivé affirmant que «les femmes sont plus respectées en Libye qu’en Occident» et invitant l’assistance à épouser des hommes libyens.

«L’Islam est la dernière religion et si l’on doit avoir une seule foi cela doit être la foi en Mahomet», a-t-il indiqué, selon la participante.

Mario Borghezio, membre du parti populaire de la Ligue du Nord (majorité au pouvoir) s’est inquiété d’un «projet dangereux d’islamisation de l’Europe» invitant à se méfier de Kadhafi et de sa «philosophie de marchand de tapis», dans une allusion aux gros contrats à la clé de sa visite en Italie.

En signe de protestation, le parti d’opposition Italie des valeurs a dressé lundi une «tente de la légalité» devant l’ambassade de Libye, affirmant vouloir décerner une «laurea hororis causa» à Kadhafi pour le manque de liberté et les atteintes aux droits de l’homme dans son pays.

Avec ses déclarations sur l’Islam, «l’objectif de Kadhafi est de faire croire qu’en Occident il n’y a pas de dignité, que l’Europe ne croit qu’à l’argent», a dénoncé Rocco Buttiglione, président du Parti chrétien-démocrate UDC (opposition).

La presse a évoqué l’achat d’armement italien par la Libye qui a déjà récemment accru sa présence au capital de la banque italienne Unicredit. Pour l’Italie, le traité d’amitié prévoit 5 milliards de dollars d’investissements en compensation de la colonisation, dont une autoroute de 1 700 km en Libye. Et le groupe Eni a prévu d’investir 25 milliards d’euros en Libye, décrite par son patron Paolo Scaroni comme la «pupille de ses yeux».

D’autre part, pour « stopper » l’immigration clandestine, « la Libye soutenue par l’Italie demande à l’Union européenne au moins 5 milliards d’euros par an », a déclaré hier le dirigeant libyen lors d’une cérémonie à Rome aux côtés de Silvio Berlusconi. Le chef du gouvernement italien n’a pas commenté cette demande d’aide libyenne ni l’affirmation du colonel Kadhafi qu’elle est soutenue par l’Italie.

Répondre à la demande libyenne est dans l’intérêt de l’Europe, qui sinon, « demain, avec l’avancée de millions d’immigrés, pourrait devenir l’Afrique », a affirmé le colonel Kadhafi, en fêtant à Rome le traité d’amitié Italie-Libye signé il y a deux ans pour mettre fin au contentieux colonial. La Libye « est la porte d’entrée de l’immigration non souhaitée » qu’il faut « stopper sur les frontières libyennes », a argué le dirigeant libyen.

Il a également invité les Libyens ayant des ressources à investir en Italie. « Il y a aussi une immigration souhaitée. Il y a des Libyens qui ont de l’argent et je les encourage à venir en Italie pour investir », a-t-il dit. Selon Mouammar Kadhafi, M. Berlusconi s’est ému en inaugurant hier une exposition photographique sur l’histoire des relations entre la Libye et l’ancienne puissance coloniale italienne. M. Berlusconi « a pleuré devant les photos relatives aux drames vécus par le peuple libyen, mais la chose importante est que cela ne se reproduise pas », a déclaré le colonel Kadhafi au cours d’un discours fleuve de 40 minutes.