Après plus d’un an de détention arbitraire, Israël libère l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri

« La liberté est un sentiment indescriptible », a confié Salah Hamouri en retrouvant son domicile familial, à Jérusalem-Est. L’avocat franco-palestinien a été libéré de prison, dimanche 30 septembre, après plus d’un an de détention administrative en Israël.

Salah Hamouri, âgé de 33 ans, avait été arrêté à Jérusalem le 23 août 2017. Les accusations portées contre lui sont restées confidentielles, comme c’est souvent le cas pour les détentions administratives. Peu après sa libération, Salah Hamouri a clamé son innocence, regrettant que la France n’ait pas « fait assez pour obtenir [s]a libération ».

« Le système de détention dans les prisons israéliennes est souvent dur, les Israéliens essaient de tout faire pour emprisonner notre volonté, pour nous isoler de notre société et de notre famille. »

C’est dans une prison du Néguev, dans le sud d’Israël, que l’avocat avait été placé en détention. Il n’a pas pu recevoir de visite de sa femme française, dont les demandes de visa pour venir en Israël ont constamment été refusées depuis janvier 2016.

« Aucune célébration »

Le régime de détention administrative, très critiqué par les défenseurs des droits de l’homme, permet à Israël de priver de liberté des personnes pendant plusieurs mois – renouvelables indéfiniment sans avoir à leur en notifier les raisons.

Cette fin de détention ne se fait pas sans condition. Salah Hamouri ne devra participer à « aucune célébration [notamment de sa libération] pendant trente jours », a précisé son avocat, Me Mahmoud Hassan. Il lui est également interdit de prendre part à des activités militantes pendant cette période, a ajouté Me Hassan en précisant que son client avait payé une caution de 3 000 shekels (709 euros).

Macron a refusé de recevoir Mme Lefort-Hamouri

Le président français, Emmanuel Macron, avait évoqué à plusieurs reprises le cas de Salah Hamouri avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, selon le Quai d’Orsay mais il a toujours refusé de recevoir Elsa Lefort, épouse de Me Hamouri.

5 500 Palestiniens détenus

Né à Jérusalem de mère française et de père palestinien, Salah Hamouri a déjà été emprisonné à plusieurs reprises, dont une longue incarcération entre 2005 et 2011 pour « complot et appartenance aux jeunesses du Front populaire de libération de la Palestine [FPLP] », un groupuscule palestinien de gauche, qu’Israël considère comme une organisation terroriste. Il avait alors accepté de plaider coupable pour réduire de moitié sa peine, de quatorze à sept ans. Finalement, il avait été libéré en décembre 2011, avec un millier d’autres prisonniers palestiniens, en échange du soldat franco-israélien Gilad Shalit, capturé en 2006 par un commando palestinien au sud de la bande de Gaza.

Il avait été libéré en décembre 2011 dans le cadre d’un échange de prisonniers et avait toujours clamé son innocence. A sa sortie de prison, après avoir repris ses études de droit, il était devenu enquêteur de terrain pour l’association Addameer, qui défend les droits des prisonniers palestiniens. Trois jours avant son interpellation en août 2017, il avait passé l’examen du barreau palestinien.

Selon l’ONG palestinienne Addameer, plus de 5 500 Palestiniens sont actuellement détenus dans les prisons israéliennes, dont environ 450 en détention administrative.

Salah Hamouri : «la division interpalestinienne est un cadeau pour l’occupation»

Le Franco-Palestinien Salah Hamouri, a été libéré dimanche 18 décembre 2011 dans le cadre d’un échange de prisonniers palestiniens. Arrêté en mars 2005, Salah Hamouri, 26 ans, avait été reconnu coupable en 2008 par un tribunal militaire israélien de projet d’assassinat du rabbin Ovadia Yossef et condamné à sept ans de prison. Il a toujours clamé son innocence. Au micro de Frédérique Misslin, Salah Hamouri revient sur les conditions de sa détention et évoque, entre autres, le « printemps arabe » et ses espoirs de voir les dirigeants des deux partis palestiniens – le Hamas et le Fatah – réconciliés.

 

RFI : Salah Hamouri, bonjour. Vous êtes libre depuis maintenant une semaine après avoir passé sept ans dans les prisons israéliennes. On vous accusait d’avoir projeté d’assassiner un rabbin. Une accusation que vous avez toujours niée. Vous avez été libéré dans le cadre d’un échange avec Israël, un échange négocié : la libération de Gilad Shalit contre 550 prisonniers palestiniens. D’abord cette première semaine de liberté, comment s’est-elle passée ?

Salah Hamouri : La première semaine de liberté, le sentiment est extraordinaire. Je réfléchis et j’ai commencé à découvrir les choses. Je commence peu à peu à reprendre les choses avec la famille, les amis aussi et tout ce qui s’est passé pendant ces sept ans. Les choses qui se sont développées en général dans toute la Palestine. Sept ans, c’est une longue période alors il me faut encore beaucoup de temps pour la découvrir.

RFI : Je voudrais qu’on revienne sur ces sept ans de détention. D’abord, comment s’est passé votre arrestation ?

S. H. : J’ai été arrêté sur le check-point de Kalandia. J’étais dans une voiture et les soldats sont venus. Ils m’ont pris et m’ont menotté. Ils m’ont mis une chose sur les yeux pour ne rien voir et ils m’ont pris.

RFI : Vous n’avez pas été jugé immédiatement.

S. H. : Non, non. Je n’ai pas été jugé immédiatement. J’ai passé trois ans et deux mois avant d’être jugé.

RFI : Vous avez été jugé par un tribunal militaire ?

S. H. : J’ai été jugé par un tribunal militaire illégal qui se déplace dans les territoires occupés.

RFI : Vous avez été donc condamné d’une part pour votre appartenance au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Et deuxième chef d’inculpation : ce projet d’assassinat contre le rabbin Ovadia Yossef, ce rabbin ultra-orthodoxe du parti Shass. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur ces deux chefs d’inculpation ?

S. H. : Je n’étais pas la seule personne visée. Mais je crois tellement qu’il y a  l’occupation, Israël continue de condamner tout le peuple palestinien.

RFI : Vous appartenez toujours au FPLP ?

S. H. : Le FPLP est un parti qui est connu au niveau international. C’est un parti membre de l’OLP [Organisation de libération de la Palestine], un parti progressiste qui connaît bien les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme. C’est un parti qui a beaucoup fait pour la Palestine. Je suis bien avec ce parti qui a beaucoup fait, qui a des amis partout dans la France, dans l’Europe et dans le monde.

RFI : Concernant l’accusation du projet d’assassinat contre le rabbin Ovadia Yossef, qu’est-ce que vous pouvez nous dire ?

S. H. : Nous on n’avait pas l’intention [d’assassiner le rabbin Yossef, NDLR] ce sont les Israéliens qui l’ont dit. Je continue de croire à mon innocence personnelle et à l’innocence des gens qui étaient avec moi dans cette cause-là. Je continue de croire à notre innocence.

RFI : Il y a eu dans la presse israélienne, après votre libération, toute une polémique selon laquelle vous auriez souhaité à votre sortie la mort de ce rabbin, le leader du pari Shaas ?

S. H. : La machine de la propagande israélienne continue de construire tous ces mensonges.

RFI : Parlons des efforts de la France. Est-ce que vous avez été suffisamment soutenu par les autorités françaises pendant ces sept années ?

S. H. : Malheureusement, le gouvernement français, la France officielle a bien réagi mais trop tard après l’échange, après la sortie de Gilad Shalit. Je n’ai pas senti que j’étais défendu comme un vrai citoyen français. Ma liberté est une conséquence directe des efforts du comité de soutien et tous les gens qui m’ont soutenu pendant ce temps-là.

RFI : Je reviens sur les conditions de votre détention pendant sept ans. Comment ça s’est passé ?

S. H. : Les circonstances de détention ont changé plusieurs fois. Dans chaque prison, il y a des circonstances différentes.

RFI : Parce que vous avez été transféré à chaque fois dans des prisons différentes pendant sept ans ?

S. H. : Oui, j’ai été transféré dans différentes prisons. Les Israéliens essaient d’utiliser leurs moyens de pression sur les prisonniers politiques pour essayer de briser leurs nerfs, de casser leur volonté, de défigurer leurs idées politiques. Il y avait beaucoup de moyens de pressions sur les prisonniers.

RFI : Quels étaient ces moyens de pression que vous dénoncez aujourd’hui ?

S. H. : Tout d’abord, il y a l’isolement total des dirigeants palestiniens. Dans les prisons, ils sont isolés totalement dans des circonstances très difficiles. Ils n’ont pas le droit d’être en contact avec personne. Il y a l’empêchement de recevoir des livres. Nous, on était empêché de recevoir de la lecture pendant deux ans. Il y a aussi le sujet des visites. Les prisonniers de la bande de Gaza n’ont pas reçu aucune visite depuis le déclenchement de l’Intifada. Il y a beaucoup de sujets et là je parle seulement de quelques-uns.

RFI : Et vous-même, vous avez été soumis à des pressions ?

S. H. : Les conditions de détention, c’est pour tous les prisonniers, tous les prisonniers politiques.

RFI : Pendant ces sept ans, il s’est passé beaucoup de choses en Palestine et dans le monde. Qu’est-ce que vous pensez par exemple du projet palestinien de se faire reconnaître en tant qu’Etat auprès de l’ONU de façon unilatérale ?

S. H. : Tout d’abord, je crois que le premier projet sur le plan palestinien, ça doit être la réconciliation interpalestinienne. Je crois que le commandement des deux grands partis en Palestine doit mettre un frein à cette division politique entre les deux partis parce que c’est un cadeau pour l’occupation.

RFI : Il faut que le Fatah et le Hamas se réconcilient ? C’est ça que vous nous dites ?

S. H. : Oui, c’est ça.

RFI : Pendant que vous étiez également en prison, il y a eu toutes ces révoltes, tout ce printemps arabe dans la région. Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que vous l’avez senti souffler à votre sortie de prison ?

S. H. : Le printemps arabe, j’espère bien qu’il sera aussi le printemps de la Palestine. C’est la démocratie, c’était une demande du monde arabe.

RFI : Qu’est-ce que vous allez faire maintenant Salah Hamouri ? Est-ce que vous projetez de venir en France ?

S. H. : Vous voulez dire : est-ce que je souhaite venir en France avec tous les gens qui m’ont soutenu personnellement et qui ont soutenu la Palestine, la cause des prisonniers politiques ? Je veux être avec eux pour les remercier pour leur travail parce que leur travail était le pont de l’espoir pour moi et pour tous les prisonniers politiques.

Source RFI   Par Frédérique Misslin