Algérie: Saïd Bouteflika condamné à 15 ans de prison en appel

En Algérie, Saïd Bouteflika, frère de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, et deux anciens chefs du renseignement algérien ont été condamnés le 10 février à 15 ans de prison par un tribunal militaire pour complot contre l’armée et l’État.

Le tribunal militaire de Blida, à une cinquantaine de kilomètres d’Alger, confirme ainsi la peine qui leur avait été infligée, en première instance. Ils sont accusés de complot, accusés d’avoir tenu une réunion pour déstabiliser le haut commandement militaire, fin mars, alors que l’armée appelait au départ de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Ce dernier a démissionné, quelques jours plus tard, au mois d’avril.

En revanche, leur co-accusée, Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, n’a pas été reconnue coupable de complot. Selon l’un de ses avocats, maître Boudjemaâ Guechir, le tribunal a toutefois considéré qu’elle était au courant d’un complot qu’elle n’a pas dénoncé. Elle est donc condamnée, cette fois, pour non dénonciation de complot.

Louisa Hanoune voit sa peine réduite à 3 ans de prison dont 9 mois de prison ferme, le reste avec sursis. Elle est donc libérable immédiatement. Une délégation de son parti l’attendait pour l’accueillir à sa sortie de prison.

Algérie: le premier procès pour corruption d’anciens dirigeants s’ouvre à Alger

Après un renvoi le 2 décembre à la demande des avocats de la défense, le procès historique d’anciens ministres et grands patrons de l’ère Bouteflika s’est ouvert le 4 décembre à Alger. Mais ce premier grand procès de la corruption est fortement critiqué. 

L’audience s’est ouverte en milieu de matinée et a duré presque 9 heures. Les avocats de la défense se sont retirés de la salle pour protester contre les conditions dans lesquelles se tenait le procès, à une semaine de la présidentielle, mais le juge a poursuivi l’instruction.

Ce procès fait suite aux vastes enquêtes déclenchées après la démission d’Abdelaziz Bouteflika au mois d’avril. Pour la première fois depuis l’indépendance en 1962, d’anciens chefs de gouvernement sont jugés en Algérie.

Sur le banc des accusés, on compte ainsi deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, et plusieurs ex-ministres de l’Industrie et des Transports. Ils ont été interrogés sur la manière dont des avantages ont été accordés aux entreprises de montage automobile ainsi que sur le financement de la campagne électorale du 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika.

Abdelmalek Sellal rejette la responsabilité sur son successeur. Et pour la campagne, il confirme avoir ouvert un compte bancaire à son nom, mais affirme que c’est Said Bouteflika, le frère du président, qui gérait tout. Le juge interroge sur les prêts de sept millions d’euros versés au profit d’Abdelaziz Bouteflika à partir du mois de février. Il n’aura pas de réponse. Ahmed Ouyahia répète que tout ce qu’il a fait était permis. Le juge l’interroge sur l’équivalent de trois millions d’euros sur l’un de ses comptes bancaires. Il rétorque que ça n’a pas de lien avec ses fonctions de Premier ministre.

Collusion avec le milieu automobile

Dans le box figurent aussi plusieurs grands patrons bien connus des Algériens, dont Ali Haddad, l’ancien président du Forum des chefs d’entreprises (FCE) et surtout plusieurs patrons de la filière automobile algérienne.

Car la jeune filière automobile algérienne est au coeur de ce procès. Au cours des dernières années, elle a bénéficié de larges aides publiques et d’importants avantages fiscaux mais les grands groupes ont rapidement été soupçonnés de faire de l’importation masquée dans de fausses usines, où arrivent des kits de montage.

En échange de ces largesses, les grands patrons auraient été sollicités pour financer les partis et les campagnes de leurs bienfaiteurs. Le procès qui s’ouvre devra donc se pencher sur les rouages de ce système de collusion.

Procès biaisé

Mais selon les avocats, les conditions d’un procès juste et équitable ne sont pas réunies. À moins de dix jours de l’élection présidentielle, réunis en collectif, ils dénoncent une justice « politisée et dépendante des délais électoraux », sur fond de « règlements de comptes et de vengeance » entre clans.

Mêmes inquiétudes du côté de la société civile, qui estime qu’il ne peut pas y avoir de justice sans un véritable changement de régime.

Pour Djilali Hadjadj, fondateur et porte-parole de l’Association algérienne de lutte contre la corruption, ce procès n’est qu’une instrumentalisation de la justice, qui pose de vraies questions sur la séparation des pouvoirs dans le pays.

Algérie: Ahmed Gaïd Salah frappe la « bande »

Saïd Bouteflika et deux ex-chefs des services de renseignement ont été incarcérés à l’issue de leur comparution devant le tribunal militaire de Blida.

Les têtes continuent de tomber en Algérie. Saïd Bouteflika, le jeune frère et conseiller de l’ancien président, et deux anciens chefs des services de renseignement, les généraux Bachir Athmane Tartag et Mohamed Mediene dit « Toufik », ont été incarcérés dimanche après leur comparution devant le tribunal militaire de Blida. Ils avaient été arrêtés la veille par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Depuis l’accident vasculaire cérébral dont Abdelaziz Bouteflika a été victime en 2013, Saïd était considéré comme le véritable patron de l’exécutif. Honni par la rue, il était dans le collimateur du général Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP).

Durant le règne de Bouteflika, le pouvoir a été largement partagé entre la présidence, le renseignement et l’armée. Mais au fil du temps, le clan présidentiel a renforcé son emprise sur les institutions. Il s’est attaché à réduire l’influence des hommes des services secrets en démantelant le Département du renseignement et de la sécurité (DRS ex SM, hérité de la guerre d’indépendance), et en poussant Toufik à la retraite en 2015.

Il avait ensuite tenté de démettre le général Gaïd Salah. La révolte populaire est venue redistribuer les cartes au profit de l’armée. La main de Gaïd Salah semble être derrière les arrrestations d’oligarques proches de Saïd Bouteflika et de Toufik, qui se multiplient. Il en va de sa survie personnelle à l’heure où les règlements de compte sont nombreux. Le patron de l’ANP accuse la « bande », nom générique donné à ses adversaires, de comploter contre lui, même s’il fait passer cela pour une conspiration contre le peuple. Le mois dernier, il avait menacé Toufik de représailles juridiques. Il lui reproche d’avoir œuvré en coulisse, avec Saïd Bouteflika, pour imposer l’ex-président Liamine Zeroual à la tête de la transition. Ce dernier avait confirmé avoir été approché, refusant l’« arrangement ».