Le chef d’Al-Qaïda appelle les musulmans du Maghreb à combattre la France

Le chef d’Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri a appelé les musulmans du Maghreb à combattre les soldats français au Sahel, dans un message vidéo rendu public récemment, selon le Centre américain de surveillance des sites djihadistes SITE. Dans cette vidéo de sept minutes, qu’aucun élément ne permet de dater, le successeur d’Oussama ben Laden ne fait aucune référence aux récents attentats de Ouagadougou, revendiqués par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), un mouvement jihadiste basé au Mali et affilié à Al-Qaïda.
La semaine dernière, une double attaque coordonnée a visé l’ambassade de France et l’état-major général des armées burkinabè dans la capitale du Burkina, faisant sept morts et plus de 80 blessés parmi les forces de l’ordre. Neuf jihadistes ont été abattus. “Ceux qui ont combattu, tué et pourchassé vos pères sont de retour pour tuer vos frères musulmans (…) et vous rappeler que vous restez sous leur occupation et leur oppression”, affirme Ayman al-Zawahiri, en référence à l’époque de la colonisation.
Il souligne également l’échec des révolutions du Printemps arabe estimant que “l’ancienne corruption est revenue, mais plus féroce (…) qu’avant”. Ayman al-Zawihiri menace régulièrement la France dans ses messages: en septembre dernier, il avait déjà appelé les musulmans du Maghreb et d’Afrique subsaharienne à donner “une leçon aux Français” qui “ont tué vos aïeux, occupé vos terres et torturé vos ancêtres”.
Environ 4.000 soldats français sont déployés au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane qui combat les groupes jihadistes dans la région et appuie les forces des pays du G5-Sahel.

Un attentat suicide déjoué en Algérie

  • Les forces armées algériennes ont déjoué une tentative d’attentat suicide à Constantine et tué le kamikaze. Une seconde personne a été arrêtée lors de l’opération menée hier soir dans la troisième ville d’Algérie où le groupe Etat islamique (EI) avait revendiqué fin février une tentative d’attentat contre un commissariat de police, elle aussi déjouée.

En octobre, trois hommes soupçonnés d’appartenir à un groupuscule lié à l’EI avaient abattu un policier dans un restaurant de Constantine. Les attaques et attentats sont devenus moins fréquents en Algérie depuis la fin du conflit des années 1990 contre les islamistes armés, qui a fait plus de 200.000 morts.

Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et de petits groupes de djihadistes alliés à Daech sont cependant toujours actifs, notamment dans les zones reculées des montagnes et dans le Sud, près des frontières avec les pays du Sahel.

Libye “libérée” : Cinq pays du Sahel appellent l’ONU ou l’OTAN à ré-intervenir

Cinq pays du Sahel, en accord avec l’Union africaine (UA), ont appelé vendredi 19 décembre l’ONU à mettre en place une force internationale « pour neutraliser les groupes armés » en Libye.

Le Tchad, le Mali, le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso, rassemblés au sein du Groupe des cinq du Sahel – aussi appelé G5 Sahel – à Nouakchott, capitale de la Mauritanie, saluent « les efforts déployés par les pays voisins » de la Libye et l’ONU « en vue de réunir les conditions d’un dialogue entre toutes les parties libyennes à l’exception des groupes terroristes reconnus comme tels », selon le communiqué final de leur sommet. « Néanmoins, le G5 Sahel lance un appel au Conseil de sécurité des Nations unies pour la mise en place, en accord avec l’Union africaine, d’une force internationale pour neutraliser les groupes armés, aider à la réconciliation nationale et mettre en place des institutions démocratiques stables » en Libye, ajoute le communiqué.

Lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet, le chef de l’Etat mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, également président en exercice de l’Union africaine, a assuré que le G5 Sahel avait « officiellement » saisi l’UA et l’ONU de la question, sans préciser la forme de la requête ni indiquer à quelle date elle a été formulée.

 

« Les instances élues, notamment le Parlement libyen élu, ont besoin de force pour mettre en œuvre leurs programmes de développement, dans la paix et la stabilité », a-t-il estimé. La Libye est plongée dans le chaos depuis le renversement du colonel Mouammar Kadhafi par la France de Sarkozy au terme de huit mois de conflit en 2011. Livré aux milices, le pays est dirigé par deux Parlements et deux gouvernements – l’un proche des milices islamistes et l’autre reconnu par les Occidentaux – qui se disputent le pouvoir.

 

Ces derniers jours, plusieurs dirigeants africains ont souligné la menace que constituent pour les pays sahélo-sahariens le djihadisme et les trafics transfrontaliers en tous genres en provenance du sud de la Libye, aux confins de l’Algérie, du Niger et du Tchad.

Une partie des djihadistes refoulés du Mali, dont l’Algérien Mokhtar Belmokhtar et le Malien Iyad Ag Ghali, se sont retranchés dans cette région par où transitent les trafics d’armes prélevées sur les gigantesques stocks du colonel Kadhafi. « Aucune armée africaine ne peut aller détruire en Libye le terrorisme (…). Il n’y a que l’OTAN qui en a les moyens », avait soutenu à Dakar le président tchadien, Idriss Déby.

 

« Si on veut résoudre le problème du Sahel, il faut s’occuper de la Libye. Nous pourrons les accompagner », a insisté M. Déby, dont le pays, puissance régionale, est militairement présent au Mali pour lutter contre les djihadistes depuis 2013.

Sahel: Valls termine sa tournée sécuritaire au Mali et en Mauritanie

Le ministre français de l’Intérieur a terminé dimanche sa visite au pas de charge à Bamako, au Mali, avant de se rendre à Nouakchott, en Mauritanie. Dans les deux capitales, Manuel Valls a affiché sa volonté de resserrer les liens de coopération dans le domaine de la sécurité, avec deux cibles principales : le terrorisme et les trafics de stupéfiants.

 

Après le Sénégal et la Côte d’Ivoire, Manuel Valls était à Bamako, dimanche. La lutte contre le terrorisme et le crime organisé a été au centre des discussions entre les ministres français de l’Intérieur et les autorités maliennes. L’objectif, selon le ministre français, est de parvenir à équiper les forces de sécurité du Mali dans plusieurs domaines.

Mali: Valls promet des armes, des véhicules et de la formation

Pour Manuel Valls, la coopération dans ces domaines entre la France et le Mali doit pouvoir «se traduire très vite dans les actes en terme de soutien [et] d’équipements, de la police et de la gendarmerie [malienne] et c’est vrai notamment dans le nord». Si le ministre français de l’Intérieur a évoqué «des équipements de protection, pour les policiers ou les gendarmes qui agissent», ainsi que «des véhicules» et «aussi, évidemment, des armes», il a aussi insisté sur la formation des forces de sécurité maliennes.

Former les forces de sécurité du Mali pour éviter les dérives, pour qu’elles soient compétentes et efficaces sur le terrain, Paris et Bamako sont totalement en phase sur ce sujet. «Il y a urgence, ici au Mali, à reconstruire un Etat de droit, et notre coopération se poursuivra également dans le domaine du renseignement», a par ailleurs déclaré Manuel Valls.

Mauritanie: coppération dans le domaine du renseignement

Dans l’après-midi de dimanche, c’est sur les mêmes thématiques que Manuel Valls a échangé avec les autorités mauritaniennes, dont il a, à plusieurs reprises, salué l’engagement dans la lutte contre le terrorisme. Après avoir été reçu par le président Ould Abdel Aziz et le Premier ministre mauritanien, le ministre de l’Intérieur français a signé avec son homologue mauritanien un protocole de partenariat visant à renforcer la coopération en matière de sécurité et de gouvernance.

Un document qu’il a qualifié «d’historique», car, a-t-il expliqué au micro de RFI, « c’est une première à ce niveau-là, au niveau des ministres de l’Intérieur, [que] de développer une coopération intense dans tous les domaines. C’est vrai dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. C’est vrai dans la lutte contre les trafics de stupéfiants. Deux phénomènes dont il n’est pas utile de dire à quel point ils sont déstabilisants pour nos pays et nos sociétés.»

Et dans ces domaines, le ministre français de l’Intérieur a jugé qu’«en matière de renseignement, de formation de la gendarmerie, de la police, d’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, nous pouvons aller incontestablement plus loin» dans la coopération entre la France et la Mauritanie.

De retour à Paris, Manuel Valls devait rencontrer Jean-Marc Ayrault, ce lundi mati à Matignon.

Source RFI


UE: un Français nommé “Monsieur Sahel”

Le diplomate français Michel Reveyrand de Menthon a été nommé aujourd’hui “représentant spécial de l’Union européenne pour la région du Sahel”, un poste créé pour mettre en oeuvre la stratégie européenne dans cette région troublée, a annoncé lundi l’UE.

Agé de 52 ans, Michel Reveyrand de Menthon a une grande expérience de la région puisqu’il a été ambassadeur au Mali entre 2006 et 2011 puis au Tchad. Ce “diplomate français de haut niveau” prendra ses fonctions en avril pour un mandat initial d’un an, a précisé l’UE dans un communiqué.

“Il jouera un rôle clé dans la mise en oeuvre de la politique globale de l’UE au Sahel, par la stratégie de l’UE pour la sécurité et le développement et en liaison avec nos partenaires internationaux”, a déclaré Catherine Ashton, la chef de la diplomatie de l’UE, en annonçant sa nomination.

“Il est d’une importance cruciale que le Mali et le Sahel dans son ensemble puissent retrouver la paix, la sécurité et le développement”, a-t-elle ajouté dans un communiqué. La création du poste avait été annoncée dans le cadre de la mise en oeuvre d’une “stratégie globale” pour la région, engagée par Bruxelles en début d’année, alors que la France menait une opération militaire le 11 janvier pour aider les autorités maliennes à reconquérir le nord du pays.

Bruxelles a notamment lancé la mission militaire de formation de l’armée malienne (EUTM Mali), qui doit débuter dans les premiers jours d’avril. L’UE a également repris son aide au développement au Mali, partiellement suspendue depuis le coup d’Etat de mars 2012, et accru son soutien aux pays voisins comme le Niger et la Mauritanie.

Michel Reveyrand de Menthon est le mari de la ministre française des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine.

The war in Mali: an ‘Afghanistan’ nobody can afford

—   —   By OUSSAMA ROMDHANI
AL ARABIYA

Nobody could have probably better expressed the declared intent by the West to meet the ongoing challenges in the Sahel and Sahara regions than UK Prime Minister David Cameron. Speaking to the Commons, on Monday, he talked of a “generational struggle” against terrorism, which required the same type of resolve it took to defeat Nazi Germany.

 

Oussama Romdhani

“What we face is an extremist, Islamist, al-Qaeda-linked terrorist group. Just as we had to deal with that in Pakistan and in Afghanistan so the world needs to come together to deal with this threat in North Africa,” he added.

 

For the West, and especially for Europe, the stakes are indeed high. First and foremost, there are the security risks emanating from the increasingly “ungoverned areas” in the Sahel. Talking about the current Mali crisis, Mr. Cameron warned of the danger of “a new terrorist haven on Europe’s doorstep.” For months now, experts have been warning that if left unchecked, Sahel-based narco-trafficking, arms smuggling and Jihadist activities could unavoidably reach the northern shores of the Mediterranean.

From the point of view of economic interests, the terrorist attack on the south of Algeria gas installation of In Amenas was an unprecedented wakeup call. It dramatically pointed to the vulnerability of North African gas and oil installations on which depends, to a great extent, the energy security of Europe. For the European continent, North African gas supplies constitute a cost-efficient alternative to Russian energy exports. Algeria supplies Europe with 20 percent of its gas needs. In the post-In Amenas environment, security risks have risen in the oil and gas fields in Algeria, Libya, and Egypt and even in Nigeria. At stake, also, are the other natural riches of West Africa: Gold mining provides Mali with 66 percent of its export revenues, not to mention the increasingly coveted uranium resources of Niger.

The war effort

Such considerations aside, French military intervention in Mali was facilitated by a consensus among French military planners that the military mission was ‘doable.” Some have pointed out, however, to French shortcomings in matters of logistics and drone capacity. To remedy to that, several Western nations, including the United States, the United Kingdom, Belgium, Spain and Denmark have promised to transport planes and logistical support. Other nations, such as Britain and the United States, will provide intelligence and counter-terrorism resource backup.

The EU will send a 450-member military training mission starting next month. It will also allocate 50 million Euros for logistical support to the internationally-mandated force (AFISMA) as well as 250 million Euros for development and transition assistance in Mali.

At this stage, nobody is talking about European “boots on the ground” (apart from the military trainers), although there is a 1,500 strong European rapid-deployment force on stand-by for emergency situations. France has not yet asked for such support.

There is also the possibility of the United States providing support in matters of refueling, surveillance and drone-support. But that will be only possible once it sorts out the legal impediments currently preventing its direct involvement in Mali.

And then there is of course “Plan A”: that of the previously-planned ECOWAS force. As part of an “accelerated” version of the initial West African plan, 830 soldiers from countries such as Benin, Togo, Niger and Nigeria, and 170 from Chad, have made it to Mali, where they joined France’s 2,150 strong force. In the aftermath of the France-West Africa summit, held last Saturday in the Cote d’Ivoire, countries such as Benin, Ghana, Senegal, Liberia, Sierra Leone and Ivory Coast have pledged to contribute troops. African troops are eventually expected to reach the 5,000 mark.
Exit mode

But despite all appearances, the Mali situation is unlikely to become another Afghanistan. Western nations are collectively on an “exit mode.” Nobody, particularly not the United States, is in mood for another prolonged quagmire. The Obama Administration is absolutely not eager to get involved, any time soon, in Afghanistan or Iraq-like experiences. The track record of the United States and Europe in recent military adventures in the Muslim world has not been reassuring. With this disengagement-dominated mindset, it is not surprising that many of the nations of Europe are curiously rushing to deny any intent of contributing “boots on the ground.” Some even seem to be going out of their way to underline their lack of experience in African conflicts. UK foreign secretary William Hague has been hence stressing the limits that Britain has “limited diplomatic resources” in Francophone Africa.

Costs of war

Foreign wars are even less appealing today as Europe and the United States are struggling today to contain their financial woes. Military operations in Mali could be a costly enterprise. For the French, the cost of war in Mali, at the current pace of operations, is estimated at about 400,000 Euros a day. If it is any indication, intervention in Libya did cost the French about 1.2 billion Euros.

According to the Commission of the Economic Community of West African States (ECOWAS), the cost of operations of the African-led International Support Mission in Mali (AFISMA) is expected to be at no less than $500 million. No burden sharing system has been yet devised; and nobody has an idea who will end up footing the bill. The French are however hopeful that international donors will finalize their contributions on Jan. 29 in the Ethiopian capital, Addis Ababa.

Can North Africa be another Pakistan?

To complete an Afghanistan scenario, you probably need a North African Pakistan. The domestic social and cultural makeup of North Africa and its geostrategic predispositions do clearly set it apart from Pakistan. Besides, no North African country is eager in any case to assume the burdens Pakistan had to bear in the Afghan conflict. In the face of post Arab-Spring turbulence, North African nations would like in fact no better than to avoid inviting further instability. The Algerian episode has naturally stoked fears of terrorism. Algeria, Libya and even Egypt have been taking a second-look at their border security and at the measures aimed at protecting their hydrocarbon installations. Morocco also announced the dismantling of a new Al-Qaeda terrorist cell involved in recruiting Jihadi fighters for conflicts outside the country.

In the aftermath of the hostage-taking incident of In Amenas, Algerian authorities are likely to feel vindicated by their very cautious approach. Information disclosed by Algerian Prime Minister Abdelmalek Sellal regarding the In Amenas attack, was in many regards disturbing in terms of regional security. The terrorist group was composed of nationals from many countries of the region and beyond. Members of Mokhtar Belmokhtar’s “Signers with Blood Battalion” were able to cross into Algeria, from Mali, Niger, Libya, without triggering alarm. If anybody had any doubts, the trans-Saharan Jihadi network is clearly at work. Jihadis have had time to organize and equip themselves. In doing so, they helped themselves in particular from Libyan depots since the fall of Qaddafi.

Still, there are those in Sub-Saharan Africa who still would like the Maghreb countries to participate in the Mali military campaign. “I call on both Mauritania and Algeria to participate along with African and international forces in order to eliminate terrorist forces in the north of Mali,” declared Saturday in Abidjan ECOWAS Chairman and Côte d’Ivoire President Alassane Ouattara. But among North African states, there does not seem to be much interest in considering additional support measures. Even the over-flight permissions for French army jets granted by Algeria and Morocco have proven to be domestically controversial. Algeria and Tunisia have already said clearly they will not send troops beyond their borders. Egypt and Libya have even criticized the French military intervention. Furthermore, countries of North Africa are in fact hardly reassured when western powers allude to the “Somali model” as a goal to be achieved in Mali.

Beyond the security problem

The basic trouble with the intervention in Mali is that it is gearing to addressing the immediate threats but not at addressing the myriad of factors at the root of the increasingly untenable situation. After having failed to set up an adequate regional post-war strategy following its military intervention in Libya, Western nations are trying to contain the unintended fallouts of that intervention on the region. But Far-reaching remedial action will need to take into consideration more than that. There will be no durable solution without addressing the long-simmering ethnic grievances as well as the problems of population growth, poverty and unemployment in the larger region of northern, western and Saharan Africa. William Lawrence, North Africa analyst at the Brussels-based International Crisis Group, said: “A security response is at best a partial response. Until a robust political, humanitarian and economic effort is implemented, the security effort won’t solve these problems.”

Without that kind of comprehensive vision, Mr. Cameron will be probably proven right in his recent prediction that the conflict in Mali could last “decades” and not months. Without that vision, also, we will see the proliferation of “failed states” in West Africa and beyond. Not an outcome, which the poor populations of the Sahel and the Sahara can afford.

(Oussama Romdhani is a former Tunisian minister of Communication, previously in charge of his country’s international image. He served as a Tunisian diplomat to the United States, from 1981 to 1995. A recipient of the U.S Foreign Service Distinguished Visiting Lecturer Award, he was also a Washington DC press correspondent and Fulbright Research Scholar at Georgetown University. Romdhani is currently an international media analyst.)

Algérie de 2013 : entre incertitudes et espoir

—    —   Professeur Abderrahmane MEBTOUL Expert international

 

L’année 2012 se termine et commence bientôt l’année 2013. Dans ce cadre, bien  que le pouvoir algérien soit préoccupé essentiellement par deux facteurs, l’élection présidentielle d’avril 2014, avec entre temps la révision constitutionnelle, devant éviter tous  remous sociaux  avant cette date et  ce qui se passe au Sahel risquant une déstabilisation de la  région,  il est bon  de dresser le bilan socio-économique de la situation actuelle afin d’entrevoir  l’année 2013. Synthèse d’un ouvrage à paraitre, c’est l’objet de cette contribution.

 

1.-Aisance financière et importance de la dépense publique

 

Les   réserves de change, moyen et non facteur de développement,   ont été  estimées à 56 milliards de dollars en 2005, 77,78 milliards en 2006, 110 milliards en 2007 à 138,35 milliards de dollars en 2008, à   147,2 milliards en 2009, à 157 milliards de dollars  fin 2010   à 188 milliards de dollars  fin  2011 et à 193 milliards de dollars en octobre 2012 sans compter  par la banque d’Algérie  et essentiellement  grâce à la rente des  hydrocarbures  sans compter les 173,6 tonnes d’or. Plus de 90% des 86% de ces réserves y compris les DTS au FMI sont placées à l’étranger respectivement en bons de trésor américains et en obligations européennes. L’Algérie connait un niveau de la  dette extérieure à moyen et long terme faible étant  inférieur à 4 milliards de dollars   (principal et  service de la dette)  et la dette intérieure à moins de 1 milliard de dollar. Comment expliquer depuis près de deux années la distorsion cours vente au cours officiel existant un écart de près  de 50% avec le cours sur le marché parallèle de la valeur du dinar.  La monnaie  est un rapport social traduisant la confiance ou pas entre l’Etat et les citoyens, étant est un  signe, moyen et non facteur de développement autant que les réserves de change.  Toute dévaluation, pour une économie productive,  dynamise les exportations et toute réévaluation les freine. Il  existe actuellement une corrélation d’environ 70% entre la valeur actuelle du dinar et ce stock de devises via la rente des hydrocarbures, sinon le dinar flotterait à plus de 300 dinars un euro. Encore que  se pose  le problème de la cotation du dinar qui  n‘obéit  pas toujours  aux règles économiques comme en témoigne les dérapages tant par rapport à  la cotation du dinar  par rapport à l’euro  et au dollar alors que le dollar a subi une appréciation   de 10/15% par rapport à l’euro. Ces mesures ponctuelles sont été édictées principalement pour freiner les importations suite à l’importante augmentation des salaires et ont des répercussions négatives tant pour les opérateurs qui s‘approvisionnent à l’étranger que sur le pouvoir d’achat des citoyens. Comme cette politique monétaire répond au  souci de gonfler artificiellement le fonds de régulation des recettes et la fiscalité des hydrocarbures  variant entre 60/70%  et donc  de voiler l’importance du déficit budgétaire et l’inefficience de la dépense publique puisque les calculs  se font après reconversion de la devise en dinars. Cette aisance financière a permis  une dépense publique sans précédent depuis l’indépendance politique. Cela explique l’importance  de la dépense publique. Elle est passée  successivement de 55 milliards de dollars en 2004, à 100 milliards de dollars en 2005  puis à 140 milliards de dollars fin 2006 et qui a été clôturée entre 2004/2009 à 200 milliards de dollars, mais faute de bilan on ne sait pas si l’intégralité de ce montant a été dépensé. Quant au programme d’investissements publics 2010/2014, le gouvernement a retenu des engagements financiers de l’ordre de  286 milliards de dollars) et concerne deux volets, à savoir le parachèvement des grands projets déjà entamés entre 2004/2009, l’équivalent de 130 milliards de dollars (46%) et l’engagement de projets nouveaux soit l’équivalent de près de 156 milliards de dollars. Qu’en sera-t-il des restes à réaliser pour les nouveaux projets inscrits au 31/12/2004 à la fois faute de capacités d’absorption et  d’une  gestion défectueuse ?   Dans un contexte de ralentissement économique, mondial,  l’Algérie  maintient  son programme d’investissement public massif cependant  avec un important déficit budgétaire pour les années 2010/2012.

 

 

2.- Système financier  bureaucratisée  et dépérissement du tissu productif

 

Après plusieurs années d’ouverture,  le marché bancaire algérien est  à dominance publique  puisque 90% du financement de l’économie algérienne  dont 100% secteur public et plus de 77%  secteur  privé, se fait par les banques publiques  avec une concentration   au niveau des actifs  de  plus  de 39% au niveau d’une seule banque, la BEA, communément appelé la banque de la Sonatrach.  Seulement 10% du financement de l’économie sont pris en charge par les  banques privées, avec une  concentration  de plus   de 52%  pour les  actifs pour trois banques. Contrairement à ce qui passe en Europe où les banques se recapitalisent,  le système bancaire algérien est en surliquidités n’arrivant pas à transformer le capital argent en capital productif. Cette surliquidité est alimentée, d’une part, par l’importance des dépôts du secteur des hydrocarbures,  l’augmentation de la collecte de l’épargne des particuliers, stimulés par les injections de revenus des plans de relance publics. Cependant,  le  système financier algérien non autonome est fortement connecté au pouvoir politique,  dont l’Etat est actionnaire à 100%, le privé local  ou international étant marginal. Ainsi,  le  système financier algérien est  déconnecté  des réseaux internationaux expliquant d’ailleurs le peu d’impact de la crise financière mondiale sur l’Algérie, démontrant une économie sous perfusion de la rente des hydrocarbures.  Selon le  FMI,  le  produit inférieur brut l’Algérie arrive est de  158,97 milliards  en 2010, 183,4 milliards de dollars en 2011  et une  prévision  de  188,6 milliards de dollars en 2012.  Globalement, les  exportations hors hydrocarbures de l’Algérie ont atteint 2,15 milliards de dollars (msd usd) en 2011 sur un total de  73,39 milliards de dollars en 2011, contre 57,05 milliards en 2010. Les importations ont fortement augmenté de 14,78 % à 46,45 milliards de dollars, contre 40,47 milliards l’année 2010. Les services en 2010 ont atteint  11,90 milliards de dollars et en moyenne  12 milliards de dollars pour 2011/2012.Les exportations hors hydrocarbures environ 2% étant constituées de déchets d’hydrocarbures et ferreux et semi ferreux à plus de 60%. C’est que plus  de  90% du tissu économique est  constitué  de PMI/PME   organisées  sur des structures familiales, ne possédant pas de management stratégique, ne pouvant pas faire face à la  concurrence internationale où  selon l’enquête de l’0NS 83% du tissu économique global étant caractérisé par  la tertiarisation   avec prédominance  du commerce de détail avec un commerçant pour quatre habitants.. Les importations de biens  couvrent  70/75%  des besoins des ménages  et des entreprises dont le taux d’intégration ne dépasse pas 10/15%. On peut démontrer facilement que le taux de croissance officiel  hors hydrocarbures  de 5/6%  a été permis pour 80% via la dépense publique et qu’il ne reste pour les entreprises  véritablement autonomes créatrices de richesses,  pouvant évoluer dans un environnement concurrentiel mondial,  moins de 20% du produit intérieur brut. Mais fait important,   le PIB peut voiler d’importantes disparités et l’indice du développement humain combinant 1/3 du  taux de croissance, 1/3 le système éducatif et 1/3 le système de santé élaboré par le PNUD est beaucoup plus fiable. Le rapport Doing Business 2013 du 23 octobre 2012 sur l’environnement des affaires, classe l’Algérie à la 152ème sur 185 pays perdant 2 places par rapport à 2012 et dans son rapport de 2012 , le FMI note  que l’Algérie doit faire plus pour diversifier son économie , notamment pour dynamiser l’emploi surtout parmi les jeunes dont le taux de chômage dépasse largement les  23%.  C’est que la majorité des   entreprises algériennes  ne peuvent être compétitives et encore moins innovantes du simple fait qu’elles  disposent d’un faible  savoir à la fois technologique et managérial. Le report de trois années horizon 2020 du dégrèvement tarifaire avec l’Union européenne suffira t-il ? Qu’en sera t-il si l’Algérie adhère à l’OMC ?  Le  tissu industriel qui représente  moins de 5% dans le PIB  trouvent son explication   surtout dans les contraintes d’environnement qui touchent tant les entreprises algériennes qu’étrangères. L’entrave aux affaires en Algérie est due  surtout à l’accès aux financements, la bureaucratie d’Etat, le foncier, la corruption, l’inadéquation de la main-d’œuvre formée, la politique du travail considérée comme restrictive ainsi que le système fiscal et la qualité de la vie.   Il en écoule  que   le bilan de l’investissement, en dehors des hydrocarbures  tant local qu’étranger est mitigé. La sphère informelle  marchande est dominante ,  contrôle plus de 65% des segments de produits de première nécessité  auxquels  plus de 70% des ménages consacrent presque l’intégralité  de leurs  revenus  (marché fruits et légumes, poisson, viande rouge et blanche , textile  et cuir ) et plus  de 40% de la masse monétaire globale  en circulation avec la prédominance du cash   et limitant la politique monétaire de la banque centrale avec une importante intermédiation financière informelle mais avec des taux d’usure. L’importance de cette masse monétaire captée, favorise  une  concentration du revenu   au niveau de cette sphère  avec des tendances  monopolistiques et souvent oligopolistiques et  alimente la demande au niveau du marché parallèle de la devise.  Cela n’est pas  le produit du hasard  et  on ne saurait isoler  les relations dialectiques entre la sphère  régie par  le droit de l’Etat  et la sphère informelle qui a ses propres codes, existant  en Algérie    des liens diffus entre la logique rentière et l’extension de la sphère informelle. Le système rentier et cela n’‘est pas propre à l’Algérie favorise l’Etat de non droit  et  la  corruption à travers  l’évasion fiscale.

 

 

3.- Le couple  chômage et inflation

 

Le chômage et l’inflation  sont des maladies chroniques du corps social. Le taux d’emploi est fonction du taux de croissance et des structures des taux de productivité  et la   population algérienne qui   était de 35,6 millions d’habitants au 1er janvier 2010,  l’Office  des statistiques ((ONS) l’estime à  37,1 millions d’habitants au 1er janvier 2012. La population active  dépasse les dix ( 10)  millions  et la demande d’emplois additionnelle varierait  entre 300.000 à 400.000 personnes  par an, nombre  d’ailleurs sous estimé puisque le calcul de l’ONS applique un taux  largement inférieur  pour les taux d’activité à  la population féminine,  représentant pourtant la moitié de la population  active  et dont la scolarisation est en forte hausse. Pourtant le taux de chômage  officiel est estimé à 10% entre 2011/2012  mais incluant les sureffectifs des administrations, des entreprises publiques, les emplois dans la  sphère informelle et les activités temporaires de moins de six (6) mois, pour partie  des emplois improductif.  Quant au taux d’inflation qui se répercute sur le pouvoir d’achat, pour le gouvernement algérien, il a été de 1,6 % en 2005, 3% en 2006, à 3,5 % en 2007, 4,5% en 2008,  5,7% en 2009, moins  de  4%  en   2010, et  4,5% en 2011 avec une retour accéléré en 2012 qui dépassera largement les 8/9%.  Le taux d’inflation officiel est biaisé,  étant  comprimé artificiellement par  les subventions et reposant  sur un indice largement dépassé, alors que le besoin est historiquement daté.  Un agrégat  global comme le revenu national par tête d’habitant  peut voiler d’importantes  disparités  entre  les différentes couches sociales. Une  analyse  pertinente devrait    lier le processus d’accumulation la répartition du revenu  et le modèle de consommation par couches sociales. Certes,   le SNMG  a plus que doublé en passant de 6.000 à 20.000 dinars, (200 euros au cours officiel), la dernière augmentation  ayant lieu en septembre 2011,  mais  devant déflater par le taux d’inflation réel pour déterminer le véritable  pouvoir d’achat. Aussi, une interrogation s’impose : comment est-ce qu’un Algérien, qui vit au SNMG, (200 euros par  mois, soit 6,6  euros par jour alors que le kilo de viande est de  10 euros)   fait face aux dépenses incontournables. La cellule familiale, paradoxalement, la crise du logement (même marmite, même charges)  et  les transferts sociaux qui ont atteint  plus de 18 milliards de dollars en 2012   jouent temporairement  comme tampon social (voir notre interview à la  télévision internationale El Qarra TV).

 

4.-Quelle leçon tirer  ce  bilan économique ?

 

Il est évident qu’existe une   non proportionnalité entre les impacts économiques où le taux de croissance avec cette dépense publique aurait du avoisiner 10/15% à prix constants. La société des hydrocarbures  transforme un stock physique en stock monétaire où elle a pu engranger 560 milliards de dollars entre 2000 et juin 2012 selon les données des bilans financiers de Sonatrach allant certainement vers 600 milliards de dollars fin 2012.  Si on observe la ligne du temps entre 1970/2012 en Algérie, on remarque que plus le prix du pétrole est bas plus il y a émergence de potentiel de développement en ressources matérielles et ressources humaines. En revanche, plus le prix du pétrole s’accroît plus le potentiel de développement décélère, stagne et tend au final à régresser.  Or, l’Algérie ne saurait donc  vivre  dans une ile déserte et est concernée par l’actuelle crise mondiale rendant urgente l’instauration d’un  Etat de droit et une bonne gouvernance condition de la réussite de la réforme globale. La politique socio-économique  doit s’inscrire dans une  démarche cohérente, évitant les instabilités juridiques et le manque de visibilité au sein de grands espaces, d’où l’importance de l’intégration du Maghreb pont entre l’Europe et l’Afrique.  Ces mutations liées à une société participative et citoyenne conditionneront  le développement durable hors hydrocarbures. Comme je l’annonçais  au niveau international  et dans les  colonnes  de la presse algérienne , il ya de cela quatre années, fait qui vient d’être confirmé le 25 décembre 2012 par le PDG de Sonatrach lui même annonçant des gisements en déclins, sans  de nouvelles découvertes substantielles tenant compte de la forte consommation intérieure et  des réserves rentables économiquement,  l’Algérie   pourrait être sans hydrocarbures traditionnels horizon 2025/2030, avec 50 millions d’habitants, Et surtout face aux nouvelles mutations énergétiques mondiales qui s’annoncent  horizon 2017, le marché américain lui  étant fermé  lui procurant actuellement plus de 35% des recettes de Sonatrach, les USA devenant exportateur grâce à la révolution du pétrole et gaz de schiste obligeant le géant russe Gazprom à abaisser ses prix. Cela pourrait se produire également en Chine et en Inde  qui ont  d’importantes réserves et surtout qu’ils maitrisent la technologie, le savoir richesse plus pérenne que toutes les réserves d’hydrocarbures. Cela   pose  la problématique de la transition d’une économie de rente à une économie  productive rentrant dans le cadre de la Re-mondialisations. Et  comme fondement la moralité, si l’on veut éviter  ce cycle de la décadence, cette société anomique de décadence mis en relief par le grand sociologue maghrébin Ibn KHALDOUN. L’Algérie est un pays à fortes potentialités  pouvant devenir un pays pivot au sein des espaces euro-méditerranéen et euro-africains. Espérons  pour 2013 et les années à venir  pour notre chère Algérie, un avenir meilleur.

 

Docteur  Pr -Abderrahmane MEBTOUL Expert International-  premier conseiller  à la Cour des Comptes et directeur central des études économiques (1980/1983) – Directeur d’Etudes  Ministère  Energie Sonatrach (1974/1979-1990/1995-2000/2006)-Expert au Conseil Economique et Social 1996/2008- (2007/2008) 
 mail ademmebtoul@gmail.com

Fabius en Algérie dimanche et lundi

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, se rendra dimanche et lundi en Algérie, pour sa première visite dans un pays arabe dans ses fonctions actuelles, a annoncé aujourd’hui son ministère.

Laurent Fabius aura des entretiens avec son homologue Mourad Medelci et avec le président algérien, Abdelaziz Bouteflika. Il s’agira de préparer une visite que le président François Hollande compte effectuer en Algérie avant la fin de l’année, a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero, lors d’un point de presse.
L’Algérie, qui vient de célébrer le cinquantième anniversaire de son indépendance, et la France, ancienne puissance coloniale, entretiennent des relations proches mais difficiles et complexes.

A l’occasion de cet anniversaire, François Hollande, élu le 6 mai, avait adressé une lettre à son homologue dans laquelle il estimait qu’il y “a place désormais pour un regard lucide et responsable” de la France sur son passé colonial en Algérie. Lors de sa visite, selon le Quai d’Orsay, Laurent Fabius devrait aborder la question du Sahel et de la crise au Mali, dont le nord est désormais contrôlé par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et des mouvements alliés. L’Algérie est la principale puissance dans cette région et devrait donner, à ce titre, son avis sur une éventuelle intervention militaire dans la région.

Le Maghreb déterminé à s’unir face à la déstabilisation de la zone sahélienne

La situation au Sahel, et plus particulièrement au Mali, inquiète plus que jamais les pays de la région. Alger accueille, ce lundi 9 juillet, une conférence des ministres des Affaires étrangères de l’Union du Maghreb arabe (UMA). Cette institution, qui regroupe l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie, la Libye et la Tunisie, fonctionne au ralenti depuis longtemps, à cause des mauvaises relations entre le Maroc et l’Algérie. Mais nécessité fait loi : face à la situation régionale, depuis plusieurs mois, les pays de la zone cherchent à la relancer.

 

Les cinq pays de l’organisation maghrébine semblent avoir trouvé, pour la première fois depuis longtemps, une raison de s’asseoir autour de la même table, et ainsi relancer l’UMA : la sécurité.

La conférence des ministres des Affaires étrangères des pays concernés, qui s’ouvre ce lundi à Alger, aura pour sujet la mise en place d’une coopération face à l’insécurité qui s’accroît dans la région et à ses frontières.

La crise au nord du Mali, la menace terroriste au Sahel, les tensions en Libye : les inquiétudes ne manquent pas. Surtout pour l’Algérie, qui se trouve au cœur de ce Maghreb. Au point qu’il choisit de se réconcilier avec son frère ennemi marocain.

Les deux pays se sont visiblement rapprochés depuis le printemps arabe. Des responsables des deux côtés se sont rencontrés à plusieurs reprises. A l’unisson, les deux voisins ont appelé à une relance de l’UMA.

Cette conférence fait suite à plusieurs précédentes rencontres entre les dirigeants de l’organisation depuis 2011. Signe, en tout cas, de l’état d’esprit algérien : le journal gouvernemental El Moujahid rappelle, dans son éditorial de lundi, « l’urgence d’une stratégie maghrébine ».

La crise libyenne accroît l’insécurité dans le Sahel, selon un rapport de l’ONU

Un rapport publié ce jeudi 26 janvier par le Conseil de sécurité de l’ONU dépeint une situation préoccupante au Sahel après le renversement par les armes du régime Kadhafi. Le document préconise une coopération régionale et internationale accrue pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé dans la région. Un possible rapprochement entre Aqmi et Boko Haram inquiète particulièrement les auteurs du rapport.

Roquettes, mitrailleuses, grenades, artillerie anti-aérienne… La liste est longue. Selon un rapport publié ce jeudi 26 janvier par le Conseil de sécurité de l’ONU sous l’autorité de Saïd Djinnit (le représentant spécial des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest), beaucoup d’armes et munitions provenant des stocks libyens sont entrées clandestinement dans les pays du Sahel ces derniers mois, sans compter les explosifs. On se souvient de l’interception, l’an dernier au Niger, d’un convoi transportant 645 kilos de Semtex, avec plus de 400 détonateurs.

Risques multiples

D’après des responsables de la région, ces armes ont été en partie introduites au Sahel par des Sub-sahariens rapatriés de Libye, notamment des ex-combattants, autrefois soldats dans l’armée régulière libyenne ou mercenaires pour le compte de Tripoli. D’autres affirment que certaines de ces armes ont pu être cachées dans le désert pour être revendues à des groupes terroristes ou à des organisations criminelles. Dans une région qui est depuis longtemps le théâtre de trafics en tous genres, on assiste à une prolifération de groupes terroristes, selon ce rapport. Les auteurs du rapport évoquent même l’hypothèse de nouveaux mouvements en création, au-delà d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et de Boko Haram.

Ils craignent que ces organisations puissent recruter des jeunes sans emploi et des réfugiés de Libye. Les Etats de la région estiment en effet qu’ils sont quelque 400 000 à avoir dû fuir la Libye en guerre. Il s’agit majoritairement d’hommes âgés entre 20 et 40 ans, qui ont perdu leur travail et qui se retrouvent sans moyen de subvenir aux besoins de leurs familles. Ils reviennent dans des Etats en équilibre déjà précaire, des pays où certains s’inquiètent du risque grandissant de radicalisation des populations.

A lire ce document, Boko Haram en particulier semble être devenu une source de préoccupation croissante pour les pays de la région. Si la secte islamiste était jusqu’à présent perçue comme une menace interne au Nigeria sans lien avec Aqmi, le mouvement inquiète de plus en plus les autorités des Etats du Sahel. Ce rapport confirme que Boko Haram a noué des liens avec Aqmi. Ses auteurs disent avoir appris que certains des membres de Boko Haram originaires du Nigeria et du Tchad ont été formés dans les camps d’Aqmi au Mali l’été dernier.

Un rapprochement qui inquiète

D’après le document, sept membres de Boko Haram ont ainsi été arrêtés au Niger alors qu’ils se rendaient au Mali, avec en leur possession des documents sur la fabrication d’explosifs, des tracts et des coordonnées de membres d’Aqmi, qu’ils avaient semble-t-il prévu de rencontrer. Ces contacts sont une source d’inquiétude, dans une région où le risque de radicalisation d’une jeunesse sans emploi est aussi préoccupant. A en croire ce rapport de l’ONU, c’est par exemple assez clair dans le sud du Niger. « D’après les interlocuteurs rencontrés, écrivent les auteurs, Boko Haram y propage déjà activement son idéologie ainsi que sa propagande et parvient même, parfois, à faire fermer des écoles publiques ».