Oussama Romdhani: La Tunisie, l’Occident et le « printemps arabe »

Bien que la Tunisie continue à bénéficier d’un préjugé favorable à Washington, il est peu probable que cela puisse se traduire par l’octroi d’une assistance à même de permettre au pays de surmonter les défis économiques et sécuritaires auxquels il est confronté.

 

 

Oussama Romdhani

D’aucuns à Washington, et dans le monde occidental en général, estiment que la Tunisie est l’exemple de ce que le « printemps arabe » aurait pu apporter. Pour d’autres, le cas de la Tunisie a parfois représenté le seul argument pouvant être invoqué pour justifier les attentes optimistes suite aux soulèvements qui ont secoué le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord après 2010.
L’expérience tunisienne est restée un cas à part malgré les généralisations impétueuses au sujet d’un invraisemblable effet de domino démocratique dans le monde arabe. Le Président tunisien Béji Caïd Essebsi a lui-même réfuté cette tendance. « Il n’y a pas ‘de printemps arabe’, a-t-il dit, « en fait, il n’y a qu’un début de « printemps tunisien ».
Pour la plupart des occidentaux, le cas de la Tunisie vient tout simplement rappeler, a contrario, les guerres, la violence et la dévastation qui continuent de ravager nombre de pays de la région depuis 2011. 
Aujourd’hui, la question qui revient à l’esprit de la majorité des Américains et des Européens est de savoir pourquoi la transition pacifique qui a été possible en Tunisie ne l’a pas été dans d’autres pays arabes.
La réponse, qui échappe toujours à de nombreux Occidentaux est que, depuis son indépendance voire même depuis le XIXe siècle, la Tunisie a connu une évolution différente de celles de la plupart des autres pays arabes. En 2010, la société tunisienne était nettement en avance par rapport au régime politique en place; et c’était seulement la réticence du pouvoir d’introduire les réformes idoines qui avait précipité la révolution. Pareilles conditions n’existaient pas dans d’autres pays arabes et leur absence ne pouvait être compensée ni par les interventions étrangères ni par les violences. Celles-ci ne pouvaient qu’aggraver la situation, chose qu’elles n’ont pas tardé à occasionner.
Tout en bataillant pour préserver ses acquis, la Tunisie n’est pas pour autant au bout de ses peines. Elle cherche toujours les moyens lui permettant de remettre son économie sur les rails, de donner de l’espoir à sa jeunesse mécontente et de protéger le pays du terrorisme.
Les responsables et experts américains savent pertinemment les nombreux défis devant être relevés par la Tunisie. Seulement, les Américains, comme les Européens, sont trop absorbés par leurs propres préoccupations internes pour envisager une initiative majeure de soutien économique à la Tunisie.
De toute évidence, le temps des Plans Marshall est définitivement révolu.
S’il est vrai que pratiquement toute la classe politique et les experts US souhaitent voir la Tunisie réussir sa transition démocratique, il faut vraiment chercher longtemps pour trouver parmi eux quelqu’un qui soit disposé à prôner la prise en charge de la facture des défis économiques et sociaux en Tunisie.
Aussi paradoxal que cela puisse paraitre,  il est relativement décevant pour certains que la transition démocratique et paisible en Tunisie soit en fait une exception et non un modèle pouvant être dupliqué dans le reste de la région.
Dans le discours politique américain, l’on peut déceler des traces du  « Freedom Agenda » du président américain George W. Bush ou des autres incarnations connexes de l’ère Obama.  Mais désormais face aux situations actuelles de crises et de conflits, les décideurs politiques européens et américains sont de plus en plus enclins à se contenter d’objectifs moins ambitieux que la promotion de la démocratie. La recherche de la paix et de la sécurité est désormais un objectif plus réaliste et suffisant.
Bien que l’expérience tunisienne trouve toujours une place importante au cœur du débat sur l’engagement américain dans le monde arabe, la nature du débat lui-même a cependant beaucoup changé. La détérioration de la situation dans la région depuis 2011 a engendré une quête non avouée d’hommes forts pouvant au moins maîtriser les événements. Il fait dire qu’une telle tendance se constate aussi bien au sein de la classe politique en Occident que dans de nombreux pays arabes.
La politique libyenne de l’Occident en est la meilleure illustration. La priorité, pour les Etats-Unis et l’Europe, serait de trouver quelqu’un ou quelque chose à même de contrecarrer les risques de l’immigration illégale et de la contagion djihadiste. De nombreux Libyens voudraient eux-aussi trouver quelqu’un ou quelque chose qui leur rendrait la vie supportable. Pour l’instant, les citoyens de la Libye, ainsi que ceux de la Syrie, de l’Irak et du Yémen, sont beaucoup plus préoccupés par leur survie plutôt que par la promotion de la démocratie. 
Face à l’expérience tunisienne, de nombreux défenseurs occidentaux de la démocratie sont plutôt déçus de constater qu’une transition démocratique réussie ne se soit pas révélée être un antidote efficace contre l’extrémisme et le terrorisme ; d’où leur incapacité à comprendre comment un pays qui a reçu le prix Nobel de la paix pour avoir réussi sa transition démocratique soit en même temps un pays exportateur de terroristes.
La relation entre la Tunisie et l’Occident n’est pas sans autres paradoxes.
Tout comme les Américains et les autres occidentaux qui arrivent à peine à dépasser leur conviction simpliste que l’expérience tunisienne pourrait être d’une façon ou d’une autre reproduite à travers la région, les Tunisiens sont en train de se libérer doucement de l’idée chimérique que l’Occident viendrait à leur secours avec des moyens conséquents.
La Tunisie ne doit pas, et ne devrait pas, s’attendre à ce que les Etats-Unis ou l’Europe viennent la sauver.
Bien que la Tunisie ait encore un long et difficile chemin à parcourir, elle est cependant en mesure d’arriver à bon port en comptant sur ses propres ressources, et ce, tout en prenant en compte certaines considérations.

 

 

 

 

– Une vue générale des équipements militaires offerts par les Etats-Unis à la Tunisie- REUTERS/Zoubeir Souissi

Il est du devoir de la classe politique en Tunisie de concentrer son énergie sur la bataille de la transition socio-économique — bataille qu’elle peut remporter — plutôt que sur les querelles intestines inutiles.
Toutefois, la relance économique en Tunisie d’une manière durable est tributaire dans une large mesure d’une solution permanente au problème libyen. C’est justement là où les Etats-Unis et l’Occident pourraient apporter leur aide à la Tunisie en redoublant d’effort à l’échelle internationale pour arriver à un règlement permanent et réel de la crise libyenne.
Les Etats-Unis disent appuyer l’initiative des Nations Unis en Libye conduite par le médiateur libanais Ghassan Salamé. Fort du soutien de l’opinion US, Washington semble aussi déterminé  à entrer en action en Libye si « l’Etat Islamique » relève trop la tête de nouveau en Libye. Une enquête récente du Middle East Institute à Washington a indiqué que 82% des Américains interrogés seraient favorables à l’entrée en guerre des Etats-Unis contre « l’Etat Islamique ».
Même si les Etats-Unis décidaient de s’engager davantage en Libye pour faire face à une résurgence de « l’Etat Islamique », il est peu probable que cela puisse mener à un progrès tangible sur la voie d’un règlement durable du conflit en Libye. Comme ce fut le cas pendant l’Opération “ Odyssey Lightning ” en Libye en 2016 et, comme c’est le cas actuellement en Syrie, l’engagement américain est essentiellement militaire et fait la distinction entre efforts militaires et efforts politiques nécessaires pour une solution globale du problème. Les Européens, quant à eux, avancent en rangs dispersés et dans le sens de leurs propres intérêts nationaux.
Pourtant, une solution en Libye apporterait la paix aux Libyens et une meilleure sécurité pour l’Europe. Pour la Tunisie, cela se traduirait en frontières plus sûres, davantage d’emplois et de plus grandes opportunités en matière de commerce. « Nous estimons que la crise en Libye aurait contribué à hauteur de 24%  dans la chute du taux de croissance économique en Tunisie pendant les cinq années de 2010 à 2015 », relève la Banque mondiale dans un récent rapport.  C’est justement cette relation entre conditions socio-économiques et considérations sécuritaires qui devrait motiver les Etats-Unis et l’Europe pour aider la Tunisie.
Toutefois, la Tunisie ne peut pas se permettre le luxe d’attendre jusqu’à ce que les Etats-Unis et l’Europe perçoivent un tel objectif comme étant une priorité ou qu’ils se penchent sérieusement et constructivement sur le règlement du dossier libyen.
Des facteurs régionaux et locaux font que la Tunisie aura à mener elle-même sa  bataille pour s’assurer que les transformations politiques déjà réalisées puissent mener à des changements socio-économiques tout aussi significatifs. Des succès socio-économiques en Tunisie garantiraient à long terme la sécurité et la stabilité de la Tunisie ainsi que celles des autres pays de la Méditerranée. Mais, aujourd’hui, aussi bien l’Europe que l’Amérique ne sont préoccupées malheureusement que par le court terme.
Le pire des scénarios pour la Tunisie et l’Occident serait que les pays occidentaux n’optent pour l’indifférence à l’égard de l’avenir de la Tunisie et que les Tunisiens sombrent quant à eux dans le désenchantement. Mais, quoi qu’il en soit, le « printemps tunisien  » ne saurait être que la résultante de l’effort des Tunisiens eux-mêmes. Le soutien occidental viendra après.

Oussama Romdhani

Rédacteur-en-chef de l’hebdomadaire The Arab Weekly

Une version anglaise de cette analyse a été précédemment publiée par le site du think tank américain The Atlantic Council.
Source : The Arab Weekly et Leaders / Afrique-Asie.fr
http://www.leaders.com.tn/article/23444-oussama-romdhani-la-tunisie-l-occident-et-le-printemps-arabe

 

Tunisia: Can a Constitution Make a Spring?

 

Oussama Romdhani* says that the adoption of the Constitution and the appointment of an independent new government have been the source of an unprecedented level of optimism in the country. But the true mark of success, he cautions, will be in the expansion of the budding process of inclusiveness and reconciliation.

 

Only one day after the special session of the National Constitutional Assembly (ANC) dedicated to the signing of the Constitution, Tunisia’s political class abruptly ended its state of euphoria and reverted to a its habitual mode of jousting. The scenes of antagonists hugging and crying, after the signing of the new Charter, gave way to acrimonious statements by a number of legislators, warning that they might not give their vote of confidence to the new “technocratic” government of Prime Minister-designate Mehdi Jomaa.

For a while, political protagonists seemed to be returning to their old cantankerous selves. After approving the Constitution, many stopped seeking the least common denominator as a way to overcome divisive issues. During the Jomaa government confirmation process, legislators expressed reservations about a number of cabinet members. There was a heated debate about the choice of one of the new ministers over a past visit she made to Israel. But the controversy was short-lived as political harping on the issue ended up creating a wave of sympathy for the photogenic and highly educated “first-ever woman minister of tourism”. The hatchet of war was left buried.

Temporarily MPs behaved like potential candidates in a pre-electoral mode. They had the appearance of lined-up athletes tempted to start the race even before the referee’s pistol went off. But no-one seemed foolhardy enough to run the risk of being prematurely disqualified. The surviving “spirit of compromise” and awareness of public opinion trends eventually inspired legislators to vote for the confirmation of the Jomaa government, by a large majority.

Recent polls later showed that the legislators reflected quite accurately the mood of the population. The results of a survey released this week by the Sigma polling agency showed that 76.5% of the population wanted the Jomaa government to be confirmed. An eerily-close percentage ANC members (77.2%) had voted for the confirmation of Jomaa government.

Desperately seeking “consensus”

 

 

During the previous phase of the “National Dialogue”, competitors “held their horses”. They desperately sought Compromises and concessions to clinch major agreements, on key issues such the setting up of an independent electoral body, the approval of the Constitution, and finally the appointment of Mr. Jomaa as new head of government. Political leaders were under pressure to appease national public opinion, which was growing dangerously impatient with political parties. Foreign “stakeholders” probably leaned on the main political leaders to clearly signal more “accommodationist” stances. The bloody events of Egypt, last summer, helped convince Tunisia’s Islamists of the merits of a peaceful exit. Ironically, the events convinced secularist leaders an “Egyptian scenario” was not likely in Tunisia. It was probably pertinent that regional and global powers seemed to favor a course of action in Tunisia other than secularist/Islamist confrontation.

Decisions about content of the Constitution allowed for coexistence between conflicting value-systems. There were many mentions of Tunisia being a “civil state” but “Arab Islamic identity” was also defined as the core value. The state was tasked with “protecting religion” but also with “guaranteeing freedom of belief and conscience”. Women were given full equal rights, but international treaties (which might have inspired a different interpretation of gender equality) were put on a level of authority lower than that of the Constitution. Content was essentially progressive, but ambiguities were left for civil society and the yet-to-be created Constitutional Court to sort out.

It was not surprising to see the ANC trying to keep away from deeply-controversial issues during the drafting of the Constitution. Hence, when the Assembly voted against banning “normalization” with Israel, legislators were more in tune with the own sense of reasonableness than with satisfying “foreign chanceries”, as some activists have argued.

There were occasions where just the potential for controversy was sufficient to kill amendments, such as the proposal to list the “Mediterranean dimension” as part of Tunisia’s identity. For some legislators, this amendment meant tacit acquiescence to dealing with Israel as part of “Mediterranean integration projects”. Even if the voiced reservations contradicted Tunisia’s economic need for stronger “Euro-Med” partnerships, amendment initiators felt it was not worth the battle. “I am not sure we have in the current ANC, elite which understands the meaning of Mediterranean identity”, explained Kamel Ben Younes, president of the Tunis-based Ibn Roshd Institute.

Trying to reassure

 

Political leaders and legislators wanted the Constitution to reassure Tunisians and potential donors abroad. For that purpose, they had to make sure “ideological wars” were brought under control. During much of the last three years, such “wars” spun out wildly. Fanatical discourse often preceded acts of terrorism, which shook the country and shattered its international image. The number of terrorist incidents in 2013 was unprecedented. Assessing the security situation in Tunisia, the International Center for Terrorism Studies at the Potomac Institute for Policy Studies noted, noted in a just-released report, that “the total number of terrorist incidents reached 17, indicating a worrisome trend of insecurity in the country.” Despite the killing by security forces of seven terrorists, including presumed assassins of the two leftist leaders Chokri Belaid and Mohamed Brahmi, the problem of terrorism is still a source of concern.

The constitution also consecrated a push towards inclusiveness, a trend at odds with previous legislative attempts at “political exclusion”. Even though Mehdi Jomaa described of the vote on the Constitution as “the starting point for a true national reconciliation”, it remains to be seen, however, whether members of the ANC will refrain from trying to pass a new legislation excluding members of the past regime from participating in next elections. Only events will tell if Jomaa’s statement was a rhetorical flourish or a founded prediction.

On a societal level, the constitutional debate was of tremendous didactic value. Poll after poll, large segments of the population have been showing reluctance to engage the electoral process. The majority of potential voters still do not know to whom they will cast their votes. But the intensive exposure of the public to many of the contentious issues during the debate could help change voter attitudes towards elections, scheduled for later this year.

Above everything else, the completion of the compromise-based Constitution and the confirmation of the Jomaa cabinet were crucial to reassure financial institutions and other potential donors, and convince them to help Tunisia get out of its economic morass. Hours after the vote on the Constitution, Chedly Ayari, Governor of the Tunisian Central Bank, was betting the farm that the IMF and other international institutions will be now more forthcoming in extending loans to Tunisia.

In his speech to the ANC, before his confirmation, Jomaa tried to further cement international confidence in the country by making security, economic reform and social peace his priorities. He told his national audience that already-achieved milestones, including the adoption of the constitution, “will boost our international credibility and help us recover the confidence of all our foreign partners.”

As expected, reactions from Western capitals have been very positive. President Obama proclaimed US support to countries such as Tunisia “who are willing to do the hard work of building democracy.” He also called the new prime minister to invite him to Washington. Financial institutions welcomed the turn of events. The Fitch Ratings agency expressed the view that “the adoption of the new constitution and the formation of a non-partisan, technocratic government suggest that political dialogue and compromise are still viable in Tunisia despite the increase in social and political polarization and terrorism seen in 2013.” The International Monetary Fund quickly approved the disbursement of a $507 million loan tranche to Tunisia.

One Constitution does not, by itself, make a Spring. But the adoption of the Constitution and the appointment of an independent new government have been the source of an unprecedented level of optimism in the country. They also showed the political class and society at large the results that can be achieved when zero-sum polarizations cease to be the name of the game. The true mark of success will be however in the expansion of the budding process of inclusiveness and reconciliation. Only that will pave the way for a sustainable return to security and economic prosperity, and for popular confidence in the electoral process and political engagement as the ways to effect change.

*Oussama Romdhani is a former Tunisian member of government and current columnist. His articles can be consulted in his blog: oussama-romdhani.com


La Tunisie célèbre sa Révolution

  • La Tunisie fête aujourd’hui le 3e anniversaire de sa Révolution, première du Printemps arabe, mais l’adoption de la nouvelle Constitution promise pour cette date symbolique était très mal engagée en raison de désaccords politiques.

 

Les dirigeants tunisiens ont participé ce matin à une brève cérémonie de lever des couleurs, place de la Kasbah de Tunis, où siège le gouvernement. Le président Moncef Marzouki, le Premier ministre islamiste démissionnaire Ali Larayedh et son successeur désigné Mehdi Jomaâ y ont participé, accompagnés de hauts responsables politiques et militaires.

 

Dans la journée, des manifestations, notamment à l’appel des islamistes d’Ennahda majoritaires à l’Assemblée nationale constituante (ANC) et de partis de l’opposition, sont prévues sur l’avenue Habib Bourguiba, haut lieu de la révolution qui a chassé Zine El Abidine Ben Ali du pouvoir le 14 janvier 2011 et lancé le Printemps arabe. Peu avant 09h00 GMT, plusieurs centaines de personnes s’étaient déjà rassemblées et un dispositif policier très important a été déployé sur l’avenue mais aussi aux abords d’autres lieux publics, comme les centres commerciaux.

 

Mais l’adoption de la future Constitution, promise par la classe politique pour mardi au plus tard afin de coïncider avec cet anniversaire symbolique, était hautement improbable. Un tiers des quelque 150 articles doivent encore être examinés après 12 jours de débats, et des dispositions clés ont été rejetées ces derniers jours dans un climat houleux à la Constituante.


Unending self-immolations in the Maghreb

—   —   —-   By *Oussama Romdhani.

 

 

Three years after Mohammad Bouazizi sparked a wave of uprisings in North Africa and the Middle East with his self-immolation, young people in Tunisia and the rest of North Africa continue setting themselves ablaze, in anger and despair.

More than hunger strikes or street rallies, self-immolation has emerged as the ultimate form of protest for desperate young people in the region and beyond. This has been particularly true in Algeria, Morocco, and especially in Tunisia. Since Dec. 17, 2010, the day Mohammad Bouazizi set himself on fire in the Tunisian western province of Sidi Bouzid, there have been 193 immolations in the birthplace of the “Arab spring,” according to Tunisian fire and rescue statistics.

An ‘alien’ tradition

For decades, Arab public opinion had thought of self-immolation as an “alien” phenomenon that could never spread to the region, especially in view of the interdiction by Islam of all forms of suicide. The only notorious example of self immolation in the region’s history was in fact that of Dido, Queen of Carthage, who, according to legend, ascended into a funeral pyre in 146 BC.

There were in fact no Arabs in the first self-immolations which struck the imagination of the world in the early sixties; when Vietnamese Buddhist monk Quang Duc burnt himself at a Saigon intersection in protest against the persecution of Buddhists by the Ngo Dinh Diem regime in South Vietnam. His act was “globalized” by fellow monks who invited international photographers and prevented fire trucks from coming to the scene. Then, there was the 1965 self-immolation of the 31-year old Baltimore Quaker Norman Morrison in front of the Pentagon, in protest against the Vietnam War. Another “famous” self-immolator was Jan Palach, a Prague student who protested the Soviet invasion of Czechoslovakia by setting himself ablaze in 1968. Self-immolations continued.

For at least a decade now, Maghrebi countries have been affected by the economic slowdown in Europe. They have been unable to create enough employment opportunities for young people, including university graduates.

Self-immolations continued since then. According to Michael Biggs, a historian of self-immolation, as many as 3,000 individuals burnt themselves to death between 1963 and 2008. Among the perpetrators, he counted “Vietnamese Buddhists, South Korean leftists, Indian students, Chinese adherents of Falun Gong, and Kurdish nationalists in Western Europe.”

By the turn of the century, self-immolations had started to occur and to attract the attention of experts and officials in the Maghreb. It could not yet be described as a trend the way it would haunt the region a decade later. But the writing was on the wall. Local economies were developing at too slow a pace. Europe was closing its doors to Maghrebi immigrants. The ruling North African regimes were having a tough time dealing with impatient and ambitious youth who could not find satisfaction in utterly inadequate policies. Of even greater concern, young men were already willing to sacrifice their lives for a shot at reaching European shores or for a vague notion of “jihad” in distant lands abroad. Even if civil society and the media were starting to ring alarm bells, governments tried all kinds of palliatives, to no avail.

Socio-economics

In March 2010, a young man named Abdessalem Trimech set himself ablaze in the Tunisian coastal city of Monastir. The city was shaken but there was no groundswell of support nor were there massive demonstrations. But by Dec. 17, 2010, when Bouazizi set himself ablaze, frustration was so high that when the act of self-immolation became known, it sparked an unstoppable wave of uprisings. Between March and December of that year, socio-political tensions had grown. The situation was different in Sidi Bouzid and the hinterland from the coast. Time and place created the historic momentum after his self-immolation. Costica Bradatan, a fellow at the Notre Dame Institute for Advanced Study, rightfully pointed out that the Bouazizi case “only proves that when a grand narrative is ripe, it will have no problem inventing its own heroes.”

If self-immolations continued in Tunisia and the Maghreb since then, it is because the environment which bred such acts in the first place continued to exist. The fall of the Ben Ali regime and the fraying of the security apparatus further encouraged unrealistic expectations, and therefore frustration, among rebellious youth.

The profile of the average self-immolator did not change much after Bouazizi’s death. Individuals seeking to set themselves ablaze were, and remained, young of age. Tunisian statistics show that individuals who set themselves ablaze during the last three years, were essentially in the 20 to 40 age bracket (117 cases), followed by the above-40 age group (43 cases) and the below-20 age group (33 cases).

Candidates for self-immolation remained poor and not-well educated. A year after Bouazizi’s death, BBC correspondent Wyre Davies studied a sample of self-immolators. “They are mostly young men from poor, rural areas. They are also, generally, unmarried and have only basic education. Most importantly they are out of work and, despite strenuous efforts, they have little prospect of employment,” he concluded.

Oussama Romdhani

 

For at least a decade now, Maghrebi countries have been affected by the economic slowdown in Europe. They have been unable to create enough employment opportunities for young people, including university graduates. The situation did not change much during the last three years; although Maghrebi nations did take enough precautions to avoid a socio-economic meltdown. In Tunisia itself, the turbulent transition did not facilitate the hoped-for economic recovery. According to recent figures, Tunisia’s unemployment stands at 15.7 percent. If the general rate of unemployment has slightly improved compared to a year ago, the problem of unemployment of university graduates only worsened, growing from 31 percent to 33 percent. Everywhere in the Maghreb, youth unemployment has remained in the 20 percent to 30 percent bracket, if not higher.

As in most of the other MENA countries, nations of the Maghreb countries had been ill prepared to cope with the demographic phase known as the “youth bulge,” a stage where infant mortality decreases while fertility rates remain high. Unlike the East Asian nations, which were able to draw dividends from their “youth bulge” by creating enough value-added jobs, Maghreb countries suffered destabilizing effects from their demographic transition.

Furthermore, young aspirants entering the job market still face a double quandary. They have a hard time finding a way into the socio-economic system, whether with the help of the government or the private sector. Despite the youth’s clamoring for direct help by the state, governments (especially those not endowed with oil income) can hardly increase social expenditures to meet the demands of the unemployed and the restless.

Opportunities in the private sector are also too limited to absorb such demands. The “informal economy,” which attracts many of the unemployed and ill-educated segments of the population, is too precarious to constitute a reliable a source of income; even it constitutes no less than 30 to 40 percent of economic activity in the Maghreb. According to Masood Ahmed, director for the Middle East and Central Asia at the IMF, “the presence of a large informal sector serves as a red flag that a country’s growth is not inclusive enough.”

Research conducted by the Institute for Freedom and Democracy (ILD), has shown that virtually all individuals who attempted self-immolation after Bouazizi were informal sector workers. “Self-immolator after self-immolator, they were economic martyrs. All were expropriated, and essentially they died because they had no future left,” said Hernando De Soto, chairman of the ILD.

Maghreb employers decided last summer to launch a “North African Council for Inclusive Entrepreneurship,” in partnership with De Soto’s group. The purpose of the initiative is to “provide sustainable and inclusive solutions to the informal economy, which affects economic growth, social and regional integration, peace and stability in the region.” The success of the initiative will hinge on the cooperation of all state and non-state actors involved. But the complex “interests” at stake in the informal economy are likely to present a serious hurdle to substantial reform.

Psychology of despair

It is obvious, too, that not all self-immolations are rooted in socio-economics. Acts of despair are encouraged not only by the realization that there are not enough jobs and no prospects for better living conditions, but also by cultural and psychological factors.

Boston University researcher M. Chloe Mulderig, who carried out an anthropological study of Moroccan youth, put it well. She noted that “the most basic of societal contracts – that children will one day grow up, begin to contribute productively to society, and then raise families of their own – has been broken for an entire generation of youth in the Arab world trapped in a liminal period often referred to as “waithood.”

The reflexes of despair among young people are further reinforced by ambient sentiments that emphasize deteriorating conditions and ever-lower expectations. According to a recent “International Republican Institute” survey, 83 percent of Tunisians, for instance, feel their living-standards have worsened, while 80 percent say the economy has deteriorated.

Not able to rely for their wellbeing on political and economic operators, young people have been additionally deprived in recent decades of a crucial support mechanism: that of the family and other traditional social safety networks. Algerian psychiatrist Abdelhak Benouniche believes the self-immolation phenomenon has a lot to do with the predicament of “the individual who no more enjoys the support of the group. Weakening social ties cause the individual to be isolated, marginalized and unable to assume his duties.”

Otherwise normal individuals are brought to the brink of depression and pathological behavior by the traumatizing fallouts of sudden and unpredictable change. “Fragile personalities” can also be easily driven to suicidal behavior. Even if political, social or political factors are involved, some experts insist self-immolation is, at the end of the day, the result of a pathological propensity towards suicide. Adam Lankford, assistant professor of criminal justice at the University of Alabama, argues that “when citizens lose faith in their leaders, the inherent justice and fairness of the system, and their ability to overcome adversity, they lose hope, and hopelessness is one of the most common psychological causes of suicide.”

Too often, however, seeking psychological support is not the priority of unemployed and frustrated youth in situations of crises. At times, it is not even the priority of the overwhelmed medical and social workers.

But for Maghrebi societies at large, self-immolation is not a problem that can be ignored. It is symptomatic of a deeper problem; that of the depreciation of the value of life. The future of the Maghreb depends upon the awareness of its younger people that there are better options than setting themselves afire, braving death aboard rickety boats across the Mediterranean, or – worse still – giving up everything to join the ranks of jihadists abroad. North Africa’s youth budge should not become a despair bulge.

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*Oussama Romdhani is a former Tunisian minister of Communication, previously in charge of his country’s international image. He served as a Tunisian diplomat to the United States, from 1981 to 1995. A recipient of the U.S. Foreign Service Distinguished Visiting Lecturer Award, he was also a Washington DC press correspondent and Fulbright Research Scholar at Georgetown University. Romdhani is currently an international media analyst.

La prochaine révolution : Un appel à la réconciliation dans le monde arabe

—   —   *Par Oussama Romdhani.

 

Le chaos en Afrique du Nord et au Moyen Orient actuel a déçu de nombreux Occidentaux, qui attendaient des révolutions de 2011 qu’elles conduisent à une nouvelle ère de justice sociale et de transformation démocratique dans la région.

 

De ce fait, on ne manque pas aujourd’hui de jeux de mots sur l’expression du “Printemps arabe”  afin de mettre en exergue les changements météorologiques indiquant un changement de saisons depuis les soulèvements populaires. Mais en réalité les gens qui s’étaient précipités au départ à utiliser cette expression sont seuls responsables de leur déception.  Il était imprudent et « ahistorique » de présumer nécessairement qu’après décembre 2010, que le monde arabe allait se lancer dans une transition démocratique comme celle que les pays européens de l’Est avaient connue après la chute du mur de Berlin. Malgré certaines vagues et séduisantes similarités, les processus de transition dans les pays arabes ont en réalité peu en commun avec ceux de l’Europe post-communiste.

 

Se traçant leur chemin après le naufrage du Communisme, les dirigeants des révolutions européennes de 1989 ont été capables de tirer profit de leurs traditions démocratiques profondément ancrées. Les classes politiques post-Printemps arabe ne pouvaient pas tirer profit de telles fondations. Elles furent confrontées, à la place, au malheureux héritage légué par les régimes autocratiques. Dans le monde arabe, malgré les efforts déployés longtemps par les forces de changement,  les élites politiques privées de droits ont continué de frapper  en vain pendant des décennies aux portes de la participation politique, tandis que les régimes en place, sans réelle vision du futur, cherchaient désespérément à maintenir le statu quo.

 

Robert Kaplan avait raison lorsqu’il écrivait récemment, « dans l’Europe centrale et de l’Est post-communiste, la transition a été plus rapide, parce que ces pays avaient un background de pratiques démocratiques et de culture bourgeoise avant la Seconde guerre mondiale, à un niveau que beaucoup d’États arabes n’avaient simplement jamais atteint.”

 

Oussama Romdhani

Outre les expériences de la démocratie, les populations derrière le Rideau de fer avaient été suffisamment proches géographiquement des sociétés libres pour avoir vu le style de vie dont jouissaient leurs voisins de l’Ouest. Lorsque les lignes de partage commencèrent à s’effriter, les membres d’une communauté européenne plus large et les institutions transatlantiques comme l’OTAN furent un  plus pour les faire s’écrouler complètement. « Construire l’Europe entière et libre » devint ce que Pavol Demes, du German Marshall Fund américain appelle « un méga-projet sans précédent attractif à la fois pour les populations et les dirigeants de l’ouest démocratique et pour ceux de l’Europe post-communiste ».

 

Dans le monde arabe, les révolutions des dernières trois années ont eu lieu contre dans un contexte intellectuel pauvre, aggravé par des crises socioéconomiques terribles. À la fin de la dernière décade, par exemple, le taux de chômage des jeunes en Afrique du nord, particulièrement parmi les diplômés universitaires, était le plus élevé du monde. La pauvreté atteignait un taux à deux chiffres. Pire encore, il y avait de sérieux déséquilibres de développement entre les pays du Printemps arabe, et les vieux régimes, du moins en partie, provoquèrent eux-mêmes les soulèvement en promouvant un discours sur l’ascension sociale qu’ils étaient incapables d’assurer. Les dirigeants comme Hosni Moubarak d’Égypte et Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie ont essayé de conjurer le désespoir de la jeunesse en prônant  un idéal de « chances égales » qu’ils discréditèrent eux-mêmes en tolérant la corruption et le népotisme chez leurs proches. L’accès libre à l’université a créé un immense « prolétariat diplômé » et peu d’occasion d’emplois à valeur ajoutée. Les diplômes ouvrirent une voie sans issue pour les jeunes qui furent finalement conduits à la rébellion par des espoirs déçus.

 

Une fois tombés les vieux régimes, la jeunesse rebelle n’eut nulle part où aller. Aucune région prospère voisine où ils auraient pu voyager, comme les jeunes travailleurs polonais l’ont fait à Londres ou Paris. Aucune Allemagne de l’Ouest arabe prête à faire un pari existentialiste sur le sauvetage du pauvre voisin. Voire, aucun Plan Marshall. Il n’y eut rien ressemblant le moins du monde à l’aide massive fournie par l’Europe occidentale et les Etats-Unis à l’Europe de l’Est et centrale après 1989. À la place, il y eut des guerres civiles, des bombardements de l’OTAN, un désordre et un sous-développement permanents dans le voisinage immédiat de chaque pays du Printemps arabe. La seule « mobilisation » post-2011 prise en charge par l’Occident dans la région visa à contrer l’invasion jihadiste au Mali, un problème provoqué en premier lieu par le manque de stratégie de sortie de Libye des Occidentaux.

 

Après le départ des « anciens régimes », l’un après l’autre, suite aux manifestations massives, les conditions socio-économiques ne changèrent pas vraiment. Les misérables, les chômeurs, et les pauvres restèrent misérables, chômeurs et pauvres. La situation ne pouvait pas s’améliorer sans une meilleure sécurité, une plus grande stabilité et une gestion plus expérimentée. Avec la stagnation du développement et de la création d’emplois, la minuterie de la bombe que représentait le mécontentement de la jeunesse se mit en marche, et l’est toujours. Alors que les institutions d’État déjà secouées devaient s’occuper de problèmes et de défis toujours plus nombreux, le zèle révolutionnaire privait les gouvernements inexpérimentés de la contribution des cadres supérieurs qui auraient pu contribuer à supporter la tempête des changements radicaux. L’exclusion des personnalités qui avaient servi  à des postes de direction sous les anciens régimes a constitué un handicap majeur pour les nouveaux dirigeants alors qu’ils se précipitaient à fixer des objectifs bien au-delà de leur capacité.

 

Si le nouvel ordre social naissant à travers les combattants dans des pays du Printemps arabe avait des difficultés avec le présent, il avait aussi des problèmes avec le passé. Il y eut une forte diabolisation de la situation pré-Révolution,  mais aucun examen objectif du passé. Dans l’Afrique-du-Sud postapartheid, les responsables de la transition s’identifiaient  par les mots de L.P. Hartley : « Le passé est un pays étranger : ils font les choses différemment là-bas. »

 

Ce n’est pas le cas avec les révolutionnaires du Printemps arabe qui permirent à l’esprit de vengeance de les menotter. Si beaucoup d’anciens responsables vivaient dans un purgatoire légal, cela ne signifiaient pas que les souffrances des activistes auparavant persécutés, y compris les Islamistes, les gauchistes et autres, étaient correctement reconnues.

 

Il n’y eut aucun lieu pour dire de façon constructive la vérité qui pourrait conduire à la réconciliation nationale. Des questions brûlantes et persistantes à la base des clivages sociaux dangereux ne furent pas abordées. Même avec la meilleure intention chez les laïcs et islamistes « modérés », il aurait été irréaliste d’espérer la fusion expérimentale du religieux et du politique pour  agir normalement. Mais les choses furent rendues inextricablement compliquées par le mépris de la démocratie considérée comme « une religion contredisant les lois du Seigneur » par des franges islamistes radicales.

 

Déjà prêts à utiliser la violence, les extrémistes ont souvent transformé la précaire stabilité politique post-soulèvement en confusion. Même sans la pression constante de la ligne dure des fondamentalistes, les laïcs et les Islamistes modérés ont eu des grandes difficultés à établir une relation de confiance. Le fossé était trop profond. Les groupes semblaient parfois vivre dans deux mondes différents, séparés par des divisions profondes sur l’identité culturelle, la signification de l’Histoire, le mode de vie et les visions d’un futur possible. Comme l’a dit récemment le juriste constitutionnel tunisien Kais Said, « la division n’est pas politique, légale ou constitutionnel, elle est existentielle ».

 

Au lieu d’un vrai dialogue, il y eut une renaissance de stéréotypes et de diabolisations mutuelles. Sur Facebook, et parfois même dans les médias plus traditionnels, des rivaux politiques se transformèrent en « rats », « chiens » et « serpents ». La vision politique étroite, d’un côté, la condescendance  culturelle de l’autre, ont divisé encore plus les deux camps. La première victime des tensions permanentes fut la notion de « politique du positif commun ». La haine entretenue et la méfiance ont transformé la compétition politique en un jeu d’échec survivaliste. Un « Echec et mat ! » sur certaines questions ne signifie pas le départ d’un nouveau jeu pour tous les joueurs, mais une irréversible « fin de jeu » et un voyage pour l’équivalent arabe du purgatoire pour le perdant. La table était mise pour des compétitions sans fin où « le gagnant prend tout ». Le résultat fut un environnement toujours pire profondément hostile à une culture de la démocratie. Après les soulèvements, les nouveaux dirigeants semblèrent trop souvent tentés d’accaparer le pouvoir et d’exclure leur opposition. Les règles démocratiques d’engagement ne furent pas bien définies. Les transitions démocratiques pouvaient difficilement s’effectuer au milieu d’une suspicion rampante. Les laïcs n’avaient pas confiance dans les dirigeants islamistes nouvellement élus pour renoncer au pouvoir. Les Islamistes pensaient que rien ne pouvaient les sauver d’une nouvelle victimisation totale s’il leur arrivait d’être exclus.

 

Chaque camp tenait à sa propre légitimité formelle. « La voix des masses » défiait la « légitimité électorale ». La « politique de la rue » devint la forme préférée des luttes politiques. Depuis le début, il y eut même ceux qui croyaient que monopoliser le pouvoir aux dépens de leurs rivaux pouvait constituer la « seconde révolution » du Printemps arabe. Décrire la confrontation comme une forme de « polarisation politique » est un euphémisme. La violence inspirée politiquement et la militarisation de la politique devinrent un vrai danger. Lorsque des factions politiques échouent en permanence à résoudre leurs différents pacifiquement, la tentation d’unités armées et de milices politiques ne peut pas être très loin.

 

Le conflit civil et les troubles violents malheureusement sont toujours largement en vue dans le futur de nombre de pays du Printemps arabe. Pendant des mois, un nombre d’analystes ont annoncé la « bonne  nouvelle » à l’Occident : aucun soucis, les conflits actuels ne sont que des guerres civiles à l’intérieur du monde musulman.  Le potentiel de chaos dans la région est « tolérable ». Mais les experts ont oublié de mentionner que les guerres fratricides arabes pouvaient finalement signifier des problèmes pour les Européens, les Américains et tous les autres. Les États faillis au sud de la côte méditerranéenne pourraient ruiner les jours de la plupart des Arabes et d’un  bon nombre d’Occidentaux aussi.

 

Trouver une solution basée sur le vieux projet de « transition démocratique » n’est pas réaliste. Il faut repenser les données et réécrire les  vieux manuels de « changement de régime » et le faire vite. Légitimement enthousiastes sur les révolutions du Printemps arabe, les promoteurs occidentaux de la démocratie n’ont pas manifesté assez de prudence quant à l’importance de la réconciliation nationale dans les nouvelles transitions démocratiques. Alors que les événements se poursuivent, l’incapacité des nouvelles classes dirigeantes à se placer au-dessus des tentations vindicatives ne pénalise pas seulement les membres des régimes précédents. Elle risque de faire obstacle à tout transfert pacifique de pouvoir. Même élus démocratiquement, les nouveaux régimes ne se retireront probablement pas pacifiquement s’ils craignent d’être sujets à des récriminations après avoir quitté le pouvoir.

 

Le scénario « un homme, un vote, une fois » autrefois décrit par l’ancien secrétaire adjoint d’État, Ed Djerijian, pourrait alors devenir un cauchemar récurrent, freinant les transitions en douceur. Une dépendance excessive par rapport au judiciaire pour régler des comptes du passé ne pourrait que compliquer les choses. Il est difficile de voir la valeur rédemptrice de l’implication d’un système judiciaire déjà surchargé dans des affaires à caractère essentiellement politique ou administratif.

 

L’expérience de nombreux pays, particulièrement en Afrique, a montré que les amnisties permettent de tourner la page du passé. Les vérités devraient être dites et les fautes reconnues  en tant que processus de réconciliation. Mais un processus de longue durée et exhaustif de « justice transitionnelle » risque de créer une nouvelle génération de victimes et de nourrir de nouveaux conflits. La paresse intellectuelle et l’opportunisme  politique ont aidé à créer la fausse notion que la  justice vindicative est beaucoup plus en harmonie avec l’ambiance générale de la « rue arabe ». En dépit de références au pardon immédiatement disponibles dans l’Islam, peu d’intervenants ont osé développer une théologie de la réconciliation.

 

Le problème du terrorisme vient encore compliquer les tâches de transition et de gouvernance. La Tunisie n’est pas le seul pays à avoir été mal préparé à la libération d’extrémistes condamnés à la prison et au retour d’autres de l’étranger. Ce n’est pas le seul à souffrir du flot transfrontière d’armes et de l’infiltration de combattants jihadistes, particulièrement après les guerres en Libye et au Mali.

 

Le trafic d’armes de Libye a trouvé son chemin vers les terroristes de l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb, le Sinaï et ailleurs. Les deux militants de gauche tunisiens, Mohamed Brahmi et Chokri Belaid, ont été tués par la même arme, un pistolet 9mm semi-automatique  volé en Libye. Du Yémen à la Libye, de la Syrie à la Tunisie et l’Égypte, la menace d’al Qaeda est plus présente que jamais. Les sociétés turbulentes et les classes politiques divisées tendent à affaiblir la capacité de l’État à combattre la terreur. Des politiciens ennemis voient même les incidents terroristes comme des opportunités de gagner un avantage politique. Comme le ministre tunisien de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, s’en plaignait amèrement en août : « Quand un pays est frappé par le terrorisme, tous ses citoyens serrent les rangs. La seule exception est la Tunisie où le terrorisme divise les gens. »

 

Ajouté à l’affiliation politique et aux divisions idéologiques, tribales, régionales et même ethniques, les clivages peuvent mettre l’unité nationale elle-même en péril. Les risques potentiels de désintégration territoriale sont évidents en Libye et en Syrie, par exemple. Des tensions dangereuses sont en train de monter des tribus les unes contre les autres. Des frictions continuent de marquer les relations entre les populations des différentes villes et toutes les régions du pays, provoquant des ruptures graves de la production de pétrole.

 

Avec la poursuite des règlements de compte entretenue par la disponibilité d’armes et d’explosifs depuis la chute du régime de Kadhafi en Libye, les anciens juges et officiers militaires et de police sont régulièrement assassinés. Plus récemment, des journalistes et des militants politiques ont été ajoutés à la liste noire des assassins.

 

Secoués par l’insécurité et l’instabilité, des pays comme l’Égypte et la Tunisie ont des difficultés à attirer les investisseurs étrangers cruciaux et les touristes dont ils ont besoin. Malgré toute l’aide financière régionale et internationale qu’ils ont fini par recevoir, ces pays qui ne sont pas riches en pétrole ont besoin de lancer et d’appliquer rapidement des programmes d’urgence économique pour éviter les défauts de paiement et la faillite. Pour assurer les convalescences économiques, ils ont besoin de la contribution de toutes les générations de cadres supérieurs. Négliger un vaste contingent de ressources humaines nationales, y compris les élites hautement qualifiées, n’est pas un luxe qu’ils peuvent se payer.

 

Tous ces défis sont liés entre eux. Les inquiétudes au sujet de l’économie et la sécurité peuvent rapidement affaiblir l’enthousiasme pour les transitions démocratiques. Selon une enquête Pew publiée en septembre, une majorité de Tunisiens privilégient maintenant la prospérité économique et la stabilité politique à l’établissement de la démocratie.

 

Même s’ils ont à faire à des désordres internes, les peuples des nations du Printemps arabes sont de plus en plus convaincus que, avant toute chose, ils ont besoin de restaurer la paix civile. Les sociétés à large classe moyenne, telles que la Tunisie, tiennent clairement à leurs libertés nouvellement acquises. Mais, ils donnent aussi une place élevée à la stabilité et la sécurité comme conditions nécessaires à la préservation de leur niveau de vie. Les gens sont donc profondément frustrés par les batailles politiciennes. Ils veulent retourner à leur vie. Ils veulent des élites dirigeantes plus attentives à leurs besoins d’hommes de la rue. Avec l’augmentation de la violence et l’aggravation des crises économiques, il y a un consensus de plus en plus grand que chaque seconde compte, même si l’accord sur ce que l’on doit faire est restreint.

 

Dans pratiquement la plupart des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, les peuples sont hypersensibles à la manifestation des ingérences étrangères. Mais lorsque les acteurs locaux et régionaux échouent, il est inévitable que les médiateurs internationaux poussés par la peur des conséquences régionales, s’invitent tout seuls. Le scénario cauchemar de la communauté internationale est que le conflit  ne se calme pas et qu’une autre onde de choc d’instabilité et d’échec s’étende sur le monde arabe et au-delà. Mais comme l’a montré la crise égyptienne, des médiateurs extérieurs ne peuvent pas mettre en place la réconciliation nationale si les protagonistes locaux n’y sont pas intéressés.

 

Après la répression, en août, des membres de l’organisation des Frères musulmans, y a-t-il  encore de la place pour la réconciliation en Égypte ? À long terme, peut-être. Mais avec les événements sanglants du 14 août, la réconciliation est devenue un objectif compliqué et lointain. « L’Égypte qui a assisté à des scènes de joie et de jubilation aux images de corps morts, hier, n’est pas une Égypte à laquelle nous pouvons aspirer, ou de laquelle nous nous devrions être satisfaits », écrivait, le 15 août, Ibrahim Negm, conseiller supérieur du Grand Mufti d’Égypte.

 

Mais la tournure des événements en Égypte peut avoir aidé à convaincre les dirigeants politiques dans d’autres pays du Printemps arabe des risques inhérents à des confrontations « zéro positif commun ». Des dirigeants de deux partis de la troïka dirigeante en Tunisie, Ennahda et Ettakatol, parlent maintenant en faveur d’une « réconciliation nationale totale », comme l’a fait  le président du principal parti d’opposition, Nidaa Tounes. Tirant les leçons des événements en Égypte, Mohamed al Qassem, un éditorialiste du journal islamiste tunisien al-Dhamir, écrivait à la fin août : « La réconciliation nationale est la seule façon de juguler les tentations d’éradication, de despotisme, de coups d’État, et de conspiration pour le pouvoir ». Le journaliste libéral, Nizar Bahloul a argumenté en écrivant que la communauté internationale attend, des Tunisiens, la réconciliation. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si, après les événements du Caire, un projet de loi sur l’exclusion des anciens cadres supérieurs tunisiens de l’administration semble avoir été définitivement enterré. Plusieurs responsables supérieurs ont également été relâchés.

 

Même si la réconciliation nationale n’est pas une panacée pour les pays arabes en transition, les perspectives de transition pacifiques sont nulles sans réconciliation nationale. « Si le miracle d’un règlement négocié n’était pas survenu, nous aurions été submergés par un bain de sang que tout le monde prédisait inévitable », disait l’archevêque Desmond Tutu à propos de l’Afrique-du-Sud. À travers le processus de vérité et réconciliation,  son pays a réussi à se libérer de son terrible passé et à regarder vers un futur prospère.

 

Je suis moi-même un des soi-disant « vestiges » des vieux régimes de la région. Mon appel à un processus de réconciliation nationale pourrait donc apparaître comme intéressé. Mais en réalité, tous les camps politiques ont quelque chose à gagner d’un tel processus. Sans lui, les protagonistes post-Printemps arabe ne pourront même pas coexister à l’intérieur des frontières actuelles de leurs pays. Le processus de réconciliation pourrait faire la vérité, toute la vérité, sur le passé, mais plus important encore, il ouvrirait la voix à un processus de reconstruction innovateur. Insister sur l’humiliation ou l’éradication des adversaires politiques ne fait que semer la graine de nouveaux cycles de répression et de violence. La réconciliation nationale pourrait être la seconde véritable révolution des Printemps arabes.

*Oussama Romdhani, ancien membre du gouvernement tunisien et actuel chroniqueur dans la presse internationale.

 

Lien à l’article dans sa version originale :

http://www.worldaffairsjournal.org/article/next-revolution-call-reconciliation-arab-world


SAFIR LAB du 18/11 au 29/11 – 33 jeunes du Monde Arabe, porteurs d’initiatives réunis à Paris

33 jeunes Tunisiens, Egyptiens, Jordaniens, Libyens, Marocains et Yéménites porteurs d’initiatives réunis à Paris

 

CFI et l’Institut français soutiennent des acteurs du changement du monde arabe

Du 18 au 29 novembre 2013

L’édition 2013 de SafirLab  qui se déroule du 18 au 29 novembre à Paris, accueillera 33 jeunes soigneusement sélectionnés en fonction de la qualité de leur projet professionnel. Ces jeunes, entre 20 et 30 ans, suivront une session de formation organisée de façon progressive, afin de les aider à renforcer leurs compétences. Conçu comme une « pépinière » de projets, le programme les soutient dans la réalisation de leur projet professionnel ou associatif en mettant à leur disposition un tutorat, des outils et des méthodes personnalisées. SafirLab a en outre pour objectif de créer un dialogue durable avec ces jeunes porteurs d’initiatives.

 

Pendant deux semaines, présentations de projets, ateliers thématiques, débats et échanges de bonnes pratiques s’alterneront. Le séminaire accueillera un grand nombre de personnalités qui enrichiront ces rendez-vous de leur expérience et de leur vision. Citons parmi eux, Edwy Plenel, Martin Hirsch, Tariq Krim ou encore Vincent Glad.

 

Cette édition se déroulera à Paris, principalement dans les locaux du FIAP Jean Monnet, 14ème arrondissement ou encore à la Fondation Eugène Napoléon dans le 12ème arrondissement.

Communiqué


Al-Jazira recule dans les pays du”printemps arabe”

En Tunisie, en Egypte, en Libye, la chaîne qatarie a connu une forte baisse d’audience en 2012. Les spectateurs lui préfèrent de nouvelles chaînes locales, plus libres qu’auparavant, et lui reprochent un traitement partial de l’actualité.
Source : www.courrierinternational.com


Tunisie : La Grande Bretagne veut concrétiser l’initiative du partenariat de Deauville

  • Le ministre britannique chargé des Affaires du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), Alistair Burt, a souligné “la volonté de son pays, qui présidera le G8, à partir de 2013, de concrétiser l’initiative du partenariat de Deauville au profit des pays du Printemps arabe”. Il s’agit, selon lui, de “consolider les réformes dans ces pays et de fournir les financements nécessaires pour la réalisation des méga-projets, notamment ceux concernant l’infrastructure”.
    M. Burt a fait savoir, mercredi 12 décembre, au cours de sa rencontre avec le ministre de l’Investissement et de la Coopération internationale, Riadh Bettaieb, que cette visite “s’inscrit dans le cadre de la volonté du gouvernement britannique de prendre connaissance de l’avancement du processus de transition démocratique en Tunisie, qui constitue une expérience avant-gardiste dans la région arabe nécéssitant aide et soutien”.
    Un communiqué du ministère de l’Investissement, publié ce jeudi 13 décembre, indique M. Bettaieb a présenté au ministre britannique “les avancées réalisées par le gouvernement pour garantir la transition démocratique”, notamment l’état d’avancement de l’élaboration de la nouvelle Constitution, du cadre juridique de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) ainsi que du projet de la Haute Autorité Indépendante de la Communication et de l’Audiovisuel (HAICA)”, sans oublier le programme de réformes mis en place par le gouvernement visant à instaurer la bonne gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption.
    Il a également mis l’accent sur l’appui des institutions financières internationales et régionales, à ce programme, citant la Banque mondiale (BM), la Banque africaine de développement (BAD) ainsi que l’Union européenne (UE). Le ministre a enfin mis l’accent sur les réformes adoptées dans le domaine économique notamment celles relatives à l’amélioration du climat des affaires et des investissements. Il s’agit aussi de la modernisation de l’infrastructure dans les régions de l’intérieur et la concrétisation du Partenariat Public/Privé (PPP).
  • Source WMC/TAP

Mauvaise année pour les voyagistes impactés par le Printemps arabe

Les tour-opérateurs français ont fait une mauvaise année en 2012, en raison de la crise et d’un redémarrage lent des destinations du printemps arabe, mais aussi de clients qui organisent de plus en plus seuls leurs voyages, selon l’association professionnelle Ceto mardi. “Ce n’est pas une bonne année, même si cela aurait pu être encore pire”, a déclaré le président du Ceto, René-Marc Chikli, en présentant le bilan lors du Forum annuel du Ceto à Bordeaux. “Le pire” remonte au retournement brutal du marché lors de l’exercice 2008-2009, a-t-il rappelé.

Entre novembre 2011 et fin octobre 2012, les 70 membres du Ceto ont fait voyager 7,28 millions de clients, soit 25.000 clients de moins qu’un an plus tôt à périmètre comparable, pour un volume d’affaires de 5,28 milliards d’euros (-0,8%). La recette unitaire moyenne a baissé de 10 euros, à 726 euros. L’année 2012 a été marquée par un mois de juillet “catastrophique”, suivie d’un bon mois d’août.

Côté destinations, après une année 2011 noire liée au printemps arabe, la Tunisie, première destination étrangère des Français, “est un peu repartie cet été, on a limité la casse”, a dit M. Chikli, en déplorant toutefois “un problème de qualité” sur place. Et les tour-opérateurs s’inquiètent pour l’hiver 2012-2013: les prises de commandes ont reculé de plus de 10% en nombre de clients et de 7% en chiffre d’affaires, touchant à la fois le moyen-courrier et le long-courrier.

“On est en difficultés. On entre dans un exercice aussi mauvais que celui de 2008-2009. L’espoir est de rattraper des parts sur le moyen-courrier”, a estimé M. Chikli. En attendant, les tour-opérateurs ajustent leur offre pour “limiter les risques”.

Clinton, frappée par la tourista, annule son voyage au Maghreb

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a annulé, en raison d’un “virus gastrique”, son voyage prévu cette semaine au Maroc, où elle devait participer à une réunion sur la Syrie, puis en Tunisie et aux Emirats arabes unis, a annoncé hier soir son principal conseiller au département d’Etat.

La chef de la diplomatie américaine ne se rendra pas comme prévu demain à Marrakech pour la réunion internationale des “Amis du peuple syrien”, ni à Tunis le lendemain et à Abou Dhabi vendredi, a indiqué dans un courrier électronique le conseiller et porte-parole de Mme Clinton, Philippe Reines. “Comme elle se sent toujours souffrante, nous resterons là cette semaine plutôt que d’aller en Afrique du Nord et au Moyen-Orient comme cela était prévu”, a écrit M. Reines.

Le conseiller avait annoncé dimanche soir que la secrétaire d’Etat souffrait d’un “virus gastrique”, l’obligeant dans un premier temps à simplement repousser de lundi à mardi son départ de Washington vers Marrakech. En l’absence de Mme Clinton, c’est le secrétaire d’Etat adjoint William Burns qui fera le voyage au Maroc pour la réunion des “Amis du peuple syrien”, a précisé M. Reines. Ce 4e rendez-vous des “Amis du peuple syrien” regroupant une centaine de pays doit décider d’un accroissement de l’aide à la Coalition de l’opposition syrienne au régime de Damas et sa pleine reconnaissance politique, notamment par les Etats-Unis.

Au Maroc, Mme Clinton devait également être reçue par le roi Mohammed VI pour des entretiens sur des dossiers bilatéraux et régionaux. Elle devait se rendre le 13 décembre dans une Tunisie secouée par des conflits sociaux et des heurts politiques dus aux espoirs déçus de la première révolution du Printemps arabe amorcée en décembre 2010. Un appel à la grève générale en Tunisie a été lancée pour ce 13 décembre.

La chef de la diplomatie américaine devait boucler cette mini-tournée dans des pays arabes par une réunion le 14 décembre à Abou Dhabi du Forum global de la lutte contre le terrorisme (FGLT), un groupe créé en septembre 2011 et animé par le département d’Etat.

Mme Clinton, âgée de 65 ans et qui détient le record des voyages et des pays visités pour une secrétaire d’Etat, doit quitter son poste en janvier, après quatre années à la tête du premier réseau diplomatique de la planète et au service du président Barack Obama. Compte tenu de sa très grande popularité en Europe et aux Etats-Unis, la presse américaine spécule sur sa candidature pour la présidentielle de 2016. Mais l’épouse de l’ancien président Bill Clinton assure qu’elle aspire à “arrêter la politique” et à retrouver une “vie privée”.