La prochaine révolution : Un appel à la réconciliation dans le monde arabe

—   —   *Par Oussama Romdhani.

 

Le chaos en Afrique du Nord et au Moyen Orient actuel a déçu de nombreux Occidentaux, qui attendaient des révolutions de 2011 qu’elles conduisent à une nouvelle ère de justice sociale et de transformation démocratique dans la région.

 

De ce fait, on ne manque pas aujourd’hui de jeux de mots sur l’expression du “Printemps arabe”  afin de mettre en exergue les changements météorologiques indiquant un changement de saisons depuis les soulèvements populaires. Mais en réalité les gens qui s’étaient précipités au départ à utiliser cette expression sont seuls responsables de leur déception.  Il était imprudent et « ahistorique » de présumer nécessairement qu’après décembre 2010, que le monde arabe allait se lancer dans une transition démocratique comme celle que les pays européens de l’Est avaient connue après la chute du mur de Berlin. Malgré certaines vagues et séduisantes similarités, les processus de transition dans les pays arabes ont en réalité peu en commun avec ceux de l’Europe post-communiste.

 

Se traçant leur chemin après le naufrage du Communisme, les dirigeants des révolutions européennes de 1989 ont été capables de tirer profit de leurs traditions démocratiques profondément ancrées. Les classes politiques post-Printemps arabe ne pouvaient pas tirer profit de telles fondations. Elles furent confrontées, à la place, au malheureux héritage légué par les régimes autocratiques. Dans le monde arabe, malgré les efforts déployés longtemps par les forces de changement,  les élites politiques privées de droits ont continué de frapper  en vain pendant des décennies aux portes de la participation politique, tandis que les régimes en place, sans réelle vision du futur, cherchaient désespérément à maintenir le statu quo.

 

Robert Kaplan avait raison lorsqu’il écrivait récemment, « dans l’Europe centrale et de l’Est post-communiste, la transition a été plus rapide, parce que ces pays avaient un background de pratiques démocratiques et de culture bourgeoise avant la Seconde guerre mondiale, à un niveau que beaucoup d’États arabes n’avaient simplement jamais atteint.”

 

Oussama Romdhani

Outre les expériences de la démocratie, les populations derrière le Rideau de fer avaient été suffisamment proches géographiquement des sociétés libres pour avoir vu le style de vie dont jouissaient leurs voisins de l’Ouest. Lorsque les lignes de partage commencèrent à s’effriter, les membres d’une communauté européenne plus large et les institutions transatlantiques comme l’OTAN furent un  plus pour les faire s’écrouler complètement. « Construire l’Europe entière et libre » devint ce que Pavol Demes, du German Marshall Fund américain appelle « un méga-projet sans précédent attractif à la fois pour les populations et les dirigeants de l’ouest démocratique et pour ceux de l’Europe post-communiste ».

 

Dans le monde arabe, les révolutions des dernières trois années ont eu lieu contre dans un contexte intellectuel pauvre, aggravé par des crises socioéconomiques terribles. À la fin de la dernière décade, par exemple, le taux de chômage des jeunes en Afrique du nord, particulièrement parmi les diplômés universitaires, était le plus élevé du monde. La pauvreté atteignait un taux à deux chiffres. Pire encore, il y avait de sérieux déséquilibres de développement entre les pays du Printemps arabe, et les vieux régimes, du moins en partie, provoquèrent eux-mêmes les soulèvement en promouvant un discours sur l’ascension sociale qu’ils étaient incapables d’assurer. Les dirigeants comme Hosni Moubarak d’Égypte et Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie ont essayé de conjurer le désespoir de la jeunesse en prônant  un idéal de « chances égales » qu’ils discréditèrent eux-mêmes en tolérant la corruption et le népotisme chez leurs proches. L’accès libre à l’université a créé un immense « prolétariat diplômé » et peu d’occasion d’emplois à valeur ajoutée. Les diplômes ouvrirent une voie sans issue pour les jeunes qui furent finalement conduits à la rébellion par des espoirs déçus.

 

Une fois tombés les vieux régimes, la jeunesse rebelle n’eut nulle part où aller. Aucune région prospère voisine où ils auraient pu voyager, comme les jeunes travailleurs polonais l’ont fait à Londres ou Paris. Aucune Allemagne de l’Ouest arabe prête à faire un pari existentialiste sur le sauvetage du pauvre voisin. Voire, aucun Plan Marshall. Il n’y eut rien ressemblant le moins du monde à l’aide massive fournie par l’Europe occidentale et les Etats-Unis à l’Europe de l’Est et centrale après 1989. À la place, il y eut des guerres civiles, des bombardements de l’OTAN, un désordre et un sous-développement permanents dans le voisinage immédiat de chaque pays du Printemps arabe. La seule « mobilisation » post-2011 prise en charge par l’Occident dans la région visa à contrer l’invasion jihadiste au Mali, un problème provoqué en premier lieu par le manque de stratégie de sortie de Libye des Occidentaux.

 

Après le départ des « anciens régimes », l’un après l’autre, suite aux manifestations massives, les conditions socio-économiques ne changèrent pas vraiment. Les misérables, les chômeurs, et les pauvres restèrent misérables, chômeurs et pauvres. La situation ne pouvait pas s’améliorer sans une meilleure sécurité, une plus grande stabilité et une gestion plus expérimentée. Avec la stagnation du développement et de la création d’emplois, la minuterie de la bombe que représentait le mécontentement de la jeunesse se mit en marche, et l’est toujours. Alors que les institutions d’État déjà secouées devaient s’occuper de problèmes et de défis toujours plus nombreux, le zèle révolutionnaire privait les gouvernements inexpérimentés de la contribution des cadres supérieurs qui auraient pu contribuer à supporter la tempête des changements radicaux. L’exclusion des personnalités qui avaient servi  à des postes de direction sous les anciens régimes a constitué un handicap majeur pour les nouveaux dirigeants alors qu’ils se précipitaient à fixer des objectifs bien au-delà de leur capacité.

 

Si le nouvel ordre social naissant à travers les combattants dans des pays du Printemps arabe avait des difficultés avec le présent, il avait aussi des problèmes avec le passé. Il y eut une forte diabolisation de la situation pré-Révolution,  mais aucun examen objectif du passé. Dans l’Afrique-du-Sud postapartheid, les responsables de la transition s’identifiaient  par les mots de L.P. Hartley : « Le passé est un pays étranger : ils font les choses différemment là-bas. »

 

Ce n’est pas le cas avec les révolutionnaires du Printemps arabe qui permirent à l’esprit de vengeance de les menotter. Si beaucoup d’anciens responsables vivaient dans un purgatoire légal, cela ne signifiaient pas que les souffrances des activistes auparavant persécutés, y compris les Islamistes, les gauchistes et autres, étaient correctement reconnues.

 

Il n’y eut aucun lieu pour dire de façon constructive la vérité qui pourrait conduire à la réconciliation nationale. Des questions brûlantes et persistantes à la base des clivages sociaux dangereux ne furent pas abordées. Même avec la meilleure intention chez les laïcs et islamistes « modérés », il aurait été irréaliste d’espérer la fusion expérimentale du religieux et du politique pour  agir normalement. Mais les choses furent rendues inextricablement compliquées par le mépris de la démocratie considérée comme « une religion contredisant les lois du Seigneur » par des franges islamistes radicales.

 

Déjà prêts à utiliser la violence, les extrémistes ont souvent transformé la précaire stabilité politique post-soulèvement en confusion. Même sans la pression constante de la ligne dure des fondamentalistes, les laïcs et les Islamistes modérés ont eu des grandes difficultés à établir une relation de confiance. Le fossé était trop profond. Les groupes semblaient parfois vivre dans deux mondes différents, séparés par des divisions profondes sur l’identité culturelle, la signification de l’Histoire, le mode de vie et les visions d’un futur possible. Comme l’a dit récemment le juriste constitutionnel tunisien Kais Said, « la division n’est pas politique, légale ou constitutionnel, elle est existentielle ».

 

Au lieu d’un vrai dialogue, il y eut une renaissance de stéréotypes et de diabolisations mutuelles. Sur Facebook, et parfois même dans les médias plus traditionnels, des rivaux politiques se transformèrent en « rats », « chiens » et « serpents ». La vision politique étroite, d’un côté, la condescendance  culturelle de l’autre, ont divisé encore plus les deux camps. La première victime des tensions permanentes fut la notion de « politique du positif commun ». La haine entretenue et la méfiance ont transformé la compétition politique en un jeu d’échec survivaliste. Un « Echec et mat ! » sur certaines questions ne signifie pas le départ d’un nouveau jeu pour tous les joueurs, mais une irréversible « fin de jeu » et un voyage pour l’équivalent arabe du purgatoire pour le perdant. La table était mise pour des compétitions sans fin où « le gagnant prend tout ». Le résultat fut un environnement toujours pire profondément hostile à une culture de la démocratie. Après les soulèvements, les nouveaux dirigeants semblèrent trop souvent tentés d’accaparer le pouvoir et d’exclure leur opposition. Les règles démocratiques d’engagement ne furent pas bien définies. Les transitions démocratiques pouvaient difficilement s’effectuer au milieu d’une suspicion rampante. Les laïcs n’avaient pas confiance dans les dirigeants islamistes nouvellement élus pour renoncer au pouvoir. Les Islamistes pensaient que rien ne pouvaient les sauver d’une nouvelle victimisation totale s’il leur arrivait d’être exclus.

 

Chaque camp tenait à sa propre légitimité formelle. « La voix des masses » défiait la « légitimité électorale ». La « politique de la rue » devint la forme préférée des luttes politiques. Depuis le début, il y eut même ceux qui croyaient que monopoliser le pouvoir aux dépens de leurs rivaux pouvait constituer la « seconde révolution » du Printemps arabe. Décrire la confrontation comme une forme de « polarisation politique » est un euphémisme. La violence inspirée politiquement et la militarisation de la politique devinrent un vrai danger. Lorsque des factions politiques échouent en permanence à résoudre leurs différents pacifiquement, la tentation d’unités armées et de milices politiques ne peut pas être très loin.

 

Le conflit civil et les troubles violents malheureusement sont toujours largement en vue dans le futur de nombre de pays du Printemps arabe. Pendant des mois, un nombre d’analystes ont annoncé la « bonne  nouvelle » à l’Occident : aucun soucis, les conflits actuels ne sont que des guerres civiles à l’intérieur du monde musulman.  Le potentiel de chaos dans la région est « tolérable ». Mais les experts ont oublié de mentionner que les guerres fratricides arabes pouvaient finalement signifier des problèmes pour les Européens, les Américains et tous les autres. Les États faillis au sud de la côte méditerranéenne pourraient ruiner les jours de la plupart des Arabes et d’un  bon nombre d’Occidentaux aussi.

 

Trouver une solution basée sur le vieux projet de « transition démocratique » n’est pas réaliste. Il faut repenser les données et réécrire les  vieux manuels de « changement de régime » et le faire vite. Légitimement enthousiastes sur les révolutions du Printemps arabe, les promoteurs occidentaux de la démocratie n’ont pas manifesté assez de prudence quant à l’importance de la réconciliation nationale dans les nouvelles transitions démocratiques. Alors que les événements se poursuivent, l’incapacité des nouvelles classes dirigeantes à se placer au-dessus des tentations vindicatives ne pénalise pas seulement les membres des régimes précédents. Elle risque de faire obstacle à tout transfert pacifique de pouvoir. Même élus démocratiquement, les nouveaux régimes ne se retireront probablement pas pacifiquement s’ils craignent d’être sujets à des récriminations après avoir quitté le pouvoir.

 

Le scénario « un homme, un vote, une fois » autrefois décrit par l’ancien secrétaire adjoint d’État, Ed Djerijian, pourrait alors devenir un cauchemar récurrent, freinant les transitions en douceur. Une dépendance excessive par rapport au judiciaire pour régler des comptes du passé ne pourrait que compliquer les choses. Il est difficile de voir la valeur rédemptrice de l’implication d’un système judiciaire déjà surchargé dans des affaires à caractère essentiellement politique ou administratif.

 

L’expérience de nombreux pays, particulièrement en Afrique, a montré que les amnisties permettent de tourner la page du passé. Les vérités devraient être dites et les fautes reconnues  en tant que processus de réconciliation. Mais un processus de longue durée et exhaustif de « justice transitionnelle » risque de créer une nouvelle génération de victimes et de nourrir de nouveaux conflits. La paresse intellectuelle et l’opportunisme  politique ont aidé à créer la fausse notion que la  justice vindicative est beaucoup plus en harmonie avec l’ambiance générale de la « rue arabe ». En dépit de références au pardon immédiatement disponibles dans l’Islam, peu d’intervenants ont osé développer une théologie de la réconciliation.

 

Le problème du terrorisme vient encore compliquer les tâches de transition et de gouvernance. La Tunisie n’est pas le seul pays à avoir été mal préparé à la libération d’extrémistes condamnés à la prison et au retour d’autres de l’étranger. Ce n’est pas le seul à souffrir du flot transfrontière d’armes et de l’infiltration de combattants jihadistes, particulièrement après les guerres en Libye et au Mali.

 

Le trafic d’armes de Libye a trouvé son chemin vers les terroristes de l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb, le Sinaï et ailleurs. Les deux militants de gauche tunisiens, Mohamed Brahmi et Chokri Belaid, ont été tués par la même arme, un pistolet 9mm semi-automatique  volé en Libye. Du Yémen à la Libye, de la Syrie à la Tunisie et l’Égypte, la menace d’al Qaeda est plus présente que jamais. Les sociétés turbulentes et les classes politiques divisées tendent à affaiblir la capacité de l’État à combattre la terreur. Des politiciens ennemis voient même les incidents terroristes comme des opportunités de gagner un avantage politique. Comme le ministre tunisien de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, s’en plaignait amèrement en août : « Quand un pays est frappé par le terrorisme, tous ses citoyens serrent les rangs. La seule exception est la Tunisie où le terrorisme divise les gens. »

 

Ajouté à l’affiliation politique et aux divisions idéologiques, tribales, régionales et même ethniques, les clivages peuvent mettre l’unité nationale elle-même en péril. Les risques potentiels de désintégration territoriale sont évidents en Libye et en Syrie, par exemple. Des tensions dangereuses sont en train de monter des tribus les unes contre les autres. Des frictions continuent de marquer les relations entre les populations des différentes villes et toutes les régions du pays, provoquant des ruptures graves de la production de pétrole.

 

Avec la poursuite des règlements de compte entretenue par la disponibilité d’armes et d’explosifs depuis la chute du régime de Kadhafi en Libye, les anciens juges et officiers militaires et de police sont régulièrement assassinés. Plus récemment, des journalistes et des militants politiques ont été ajoutés à la liste noire des assassins.

 

Secoués par l’insécurité et l’instabilité, des pays comme l’Égypte et la Tunisie ont des difficultés à attirer les investisseurs étrangers cruciaux et les touristes dont ils ont besoin. Malgré toute l’aide financière régionale et internationale qu’ils ont fini par recevoir, ces pays qui ne sont pas riches en pétrole ont besoin de lancer et d’appliquer rapidement des programmes d’urgence économique pour éviter les défauts de paiement et la faillite. Pour assurer les convalescences économiques, ils ont besoin de la contribution de toutes les générations de cadres supérieurs. Négliger un vaste contingent de ressources humaines nationales, y compris les élites hautement qualifiées, n’est pas un luxe qu’ils peuvent se payer.

 

Tous ces défis sont liés entre eux. Les inquiétudes au sujet de l’économie et la sécurité peuvent rapidement affaiblir l’enthousiasme pour les transitions démocratiques. Selon une enquête Pew publiée en septembre, une majorité de Tunisiens privilégient maintenant la prospérité économique et la stabilité politique à l’établissement de la démocratie.

 

Même s’ils ont à faire à des désordres internes, les peuples des nations du Printemps arabes sont de plus en plus convaincus que, avant toute chose, ils ont besoin de restaurer la paix civile. Les sociétés à large classe moyenne, telles que la Tunisie, tiennent clairement à leurs libertés nouvellement acquises. Mais, ils donnent aussi une place élevée à la stabilité et la sécurité comme conditions nécessaires à la préservation de leur niveau de vie. Les gens sont donc profondément frustrés par les batailles politiciennes. Ils veulent retourner à leur vie. Ils veulent des élites dirigeantes plus attentives à leurs besoins d’hommes de la rue. Avec l’augmentation de la violence et l’aggravation des crises économiques, il y a un consensus de plus en plus grand que chaque seconde compte, même si l’accord sur ce que l’on doit faire est restreint.

 

Dans pratiquement la plupart des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, les peuples sont hypersensibles à la manifestation des ingérences étrangères. Mais lorsque les acteurs locaux et régionaux échouent, il est inévitable que les médiateurs internationaux poussés par la peur des conséquences régionales, s’invitent tout seuls. Le scénario cauchemar de la communauté internationale est que le conflit  ne se calme pas et qu’une autre onde de choc d’instabilité et d’échec s’étende sur le monde arabe et au-delà. Mais comme l’a montré la crise égyptienne, des médiateurs extérieurs ne peuvent pas mettre en place la réconciliation nationale si les protagonistes locaux n’y sont pas intéressés.

 

Après la répression, en août, des membres de l’organisation des Frères musulmans, y a-t-il  encore de la place pour la réconciliation en Égypte ? À long terme, peut-être. Mais avec les événements sanglants du 14 août, la réconciliation est devenue un objectif compliqué et lointain. « L’Égypte qui a assisté à des scènes de joie et de jubilation aux images de corps morts, hier, n’est pas une Égypte à laquelle nous pouvons aspirer, ou de laquelle nous nous devrions être satisfaits », écrivait, le 15 août, Ibrahim Negm, conseiller supérieur du Grand Mufti d’Égypte.

 

Mais la tournure des événements en Égypte peut avoir aidé à convaincre les dirigeants politiques dans d’autres pays du Printemps arabe des risques inhérents à des confrontations « zéro positif commun ». Des dirigeants de deux partis de la troïka dirigeante en Tunisie, Ennahda et Ettakatol, parlent maintenant en faveur d’une « réconciliation nationale totale », comme l’a fait  le président du principal parti d’opposition, Nidaa Tounes. Tirant les leçons des événements en Égypte, Mohamed al Qassem, un éditorialiste du journal islamiste tunisien al-Dhamir, écrivait à la fin août : « La réconciliation nationale est la seule façon de juguler les tentations d’éradication, de despotisme, de coups d’État, et de conspiration pour le pouvoir ». Le journaliste libéral, Nizar Bahloul a argumenté en écrivant que la communauté internationale attend, des Tunisiens, la réconciliation. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si, après les événements du Caire, un projet de loi sur l’exclusion des anciens cadres supérieurs tunisiens de l’administration semble avoir été définitivement enterré. Plusieurs responsables supérieurs ont également été relâchés.

 

Même si la réconciliation nationale n’est pas une panacée pour les pays arabes en transition, les perspectives de transition pacifiques sont nulles sans réconciliation nationale. « Si le miracle d’un règlement négocié n’était pas survenu, nous aurions été submergés par un bain de sang que tout le monde prédisait inévitable », disait l’archevêque Desmond Tutu à propos de l’Afrique-du-Sud. À travers le processus de vérité et réconciliation,  son pays a réussi à se libérer de son terrible passé et à regarder vers un futur prospère.

 

Je suis moi-même un des soi-disant « vestiges » des vieux régimes de la région. Mon appel à un processus de réconciliation nationale pourrait donc apparaître comme intéressé. Mais en réalité, tous les camps politiques ont quelque chose à gagner d’un tel processus. Sans lui, les protagonistes post-Printemps arabe ne pourront même pas coexister à l’intérieur des frontières actuelles de leurs pays. Le processus de réconciliation pourrait faire la vérité, toute la vérité, sur le passé, mais plus important encore, il ouvrirait la voix à un processus de reconstruction innovateur. Insister sur l’humiliation ou l’éradication des adversaires politiques ne fait que semer la graine de nouveaux cycles de répression et de violence. La réconciliation nationale pourrait être la seconde véritable révolution des Printemps arabes.

*Oussama Romdhani, ancien membre du gouvernement tunisien et actuel chroniqueur dans la presse internationale.

 

Lien à l’article dans sa version originale :

http://www.worldaffairsjournal.org/article/next-revolution-call-reconciliation-arab-world


Le sida se propage dans des pays arabes

L’infection par le virus du sida dans des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du nord s’est propagée, prenant l’allure d’une épidémie, en particulier dans les milieux des homosexuels et bisexuels, selon une étude publiée par le journal spécialisé PLoS Medecine. L’étude précise que le taux d’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes a dépassé les 5%, un seuil annonciateur d’une épidémie, dans plusieurs régions comme en Egypte, au Soudan et en Tunisie. “Une épidémie du sida semble se dessiner parmi les homosexuels dans au moins certains pays de la région”, indique l’étude, la première menée dans ces pays musulmans où le sida est encore considéré parfois comme un tabou.

Les auteurs de l’étude, à l’initiative du Weill Cornell medical college au Qatar, préconisent le renforcement de la surveillance sanitaire et des moyens de dépistage et de prévention, notamment dans les milieux des populations à risque. “Il y a un besoin urgent d’étendre la surveillance du sida, l’accès au dépistage, la prévention et les services de traitement de l’infection (…) pour prévenir que la propagation du virus n’empire au Moyen-Orient et en Afrique du nord”, conclut l’étude.


Pays arabes : Investissements encouragés

La Banque mondiale a annoncé qu’une de ses filiales, l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), allait débloquer un milliard de dollars d’assurances destinés à couvrir les risques dans les pays arabes pour les investisseurs étrangers.
L’Agence “mobilisera un milliard de dollars en capacité d’assurance pour l’Afrique du Nord, le Proche et le Moyen-Orient afin de retenir et encourager l’investissement direct étranger dans la région”, a indiqué la Banque dans un communiqué.

“Le besoin d’investissements en Afrique du Nord, au Proche et au Moyen-Orient qui créent des emplois et donnent des chances aux habitants de la région n’a jamais été aussi grand”, a expliqué l’institution.

Aller au devant des investisseurs

“L’assurance du risque politique de la MIGA peut être un instrument important de couverture pour les investisseurs qui pourraient s’inquiéter du maintien de leurs investissements actuels ou qui ont des projets dans la région”, a-t-elle ajouté.
Interrogée sur la durée concernée, un responsable de la gestion du risque à la MIGA, Paul Barbour, a expliqué à l’AFP que l’Agence visait “le moyen terme, soit trois, quatre ou cinq ans”.

“Nous tâchons d’anticiper [la demande des investisseurs, ndlr], ce qui vaut mieux que de réagir aux événements”, a-t-il dit. Il a ajouté que l’Agence était “bien capitalisée” pour fournir ce montant d’assurance. “Notre exposition globale dans la région représente 7% de notre fonds de roulement”, a-t-il souligné.


 

Les enjeux économiques et politiques de la transition dans les pays arabes

 

Débats autour de Hasni Abidi, Politologue, Directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM).
Et Mehdi Lahlou (photo), Economiste, Professeur à l’Institut National de Statistique et d’Economie Appliquée de Rabat (Maroc).

Date : vendredi 10 juin 2011
Heures : 08:30 à 10:00
Lieu : Paris

 

 

Depuis décembre 2010, les pays arabes connaissent une transition inédite, délicate et des bouleversements historiques sans précédents : La Tunisie, puis l’Egypte, la Libye, le Yémen, la Syrie, Bahreïn. Mais également le Maroc et l’Algérie qui connaissent des tensions croissantes ces dernières semaines. Chaque pays connaît une situation différente et les crises que connaissent les pays arabes n’ont pas une seule cause. Les enjeux politiques, sociaux, économiques ne sont pas non plus les mêmes. Pourtant ces révolutions ont de nombreux points communs ; les mêmes aspirations ont en effet conduit des hommes et de femmes de la région à exprimer leur refus du système dans lequel ils vivaient, au risque de leur vie. Aspiration à des droits universels, qui ne sont pas l’apanage des démocraties du Nord, mais au contraire, le bien commun de l’humanité comme le rappelait, déjà en 2010, le Comité de parrainage politique d’IPEMED.

Aujourd’hui la région est loin d’être encore stabilisée. Pourtant d’ores et déjà il faut penser à l’après et amorcer la reconstruction. Les enjeux sont nombreux dans ces pays arabes avec des incidences directes sur l’Europe, car la stabilité en Europe est liée à la stabilité de toute la région méditerranéenne. De nombreuses questions se posent : quel projet pour ces pays en matière de gouvernance ; quels nouveaux équilibres politiques ; quelle place pour les partis islamistes ? Va-t-on vers des démocraties musulmanes, comme l’Europe a connu des démocraties chrétiennes ? Quelle place pour l’individu ? Quelles relations avec les pays du Nord de la Méditerranée, avec l’Europe ? Mais également quelles nouvelles coopérations Sud/Sud ? Quels modèles économiques pour ces pays et quelles nouvelles opportunités économiques ? En d’autres termes quels enjeux politiques et socio-économiques pour la région ? Autant de questions qui intéressent IPEMED, concerné par l’amélioration de notre avenir commun, dans le cadre d’une nouvelle approche et d’un partenariat équilibré entre Nord et Sud de la Méditerranée, au sein d’une région intégrée, dynamique et solidaire. Pour apporter quelques éléments de réponse, IPEMED accueille, ce vendredi 10 juin, dans le cadre de ses « petits déjeuners de la Méditerranée », 2 spécialistes : Hasni Abidi et Mehdi Lahlou.

 

 

Hasni Abidi rappelle que la situation dans les pays arabes n’est pas homogène. Il souligne également que les systèmes de gouvernance en place dans ces pays reposaient sur un triple pacte : pacte de stabilité, pacte économique et pacte de légitimité internationale. Les fissures qui sont apparues notamment dans le pacte de stabilité ont entraîné la chute de ces régimes. Selon H. Abidi, la transition est difficile. La réponse qui sera apportée aux problèmes économiques sera essentielle pour la réussir ; les attentes dans le domaine social sont très grandes également, les populations désirant que leurs gouvernements prennent en compte autant les questions sociales qu’économiques. Il est toutefois peu probable qu’une telle approche socio-économique soit adoptée, tant que les vieux systèmes politiques restent en place. Dans le monde arabe, il existe un lien très fort entre politique et économie, et jusqu’à présent le projet économique porté par les entreprises n’a pas aidé le sort de la grande majorité de la population. En fait, pour Hasni Abidi, le succès de la transition dépendra de la capacité des nouvelles démocraties arabes à reposer sur « les deux pieds de la démocratie », selon la formule de Pierre Rosanvallon : le Droit et la Redistribution. Il dépendra aussi de la vigilance dont sauront faire preuve les populations, vis-à-vis de ceux qui seront aux commandes pour asseoir de nouvelles démocraties.

Pour H. Abidi la capacité des pays européens à refonder leur partenariat avec les pays du Sud méditerranéen, sera également déterminante : « adhésion à l’UE, statut avancé ne sont pas forcément la meilleure solution », déclare Hasni Abidi. Car ce qui intéresse les pays concernés, relève moins de l’obtention d’un statut nouveau, quel qu’il soit, mais du processus lui-même, qui permet d’encadrer la conduite de réformes. « Pourquoi ne pas inventer un grand prix, pour les pays arabes » afin d’accompagner la transition conclut le politologue ?

 

 

Mehdi Lahlou souligne que les populations arabes qui descendent dans la rue sont motivées avant tout par une volonté ferme de changement en matière de gouvernance, une meilleure représentation institutionnelle et moins de corruption. L’alphabétisation de la population a par ailleurs fortement contribué aux soulèvements qui sont intervenus en Tunisie et en Egypte. M. Lahlou prône une réduction graduelle de l’autoritarisme étatique, puis une construction démocratique qui permettra une meilleure redistribution économique. Mais prôner la suppression de l’autoritarisme étatique ne signifie pas que l’Etat ne joue plus aucun rôle. Il rappelle en effet l’importance que l’Etat reste fortement engagé dans des secteurs clés, tels que l’éducation, la santé, la justice, mais également dans des domaines de base tels que les infrastructures, et l’eau notamment, qui ne doivent pas tomber aux mains du secteur privé.

Concernant la question de l’intégration euro-méditerranéenne et du processus institutionnel d’Union pour la Méditerranée, Mehdi Lahlou demande plus de mobilité et de capital. Il doute en effet de ce que peut apporter, aux pays du Sud, l’UPM « qui ne prend pas en compte notamment les questions sociales, ne favorise pas la mobilité, y compris celle des travailleurs qualifiés venant du Sud ». De plus, selon lui, l’UPM perd de sa légitimité « en ignorant la question israélo-palestinienne », et en soutenant implicitement « le processus de paix qui a tiré sa légitimité de l’implication des anciens dictateurs Moubarak et Ben Ali ». Mehdi Lahlou appelle à plus de financements de la part des pays du Nord, qui selon lui doivent être adaptés non seulement aux intérêts européens mais aussi aux besoins des pays du Sud. Pour l’économiste « l’intégration euro-méditerranéenne devrait bénéficier aux entreprises du Nord comme à celles du Sud, et dépendra avant tout d’une intégration réussie entre les pays du Sud ».

 

 

Maghreb : Un atelier sur l’état de la compétitivité du tourisme arabe en Libye

Un atelier sur l’état de la compétitivité du tourisme arabe se tiendra les 13 et 14 décembre 2010 à Tripoli (Libye), organisé par le Bureau du transport au secrétariat général de la Ligue des Etats arabes sous la supervision de l’Office général libyen du Tourisme et de l’Artisanat.

Le document souligne que cette rencontre vise à jeter la lumière sur la capacité de la concurrence – en termes de prestations touristiques – dans les pays arabes, à mettre en exergue les plans de développement des centres de compétitivité, à échanger les expériences pour promouvoir la concurrence au niveau mondial et à promulguer un rapport sur la compétitivité relative au secteur du tourisme dans le monde arabe, indique www.afriquejet.com, citant le site Internet de l’office général libyen du Tourisme et de l’Artisanat.

Cette manifestation réunira des experts de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), de l’Organisation arabe du tourisme et des représentants des institutions gouvernementales des pays arabes. Dans ce cadre, la Tunisie y fera largement échos de son expérience acquise au cours des 50 dernières années.

Toujours selon la même source, les travaux de cet atelier seront axés sur l’état actuel de compétitivité du secteur des voyages et du tourisme dans le monde arabe, les moyens de les améliorer conformément aux normes internationales ainsi que sur les moyens de promouvoir les points forts et atouts et de traiter les insuffisances et points de faiblesse afin de revigorer les capacités concurrentielles des pays arabes.

Les participants discuteront également de l’activation des mécanismes gouvernementaux d’action commune en vue de consolider la notion de compétitivité dans le secteur public.

Ils analyseront les modèles de compétitivité dans les pays arabes, ainsi que les indicateurs de compétitivité des ressources humaines, culturelles et naturelles.


A Vienne, les Occidentaux défendent le nucléaire israélien

L’Assemblée générale annuelle des 151 Etats membres de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) se tient à partir de ce 20 septembre à Vienne, en Autriche. Ce rendez-vous sera marqué par un bras de fer entre les Occidentaux et les pays arabes au sujet d’Israël.Les pays membres de l’organisation doivent voter pour ou contre une résolution, présentée par l’ensemble des pays arabes, qui invite Israël à ratifier le Traité de non-prolifération nucléaire.

Le représentant de la Ligue arabe auprès de l’AIEA, le Syrien Michail Wehbe, en est certain : convaincre Israël de ratifier le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) et de rendre public son arsenal nucléaire, encourage le processus de paix en cours au Proche-Orient.

Mais la diplomatie américaine ne partage pas cette vision des choses et a lancé une offensive. En effet, il est hors de question pour Washington de laisser les pays arabes, soutenus par l’Iran, pointer Israël du doigt une seconde fois, alors que Barack Obama joue une partie de sa crédibilité sur la relance des négociations de paix au Proche-Orient.

Le président américain a dépêché à Vienne son principal conseiller sur la question du nucléaire, Gary Samore. Ce dernier a fait le tour des délégations la semaine dernière pour les convaincre, une par une, de ne pas voter pour une résolution isolant l’État hébreu.

Selon des diplomates européens, interrogés en marge de l’Assemblée générale, les États-Unis ont particulièrement fait pression sur des « petits pays », qui s’étaient abstenu l’année dernière, ou n’étaient pas venus voter.

En 2009, la résolution avait été adoptée par 49 voix contre 45, principalement grâce à des pays en voie de développement. Israël, comme le Pakistan et l’Inde, n’a jamais ratifié le TNP et l’Iran, comme les pays arabes, signataires, dénoncent régulièrement le manque de résolution des Occidentaux à imposer le caractère universel du texte à leurs alliés et d’oublier, pour une fois, la règle du deux poids deux mesures.

Source RFI


Héritage Bettencourt

Dans l’affaire Bettencourt, c’est la fille de Liliane Bettencourt, Françoise, qui est l’héritière de la fortune familiale. Sa mère n’en a que la jouissance jusqu’à son décès. Le mari (civilement) de Françoise Bettencourt, Jean-Pierre Meyers, entré par son mariage au conseil d’administration de L’Oréal aurait joué un rôle majeur à partir de 1989, lorsque l’homme d’affaires Jean Frydman a accusé le groupe d’être une entreprise au passé “douteux” et de s’être rangé du côté des pays arabes boycottant Israël. Son père, Marcel Meyers, s’occupe d’une association caritative “l’Oeuvre de secours aux enfants” qui aide les orphelins juifs.


Libye : Conférence arabe sur les ressources minières

La 11ème conférence arabe sur les ressources minières et le Salon l’accompagnant destinés à présenter les opportunités d’investissement dans le secteur minier et l’échange des connaissances et des expériences entre experts et institutions arabes du secteur se déroulera du 25 au 27 octobre 2010 en Libye.

Initiée par l’Organisation arabe pour le développement industriel et minier en collaboration avec le Comité populaire général libyen de l’industrie, de l’économie et du commerce, cette rencontre est placée sous le thème “Vers un avenir meilleur de l’investissement minier dans les pays arabes”.

La conférence a pour but de re-dynamiser la coopération entre pays arabes dans le domaine, tout en mettant l’accent sur la réalité du secteur minier et son influence sur les économies du monde arabe, indique le site de l’Organisation arabe pour le développement industriel et minier, citant les organisateurs.

La présentation des systèmes de données géographiques par télédétection, les techniques de pointe en usage dans le secteur minier, la recherche et le développement ainsi que le recyclage des déchets miniers et le profit à en tirer en plus de la formation des cadres dans le secteur au niveau des pays arabes, figurent parmi les axes de cette manifestation.

Le Salon technique qui accompagne cette conférence porte sur une exposition globale sur les produits des sociétés minières et sur leur réalisation ainsi que sur les entreprises de fabrication des équipements miniers et les industries de transformation agissant dans le domaine des mines tels que l’industrie des équipements médicaux, de céramique, de ciment, du matériel de bâtiment ainsi que les sociétés de programmation et d’informatique.