Le soudanais Béchir en visite à Tripoli

Le président soudanais Omar el-Béchir est arrivé aujourd’hui pour une visite de deux jours à Tripoli, où il a affirmé que son peuple avait souffert du régime de Mouammar Kadhafi, renversé en août après des mois de conflit armé, a rapporté l’agence officielle libyenne Wal.

Cette visite de Béchir, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité au Darfour, a cependant suscité des critiques, l’organisation Human Rights Watch (HRW) estimant que l’accueil réservé à ce « fugitif international » mettait en doute les engagements des nouvelles autorités libyennes en matière de justice.

A son arrivée à l’aéroport de Tripoli, M. Béchir a été accueilli par le chef du Conseil national de transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, ainsi que des membres du gouvernement de transition. Le président soudanais, dont le pays est frontalier de la Libye, a expliqué qu’il venait exprimer le soutien du Soudan au peuple libyen et qu’il visitait le pays « comme si c’était la première fois ». « Nous avons tous souffert de l’ancien régime (…). Nous étions les deuxièmes à avoir le plus souffert, après le peuple libyen », a-t-il assuré.

A La Haye, la CPI s’est refusé à tout commentaire sur cette visite. La Libye n’ayant pour l’instant ni signé ni ratifié le traité de Rome sur l’autorité de la CPI, ses autorités ne sont pas tenues de livrer M. Béchir à la Cour. Mais Richard Dicker, un responsable de HRW, a vivement critiqué cette visite: « Omar el-Béchir est un fugitif international recherché pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre », a-t-il déclaré à l’AFP par téléphone depuis New York.

« Beaucoup de gouvernements lui ont refusé l’entrée dans leur pays. Son arrivée à Tripoli envoie un message troublant quant à l’engagement du CNT en matière de droits de l’homme et de l’état de droit », a-t-il ajouté. « Quels que soient l’histoire et les liens politiques entre le CNT et Omar el-Béchir, le respect des droits de l’Homme, sans parler des centaines de milliers de victimes au Darfour, est prioritaire », a-t-il insisté. « C’est le principe de l’Etat de droit ».

Les relations entre la Libye de M. Kadhafi et le Soudan de M. Béchir ont souvent été tendues. L’ancien dirigeant libyen a certes soutenu le président soudanais contre la CPI, accueillant plusieurs fois M. Béchir en Libye, mais il a aussi cherché à accroître son influence dans la région en envoyant des armes au Darfour, dans l’ouest du Soudan. La Libye a aussi accueilli en 2010 Khalil Ibrahim, chef du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), le plus militarisé des groupes rebelles du Darfour, tué en décembre par l’armée soudanaise peu après son retour au pays.

Selon M. Béchir, l’attaque meurtrière menée par le JEM en 2008 à Khartoum avait été financée par la Libye et menée avec des armes libyennes. En octobre, après la chute du régime de Kadhafi et la mort de l’ancien dirigeant libyen, le président soudanais avait affirmé avoir soutenu les troupes du CNT et fourni des armes aux combattants libyens. Lors de sa visite en Libye, qui doit s’achever dimanche, M. Béchir doit s’entretenir avec le CNT des « questions d’intérêt mutuel », avait annoncé samedi l’agence soudanaise Suna.

Libye : Pour une fois que Kadhafi a raison …

Issa K. Barry.

Et le Guide fait encore parler de lui ! C’est par le truchement d’une interview réalisée par la chaîne de télévision France 24.

Et une sortie du président libyen, Mouammar Kadhafi, passe rarement inaperçue. Quelques morceaux choisis nous démontrent que malgré l’âge, l’interviewé n’a pas perdu de sa superbe. Concernant la présence en Libye de Khalil Ibrahim, chef du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), le plus important des groupes rebelles du Darfour, il fait remarquer :

« Il est normal que sa présence en Libye préoccupe le Soudan et le Tchad. Nous lui avons cependant interdit de faire des déclarations, à moins que cela soit dans l’intérêt de la paix ou pour déposer les armes ». A propos d’Omar El-Béchir, le président soudanais, qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international, il fustige : « Nous ne reconnaissons pas la Cour pénale internationale, qui est un instrument au service du colonialisme et du terrorisme international …

Il faudrait juger un certain nombre de dirigeants occidentaux et israéliens avant de juger El-Béchir ». A propos d’al-Qaida Maghreb, il balaie d’un revers de la main leur appartenance à « la nébuleuse » : « En réalité, il s’agit de petits groupes criminels comme les Brigades rouges en Italie. Ils ont commis des attentats, des kidnappings et des assassinats, cela n’a rien à voir avec l’islam ».

Et ce personnage haut en couleur de faire constater que Ben Laden n’est pas responsable des actes de ce groupuscule terroriste. « Ben Laden, dont cette organisation se revendique, peut se comporter comme un homme raisonnable, comme un cheikh, comme un théologien, il a notamment proposé la trêve à l’Europe. Je ne pense pas qu’il accepte ces groupes de la mort ».

Certes, beaucoup de provocation dans les propos. Une sortie de plus de la part du fantasque président, pourraient même conclure certains. Et pourtant, à notre sens, les propos du dernier invité VIP de ce média français comportent souvent quelques analyses édifiantes.

  • C’est, par exemple, le cas lorsqu’il aborde la question de l’attitude de ces terroristes qui revendiquent une religion, l’islam notamment, pour justifier leurs basses besognes. En effet, à aucun endroit, selon les érudits musulmans en tout cas, cette religion n’a encouragé la violence. Si ces soi-disant membres d’al-Qaida Maghreb construisaient des dispensaires ou des écoles, l’on n’y trouverait, par contre, rien à redire.

Malheureusement pour le président libyen, les préjugés sur sa personne ont la dent dure. D’un, ces propos sortent de la bouche d’un chef d’Etat que certains (à dessein ?) confinent dans le rôle d’amuseur de la galerie. De deux, quand le président libyen donne des leçons de bonne conduite, il est difficile pour lui d’occulter qu’il n’est souvent pas un exemple de vertu en la matière.

Nous reviennent en mémoire les charters d’émigrés africains renvoyés sans ménagement aucun dans leurs pays d’origine. Sans oublier les opérations de déstabilisation de pays africains pendant les années 80 et dirigées en sous-main par l’enfant terrible de Syrte. Sans non plus passer sous silence les attentats dans lesquels les services secrets libyens ont été impliqués.

Par contre, en matière de développement, le géniteur, dans son pays, du plus grand fleuve artificiel du monde, avec une longueur de canalisation de 4 200 kilomètres, n’a pas de leçon à recevoir de beaucoup de dirigeants, surtout pas ceux africains. Elle est aussi l’un des rares pays disposant de pétrole dans lequel l’éducation, la santé et le logement sont gratuits. La Libye est l’un des rares pays où lorsque vous allez dans une boulangerie pour payer une baguette de pain on vous l’offre gratuitement. De temps en temps, il faudrait donc prendre en compte certains points de vue de son dirigeant, même si ses actes sont souvent en contradiction avec son comportement.

« Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ». Cette phrase devenue proverbiale et dite à propos de quelqu’un qui se dispense d’appliquer les conseils qu’il donne à autrui s’applique bien à son attitude. Cependant, ne dit-on pas qu’il faut un fou du roi dans toute société bien organisée ? Alors, accordons de temps en temps au bouillant colonel quelques circonstances atténuantes.