La Ligue arabe favorable à une zone d’exclusion aérienne en Libye alors que les insurgés reculent

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, s’est prononcé ce samedi 12 mars 2011, pour l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne dans le ciel libyen, lors de la réunion extraordinaire de la Ligue arabe sur la Libye. Onze ministres des Affaires étrangères ont participé à la réunion. Amr Moussa a déjà reçu le soutien de six pays du Conseil de la coopération du Golfe. Rappelons que Barack Obama, s’est dit, hier, préoccupé par la possibilité d’une victoire de Mouammar Kadhafi, et à Bruxelles les dirigeants européens ont réclamé « un départ sans délai de Mouammar Kadhafi ».

L’entrée des délégations de la Ligue arabe etait bloquée, depuis le matin, ce samedi 12 mars 2011, par des manifestants, des centaines de Libyens et de Yéménites résidant en Egypte qui exigent de la Ligue qu’elle prenne enfin ses responsabilités.

Pour des manifestants libyens, la Ligue doit approuver l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne et reconnaître le Conseil de la révolution établi à Benghazi comme seul pouvoir légal. Une position que soutient le secrétaire général de la Ligue qui s’est départi de sa traditionnelle réserve.

Amr Moussa a en effet reçu samedi dans son bureau, une délégation du Conseil libyen de la révolution. Une rencontre d’autant plus symbolique que la Ligue a voté il y a une dizaine de jours l’exclusion de tout représentant du pouvoir du colonel Kadhafi.

Amr Moussa a déjà reçu le soutien de six pays du Conseil de la coopération du Golfe : Arabie, Barhein, Emirats, Koweit, Oman et Qatar. On remarquera la discrétion toute diplomatique des pays du Maghreb.

Les plus grands bailleurs de fonds de la Ligue ont décrété l’illégitimité du régime Kadhafi et apporté leur soutien à la zone d’exclusion aérienne.

Reste maintenant à convaincre les pays méfiants à l’égard de l’Occident, comme la Syrie et le Soudan.

 

Kadhafi offrirait de se retirer

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a proposé aux insurgés de réunir le Congrès général du peuple, qui fait office de parlement, pour qu’il puisse se retirer avec des garanties, annonce al-Jezira. L’offre a été présentée au conseil intérimaire mis sur pied par l’opposition à Benghazi, précise la chaîne, qui cite des sources non identifiées. Mais les insurgés auraient immédiatement rejeté cette hypothèse.

 

Silvio Berlusconi « soutient le peuple libyen »

C’est ce qu’a déclaré Silvio Berlusconi. « Il semble que (Mouammar) Kadhafi ne contrôle plus la situation en Libye », a affirmé samedi 26 février à Rome le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi lors d’un rassemblement politique.
« Si nous sommes tous d’accord, nous pouvons mettre fin au bain de sang et soutenir le peuple libyen », a ajouté le président du Conseil lors d’une intervention devant un congrès du Parti des républicains italiens (centre-droit).
Silvio Berlusconi, jusqu’ici allié du leader libyen Mouammar Kadhafi avec lequel il a signé en août 2008 un traité d’amitié censé solder les comptes de plus de trente ans de colonisation italienne, a relevé que « le scénario géopolitique est en train de changer et que l’Italie est concernée ».

« Personne n’a pu prévoir ce qui s’est passé en Libye ni ce qui s’est passé il y a quelques semaines en Tunisie et en Egypte, et personne ne peut prévoir ce qui va se passer », a-t-il souligné.
Selon lui, les développements en Afrique du Nord sont « très incertains parce que ces peuples pourraient s’approcher de la démocratie mais l’on pourrait aussi se trouver confrontés à de dangereux centres d’intégrisme islamique ».
« Il y a le risque d’une urgence humanitaire avec des dizaines de milliers de personnes à secourir », a-t-il en outre répété.
L’Italie redoute l’arrivée de 200 à 300.000 immigrés clandestins sur ses côtes en cas de chute du colonel Kadhafi.

 

Cyrénaïque : « Plus contrôlée par Tripoli »

La province libyenne de Cyrénaïque (côte est) n’est plus sous le contrôle du gouvernement de Mouammar Kadhafi, a déclaré ce matin à Rome le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini.

« La Cyrénaïque n’est plus sous le contrôle du gouvernement libyen, et des affrontements et violences sont en cours dans tout le pays », a déclaré le ministre au cours d’une réunion organisée par la Communauté Sant’Egidio. Ces derniers jours « la naissance d’un émirat islamique de la Libye orientale et la volonté d’enlever des Occidentaux ont été annoncées en Cyrénaïque « , a-t-il affirmé. « Cet islamisme radical nous inquiète parce qu’il se trouve à quelques centaines de kilomètres de l’UE, mais rien ne peut justifier la mort violente de centaines de civils innocents ».

Le gouvernement italien demande que cesse immédiatement « l’horrible bain de sang » que « le gouvernement de Kadhafi a annoncé et continue » de commettre, a-t-il poursuivi. « Nous sommes face à une situation grave, très grave (…) dont le bilan tragique sera un bain de sang », a-t-il dit. La situation est « rendue encore plus grave par les propos tenus hier (mardi) par Kadhafi, dans lesquels la volonté de frapper son propre peuple provoque une situation de guerre civile entre zones et provinces dans lesquelles s’affrontent des bandes et escadrons de la mort ». « C’est une analyse que j’ai partagée avec de nombreux gouvernements européens et non européens ».

La Libye a annoncé un bilan de 300 morts dans les violences dans le pays, touché depuis le 15 février par une insurrection sans précédent que Mouammar Kadhafi a promis de mater, appelant ses partisans à se mobiliser aujourd’hui en sa faveur. « Il y a une limite, et, face à ce qui est en train de se passer, nous ne pouvons pas rester silencieux », a dit M. Frattini.

Plus tard dans la matinée, à la Chambre des députés, le ministre a annoncé l’arrivée « ce matin (mercredi) en Libye d’un avion militaire avec des équipes de secours d’urgence pour aider aux opérations  » de rapatriement des Italiens, confirmant également le « départ de deux navires italiens en direction des ports de la Cyrénaïque, où les aéroports ne sont pas praticables en raison des bombardements, en particulier celui de Benghazi ».

Libye : Rome craint « un exode biblique »

Le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, craint un « exode biblique » de migrants venus de Libye si Mouammar Kadhafi tombe, et juge « impossible d’imaginer » l’avenir en cas de chute du dirigeant libyen.

Ce sera « un exode biblique, un problème que tout Italien ne peut pas, ne doit pas sous-évaluer », avertit Franco Frattini dans un entretien publié aujourd’hui par le journal Corriere della Sera.

« Nous savons à quoi nous attendre quand le régime libyen tombera: une vague de 200.000 à 300.000 immigrés. Soit dix fois plus que le phénomène des Albanais dans les années 1990 », met-il en garde, jugeant que ce sont des estimations basses. Selon le ministre italien, les migrants qui pourraient arriver en Italie et en Europe ne sont pas des Libyens mais plutôt des personnes originaires d’Afrique subsaharienne, qui constituent un tiers de la population de la Libye.

M. Frattini estime d’autre part qu’il est impossible d’imaginer « ce qui pourrait arriver en Libye après la chute de Kadhafi ». « Le problème de la Libye est qu’à part Kadhafi, nous ne connaissons rien d’autre. Aucun autre homme politique ou parti. Et actuellement, il est impossible d’imaginer un avenir après lui », souligne-t-il.

La « nature énigmatique » de la Libye empêche tout le monde, et même les « pays frères » de la Libye comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal, Malte et Chypre, de faire le même type de raisonnement que pour les autres pays d’Afrique du Nord en proie aux révoltes, estime M. Frattini.

La Libye a annoncé un bilan de 300 morts dans les émeutes dans le pays, touché depuis le 15 février par une insurrection sans précédent que Mouammar Kadhafi a promis de mater, appelant ses partisans à se mobiliser mercredi en sa faveur.

Manifestation : La Libye menace l’UE

Les autorités libyennes ont convoqué un représentant de l’Union Européenne à Tripoli pour menacer de cesser de coopérer dans la lutte contre l’immigration si l’UE continue à « encourager » les manifestations dans le pays, a annoncé dimanche la présidence hongroise de l’UE.

« Jeudi, l’ambassadeur de Hongrie a été convoqué à Tripoli. Il lui a été signifié que si l’Union européenne continuait d’encourager les manifestations, la Libye suspendrait sa coopération en matière de lutte contre l’immigration illégale avec l’UE », a déclaré à l’AFP le porte-parole de la présidence hongroise de l’Union européenne, Gergely Polner. La Hongrie assure depuis le début de cette année et jusqu’à fin juin la présidence semestrielle tournante des 27.

Après la convocation de l’ambassadeur hongrois, « les autres représentants européens à Tripoli ont reçu le même message », a-t-il ajouté. Il confirmait ainsi des informations du quotidien français Le Monde sur son site internet.

Les autorités libyennes entendaient exprimer « leur mécontentement » à la suite d’un appel lancé mercredi par la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, au respect de « l’expression libre » dans le pays, confronté à une vague de contestation sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de Mouammar Kadhafi. Mme Ashton, par le biais de sa porte-parole, avait appelé aussi Tripoli à « écouter » les manifestants et à éviter « toute violence ».

Libye : 84 manifestants tués (HRW)

Les forces de sécurité gouvernementales ont tué au moins 84 personnes en Libye durant les trois jours de manifestations, a affirmé aujourd’hui l’organisation Human Rights Watch, en s’appuyant sur des témoignages de membres du personnel hospitalier et de témoins.

Un décompte de l’AFP fait à partir de différentes sources locales évaluait hier soir le nombre de morts à 41 depuis le début des protestations en Libye mardi.

« Les autorités libyennes doivent arrêter immédiatement les attaques contre les manifestants pacifiques et les protéger des groupes armés pro-gouvernementaux », a affirmé dans un communiqué HRW, organisation dont le siège est à New York.

Les manifestants réclament le départ de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 1969. Deux pays voisins de la Libye, la Tunisie et l’Egypte, ont vu ces dernières semaines leurs dirigeants chassés par la rue.