Assassinat des moines de Tibhirine: Les familles réclament l’audition de Bouteflika et d’un ex-chef des renseignements

Les familles des sept moines de Tibéhirine assassinés en Algérie en 1996 ont sollicité auprès des juges d’instruction parisiens l’audition du président déchu algérien Abdelaziz Bouteflika et d’un ancien chef des services de renseignement, a appris l’AFP auprès de leur avocat.

Les sept moines de l’ordre cistercien de la Stricte observance avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas, sur les hauteurs de Médéa. 

Dans une lettre datée du 21 juin, consultée par l’AFP, l’avocat des familles qui se sont portées parties civiles, Me Patrick Baudouin, s’appuie sur « l’évolution de la situation politique en Algérie » pour demander aux magistrats de délivrer une nouvelle commission rogatoire internationale afin que M. Bouteflika, « sous réserve que son état de santé le permette », et le général Mohamed Mediene puissent être entendus « le plus rapidement possible ». 

Abdelaziz Bouteflika, 82 ans et invalide, a été contraint à la démission le 2 avril par un mouvement de contestation inédit après 20 ans au pouvoir. Depuis, la justice algérienne a lancé plusieurs enquêtes et placé en détention provisoire de nombreux ex-dirigeants, dont le général Mediene, dit « Toufik ». 

Ce dernier avait dirigé, dès sa création en 1990 et jusqu’à sa disgrâce en 2015, le tentaculaire Département du renseignement et de la sécurité (DRS). Il est en détention provisoire depuis le 5 mai. 

Dans son courrier, Me Baudouin souligne que « le défaut de coopération de la part des autorités algériennes n’a pas permis jusqu’à présent de recueillir tous les éléments d’information nécessaires sur les conditions de l’enlèvement, de la détention et de l’exécution des moines de Tibéhirine », notamment sur « les actions des services de renseignement et de sécurité ». 

Selon l’avocat, M. Bouteflika avait déclaré en avril 2004 sur LCI que « toute vérité (n’était) pas bonne à dire à chaud ». 

La première revendication de l’enlèvement des moines, signée du chef du GIA Djamel Zitouni, était tombée un mois plus tard, le 26 avril. Puis, de nouveau un mois après, un communiqué affirmait que les moines trappistes avaient été tués le 21 mai, la gorge tranchée. Seules les têtes avaient été retrouvées sur une route, le 30 mai. 

Des soupçons sont depuis apparus sur une possible implication des services secrets militaires algériens. 

Un rapport d’experts rendu en février 2018 avait renforcé les doutes sur la thèse officielle avancée à l’époque par Alger, jugeant alors « plausible » l’hypothèse de décès survenus bien avant la date officielle de leur mort.

Moines de Tibéhirine: des prélèvements des têtes remis à la justice française

  • Le mystère qui plane sur la nuit du 26 au 27 mars 1996 pourrait enfin trouver son dénouement. Plus de vingt ans après l’assassinat de sept moines français à Tibéhirine, au sud d’Alger, une juge française a pu rapporter d’Alger, ce vendredi, des prélèvements des têtes de ces sept hommes enlevés par le Groupe islamique armé (GIA) puis égorgés le 21 mai 1996. Seules les têtes des victimes avaient été retrouvées sur une route peu après le drame, près de Médéa, puis inhumées dans leur abbaye cistercienne de Notre-Dame-de-l’Atlas. Toutefois, si le GIA a bien revendiqué ces assassinats près de deux mois après, des doutes sont rapidement apparus sur la version officielle d’un crime islamiste perpétré en pleine guerre civile, et sur une implication possible des services secrets militaires algériens.

Après un voyage en Algérie, cette semaine, la juge d’instruction française Nathalie Poux a pu rapporter «les scellés dont les experts avaient besoin pour mener leur mission», a expliqué une source judiciaire. Les prélèvements peuvent éclairer l’enquête sur les circonstances de l’exécution des moines et la date de leur mort. Ils avaient été effectués à l’automne 2014 lors d’une exhumation des crânes des religieux enterrés à Tibéhirine, mais les juges et les experts français qui y avaient assisté n’avaient pu les rapporter de leur voyage en Algérie. Des proches des moines avaient alors dénoncé une «confiscation des preuves» par Alger, alors que l’enquête française tente de lever les zones d’ombre sur le crime.

 

Vingt ans après les faits, l’espoir de faire toute la lumière sur les circonstances de leur mort renaît pour leurs proches. «C’est une avancée importante que nous attendons depuis un an et demi et qui lève l’un des obstacles à la recherche de la vérité et de la justice», a déclaré l’avocat de familles des religieux, Patrick Baudouin. Selon l’avocat, «il faut rester prudent mais les experts pensent que la conservation des prélèvements a été correcte et que les échantillons sont exploitables». D’après les premières constatations des experts, les prélèvements seraient «en bon état et exploitables», selon une avocate des familles des victimes, Clémence Bectarte. Mais «tout reste à confirmer».

 

En échange du rapatriement de l’ensemble des prélèvements cette semaine, la juge française a remis aux autorités algériennes des prélèvements ADN des proches des moines, nécessaires à leur propre enquête. Les prélèvements devront par ailleurs être retournés à Alger dans six mois, indique Clémence Bectarte, une avocate des familles des victimes.

Les experts français avaient rendu de premières conclusions de leurs constatations en Algérie. Ils estimaient notamment que l’«hypothèse d’un décès entre le 25 et le 27 avril 1996», soit plus de trois semaines avant la date annoncée dans la revendication du GIA, apparaissait «vraisemblable», ce qui alimentait les doutes sur la version officielle défendue par Alger. Les experts estimaient par ailleurs que la décapitation des religieux serait intervenue post-mortem. Autant d’éléments pour l’instant «au conditionnel», et qui devraient désormais pouvoir être vérifiés, après analyse des prélèvements, souligne Clémence Bectarte. Leur expertise devrait aussi permettre de confirmer l’identité des sept crânes, des doutes persistant sur certains d’entre eux.

Des zones d’ombre persistent

Car depuis que l’enquête a été ouverte en 2004, les questions restent les mêmes qu’en 1996. Quand sont-ils morts exactement? Qui a enlevé les moines? Un commando du groupe islamique armé (GIA) comme ces derniers l’avaient revendiqué ou des «barbouzes» travaillant pour le gouvernement algérien? Enfin quel rôle a joué le gouvernement français dans les négociations?

Seule certitude, l’enlèvement a bien été effectué par le GIA. Mais l’enquête française n’a pas écarté une possible bavure de l’armée algérienne ou une implication des services algériens. D’ex-militaires algériens ont par ailleurs affirmé que des généraux auraient été impliqués dans l’affaire en infiltrant et manipulant le maquis islamiste dans le but d’inciter les moines à quitter l’Algérie et discréditer les islamistes sur la scène internationale. Mais rien n’a été prouvé. Selon la thèse officielle, c’étaient au contraire les islamistes qui avaient intérêt à enlever les moines pour inciter les Français à prendre ses distances avec le régime algérien.


Moines de Tibéhirine : les juges français en Algérie

  • Enfin une lueur d’espoir. Dix-huit ans après l’assassinat des sept moines de Tibéhirine, enlevés dans leur monastère dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, la mission française emmenée par les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux a débarqué dimanche en Algérie. Elle doit y séjourner jusqu’à samedi prochain, pour tenter de faire le jour sur les circonstances toujours énigmatiques de la mort des religieux français de l’ordre de Cîteaux.

Leurs têtes avaient été retrouvées sur le bord d’une route de montagne, deux mois après leur disparition. L’équipe technique est composée d’une quinzaine de personnes. Outre Marc Trévidic, sa collègue Nathalie Poux et un magistrat du parquet antiterroriste de Paris, figurent des fonctionnaires de la police judiciaire, des gardes du corps du Service de la protection, un médecin légiste, un anthropologue, un radiologue ainsi qu’un expert en empreintes génétiques.

Après une réunion de «calage» lundi, l’équipe partira tous les matins à l’aube à Tibéhirine, situé à près de 1000 mètres d’altitude dans la région de Médéa, avant de revenir chaque soir à Alger pour des raisons de sécurité. Sa première mission sera d’exhumer les têtes inhumées aux abords du monastère et d’y prélever de l’ADN, afin de s’assurer de l’identité des victimes. En effet, le père Armand Veilleux, de l’ordre cistercien, avait eu l’occasion de les examiner brièvement après leur découverte à l’hôpital militaire d’Alger. Le religieux avait peiné à reconnaître deux des frères. Depuis lors, aucune expertise scientifique n’a été effectuée dans cette affaire pourtant exceptionnelle. Pour l’heure, la procédure française ne dispose que de clichés des têtes des victimes, photographiées légèrement de profil par les gendarmes de Médéa à l’époque de leur découverte. Dès lundi, des spécialistes algériens feront eux aussi leurs propres prélèvements, sachant que seul le magistrat français sera en mesure d’effectuer les comparaisons génétiques puisqu’il dispose des échantillons de l’ADN des membres de chaque famille des moines martyrs.

Une affaire d’État

À l’aide d’un scanner 3D mis à disposition par les autorités algériennes – dans un premier temps, les Français voulaient affréter leur matériel radiologique par avion-cargo -, la mission d’experts va aussi radiographier les crânes pour déceler d’éventuelles traces suspectes de perforations par balles. Et établir si les décapitations ont été effectuées post ou ante mortem. Ces interrogations cruciales sont au cœur d’un dossier qui a pris, au fil des années, les contours d’une affaire d’État. En effet, si la culpabilité du Groupe islamiste armé (GIA) ne fait guère de doute aux yeux d’Alger, cette thèse officielle s’est écornée à mesure qu’ont afflué les témoignages. Ainsi, Abdelkader Tigha, ex-agent de la Sécurité militaire algérienne, a accusé sur procès-verbal le pouvoir de l’époque d’avoir ordonné l’enlèvement des religieux. Mohammed Samraoui, lui aussi ancien des services de sécurité, a également soutenu que le GIA était instrumentalisé par la Sécurité militaire. En 2009 enfin, la piste de la «bavure» a pris de la consistance lorsque le général Buchwalter, attaché de défense à Alger en 1996, a affirmé avoir appris qu’un pilote d’hélicoptère de l’armée algérienne et ses hommes avaient ouvert le feu sur un bivouac suspect: «Une fois posés, ils ont découvert qu’ils avaient tiré notamment sur les moines, dont les corps étaient criblés de balles.» C’est pour dissimuler la bavure que les cadavres auraient été décapités.

En 2009, la piste de la «bavure» a pris de la consistance lorsque le général Buchwalter, attaché de défense à Alger en 1996, a affirmé avoir appris qu’un pilote d’hélicoptère de l’armée algérienne et ses hommes avaient ouvert le feu sur un bivouac suspect

Progressant avec une patience de démineur, Marc Trévidic s’est rendu à Alger dès novembre 2013 pour négocier les conditions d’exécution de la commission rogatoire internationale (CRI) délivrée depuis décembre 2011. François Hollande, aiguillonné par les familles et leur avocat Me Patrick Baudouin, a dû évoquer cette épineuse affaire avec son homologue Bouteflika en décembre 2012. «Il m’a assuré de la coopération des autorités algériennes», a écrit le président de la République dans une lettre datée du 28 janvier 2013. Avant de promettre alors: «J’y veillerai personnellement.»Mais, à plusieurs reprises, la procédure a failli s’enliser avant qu’Alger, rétive, ne donne enfin son feu vert. À propos de ce dossier empoisonné, Bouteflika avait lui-même affirmé en mars 2004 sur LCI: «Toute vérité n’est pas bonne à dire à chaud…»

Un juge algérien viendra en France

Dans le cadre de la commission rogatoire codélivrée avec Nathalie Poux, Marc Trévidic souhaite aussi recueillir les confessions de vingt-deux témoins encore jamais entendus par des magistrats français. Mais, jusqu’ici, les autorités algériennes lui ont adressé une fin de non-recevoir, promettant de procéder elles-mêmes aux auditions et de transmettre les procès-verbaux. Parmi ces personnages clefs figurent de présumés «geôliers» qui auraient transporté ou séquestré les prisonniers dans une maison surnommée Dar el-Hamra («la Maison rouge»), au lieu-dit de Tala es-Ser dans la région de Médéa. Ainsi que d’anciens repentis du GIA et certains individus susceptibles d’avoir gravité dans l’entourage d’«Abdallah», émissaire supposé de l’émir Djamel Zitouni, qui avait remis le 30 avril 1996 au consulat de France à Alger une cassette sonore contenant les voix des sept moines enregistrées dix jours auparavant. Le juge s’intéresse aussi à l’implication éventuelle d’Amari Saïfi, alias Abderrazak el-Para, une ex-figure du groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) impliqué dans l’enlèvement de touristes européens au Sahel. Sa trouble trajectoire suscite moult interrogations sur de possibles connexions avec les services algériens.

En contrepartie de la venue de la mission française à Alger, un juge algérien se déplacera en France le 23 octobre prochain pour interroger deux témoins clefs de l’époque. Outre Pierre Le Doaré, chef de poste de la DGSE à Alger entre 1994 et 1996 ayant reçu l’émissaire du GIA, ce magistrat souhaite entendre Jean-Charles Marchiani, lui aussi ancien officier des services. Ex-préfet du Var, il avait confirmé à Marc Trévidic en 2012 avoir été mandaté à l’époque par Jacques Chirac pour négocier une rançon auprès du GIA, avant qu’Alain Juppé, alors Premier ministre, ne mette fin à cette opération, faute d’avoir été informé. Risquant de se retrouver sous une lumière crue, ces négociations parallèles ne sauraient occulter le fond du dossier: la fin tragique de sept trappistes ayant consacré leur vie à la fraternité.


Le juge Trévidic en Algérie à propos de Tibéhirine

Le juge français Marc Trevidic est à Alger pour discuter d’une procédure d’entraide avec les autorités algériennes afin de faire la lumière sur l’assassinat des sept moines de Tibéhirine en 1996, en pleine guerre civile, a indiqué aujourd’hui une source diplomatique.

« M. Trévidic est à Alger depuis hier dans le cadre d’une procédure d’entraide destinée à élaborer les modalités de travail entre les autorités algériennes et françaises sur ce dossier. Il repartira demain ».

Arrivé hier, le magistrat devait s’entretenir avec les autorités algériennes des moyens d’oeuvrer ensemble sur ce dossier épineux qui a suscité de fortes tensions entre les deux pays sur les auteurs de l’enlèvement suivi de l’élimination des religieux du monastère situé à une centaine de kilomètres au sud d’Alger dans une zone montagneuse.

Les autorités algériennes ont finalement accordé un visa de travail au juge antiterroriste qui demandait depuis deux ans à se rendre sur place notamment pour exhumer les têtes des moines afin de les autopsier, après avoir reçu en décembre 2011 une commission rogatoire internationale en ce sens. Les têtes sont enterrées dans sept tombes au nom des victimes dans le jardin du monastère, leurs corps n’ayant jamais été retrouvés.

« Il n’est pas prévu que le juge sorte d’Alger », a précisé le diplomate selon lequel il s’agit seulement « d’organiser des discussions en prévision de la suite ». Marc Trévidic veut également entendre une vingtaine de témoins, dont des officiers supérieurs des services de renseignement et des islamistes repentis ou incarcérés impliqués de près ou de loin dans cette affaire.

Enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé près de Medea, les religieux avaient été assassinés. Le Groupe islamique armé (GIA) de Djamel Zitouni, parfois soupçonné d’avoir été un agent infiltré des services algériens, avait revendiqué l’enlèvement et l’assassinat.

Après avoir suivi la thèse islamiste, le juge Trévidic a réorienté l’enquête vers une possible bavure de l’armée algérienne depuis 2009 et le témoignage d’un ancien attaché de Défense à l’ambassade de France à Alger. Selon le général François Buchwalter, les moines ont été tués lors d’un raid d’hélicoptères militaires tandis qu’ils se trouvaient parmi un groupe de jihadistes.

Des ex-ministres entendus (Tibéhirine)

Les anciens ministres de la Défense, Charles Millon et des Affaires étrangères, Hervé de Charette ont été entendus récemment par le juge chargé de l’enquête sur l’assassinat des moines de Tibehirine (Algérie), a-t-on appris vendredi de source proche du dossier.

Entendu en janvier, Charles Millon, ministre de la Défense dans le gouvernement d’Alain Juppé en 1996, au moment du massacre des sept moines français, a affirmé au juge Marc Trévidic, n’être « au courant de rien », selon cette source confirmant une information du Parisien.

« J’ai complètement ignoré le dossier … Nous n’avons jamais eu de suivi particulier de ce dossier avant l’enlèvement des moines, ni pendant, ni après », a déclaré Charles Millon, selon le procès verbal d’audition cité par le journal.

L’enquête sur le massacre des moines de Tibéhirine, qui a privilégié dans un premier temps la piste des GIA (groupe islamique armé) ayant revendiqué l’enlèvement des moines, a été relancée en 2009 avec le témoignage d’un ancien attaché militaire français, le général François Buchwalter, évoquant une « bavure » de l’armée algérienne.

L’ex-officier avait assuré au juge en avoir informé les autorités françaises dont l’ambassadeur et le chef d’état-major des armées. « Je ne connais pas le général Buchwalter (…) S’il a fait un rapport, il n’est jamais remonté jusqu’à moi. (…) On ne m’a jamais parlé d’une +bavure+ de l’armée algérienne », avait répliqué M. Millon dans la presse.

Entendu à son tour le 11 avril par le juge Trévidic, Hervé de Charette a confirmé qu’une cellule avait été mise en place au Quai d’Orsay après l’enlèvement des moines mais qu’il ne l’avait présidée qu’une seule fois, selon la source proche du dossier.

Hervé de Charette a évoqué toutefois l’intervention d’un émissaire du GIA, le 30 avril 1996.

La justice souhaite autopsier les moines de Tibéhirine

Le juge français en charge de l’affaire a demandé aux autorités algériennes l’autorisation de procéder à l’exhumation et l’autopsie des crânes des sept moines tués en 1996 afin de mieux comprendre les circonstances de leur mort.

coeur-.gifLe Groupe islamique armé (GIA) a-t-il vraiment tué les moines de Tibéhirine en 1996? Alors que la justice française doute de la version officielle, le juge Marc Trévidic, en charge de l’affaire, souhaite se rendre en Algérie pour autopsier les crânes des sept victimes, dont les corps n’ont jamais été retrouvés.

Selon les informations de l’hebdomadaire Marianne, le juge a adressé une commission rogatoire internationale à l’Algérie afin d’obtenir l’exhumation des crânes, leur identification ADN, leur autopsie, et entendre une vingtaine de témoins. Le juge souhaite confier les opérations à deux médecins légistes, un expert en empreintes génétiques et un photographe de l’identité judiciaire. L’autopsie permettrait de mieux comprendre les circonstances de la mort des moines.

Thèse de la bavure de l’armée algérienne

Ces derniers avaient été enlevés par le GIA dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère de Notre-Dame-de-l’Atlas. Leurs têtes avaient été retrouvées le 30 mai au bord d’une route de montagne, une semaine après que le GIA a revendiqué leur assassinat. Pourtant, cette version des faits est remise en cause depuis 2009 avec le témoignage d’un ancien attaché de défense à Alger. Selon lui, les moines auraient été tués par erreur dans une opération de l’armée algérienne.

Le colonel avait raconté devant la justice les confidences d’un ancien officier de l’armée algérienne recueillies l’année de la mort des moines. Le frère de ce dernier avait participé en mai 1996 à une opération anti-islamistes dans la zone où les moines avaient été enlevés. Alors que son groupe patrouillait en hélicoptère, il repère un bivouac qui ressemble à un groupe djiahadiste armée. Les hélicoptères tirent sur la cible. Une fois au sol, «ils ont découvert qu’ils avaient tiré notamment sur les moines», a affirmé le colonel Buchwalter devant le juge Marc Trévidic. Le colonel avait alerté sa hiérarchie, mais cette dernière lui aurait intimé le silence afin de ne pas nuire aux relations entre la France et l’Algérie.

Algérie/Tibéhirine : « dérapage », selon un témoin

Abdelkader Tigha, un ancien militaire algérien, affirme que les services secrets ont commandé le rapt des moines au GIA, qui aurait ensuite dérapé, croit savoir Europe 1 aujourd’hui.

Agé de 32 ans au moment des faits en 1996, Tigha affirme être bien placé pour connaître le déroulement des faits puisqu’il était alors sergent-chef au service de recherches et d’investigations à Blida, au nord de l’Algérie. Il a été entendu sept heures jeudi par le juge français Trévidic.

Selon lui, les choses ont dérapé quand les sept religieux français ont été confié par le premier groupe du GIA à un second groupe, qu’il appelle Zone 2, beacoup plus radical.

Ce témoin assure que le rapt des moines, à l’initiative des services algériens, a dérapé. « Au moment où ils ont été transférés à la zone 2 du GIA, où ils ont changé de main, l’affaire a échappé aux services. Ils ne pouvaient plus rien faire », a expliqué Abdelkader Tigha sur Europe 1. « (Les moines) ont alors été égorgés par l’émir de la Zone 2 à l’époque. C’était un engrenage. »

Le scénario initial, selon Tigha, était de laisser les Français aux mains du GIA, les libérer contre une rançon et faire passer les services pour les sauveurs. Quand les militaires ont appris le massacre des sept religieux, ils ont attendu deux semaines avant de partir à leurs recherches.

Cette version des faits a toujours été contestée par les autorités algériennes.