Algérie: Ahmed Gaïd Salah frappe la « bande »

Saïd Bouteflika et deux ex-chefs des services de renseignement ont été incarcérés à l’issue de leur comparution devant le tribunal militaire de Blida.

Les têtes continuent de tomber en Algérie. Saïd Bouteflika, le jeune frère et conseiller de l’ancien président, et deux anciens chefs des services de renseignement, les généraux Bachir Athmane Tartag et Mohamed Mediene dit « Toufik », ont été incarcérés dimanche après leur comparution devant le tribunal militaire de Blida. Ils avaient été arrêtés la veille par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Depuis l’accident vasculaire cérébral dont Abdelaziz Bouteflika a été victime en 2013, Saïd était considéré comme le véritable patron de l’exécutif. Honni par la rue, il était dans le collimateur du général Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP).

Durant le règne de Bouteflika, le pouvoir a été largement partagé entre la présidence, le renseignement et l’armée. Mais au fil du temps, le clan présidentiel a renforcé son emprise sur les institutions. Il s’est attaché à réduire l’influence des hommes des services secrets en démantelant le Département du renseignement et de la sécurité (DRS ex SM, hérité de la guerre d’indépendance), et en poussant Toufik à la retraite en 2015.

Il avait ensuite tenté de démettre le général Gaïd Salah. La révolte populaire est venue redistribuer les cartes au profit de l’armée. La main de Gaïd Salah semble être derrière les arrrestations d’oligarques proches de Saïd Bouteflika et de Toufik, qui se multiplient. Il en va de sa survie personnelle à l’heure où les règlements de compte sont nombreux. Le patron de l’ANP accuse la « bande », nom générique donné à ses adversaires, de comploter contre lui, même s’il fait passer cela pour une conspiration contre le peuple. Le mois dernier, il avait menacé Toufik de représailles juridiques. Il lui reproche d’avoir œuvré en coulisse, avec Saïd Bouteflika, pour imposer l’ex-président Liamine Zeroual à la tête de la transition. Ce dernier avait confirmé avoir été approché, refusant l’« arrangement ».