Censure: le New York Times renonce aux dessins politiques

L’édition internationale du journal ne comportera plus de dessins politiques, après la publication en avril d’une caricature de Benyamin Nétanyahou et Donald Trump.

Le New York Times a annoncé lundi qu’il ne publierait plus de dessins politiques dans son édition internationale, un peu plus d’un mois après une polémique liée à une caricature jugée antisémite.

Le quotidien a indiqué qu’il réfléchissait depuis un an à «aligner» l’édition internationale sur celle publiée aux Etats-Unis, qui ne comprend plus de dessins politiques depuis de nombreuses années. Il compte mettre ce projet à exécution à compter du 1er juillet.

La publication fin avril dans l’édition internationale d’un dessin représentant le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président américain Donald Trump avait déclenché un tollé au sein de la communauté juive pro-israélienne mais aussi au-delà. Le chef du gouvernement israélien était dessiné sous la forme d’un chien guide, portant un collier avec une étoile de David, et tenu en laisse par le président américain, aveugle, avec une kippa sur la tête.

Le quotidien avait présenté des excuses mais était finalement allé plus loin, la polémique ne faiblissant pas. Le directeur de la publication A.G. Sulzberger avait décidé de lancer une procédure disciplinaire contre le responsable d’édition qui avait choisi la caricature du dessinateur Antonio Moreira Antunes. Il avait également décidé de ne plus utiliser de caricatures proposées par une société extérieure, d’où provenait la caricature controversée.

Les libertés sont menacées

Pour Patrick Chappatte, l’un des dessinateurs vedette du New York Times, la décision annoncée lundi est directement liée à cette affaire, a-t-il expliqué sur son site. Celui qui collaborait avec le quotidien depuis plus de vingt ans regrette que «toutes ces années de travail restent inachevées à cause d’un seul dessin, qui n’était pas de moi, et qui n’aurait jamais dû être publié dans le meilleur journal du monde». «Ces dernières années, certains des meilleurs dessinateurs de presse aux Etats-Unis (…) ont perdu leur travail parce que leurs éditeurs les trouvaient trop critiques envers (Donald) Trump», a-t-il poursuivi. «Peut-être devrions-nous commencer à nous inquiéter», a-t-il écrit. «Et nous rebeller. Les dessinateurs de presse sont nés avec la démocratie et lorsque les libertés sont menacées, ils le sont aussi.»

Le responsable de la rubrique éditoriale du New York Times James Bennet a indiqué sur Twitter que le quotidien souhaitait continuer à travailler à l’avenir avec Patrick Chappatte et avec Heng Kim Song, son autre dessinateur vedette, sur d’autres formats.

Répression contre la presse: RSF et SNJ dénoncent des atteintes à la liberté d’informer

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) et Reporters sans frontières (RSF) ont dénoncé dimanche des atteintes à la liberté d’informer après des incidents entre forces de l’ordre et journalistes samedi lors de l’acte 23 des «gilets jaunes».

«Il y a eu plusieurs interpellations de journalistes et d’autres incidents», a déclaré à l’AFP Vincent Lanier, premier secrétaire national du SNJ, en référence notamment à l’interpellation de deux reporters indépendants à Paris, Gaspard Glanz et Alexis Kraland.

«On commence à se poser des questions: est-ce qu’il n’y a pas une volonté déterminée d’intimider notamment les photographes sur le terrain ? On a l’impression que certains sont ciblés», a dénoncé Vincent Lanier du SNJ. «Il y a des tensions, c’est vrai, sur le terrain entre des policiers et des photographes, mais de là à interpeller, il y a un gros problème. On est sur une pente très dangereuse par rapport à la liberté d’informer, c’est la liberté de la presse qui est menacée», a-t-il insisté.

Journalistes ciblés

«Le nombre d’incidents depuis le début du mouvement des «gilets jaunes» qui visent autant des journalistes professionnels et non professionnels clairement identifiés «Presse» au moment où ils sont en train de filmer ou photographier entrave le travail de la presse et limite de facto la captation d’images de ces événements qui sont par nature d’un intérêt crucial pour le public», a de son côté regretté Catherine Monnet, rédactrice en chef adjointe à RSF. «Cela va à l’encontre du droit et de la liberté fondamentale d’informer. Les journalistes doivent pouvoir couvrir librement ces manifestations afin de pouvoir rapporter leur déroulement et les agissements des manifestants comme celui des forces de l’ordre», a-t-elle déclaré à l’AFP.

À Toulouse, deux journalistes ont été touchés par une «grenade de désencerclement», selon leur témoignage ou celui de leur employeur. À Paris, un photographe de l’Agence France-Presse «a reçu une grenade lacrymogène dans les jambes» et a «pris un coup, hors action» de la part d’un policier, a indiqué son rédacteur en chef photo France Olivier Morin. Une vidéaste de l’AFP a également indiqué que sa chaussure avait pris feu après le tir d’une grenade de désencerclement. Elle a été prise en charge par des «street medics».

Au total, 219 personnes, dont six mineurs, ont été arrêtées samedi dernier lors de la 23ème mobilisation des « gilets jaunes ».

Afrique-Asie, c’est fini !

Le numéro de septembre 2017 d’Afrique–Asie est le dernier. Le mensuel vient de déposer le bilan et ne paraîtra plus. Quelle tristesse de voir ainsi ce titre historique disparaître ! Dans la presse française, Afrique-Asie était une institution. Lancé en 1969 par Simon Malley, Africasia est devenu Afrique-Asie en 1972. Suite à des difficultés financières, la diffusion s’interrompt de juillet 1987 à octobre 1989. A l’époque, Le Monde place Afrique-Asie « au premier rang de la presse tiers-mondiste de langue française ». Effectivement, le titre s’inscrit dans la filiation de la conférence de Bandung (1955), à la convergence du non-alignement, de la Tricontinentale et des mouvements de décolonisation africains et asiatiques.

 

Militant à la plume acérée, Simon Malley n’a pas que des amis. Il est momentanément expulsé de France en 1980, accusé de nuire, par ses propos, « aux intérêts de la France dans des Etats ayant avec elle des relations diplomatiques normales », selon les propos du ministre de l’Intérieur de l’époque Christian Bonnet, en réponse à une question à l’Assemblée nationale de Laurent Fabius. En 1981, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en France, Simon Malley peut revenir et poursuivre l’aventure éditoriale d’Afrique-Asie.

 

En décembre 2005, le journal dépose le bilan, ciblé depuis des années par un contrôle fiscal politique. Simon Malley portera plainte contre l’administration fiscale, contestant auprès du Tribunal administratif les conclusions de cette enquête à charge qui aboutira à la liquidation de la société Afriasial qui exploitait le titre. Le tribunal lui donnera raison, mais à titre posthume puisque le fondateur historique du titre est décédé le 7 septembre 2006, un an après avoir été contraint de déposer le bilan.

 

Majed Nehmé – rédacteur en chef d’Afrique–Asie depuis dix-sept ans – prend, avec quelques anciens du journal, l’initiative de relancer le titre qui sera exploité par une nouvelle société, la SARL-Afriam. Progressiste franco-syrien, ce grand connaisseur du monde arabe – intellectuel tous terrains -, améliore la qualité éditoriale, l’expertise, le réseau des correspondants et des collaborateurs. Afrique-Asie est régulièrement diffusé dans une cinquantaine de pays. Parallèlement à la version papier, il est possible de consulter le magazine en ligne, augmenté par des papiers et reportages qu’on ne lit nul par ailleurs http://www.afrique-asie.fr

En effet – sous la direction de Majed Nehmé – la qualité et la spécificité du titre ne cessent de s’améliorer, tranchant singulièrement avec la descente aux enfers de la presse parisienne mainstream. Pour les habituels « chiens de garde », une telle liberté est insupportable : Afrique-Asie, qui est régulièrement cité et repris par la presse internationale, mais systématiquement exclu et censuré par la plupart des revues de presse dans l’Hexagone, notamment par celle de Radio France Internationale (RFI), radio publique censée être spécialisée en affaires africaines… Sans parler de madame Ockrent-Kouchner et de ses étranges Affaires étrangères sur France-Culture…

 

Dans tous les cas de figures, les rédactions parisiennes ont toujours préféré Jeune Afrique et ses publi-reportages politiquement corrects à la liberté de ton et la profondeur des informations et enquêtes d’Afrique–Asie. A cela s’ajoutent, bien-sûr, les difficultés structurelles actuelles de la presse écrite – baisse des annonceurs, coût de la distribution et diffusion, etc. – et la multiplication de sous-produits numériques dédiés à l’Afrique, sans que l’on puisse voir toujours clairement les financements comme les intentions de ces « experts » du moment.

 

Mais le coup de grâce est venu de celui-là même qui interpellait Christian Bonnet sur la liberté de la presse française dans les années 1980 ! De bonne source, on sait que la lecture d’Afrique–Asie donnait des boutons au distingué normalien qui fut le chef de notre diplomatie de 2012 à 2016 avant d’aller pantoufler à la présidence du Conseil constitutionnel. Depuis le début de la crise syrienne (mars 2011), les papiers d’Afrique–Asie ont eu le don de faire grimper Laurent Fabius aux rideaux du Quai d’Orsay. En 2014, un contrôle fiscal zélé (on n’ose dire politique !) s’abat à bras raccourcis sur Afrique-Asie. Voilà donc un titre résolument internationaliste, déconstruisant avec intelligence les crises internationales, prônant les valeurs de laïcité, de lutte contre le communautarisme et les confessionnalismes religieux, déchiqueté par les petites mains de Bercy.

 

L’auteur de ces lignes croise un jour Pierre Moscovici, qui venait de quitter Bercy pour rejoindre la Commission européenne, et l’alerte sur ce contrôle fiscal. Le baron socialiste prend son air le plus concerné avant de demander la communication du dossier sur son email personnel. Trois mois plus tard, la réponse mérite citation : « Bercy est souverain de ces choix en matière de contrôle fiscal. » Rien de plus normal, mais on peut toujours se demander pourquoi Médiapart, Libération ou L’Express n’ont pas goûté les délices d’une telle souveraineté.

 

Voilà donc une douzaine de chômeurs de plus dans le secteur déjà sinistré de la presse et un titre prestigieux qui va – probablement – renaître dans un pays voisin… C’est d’une grande tristesse, surtout lorsque l’on connaît Majed Nehmé, l’un des hommes les plus délicieux, courtois et profonds de la corporation journalistique française, laquelle, pendant ce temps, continue dans sa majorité de s’abîmer dans l’opportunisme, l’ignorance et le carriérisme.

 

Et à la tristesse s’ajoute la colère, parce que la disparition d’Afrique–Asie pourrait bien être le symptôme du retour de la censure au soi-disant pays des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Evidemment, lorsqu’on explique ça dans les dîners en ville, on vous regarde avec des yeux ronds d’incrédulité, sinon d’indignation, parce que les « chiens de garde » de la grande presse veillent au grain tous les jours que Dieu fait et que les Français sont très mal informés de l’évolution de leurs médias.

 

Donc Afrique-Asie n’est plus ! Vive Afrique-Asie, qui renaîtra un jour, d’une manière ou d’une autre, parce qu’on ne peut décidément pas laisser le champ libre aux désinformateurs. Bonne lecture, donc ! Et à la semaine prochaine, parce que nous écrivons et publions depuis la ville de Jean-Jacques Rousseau.

 Richard Labévière
23 octobre 2017
Comme Richard Labévière, le Comité Valmy est convaincu qu’Afrique-Asie, ce journal anti impérialiste ami, ne saurait disparaître définitivement. Nous espérons vivement que les conditions permettant sa reparution seront rapidement réunies. Ce journal est plus indispensable que jamais.CB.

 

Tunisie: des journalistes manifestent pour la liberté de l’information

L’état d’urgence a été reconduit de 30 jours en Tunisie pour cause de lutte antiterroriste et de nouvelles lois voient le jour, dont une, qui, selon le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), menace particulièrement la liberté de la presse. A Tunis, le syndicat et l’ONG Reporters sans frontières (RSF) alertent l’opinion à travers la campagne « La liberté de l’information ne tient qu’à un fil ». Ils dénoncent toute tentative de ramener en arrière la liberté de la presse en Tunisie.

La liberté de la presse améliorée avec la révolution de 2011, en Tunisie, après des décennies de régime fort, est menacée par des projets de loi mais aussi par certains journalistes eux-mêmes, a averti le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

Le président du SNJT, Néji Bghouri, a évoqué un projet de loi visant à protéger les forces de sécurité tunisiennes face à l’essor de la mouvance jihadiste armée, qui prévoit de lourdes peines de prison pour toute personne se rendant coupable de divulgation « de secrets [relatifs] à la sûreté nationale ». « On ne pourra pas avoir ni donner de détails sur les dépenses du Président ni de détails sécuritaires, par exemple », a précisé Zied Dabbar, chargé des relations extérieures du SNJT.

Néji Bghouri a aussi pointé le retrait sans explication par les autorités d’un projet de loi devant élargir l’accès à l’information. « On espère bien que le gouvernement revoit sa copie, revoit vraiment cette proposition et présente, les prochains mois, une loi qui respecte l’article 121 de la Constitution qui stipule le droit de l’information à tout citoyen », a déclaré Zied Dabbar.

Contre le retour à un « Etat dictatorial »

La représentante de Reporter sans frontières (RSF), Yasmine Kacha, a de son côté évoqué « les poursuites judiciaires de plus en plus nombreuses contre les journalistes » et « la pression du politique ». « Pour l’instant nous ne voulons pas dire [qu’il s’agit d’] une politique systématique malgré de nombreux indicateurs » allant dans ce sens, a dit Néji Bghouri, en mettant en garde contre la tentation d’aller vers un « Etat dictatorial ».

Le responsable du SNJT a encore appelé les journalistes tunisiens à la vigilance, relevant que certains d’entre eux étaient revenus à des pratiques « très dangereuses » et courantes pendant le régime de Zine El Abidine Ben Ali, au pouvoir de novembre 1987 à janvier 2011. Il a donné l’exemple d’un quotidien qui s’est demandé s’il ne fallait pas juger les députés n’ayant pas voté la loi antiterroriste, et d’une chaîne ayant marqué les six mois de l’élection du président Béji Caïd Essebsi. « Malheureusement, il y a une mentalité générale […] en Tunisie, une mentalité non démocratique et une culture de l’acceptation de l’asservissement, c’est-à-dire qu’il y a une culture au sein des médias en vertu de laquelle des gens sont prêts à être menés comme des esclaves », a lancé Néji Bghouri.

Le président Caïd Essebsi, élu en décembre 2014, s’est engagé à maintes reprises à protéger la liberté d’expression. Ses détracteurs l’accusent cependant de s’être entouré de personnalités issues du régime de Ben Ali et disent craindre un retour à des pratiques autoritaires qui ont fait leurs preuves pour la sécurité et la prospérité du pays.

 

Liberté de la presse : Mise en demeure de BFMTV et RMC / Jean-Jacques Bourdin pousse un coup de gueule sur Twitter

Jean-Jacques Bourdin est fou de rage. L’animateur et journaliste de Bourdin direct a réagi sur son compte Twitter à la mise en demeure de BFMTV et RMC. En effet, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a annoncé qu’elle sanctionnait la chaîne d’information continue et la radio, qui ont diffusé simultanément l’interview de Roland Dumas par Jean-Jacques Bourdin. Le 16 février, ce dernier avait suscité la polémique en demandant à l’ancien ministre : « Le Premier ministre est-il sous influence juive? », alors que l’invité avait rétorqué : « Probablement, je peux le penser », en affirmant notamment que Manuel Valls était sous l’influence de sa femme, Anne Gravoin, réputée pro-israélienne alors qu’il était très pro-palestinien jusqu’à leur rencontre.

L' »esprit du 11 janvier » réservé aux proches du pouvoir

Dans un communiqué posté sur son site officiel, le CSA avait notamment considéré « que la réponse qu’une telle question tendait à provoquer, dans le contexte de cet échange, et la formulation-même de cette question, relative au Premier ministre, étaient de nature à banaliser et à propager des comportements discriminatoires ». Cette décision est en tout cas vivement désapprouvée par Jean-Jacques Bourdin. « Je suis sanctionné pour avoir fait mon métier. On ne me fera pas taire. Je continuerai à aller chercher la vérité. Réveillons-nous », a-t-il déclaré sur le réseau social.

Je suis sanctionné pour avoir fait mon métier. On ne me fera pas taire. Je continuerai à aller chercher la vérité. Réveillons-nous.

Je suis Charlie… quand ça m’arrange!

De son côté, BFMTV et RMC ont également réagi à leurs mises en demeure. La chaîne d’information continue et la radio « regrettent cette décision ». « Les deux chaînes veillent au quotidien à ne pas encourager les comportements discriminatoires et à promouvoir les valeurs de la République », ont-elles tenu à préciser dans un communiqué.

« BFMTV et RMC alertent sur les risques que ces sanctions font peser sur la liberté d’informer en France. En effet, elles pourraient conduire, demain, les seuls médias régulés par le CSA, et leurs journalistes, à systématiquement s’autocensurer dans leur mission d’information, notamment lorsqu’ils exercent leur ‘droit de suite’ pour obtenir d’un invité une clarification de ses propos », ont-elles ajouté.

Gaza: une journaliste de CNN mutée pour avoir traité les Israéliens d' »ordures »

  • Une journaliste de CNN, Diana Magnay, qui couvrait le conflit israélo-palestinien, a été mutée après avoir écrit sur Twitter que des Israéliens, qui l’avaient selon elle menacée, étaient des « ordures ».

 

« Diana a réagi dans un mouvement de colère sur Twitter, après avoir été menacée et harcelée lors d’un tournage », a expliqué un porte-parole de la chaîne.

 

La journaliste a effacé le tweet de son compte Twitter, mais celui-ci avait déjà été retwitté de nombreuses fois. Diana Magnay a été nommée à Moscou.

D’autre part, le reporter de guerre très expérimenté et grand connaisseur des conflits au Moyen-Orient, Ayman Mohyeldin, a été rappelé à New-York par la chaîne NBC, le censurant en le privant de micro et d’antenne.

 

RSF: la France en recule au classement de la liberté de la presse

Les conflits armés et la sécurité nationale ont fait reculer la liberté de la presse dans certains pays d’Afrique et dans de grandes « démocraties », comme les Etats-Unis ou la France, qui perd une place se classant à la 39e.

Reporters sans frontières a publié son étude annuelle. La liberté de la presse a reculé dans des pays en conflit comme le Mali ou la Centrafrique, mais aussi dans des démocraties qui « utilisent abusivement l’argument sécuritaire » comme les Etats-Unis.

« Le classement de certains pays, y compris des démocraties, est largement affecté cette année par une interprétation trop large et abusive du concept de la protection de la sécurité nationale. Par ailleurs, le classement reflète l’impact négatif des conflits armés sur la liberté de l’information et ses acteurs », a indiqué Lucie Morillon, directrice de la recherche de RSF, à l’occasion de la publication de ce classement annuel sur la liberté de la presse dans 180 pays.

Finlande, Pays-Bas et Norvège en tête

L’indice annuel du classement, qui synthétise les atteintes à la liberté de l’information, indique une « légère dégradation globale » dans le monde depuis l’an dernier, souligne l’association.

A la même place que l’an dernier, la Syrie est classée 177ème sur 180, juste devant le trio inchangé: Turkménistan (178e), Corée du Nord (179e) et Erythrée (180e).

Comme l’an dernier également, le pays le plus vertueux est la Finlande, suivie par les Pays-Bas et la Norvège.

En Afrique, le Mali chute de 22 places à la 122e place, tandis que la République centrafricaine en perd 43 à la 109e.

En France le pouvoir se durcit

Loin de ces pays en conflit, certaines démocraties sont aussi pointées du doigt par RSF qui juge que « l’argument sécuritaire y est utilisé abusivement pour restreindre la liberté de l’information ».

C’est le cas des Etats-Unis, qui reculent de 13 places à la 43e, et où l’association dénonce « la chasse aux sources et aux lanceurs d’alerte ». Le Royaume-Uni perd trois places pour se classer à la 33e.

La France perd une place à la 39e.

Ce classement s’articule autour de sept indicateurs: niveau des exactions, étendue du pluralisme, indépendance des médias, environnement et autocensure, cadre légal, transparence et infrastructures.

Etat de droit:Valls enquêterait sur les sources d’un journaliste du Figaro!

  • Le ministère de l’Intérieur aurait demandé à ses services d’identifier les sources d’un journaliste du Figaro, selon un article de lexpress.fr publié aujourd’hui, ce que le ministère de l’Intérieur a catégoriquement démenti.

 

Selon L’Express, Manuel Valls s’inquiète depuis plusieurs mois de la publication par Le Figaro, très critique envers sa politique, de documents internes à la police ou au corps préfectoral. Le ministre aurait donc demandé à ses services, écrit l’hebdomadaire sur son site internet, d’identifier les informateurs d’un des journalistes spécialisés du Figaro, alors même que le gouvernement va défendre un projet de loi qui protège mieux les sources des médias.

 

Interrogé par l’Agence France Presse, le ministère de l’Intérieur a jugé cette affirmation « totalement infondée » et a « rappelé avec force que ces allégations sont mensongères et qu’il est extrêmement attaché à la liberté de la presse ainsi qu’à la protection des sources ». « Le temps des ‘enquêtes’ est révolu », a-t-il ajouté. La Société des journalistes du Figaro, en citant le nom du journaliste concerné, Jean-Marc Leclerc, a de son côté averti dans un communiqué que « le secret des sources des journalistes est une règle intangible dans une démocratie digne de ce nom ». « La fameuse affaire dite des ‘fadettes’ prouve que la loi censée protéger ce secret ne protège en réalité rien du tout puisqu’aucune sanction n’est prévue pour les contrevenants », poursuit-elle.

 

La SDJ du Figaro conclut qu’elle « met en garde quiconque serait tenté d’espionner un journaliste pour savoir d’où il tient ses informations. Un tel comportement constitue, en effet, une atteinte délibérée à la liberté d’informer, et ne peut se justifier d’aucune façon ».


Censure de « Ce soir (ou jamais !) » : Pétition pour garder Taddéï

Quand ils ont décidé de changer la case du magazine, les responsables de France 2 étaient sans doute loin de se douter des réactions qu’ils allaient provoquer.

Diffusée actuellement le vendredi à 22h30, Ce soir (ou jamais), l’émission de débat animée par Frédéric Taddéï, devrait être déplacée au jeudi ou au vendredi à 23h30 pour laisser la place au nouveau talk-show d’Alessandra Sublet, transfuge de France 5. Selon le site Arrêt sur images, Thierry Thuillier, le patron de France 2, a lui-même appris la nouvelle à Frédéric Taddéï la semaine dernière.

A peine l’information connue, les réactions, de personnalités connues ou d’anonymes, ont été très vives sur les réseaux sociaux. Beaucoup ont parlé de censure dans la mesure où Frédéric Taddéï n’hésite pas à inviter des personnalités jugées sulfureuses comme Tariq Ramadan, Alain Soral ou encore Marc-Édouard Nabe qu’il avait reçu à propos d’un livre qu’il a écrit sur Dieudonné.

Un lien rejeté par Thierry Thuillier: l’idée que la décision aurait été prise à la suite de l’émission sur Dieudonné «relève du pur fantasme, a-t-il indiqué. Cette émission était parfaitement digne, Frédéric Taddéï est un pilier du service public et la force de cette émission, c’est le débat».

«Choix débiles»

Sur Facebook, Alain de Greef, l’ancien directeur des programmes de Canal + a dénoncé une «connerie» de la part de France 2: «Je ne comprends pas ces choix débiles», écrit-il. Comment expliquer d’être aussi peu créatifs et d’être à ce point l’esclave d’officines de sondages, que j’utilisais c’est sûr, mais le plus souvent pour faire le contraire de ce qu’elles me suggéraient! Je comprends que l’on soit esclave des sondages quand on est à la tête de TF1 ou de M6 où tout est très sensible au moindre point d’audience perdu, mais pas des chaînes du service public ou bien des petites chaînes dont je vois de jeunes amis se faire jeter parce que leurs projets sont segmentants.»

Sur Twitter, un autre grand nom des médias, Rober Namias, a aussi fait part de son indignation: «Attendons la réaction de Taddeï à cette relégation qui est la pire des censures: celle qui n’ose même pas dire son nom, a ainsi écrit l’ancien directeur de l’information de TF1.»

Une pétition est lancée sur le réseau social pour sauver le soldat Taddéï, qui a attiré vendredi soir 909.000 téléspectateurs (6,6 % de part d’audience). La semaine dernière, «Ce soir ou (jamais!)» avait réalisé un record d’audience avec 1 128.000 de téléspectateurs (8 % de part de marché) avec un débat sur l’affaire Dieudonné.

Cette atteinte à la liberté d’expression n’est pas sans rappeler celle qui a frappé Daniel Schneidermann avec l’arrêt de son émission jugée trop libre « Arrêt sur image ».

Tunisie: le patron des Guignols en prison

Le propriétaire d’une chaîne de télévision privée a été emprisonné aujourd’hui en Tunisie en attendant d’être jugé pour corruption dans un procès qu’il dénonce comme une atteinte à la liberté de la presse, a indiqué un responsable. Sami Fehri, qui a lancé sa chaîne « Tounissia TV » en partenariat avec Belhassen Trabelsi, le beau-fils de l’ancien président Ben Ali, s’est rendu de lui-même aux autorités après l’émission d’un mandat d’arrêt à son encontre il y a quelques jours.

Dans une vidéo publiée sur internet juste avant, il affirme que le gouvernement le punit pour une émission satirique diffusée sur sa chaîne et inspirée des « Guignols de l’info », qui se moque ouvertement du président tunisien Moncef Marzouki, du Premier ministre Hamadi Djebali ou encore du leader du parti islamiste modéré majoritaire Ennahda, Rached Ghannouchi.  « Le seul vainqueur de la révolution tunisienne est la liberté d’expression, et la liberté d’expression est aujourd’hui menacée », déclare Fehri, qui estime que ce procès est une tentative pour réduire au silence les médias, et un abandon des progrès effectués par la Tunisie depuis la chute de Ben Ali, en janvier 2011.

« Nous pensons qu’il s’agit d’une attaque contre la liberté d’expression », a déclaré à Reuters Sonia Dahmani, l’avocate de Sami Fehri. « Le différend est politique, il intervient après des semaines de pression sur Fehri et sur la diffusion de cette émission sur la chaîne. »