Libye: plus de 120 morts et près de 600 blessés dans les combats près de Tripoli

Des combats violents opposent depuis le 4 avril les forces du Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale, et les hommes du maréchal Haftar.

Au moins 121 personnes ont été tuées et 561 autres blessées depuis le début, le 4 avril, d’une offensive du maréchal Khalifa Haftar contre la capitale libyenne Tripoli, a indiqué l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dimanche 14 avril.

Le bureau de l’organisation en Libye, qui ne précise pas le nombre des victimes civiles, a condamné par ailleurs sur son compte Twitter « les attaques répétées contre le personnel soignant » et les ambulances à Tripoli. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha) de l’ONU a, de son côté, fait état de 13 500 personnes déplacées par les combats, dont 900 ont été hébergées dans des centres d’accueil.

Le Libanais Ghassan Salamé nommé émissaire onusien en Libye

Le Conseil de sécurité de l’ONU a entériné mardi soir 20 juin la nomination par le Secrétaire général d’un envoyé spécial pour la Libye. Après une prolongation en catastrophe de quatre mois de l’envoyé actuel Martin Kobler faute de consensus autour des personnalités proposées pour ce poste, la nomination du médiateur international et ancien ministre libanais de la Culture Ghassan Salamé a fait consensus. Si la mission s’annonce complexe, le nouvel émissaire possède plusieurs atouts pour aborder le dossier.

Armé déjà d’un capital de sympathie chez les Libyens et s’appuyant sur son expérience en tant que médiateur dans la résolution de crises internationales, Ghassan Salamé, le nouvel émissaire onusien pour la Libye, a plusieurs cartes en main.

Il entretient des relations amicales avec plusieurs personnalités politiques en Libye et dans les pays du Golfe, des Etats influents dans le dossier libyen, comme le Qatar, l’Arabie saoudite et les Emirats.

Son expérience internationale lui donne un atout supplémentaire. Il a été conseiller de l’ex-secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Dans ce cadre, il a effectué plusieurs missions notamment en Irak et en Birmanie.

Ghassan Salamé est également un ami personnel du secrétaire général actuel de l’ONU, Antonio Guterres, ce qui joue en sa faveur pour cette tâche complexe. D’après nos sources, plusieurs personnalités précédemment approchées avaient refusé la mission.

Les attentes des Libyens sont grandes

Le nouvel envoyé spécial à Tripoli a une profonde connaissance des dossiers de la région et notamment celui de la Libye. Un dossier ne lui est pas étranger car ce n’est pas la première fois qu’il s’y attèle. Il avait déjà initié à Genève, en 2015, une série de dialogues inter-libyens entre les différents acteurs de la crise, ce qui avait été alors considéré comme un succès.

De plus, à Tripoli, la nomination de Ghassan Salamé a suscité une vague d’espoir chez les Libyens. Après l’échec des cinq prédécesseurs, la population croit en les capacités du Libanais pour une sortie prochaine de la crise.

Des politiques et des intellectuels lui ont déjà envoyé des lettres ouvertes pour la réorganisation de la mission onusienne pour la Libye. Une rencontre est prévue entre le nouvel émissaire et Martin Kobler dans les tous prochains jours. Ce dernier terminera sa mission fin juin.

Tâche difficile

Renouer le dialogue, entre les partis libyens, c’est la tâche la plus importante à laquelle doit s’employer dès son arrivée le nouvel émissaire de l’ONU pour la Libye. Car dans ce pays déchiré et proie au chaos depuis 2011, la société est profondément divisée. L’Etat l’est aussi.

Ghassan Salamé doit alors traiter avec les deux gouvernements qui se partagent le pouvoir dans le pays. L’accord politique signé en décembre 2015 au Maroc est toujours en panne et son amendement prévu ne s’est pas concrétisé plus de 18 mois après sa signature.

Dans une Libye, toujours sous la menace de l’organisation EI, il n’est pas facile de réunir tout le monde autour de la table. Et donc il va falloir mettre le maréchal Khalifa Haftar, Saïf al-Islam Kadhafi et les islamistes sur la même table de dialogue national. Ce dialogue doit également inclure la représentation la plus large de la société libyenne, y compris les tribus, pour avoir sa chance de réussir.

La tâche de Ghassan Salamé s’annonce ardue tant la Libye est faite d’appartenances et des sensibilités. Selon des analystes cette mission « sera encore plus complexe pour lui que pour ces prédécesseurs ».

La tâche sera d’autant plus difficile car en plus des défis intérieurs propres à la Libye, il y a les circonstances régionales et la volonté internationale d’en finir avec cette crise. Pour l’heure, résoudre la crise libyenne est devenu une priorité pour l’Union européenne. Cela ne paraît pas le cas des Etats-Unis qui gardent toujours le mystère sur sa vraie position.

 

Libye: les exportations pétrolières vont reprendre

  • La compagnie pétrolière libyenne NOC (National Oil Corporation) va lever l’état de force majeure imposé dans trois ports pétroliers dont l’Armée nationale libyenne (ALN) du général rebelle Khalifa Haftar a pris le contrôle en début de semaine.

 

Le président de la NOC, Moustafa Sanalla, a indiqué qu’il acceptait de reprendre la responsabilité des terminaux du croissant pétrolier comme le lui proposait l’ALN. « Les exportations vont reprendre immédiatement à partir de Zueitina et Ras Lanouf et vont se poursuivre à Brega », a annoncé Sanalla.

 

Cette décision a été prise conformément aux instructions du gouvernement installé à Tripoli et soutenu par l’Onu et du parlement dissident installé dans l’est de la Libye.

 

« Les exportations reprendront dès que possible à partir d’Es Sider », a ajouté le patron de la NOC. Les Etats-Unis, la France et quatre autres pays avaient exigé lundi le retrait des forces du général Haftar des terminaux pétroliers dont elles avaient expulsé les troupes fidèles au gouvernement reconnu par les Nations unies. Ces pays avaient prévenu qu’ils feraient respecter une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu contre les exportations « illicites » en dehors de l’autorité de ce gouvernement, auquel Khalifa Haftar s’oppose.

Libye: les autorités démentent un coup d’État

Les autorités libyennes ont démenti aujourd’hui des rumeurs sur un coup d’Etat dans le pays après les déclarations d’un ex-général à la retraite appelant à la suspension du Parlement et du gouvernement. Dans une vidéo publiée sur internet, Khalifa Haftar, un ancien commandant de la rébellion qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, a annoncé une « initiative » prévoyant la suspension des autorités de transition, dans une déclaration qui prête à plusieurs interprétations.

 

Des rumeurs ont été propagées aussitôt sur les réseaux sociaux, faisant état d’un possible coup d’Etat en Libye. « C’est un mensonge. La situation est sous contrôle et il n’y a aucun mouvement suspect », a déclaré à l’AFP le colonel Ali al-Chikhi, porte-parole du chef d’état-major de l’armée libyenne. Le premier ministre Ali Zeidan a qualifié les rumeurs de « ridicules », affirmant que Haftar « n’appartient pas à l’institution de l’armée ». « Il a été mis à la retraite », a précisé Zeidan, ajoutant que les institutions de l’Etat fonctionnaient normalement.

 

Dans la vidéo mise en ligne, Khalifa Haftar affirme que « le commandement de l’armée nationale libyenne annonce une initiative pour une feuille de route qui sera annoncée dans les prochains jours », en consultation avec les différentes parties. Cette initiative, a-t-il dit, prévoit la suspension du Congrès général national (CGN, Parlement) et du gouvernement de transition et la formation d’une Commission présidentielle. « L’armée a décidé de réagir non pas pour gouverner mais pour préparer les conditions propices » à des élections.

 

On ignore pour le moment si l’ex-général libyen disposait d’un quelconque soutien dans les rangs de l’armée ou des ex-rebelles. Originaire de l’est libyen, Khalifa Haftar faisait partie de l’armée du dirigeant déchu Mouammar Kadhafi mais avait fait défection à la fin des années 1980. Il est rentré en Libye après le déclenchement de la révolte pour rejoindre la rébellion après avoir passé près de 20 ans aux Etats-Unis.