Delors appelle à la liberté de sortir de l’€

Jacques Delors, le père de l’euro, propose une réforme des traités européens pour permettre à certains pays d’en sortir, ce qui est actuellement impossible. Dans une interview publiée mardi par Le Monde, l’ancien président de la Commission européenne estime que l’euro est « au bord du gouffre » en raison du caractère tardif de la réaction des dirigeants européens, mais aussi du vice de construction du système de gestion de la monnaie unique.

« En 1997, après avoir quitté la Commission, j’avais proposé de créer à côté du pôle monétaire (la Banque centrale indépendante et un pacte de stabilité), un pôle économique avec un pacte de coordination des politiques économiques », souligne-t-il. « Si un tel équilibre avait été réalisé, le Conseil de l’euro se serait interrogé en temps utile sur la situation de la Grèce, sur la dette privée qui augmentait de façon inquiétante en Espagne, en Irlande et en Italie. Il aurait pu réagir », a-t-il ajouté.

C’est pourquoi Jacques Delors se félicite de l’intention de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel de modifier les traités européens pour créer un véritable gouvernement économique de la zone euro, mais y ajoute une disposition non prévue. « Dans ce nouveau traité, on devrait prévoir la possibilité de sortir un pays de la zone euro avec une majorité surqualifiée de 75% », dit-il. « Avoir une monnaie commune implique en effet des devoirs plus exigeants. »

Il estime toutefois qu’il sera très difficile à la Grèce de redresser sa situation: étant confronté à une grave récession, le pays n’est pas en mesure de résorber son déficit et l’on assiste selon lui au retour des anciennes pratiques du Fonds monétaire international: « Apprendre aux pays en difficulté à mourir guéri. »


« L’euro au bord du gouffre » (J. Delors)

L’ancien président de la Commission européenne, le Français Jacques Delors a estimé jeudi que l’euro et l’Union européenne étaient « au bord du gouffre » en dénonçant au passage la réaction trop timide, selon lui, des dirigeants européens.
« Ouvrons les yeux: l’euro et l’Europe sont au bord du gouffre. Et pour ne pas tomber le choix me paraît simple: soit les Etats membres acceptent la coopération économique renforcée que j’ai toujours réclamée, soit ils transfèrent des pouvoirs supplémentaires à l’Union », affirme M. Delors dans un entretien publié conjointement par le journal belge Le Soir et le quotidien suisse Le Temps.

L’ancien président de la Commission européenne (1985-1994) se montre sévère sur le résultat de la rencontre entre le président Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel. « Tel quel, cela ne servira à rien », dit-il. Il se montre tout aussi critique sur la proposition de créer un ministre des Finances de la zone euro en qualifiant ce projet de « gadget farfelu ».

Jacques Delors plaide notamment pour une mutualisation partielle de la dette des Etats « jusqu’à hauteur de 60% de leur PIB ».

« La mutualisation partielle des dettes, c’est la pompe pour éteindre le feu et redonner un sens à la coopération communautaire. Les Etats membres, simultanément, doivent lever leurs dernières objections aux six projets de directives sur la gouvernance économique, dont le Parlement européen a logiquement durci le contenu pour rendre plus automatique les sanctions en cas de dérapage budgétaire », a-t-il expliqué.

« J’ai toujours dit que le succès de l’Europe, sur le plan économique, repose sur un triangle: la compétition qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit. Il faut passer à l’acte. Car si on ne le fait pas, les marchés continueront de douter », a-t-il mis en garde.

« Depuis le début de la crise, les dirigeants européens sont passés à côté des réalités. Comment peuvent-ils penser que les marchés vont croire aux promesses du sommet de la zone euro, le 21 juillet, s’il faut attendre la fin septembre pour les transformer en actes? », a-t-il ajouté.