Libye: le HCR s’inquiète du sort des migrants coincés dans les combats

Le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) demande la libération immédiate et l’évacuation des migrants incarcérés dans des centres de détentions exposés au conflit qui fait rage dans le sud de Tripoli.Les combats entre les forces fidèles au gouvernement et celles du maréchal Haftar ont déjà fait 121 morts et près de 600 blessés, d’après l’OMS.

« A Tripoli, il y a plus de 3 000 réfugiés qui sont dans des centres de détention et on a au moins trois centres de détention qui sont dans le Sud, beaucoup plus proches du conflit, et ils ne peuvent pas sortir », alerte Tarik Argaz, chargé de communication pour le HCR Libye. Situation d’autant plus préoccupante que les combats rendent difficile l’accès à ces populations. Le HCR a donc demandé, le 12 avril, la libération immédiate et l’évacuation de ces clandestins, « parce que les autorités libyennes ne peuvent pas garantir leur protection ».

Des détenus refusent d’être déplacés

Le HCR s’est également heurté à un écueil : 728 réfugiés et migrants détenus dans le centre de Qasr Bin Ghasheer, que l’organisation voulait transférer vers le centre de détention de Zintan, loin des affrontements, ont refusé d’être déplacés, demandant à être évacués hors de Libye. « C’est pour cela qu’on a lancé l’appel pour qu’il soient libérés. Comme ça, ils peuvent aller se protéger dans un autre endroit et ne pas rester exposés au conflit », justifie Tarik Argaz.

Par ailleurs, plus de 9 500 personnes ont été déplacées par les combats dans les environs de Tripoli, dont la moitié les 11 et 12 avril, toujours selon le HCR.

3 419 migrants ont péri en Méditerranée cette année, un triste record

La Méditerranée est devenue « la route la plus mortelle du monde » en 2014, avec au moins 3 419 migrants qui ont perdu la vie en tentant de la traverser en quête d’un avenir meilleur, a annoncé mercredi l’agence des Nations unies en charge des réfugiés. Depuis le début de l’année, ce sont plus de 207 000 migrants qui ont tenté de traverser la Méditerranée, un chiffre presque trois fois plus élevé que le précédent record de 2011 lorsque 70 000 migrants avaient fui leur pays lors du Printemps arabe. « Ces chiffres constituent une nouvelle étape à laquelle nous assistons cette année : nous faisons face à un arc de conflits et l’Europe y a été directement confrontée », a déclaré à l’AFP Adrian Edwards, le porte-parole du HCR.

Avec des conflits au sud (Libye), à l’est (Ukraine) et au sud-est (Syrie/Irak), l’Europe connaît actuellement le plus grand nombre d’arrivées par la mer. Près de 80 % des départs s’effectuent depuis les côtes libyennes pour rejoindre l’Italie ou Malte. La plupart de ces migrants arrivés en Italie cette année sont syriens (60 051), leur pays est ravagé par une guerre civile depuis plus de trois ans et demi, et des Érythréens (34 561) qui fuient leur pays pour échapper à la répression brutale du pouvoir, au service militaire à vie, et au travail forcé, non rémunéré et à durée illimitée.

Pour le seul mois de novembre, 8 000 migrants ont été secourus en mer Méditerranée

Le HCR a critiqué la gestion migratoire des États européens, regrettant que certains gouvernements se focalisent davantage sur le maintien des étrangers hors de leurs frontières que sur le respect de l’asile. « C’est une erreur, et précisément la mauvaise réaction à avoir dans une période où un nombre record de personnes fuient la guerre, a affirmé António Guterres, haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés. Tous les pays ont des préoccupations de sécurité et de gestion de l’immigration, mais les politiques doivent être conçues de manière à ne pas conduire à ce que les vies humaines deviennent des dommages collatéraux. »

Pour le seul mois de novembre, 8 000 migrants ont été secourus en mer Méditerranée. Des bateaux de sauvetage ont encore porté secours fin novembre à 320 migrants sur une embarcation de fortune, rapatriés au port d’Augusta (Sicile), et à un autre bateau avec à son bord 182 migrants, transportés jusqu’à Porto Empedocle en Sicile. Fin octobre, les autorités italiennes ont cependant confirmé la fin de l’opération Mare Nostrum qui a permis de sauver des dizaines de milliers de migrants en Méditerranée. L’Italie avait lancé cette opération sans précédent dans l’urgence de la tragédie qui avait frappé Lampedusa, mais ne souhaitait pas la prolonger à long terme, faute de soutien de ses partenaires européens.

 

Selon lui, les États doivent « s’attaquer aux vraies causes profondes »

Plusieurs d’entre eux ont finalement accepté de contribuer à une nouvelle opération, baptisée Triton. Gérée par Frontex, l’organisme européen chargé de la surveillance des frontières extérieures de l’Union européenne, elle sera limitée à la surveillance de la frontière extérieure de l’UE en Méditerranée. « Vous ne pouvez pas utiliser des moyens de dissuasion pour empêcher une personne de fuir pour sauver sa vie, sauf en augmentant les dangers », a affirmé M. Guterres.

Selon lui, les États doivent « s’attaquer aux vraies causes profondes, c’est-à-dire examiner les raisons pour lesquelles les personnes fuient, ce qui les empêche de chercher asile par des moyens plus sûrs, et ce qui peut être fait pour sévir contre les réseaux criminels qui prospèrent dans ce contexte, tout en protégeant les victimes ».

« La route la plus mortelle du monde »

Toutefois, si la Méditerranée constitue « la route la plus mortelle du monde » selon le HCR, elle n’est pas la seule. Avec ceux de Méditerranée, au moins 348 000 migrants dans le monde ont ainsi entrepris de traverser une mer depuis début janvier, un pic jamais atteint. Le HCR a dénombré 540 victimes sur les 54 000 ayant tenté de traverser le golfe du Bengale en Asie du Sud-Est, la plupart en provenance du Bangladesh ou de Birmanie et à destination de la Thaïlande ou de la Malaisie. En mer Rouge et dans le golfe d’Aden, au moins 242 personnes ont perdu la vie, tandis que dans les Caraïbes le nombre de morts ou de disparitions signalées s’élevait à 71 début décembre. La migration clandestine serait devenue le trafic le plus rentablex dépassant même celui des stupéfiants.


Inondations au Pakistan : des besoins extrêmement impressionnants

Les agences humanitaires de l’ONU sont confrontées à des « besoins totalement impressionnants » au Pakistan, où persistent depuis une semaine des inondations qui ont fait 1 500 morts, et 4,5 millions de déplacés, a indiqué le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR). « Les besoins sont totalement impressionnants (…) les pluies de mousson continuent dans tout le Pakistan et il n’y a pas de signe qu’elles vont s’arrêter », s’est inquiétée la porte-parole du HCR, Melissa Fleming. Mme Fleming a qualifié de « désastre continu » ces intempéries au Pakistan. « Au fur et à mesure des heures, de plus en plus de personnes sont touchées », a-t-elle noté, soulignant que les pluies se poursuivaient vendredi.

APS