A travers la jungle des accords commerciaux

Si la zone de libre échange prévue dans le cadre du processus de Barcelone de 1995 tarde toujours à se concrétiser, nous assistons ces dernières semaines à une succession de nouvelles initiatives sectorielles qui viendront renforcer l’intégration commerciale de la zone et établir de nouveaux ponts avec d’autres régions du monde.

Ainsi le 25 avril dernier, l’Organisation arabe du développement industriel et minier (OADIM) lançait une initiative pour la création de trois zones de libre-échange aux frontières tuniso-libyennes, d’un côté, et entre la Libye et l’Egypte, de l’autre, puis ultérieurement entre les frontières libyennes et soudanaises. Le 22 avril, l’International Islamic Trade Finance Corporation (ITFC) annonçait une autre initiative pour renforcer les capacités commerciales des pays arabes en vue de la création d’une zone de libre échange panarabe. En février dernier, le Parlement européen ratifiait des mesures pour libéraliser les échanges de produits agricoles et de la mer entre l’UE et le Maroc, tandis que ce dernier étend ses accords de libre échange avec le Canada aux secteurs miniers, industriels et agricoles, après des accords conclus avec les Etats-Unis et la Turquie. De son côté la Turquie prévoit de finaliser en juin un accord de libre échange avec la Corée du sud pour les secteurs de l’énergie, la défense, l’automobile et la construction navale et les sciences et les technologies.

Ces accords viennent s’ajouter aux nombreux accords bilatéraux ou multilatéraux dont ANIMA avait fait l’inventaire l’an dernier (Voir notre article). Si ces nouvelles avancées sont à saluer bien entendu, elles doivent absolument être assorties de politiques d’accompagnement adaptées pour les entreprises.
En ce sens l’initiative de l’ITFC qui vise dans un premier temps à renforcer les capacités exportatrices des pays associés nous semble judicieuse. Difficile en effet pour une entreprise de s’improviser exportateur, la faible intégration commerciale des pays de la zone Agadir (signé en 2004) en comparaison de l’Asean (AFTA signé en 2002) en est une illustration. Le GAFTA (Greater Arab Free Trade Area) qui a permis une disparition graduelle et totale des droits de douane entre les pays de la Ligue Arabe de 1997 à 2005 sans réel décollage du commerce intra-zone en est une autre. Un accompagnement préventif est d’autant plus crucial concernant les accords passés avec des partenaires plus développés – Amérique du Nord, UE- avec lesquels les pays MED pourraient risquer d’aggraver une balance commerciale déjà fortement déficitaire.

Si l’on se place du côté des entreprises, ce millefeuille technico-administratif des accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux se présente de plus en plus comme un véritable parcours du combattant. Malgré l’existence d’outils en ligne facilitateurs dans certains pays, comme en Europe avec l’Export HelpDesk mis à disposition par la Commission européenne, la connaissance et la mise en pratique de ces multiples accords règles reste difficile à appréhender.

Ainsi, de la connaissance des marchés partenaires à la compréhension des opportunités offertes par ces accords commerciaux, en passant par l’adaptation de l’offre pour saisir ces opportunités, les chantiers sont nombreux pour accompagner au mieux les entreprises de Méditerranée et les faire bénéficier de ces accords mis en place par les gouvernements. Naturellement, les agences de développement économique, les agences PME et organisations d’appui à l’entreprise, les chambres de commerces et les fédérations d’entreprises ont une responsabilité toute particulière à prendre pour relever ces défis.

En attendant, espérons le, l’entrée en vigueur prochaine d’une zone de libre échange euro-méditerranéenne qui simplifiera une partie de la tâche des entrepreneurs.

Emmanuel Noutary
Délégué Général, ANIMA

Une nouvelle vision pour les investisseurs en Méditerranée

Les évènements politiques que connaissent actuellement les pays du sud de la Méditerranée vont évidemment avoir un impact sur les stratégies des entreprises dans la région. De nouveaux gouvernements ont été mis en place dans certains pays et des réformes sont à l’étude dans l’ensemble de la région. Faut-il pour autant considérer que le climat n’est pas propice à la promotion des investissements ? Nous pensons le contraire. C’est justement en ce moment qu’il faut faire savoir largement que la transition qui s’ouvre dans la région sera favorable à l’investissement, local autant qu’étranger.

Les pays sud méditerranéens ont fait des efforts importants au cours de la décennie passée pour mettre en place les dispositifs et les infrastructures au service du développement du secteur privé (cliquer ici pour voir notre Atlas économique de la Méditerranée). Parmi les réformes réclamées par les peuples de méditerranée pour plus d’équité sociale et de démocratie, toutes celles qui toucheront à la création d’emploi, à l’accès à l’entrepreneuriat, à l’éducation, à une meilleure répartition des richesses, vont contribuer à renforcer encore le potentiel des marchés méditerranéens. Ainsi les opportunités qui existaient avant les évènements récents existent toujours, et doivent aujourd’hui apparaitre encore plus attractives.

Le groupe de travail sur la coopération industrielle euro-méditerranéenne vient de confirmer la tenue de la réunion des ministres de l’industrie d’Europe et des pays méditerranéens à Malte les 11 et 12 mai prochain dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée. C’est une bonne nouvelle pour le processus d’intégration que cette réunion ait lieu maintenant, et puisse donner la vision qui est nécessaire aux entreprises pour envisager leur développement dans la région. La période actuelle est un moment opportun pour redynamiser le partenariat entre Europe et Méditerranée, et l’initiative prise par les ministres qui ont en charge le développement économique et de l’emploi est bienvenue.

 

Emmanuel Noutary, Directeur du Programme Invest in Med

 

Euromed : Mise en place d’une assemblée des Conseils économiques et sociaux au sein de l’UPM

Le sommet des Conseils économiques et sociaux de l’Union européenne et des pays partenaires a avalisé, vendredi à Rome, la mise en place d’une assemblée de ces institutions au sein de l’Union pour la Méditerranée (UPM) en adoptant le statut qui a fait l’objet d’un large débat.

Dénommée « Assemblée des Conseils économiques et sociaux, environnement et culture », cette structure est dotée du statut consultatif et aura une présidence et un bureau tournants, ainsi qu’une répartition équitable des 92 sièges prévus. Les sièges de la structure, qui sera le porte-voix de la société civile organisée des pays de l’espace euro-méditerranéen auprès de l’UPM, seront répartis entre, d’une part, les CES nationaux de l’UE et le CES européen et, d’autre part, les CES nationaux des 16 pays partenaires.

Les 16 pays de la Méditerranée du sud, soit plus de la moitié des sièges, auront chacun trois sièges au sein de cette instance, dans un souci d’équilibre Nord-Sud.