Nouvelle base de données utile dans la zone EUROMED

La Commission Européenne a lancé en coopération avec ITC (Internationational Trade Center) une nouvelle base de données pour faciliter le commerce et l’investissement dans la zone Pan-euroméditérannéenne : zone Pan-euroméditérannéenne.
L’EuroMed Trade Helpdesk, en coopération avec l’Export Helpdesk de l’UE, vise à faciliter le commerce et l’investissement dans la région euro-méditerranéenne. Utilisez-le pour analyser les opportunités d’affaires et les exigences d’accès aux marchés, ou envoyer une demande pour se connecter avec notre réseau d’institutions pour vous aider à trouver plus d’informations de marchés sur l’Algérie, l’Egypte, Israël, la Jordanie, le Liban, le Maroc, l’Etat de Palestine et la Turquie.
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Infos disponibles  :
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Communiqué

 

Quel impact du sommet de Ryad sur la zone arabe de libre-échange

—   —   Interview du professeur des universités expert international en management stratégique  Dr Abderrahmane MEBTOUL

A Radio Algérie Internationale – RAI- radio officielle

22 janvier 2013

 

1.-Quelle est l’objectif  du sommet de Ryad ?

 

C’est une nouvelle rencontre puisque déjà  en 1981 un  accord a été signé  destiné à faciliter et à encourager la promotion du commerce intra-arabe, avait pour objectif l’instauration d’une zone de libre-échange : libéralisation progressive des échanges et mise en place d’une union douanière. En 1998, un autre sommet  avait mis en relief que l’objectif est d’éliminer progressivement les barrières douanières et de créer à terme un marché commun, notamment par l’exonération  des droits de douanes.  Toutes ces initiatives n’ont eu que des effets limités. Ce que l’on qualifie de printemps arabe où nous avons assisté à des révoltes populaires qui commence même à toucher  l’Arabie Saoudite  qui l’a contraint à débloquer d’importants fonds  pour calmer le front social,  a remis sur le tapis ces préoccupations en ce mois de janvier 2013 car aucun  pays arabe n’est l’abri des révoltes et donc l’objectif est de relancer l’investissement productif si l’on veut éviter ces dépenses improductives , source d’une inflation qui aiguise à son tour les tensions sociales.  Le sommet de Ryad prévoit    un amendement à la Convention unifiée sur les investissements arabes dans les pays arabes, datant déjà de  1981, où  les pays membres  devraient réviser leurs législations pour encourager l’investissement et créer de l’emploi.

 

2.- Valeur  des    échanges inter-arabes  et la destination des fonds souverains ?

 

Pour l’instant contrairement aux discours politiques, les échanges inter-arabes représentent à peine 10%. Les échanges intermaghrébins représentent moins de 3% bien  que des possibilités de complémentarités existent.  Les investissements étrangers directs  ont chuté de 37% à 43 milliards de dollars en 2011  et les investissements interarabes ne dépassaient guère la barre des 25 milliards de dollars, en 2011 selon le rapport du Conseil économique et social arabe.  C’est une goutte dans un océan comparé à l’importance des fonds souverain importants notamment ceux des Emiratis et de l’Arabie Saoudite, ou  les réserves de change comme c’est le cas de l’Algérie placées en majorité en Occident et non au sein des pays  arabes. Rappelons au total, les fonds souverains gèrent plus de 5.000 milliards de dollars d’actifs dans le monde dont l’important fonds souverain  norvégien et chinois. Pour les pays arabes nous avons les plus importants qui sont Abu Dhabi Investment Authority,( EAU – Abu Dhabi)  SAMA Foreign Holdings(Arabie Saoudite), Kuwait Investment Authority(Koweit), Qatar Investment Authority(Qatar), Investment Corporation of Dubai(EAU-Abu Dhabi), Libyan Investment Authority(Lybie), International Petroleum Investment Company(EAU – Abu Dhabi). Le total des actifs   des pays arabes , selon certaines estimations de 2010 dépasse les 1.800 milliards de dollars soit 36% du total mondial. Avec une concentration  de 40% au sein du monde arabe par l’a sommation des fonds de l’EAU. Et ce  sans les réserves de change à ne pas confondre avec les fonds souverains  placées souvent  en bons de trésor américain  en obligations européennes et en DTS du FMI  où  la somme de tous les pays dans le monde gèrent près de 10 000 milliards de dollars ,  la Chine ayant  la première place réserve  avec un total de 3 240 milliards de dollars. Pour les pays arabes  nous avons par ordre l’Arabie Saoudite  avec  au 31 décembre 2012 environ 683 milliards de dollars  ,   l’Algérie  avec 205  milliards(86% étant placées à l’étranger)   suivi  du -Bahreïn,  des Emirats arabes unis, de l’ Irak, du Koweït, de la  Libye, d’Oman, et du Qatar.  Il faut reconnaitre que bon nombre de pays du Golfe à excédents financiers commencent à investir en Afrique.

 

3– Quelle est la  destination des échanges des pays arabes ?

 

En majorité, les pays  du Moyen Orient sont  branchés sur la zone  dollar  et les pays  du Maghreb, sur la zone euro avec l’Europe pour des raisons historiques. Il s’ensuit que les  exportations des pays arabes représentent moins de 6% des exportations mondiales  et le  produit intérieur brut (PIB) en 2011 de tous les pays arabes représente environ  2.000 milliards de dollars artificiellement gonflé par les pays dotés en hydrocarbures.   Sur un PIB mondial de plus  de 71.000 milliards de dollars (source FMI-2011) cela  représente  2,8% du PIB mondial  pour une population de 370 millions concentrée  en Afrique du Nord (Maghreb-Egypte- Soudan notamment) . A titre de comparaison, pour une population de 38O millions le PIB US représente en 2011 21% du PIB mondial et l’Union européenne des 27 pour une population de 500 millions 25% du PIB mondial. Certes, les 22 membres de la Ligue arabe détiennent 62% des réserves mondiales  de pétrole  et 24% des réserves mondiales de gaz conventionnel. Mais  il faudra être attentif  tant à l’épuisement des réserves d’hydrocarbures traditionnels au niveau de cette zone qu’au bouleversement géostratégique de l’introduction massive sur le marché mondial du pétrole et du gaz de schiste  notamment des USA  qui deviendront exportateur horizon 2017/2020, ce qui obligera certains pays arabes à réorienter leurs exportations sans compter la pression pour la baisse des prix. Le sommet de Ryad a du aborder  ces sujets crutiaux. Dans ce cas quel est l’avenir pour l’OPEP  où les plus grands producteurs seront les USA  et la Russie, qui sont hors OPEP, sans compter la Chine et l’Inde  qui ont  l’intention  de se lancer massivement dans le gaz de schiste?

 

 

4.- Pourquoi cette faible croissance des pays arabes ?

 

Les  économies des pays arabes sont en majorité concurrentes et non complémentaires ayant peu investi dans le savoir faire  faisant appel aux compétences étrangères expliquant le gonflement de leur poste  services au niveau de la balance des paiements. Même certains partenariats entre pays arabes sont étranges. Pour le cas de l’Algérie ,  comment des  petits pays comme Oman(Population : estimée à 3 millions dont environ 700.000 expatriés) et le Qatar (la population qatarie ne compte que 20 % des 1,7 million d’habitants nés dans le pays) ont  pu investir selon la règle des 49/51% pour Oman,  Sonatrach avec le  groupe d’Oman, l’Algeria Oman Fertilizer Company, assisté techniquement par  le Groupe Mitsubishi Heavy Industries (MHI) d’une unité de production d’urée de 2,4 milliards de dollars, implantée à Arzew, sera opérationnelle en 2012 et devant produire 2000 tonnes d’ammoniac par jour à partir du gaz naturel algérien qui certainement sera subventionné  pour le premier et pour le Qatar une unité sidérurgique  à la zone industrielle de Bellarra, à Jijel, d’une capacité de production de 2 millions de tonnes d’acier par an. Ces deux pays pourront –ils apporter un savoir faire technologique et managérial ou alors feront-ils  appel aux  étrangers notamment asiatiques ? L’Algérie n’ayant pas  de problèmes financiers  n’aurait-elle pas pu  réaliser un joint-venture par un management stratégique des ressources humaines  combinant le  savoir faire étranger et le savoir faire local , l’entreprise publique et privée algérienne ?  Par ailleurs,  existe la concurrence entre  des pays de l’Afrique du Nord Egypte, Algérie et Lybie  et ceux des pays du Golfe exportant le même produit les hydrocarbures, ou faisant transiter à travers des zones franche  des produits de pays asiatiques notamment pour leurs échanges. Cette absence de complémentarité due également à la différence du régime politique, et des politiques socio-économiques contradictoires certains donnant plus de priorité au secteur d’Etat, d’autres au secteur privé local et étranger  leur font perdre beaucoup de points de croissance,  le taux d’emploi étant fonction du taux de croissance. Encore qu’il faille nuancer, la croissance étant une condition nécessaire mais non  suffisante   et introduire la cohésion sociale  c’est-à-dire la répartition du revenu par couches sociales Nous avons assisté pour les cas de la Tunisie à de forts taux de croissance mais à une répartition inégalitaire tant entre les couches sociales que spatiale.  Cette situation surtout pour les pays à fortes populations  se répercute  sur le niveau de vie de la majorité de la population arabe avec une  dominance  de l’informel toléré  qui sert de soupape pour éviter la révolte  sociale, ou tout se traite en cash existant des liens avec la corruption qui est inquiétante au niveau des dirigeants  arabes.

 

5.-Quelle conséquences sociales ?

 

Selon l’Organisation arabe du travail (OAT)  il y aurait en 2011 globalement 140 millions d’Arabes vivant sous le seuil de pauvreté, mais touchant  différemment les pays.  Selon une étude de l’Organisation Arabe pour l’Emploi, le taux de chômage dans les pays arabes a augmenté de 16% en 2011, soit 17 millions de personnes- par rapport à 2010 et la moitié de ces chômeurs sont des jeunes dont de plus en plus de diplômés expliquant l’importance de l’exode de cerveaux. Selon l’Institut Arabe de Planification sans une dynamisation de l’investissement créateur de valeur ajoutée hors rente et l’adaptation du système socio-éducatif par l’amélioration de la qualité, souvent les régimes arabes jouant sur la quantité,   le taux de chômage des jeunes arabes devrait augmenter considérablement dans le futur. Cependant, comme  il n’ya pas  d’Afrique mais des Afriques, il ya différents pays arabes, ceux qui ont dotés d’hydrocarbures pouvant faire face aux remous sociaux et ceux qui le sont pas accusant des tensions budgétaires.  Alors que les pays du Golfe ont un PIB par habitant élevé (EAU: 17.935 US $ par habitants), celui des autres pays arabes reste faible (PIB/hbt, Yémen: 893$). Cette disparité est visible également avec l’indice de développement humain (IDH) -sur les 162 pays classées par le PNUD, quatre pays arabes: le Bahreïn, le Koweït, les E.A.U et le Qatar- sont dans la tranche de développement humain supérieur (rang : 40), quatre autres -le Yémen, Djibouti, le Soudan et la Mauritanie- sont dans la tranche de faible développement (rang: 130) alors que le reste se trouve dans la tranche médiane dont l’Algérie, le Maroc et la Tunisie.

 

6.- quelles  perspectives pour les économies arabes ?

 

Il faut souligner avec force, que dans la pratique  des affaires, il n’y pas de sentiments. Tout entrepreneur qu’il soit arabe, américain,  asiatique ou européen est guidé uniquement par le taux de profit fonction de l’environnement des affaires. Les pays arabes ont intérêts à investir en Afrique, continent d’avenir  qui à l’horizon 2030/2040 avec un quart de la population mondiale, sous réserve d’une meilleure gouvernance, et la valorisation du savoir sera le moteur de la croissance de l’économie mondiale. Ce qui se passe  actuellement au Sahel ne fait que traduire la profonde reconfiguration géostratégique horizon 2020/2030  avec la rivalité  Chine et du couple USA/Europe qui n’ont aucune divergence stratégique, bien que certaines divergences  tactiques puissent surgir à court terme.  Au niveau  international tant sur le plan militaire qu’économique intimement lié, les transnationales tendant à uniformiser les relations économiques internationales, il faut dépasser cette vision culturelle dépassée de la confrontation des blocs des années 1960/1970  et  toujours avoir à l’esprit que ce sont  les intérêts qui guident les actions. Pour répondre directement à votre question, signalons  les divergences politiques profondes  auxquelles nous avons assisté entre différents dirigeants arabes concernant certains pays arabes récemment lors des changements de régime  en Tunisie, Egypte, Yémen, Lybie, et actuellement le drame syrien. Etant à l’ère d’une Re-mondialisation, s ans un Etat de droit, plus d’espaces de libertés pour consolider le front social intérieur dans sa diversité, conciliant efficacité économique et cohésion sociale, et  une autre gouvernance et donc à plus  de   démocratie tenant compte tant  des anthropologies culturelles des pays arabes, que de l’adaptation à ces bouleversements géostratégiques,  je ne vois pas  d’impacts positifs à terme de tout sommet arabe, sinon des déclarations sans suite.