A lire: “Terrorisme, face cachée de la mondialisation”, de Richard Labévière

Les éditions Pierre-Guillaume de Roux viennent de publier un essai de Richard Labévière intitulé Terrorisme face cachée de la mondialisation, préfacé par Alain Chouet, (ancien chef du  service de renseignement de sécurité de la DGSE – Direction générale de la sécurité extérieure).

Le terrorisme tue. Il produit émotions, compassions, malentendus et contresens. Il s’est installé au coeur même de nos sociétés comme une fatalité. De la petite délinquance à la grande criminalité, il est devenu le stade suprême de la mondialisation. À l’appui d’informations inédites et exclusives, Richard Labévière remonte aux causes du phénomène. Il décrit les impasses de la « guerre contre la terreur », le cynisme mercantile des pays occidentaux envers les pétromonarchies, la désinformation de médias voyeurs qui basculent dans la propagande et les fadaises d’improbables experts auto-proclamés.

Aujourd’hui, l’Arabie saoudite demeure l’un des principaux financiers de l’Islam radical, qui tue non seulement dans les pays occidentaux, mais aussi et surtout dans le monde arabo-musulman. Ce scandale perdure en toute impunité depuis plus de trente ans, parce qu’il engraisse marchands de canons et autres prédateurs. Le terrorisme profite aussi d’une révolution numérique dont personne ne maîtrise les effets et qui échappe au contrôle des États. Il s’agit ici de comprendre de quoi est faite la matrice qui engendre la terreur, de transformer l’irrationalité de l’émotion en entendement, de se donner les moyens de savoir. Après plus de vingt ans de reportages sur le terrain, d’enquêtes et d’analyses, Richard Labévière démonte les rouages du terrorisme moderne et avance plusieurs propositions pour en combattre la fatalité.

Biographie de l’auteur

Richard Labévière est rédacteur en chef du magazine en ligne prochetmoyen-orient.ch et collaborateur du mensuel Afrique-Asie. Ancien rédacteur en chef à Radio France Internationale (RFI) et de la revue Défense de l’ IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale), il est consultant en questions de défense et de sécurité. Auteur d’une quinzaine d ouvrages dont le fameux Les Dollars de la terreur (Grasset, 1999), Oussama Ben Laden ou le meurtre du père (Favre, 2002), Les Coulisses de la terreur (Grasset, 2003) et Vérités et mythologies du 11 septembre (Éditions Nouveau Monde, 2011). Il est officier de la réserve opérationnelle.

Les services de Hollande auraient une taupe dans l’entourage du roi du Maroc!

Eric Laurent et Catherine Graciet, mis en examen pour tentative de chantage et extorsion de fonds à l’encontre du roi du Maroc, ont fait des révélations à l’avocat du Royaume, rapporte le Journal du Dimanche. Selon les deux journalistes, les services français disposeraient d’une taupe dans l’entourage royal.

La journaliste Catherine Graciet a informé l’avocat du Royaume qu’ils ont en leur possession des documents des services français (DGSE) contenant des écoutes téléphoniques et qu’une taupe se trouvant dans l’entourage royal informerait la DGSE des faits et gestes du roi Mohammed VI. Si ceci est vrai, ce serait bien gênant à la veille d’une visite importante de François Hollande au Maroc.

L’extrait :

« La scène se déroule au bar du Raphael, un palace parisien près de l’Étoile. L’avocat du Maroc enregistre secrètement avec son iPhone. C’est le troisième rendez-vous de l’avocat avec Éric Laurent, mais le premier avec Catherine Graciet. Le 11 août, lors de la première rencontre, il a été question de 3 millions contre la non-parution de leur livre. Ce 27 août, l’avocat marocain a pour objectif d’obtenir un accord écrit pour provoquer un flagrant délit (…) D’entrée de jeu, pourtant, la journaliste pose le sujet : “Éric m’a dit que vous souhaitez avoir accès exactement au contenu de ce que nous avions…” et révèle à l’avocat du Maroc des pans entiers de son enquête. “On a récupéré de la part des services français, précisément de la DGSE […], la remise des documents s’est passée au moment de la brouille entre le Maroc et la France.” Sans désigner nommément ses sources, la journaliste explique longuement qu’elle dispose de “documents émanant de la DGSE”, “de matériaux bruts”, dit Éric Laurent, “pas des synthèses”, embraye-t-elle. “Ils ont clairement une volonté de se venger du Maroc”, insiste-t-elle. “Une démarche inamicale et délibérée”, ajoute Laurent. Les journalistes disent avoir des écoutes téléphoniques, notamment de “monsieur “1””, un code pour désigner le Roi lui-même. “Il y a des conversations importantes” avec des gens qui “travaillent avec les services français”, dit-elle. En clair, les deux journalistes révèlent à leur interlocuteur (sans que l’on puisse dire si c’est du bluff pour obtenir des fonds ou de véritables informations) que les services secrets français ont une taupe dans l’entourage du roi du Maroc! Graciet évoque même un dîner dans le Golfe persique.Et cite un document qui commence ainsi : “Le jour où j’ai assisté à un dîner à Abu Dhabi…” Un solide tuyau potentiel pour les services marocains. “Recruter ce type de source qui évolue dans l’entourage du Souverain, cela met des années”, rénchérit-elle. “Vous êtes cernés”, résume Graciet à l’avocat. Drôle de dialogue de la part des journalistes censés obtenir des informations pour leur livre. À l’évidence, ce sont eux, ce 27 août, qui en donnent. D’ailleurs, c’est l’avocat qui prend des notes… »


Chantage/Maroc : la DGSE dément avoir transmis à la journaliste Catherine Graciet un rapport sur Mohammed VI

La DGSE a démenti mardi avoir “élaboré, puis transmis à des journalistes des documents mettant en cause les autorités marocaines”, comme l’avait affirmé la journaliste Catherine Graciet dans les écoutes révélées dimanche par le Journal Du Dimanche.

 

“Le ministère de la Défense apporte un démenti formel aux allégations de presse selon lesquelles la DGSE aurait élaboré, puis transmis à des journalistes des documents mettant en cause les autorités marocaines”, indique-t-on. “Le ministère rappelle son attachement à la relation bilatérale franco-marocaine, dans tous les domaines, notamment dans celui de la lutte contre le terrorisme”.

 

Au cours de l’enregistrement réalisé ce 27 août, Catherine Graciet avait affirmé qu’elle dispose d’un rapport de la DGSE, les services secrets français, sur le roi du Maroc Mohammed VI, “lors de ses venues en France”. Ce qui prouverait qu’elle entretiendrait des rapports, voire même une certaine “collaboration”, avec les services français. Et ne manquerait pas de refroidir à nouveau les difficiles relations franco-marocaines à l’heure où François Hollande prépare une importante visite au Royaume du Maroc.


Histoire secrète des Frères musulmans

Un ouvrage de Amir Chérif.

—   Avant-propos d’Eric Denécé, Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

—   Préface d’Alain Chouet, ancien chef du Service de renseignement de sécurité de la DGSE.

— Ce livre dresse un récit complet de l’histoire des Frères musulmans depuis leur création, décrit leurs tentatives de prise de pouvoir en Egypte, leurs succès et leurs défaites, et présente leur idéologie radicale. Un ouvrage riche de révélations qui met en lumière des faits généralemet méconnus en Occident et qui entrainera le lecteur dans les coulisses de l’histoire de l’Égypte, au coeur même de l’une des organisations les plus secrètes de l’islam, adepte du djihad.

D’une brûlante actualité.

Editeur : Ellipses Marketing

Date de parution : 24/02/2015

24 x 16.5 cm, 240 pages,  21 euros

Chérif Amir, chercheur et écrivain, auteur de cette “Histoire secrète  des Frères musulmans”

 


Alain Chouet, ex-chef de la DGSE : «Il y a de grands professionnels au sein des services algériens»

—   —   entretien exclusif pour algeriepatriotique.

 

 

Algeriepatriotique : La coopération entre les services français et algériens n’a jamais cessé depuis l’irruption de la violence islamiste en Algérie puis en France en 1995… Cette coopération s’est-elle renforcée ces dernières années, selon vous ?
Alain Chouet : La coopération entre les services algériens et français fonctionne en fait depuis le milieu des années 80 et a été initiée par des collaborations sur des sujets d’intérêt commun au Moyen-Orient, en particulier au Liban. Elle n’a jamais cessé depuis, même si elle a connu des hauts et des bas en fonction des aléas des relations politiques entre les deux pays qui n’ont jamais été simples tant l’histoire pèse sur elles. Les services français ont actuellement la chance d’avoir comme interlocuteurs au sein des services algériens des grands professionnels qui se sont débarrassés de tout préjugé au profit de leur mission et des missions communes de nos services respectifs qui sont de lutter contre la barbarie salafiste dont les musulmans sont partout les premières victimes.
L’Algérie a combattu le terrorisme dans les années 90 pendant que l’Occident qualifiait cette lutte antiterroriste de «guerre civile». Pourquoi cet amalgame perdure-t-il ? On continue d’entendre, en effet, les médias utiliser cette expression au lendemain des attentats de Paris…
Cette querelle sémantique n’a pas beaucoup d’intérêt ni de sens et certains de nos médias en France ont tendance à privilégier les formules-chocs et le spectaculaire au détriment de l’objectivité. On parle de «guerre civile» quand une fraction significative de la population d’un pays entre en confrontation armée avec une autre. C’est tout de même la situation au bord de laquelle l’Algérie s’est trouvée au tournant des années 90 et dont les activistes des GIA ont profité pour tenter de s’affirmer par des moyens terroristes. Je laisse la responsabilité de leurs propos à ceux qui qualifient de «guerre civile» la violence exercée par les GIA en Algérie, par Aqmi au Sahel, par Boko Haram au Nigeria, par les shebab en Somalie, par l’Etat Islamique en Irak, par Jabhat Al-Nosra en Syrie. Ce sont à mes yeux autant de factions minoritaires qui veulent imposer leur ordre totalitaire par le terrorisme.
Les mesures annoncées par Valls sont-elles suffisantes pour endiguer ce fléau ?
Elles sont indiscutablement nécessaires, mais doivent s’appuyer sur une volonté politique sans faille de reconquérir les «territoires perdus» de la République où s’épanouissent le fondamentalisme réactionnaire et la violence criminelle et sociale. Il s’agit bien sûr des zones géographiques où les services fondamentaux de l’Etat (police, pompiers, services sociaux et médicaux, etc.) ne vont plus par crainte d’affrontements directs, mais aussi des institutions où on a cru possible – au nom du «politiquement correct» – d’assurer la tranquillité en renonçant à nos valeurs et en faisant des concessions au fondamentalisme activiste : l’école, l’hôpital, les piscines, les gymnases, les prisons, etc. Il nous faudra sans doute aussi reconsidérer – en concertation avec tous les Français musulmans – la façon dont nous avons laissé en France depuis la fin des années 80 une minorité de néo-hanbalites, wahhabites ou Frères musulmans, si minoritaires en islam, s’autoproclamer interprètes exclusifs des textes sacrés et seuls prescripteurs de la pratique religieuse. C’est une imposture. Nous avons en France quelque 5 millions de musulmans. 1% d’entre eux – environ 50 000 – a versé dans la transgression sociale ou criminelle. Et parmi ceux-là, à peu près 5 000 ont rallié les rangs de la provocation fondamentaliste et de la violence plus ou moins djihadiste. C’est au nom des 99% qui ne demandent qu’à vivre parmi nous en paix et selon nos lois que nous devons mener ensemble un combat sans concession contre la poignée de sociopathes qui veulent faire leur bonheur malgré eux comme les terroristes d’Action directe, des Brigades rouges ou de la Rote Armee Fraktion voulaient faire le nôtre dans les années 70.
On évoque désormais en France le possible recours à l’Etat d’urgence, aux centres de détention, aux cellules d’isolement… Ces mesures appliquées en Algérie dans les années 90 étaient critiquées par la France. Est-ce quelque part l’aveu d’un manque de clairvoyance ?
A ma connaissance, aucun leader politique responsable n’a suggéré à ce jour le recours à l’Etat d’urgence en France même si, suite à l’émotion suscitée par les attentats, certains médias en mal d’audience en ont évoqué la possibilité voire la nécessité. L’idée de créer des centres de détention spécialisés pour les militants politiques violents et de mettre les plus dangereux d’entre eux à l’isolement n’a rien de critiquable en soi, bien que ce soit difficilement envisageable sur le plan matériel dans l’Etat actuel du système carcéral français. Ce ne sont pas ces mêmes mesures d’isolement mises en œuvre en Algérie qui avaient suscité des critiques en France et ailleurs en Europe dans les années 90, mais plutôt les violations des droits de l’homme et les tortures auxquelles les autorités algériennes étaient soupçonnées par certains de se livrer sur les détenus dans ces centres spécialisés. A titre personnel, je comprends le réflexe de fierté nationale qui a conduit les responsables politiques et sécuritaires algériens à refuser de se justifier de telles accusations, mais cela n’a pas contribué à dissiper les soupçons des «bien-pensants» occidentaux.
Vous dites que l’Europe n’est pas prête à faire face au risque terroriste sur son sol. Pourquoi ? Manque d’expérience ? De volonté ? De moyens adéquats ?
Parce que dans ce domaine comme dans bien d’autres, l’Europe va au combat en ordre dispersé, sans volonté collective et sans structures mutualisées. Un certain nombre de pays qui n’ont pas de passé historique sur la rive sud de la Méditerranée, ou qui ne sont pas impliqués dans des opérations extérieures contre le djihadisme, ou dont la population de confession musulmane est quasi inexistante, ne souhaitent pas être mêlés à cette affaire. D’autres qui, au contraire, ont une population musulmane importante craignent que leur éventuel engagement suscite des réactions violentes parmi cette population. Enfin, il y a ceux qui pensent toujours qu’en faisant des concessions répétées au fondamentalisme, on calmera l’ardeur des fondamentalistes. C’est là méconnaître gravement la stratégie séculaire des Frères musulmans qui consiste toujours et partout à «mettre un pied dans la porte» puis à exploiter toutes les failles, les contradictions, les faiblesses des sociétés d’accueil pour s’y frayer un chemin et asservir les musulmans. Au total, tout cela fait que, jusqu’à maintenant, les différents services de renseignement, de police et de justice européens coopèrent mal entre eux sur ce problème. Les cas de terrorisme avérés font évidemment l’objet de collaborations correctes. En revanche tout ce qui touche aux personnes et aux structures qui – sans être vraiment illégales – préparent et conduisent inéluctablement à la violence fondamentaliste ne fait pas objet de consensus.
Vous estimez que le groupe terroriste Daech est une véritable armée de professionnels de la violence avec un chef, une mission, des moyens, des uniformes et un agenda et des objectifs précis. Qui a permis la création d’une telle nébuleuse ?
L’Etat Islamique est la filiation directe d’Al-Qaïda en Irak de feu Abou Moussaab Al-Zerqawi dont l’objectif principal était, dans les années 2004-2008, de s’opposer à la présence américaine en Irak et à la conséquence inéluctable de cette présence qui s’analysait en un contrôle politique du pays par sa majorité chiite et à la connivence de celle-ci avec l’Iran. Outre ses partisans sunnites locaux, la majorité des volontaires étrangers d’Abou Moussaab étaient alors saoudiens ou ralliaient ses rangs via la frontière saoudienne. Et les services saoudiens ne se sont jamais cachés d’apporter à ce groupe diverses formes d’assistance. Ce soutien s’est prolongé au profit de l’Etat Islamique, en concurrence avec des soutiens qataris, jusqu’à l’été 2013 où, pour des raisons différentes, ces deux pays ont arrêté leurs aides publiques au mouvement, le contraignant d’ailleurs à «sortir du bois» et à étendre son contrôle territorial pour se trouver d’autres sources de financement par le pillage, le racket et le contrôle de certaines infrastructures pétrolières.
Comment expliquez-vous les frappes timides et hésitantes de la coalition des pays de l’Otan contre les positions de Daech en Irak ?
En fait, seuls les Etats-Unis sont réellement à la manœuvre dans cette affaire. La France, le Royaume-Uni et la Jordanie apportent un soutien limité. La participation de l’Arabie et des Emirats, également limitée, semble surtout destinée à ce que l’opération n’apparaisse pas comme une «croisade» de l’Occident contre l’islam. La Turquie, pourtant membre de l’Otan, conserve une attitude très ambiguë, voire suspecte, et interdit l’utilisation de ses aéroports aux appareils de l’alliance tandis qu’elle laisse sa frontière complaisamment ouverte dans les deux sens aux volontaires internationaux du djihadisme. Après leurs fiascos en Somalie, en Afghanistan et en Irak, les Américains ne souhaitent pas s’engager trop visiblement dans des opérations déterminées qui ne pourraient que se conclure par un engagement au sol que l’opinion publique américaine refuse absolument. Washington «joue donc la montre» en espérant sans trop y croire que l’armée irakienne reformatée au sud et les Kurdes au nord pourront un jour prendre la relève. La France et la Grande-Bretagne – qui ont juré la perte de Bachar Al-Assad – limitent leurs opérations au territoire irakien sous prétexte de ne pas affaiblir le front anti-régime en Syrie et, en conséquence, les militants de l’Etat Islamique y trouvent refuge. Et comme, en définitive et en pratique, les seules victimes de l’Etat Islamique sont pour l’instant (j’insiste sur «pour l’instant») des habitants des régions occupées par les djihadistes, cela n’émeut malheureusement pas beaucoup plus les opinions occidentales que les innombrables victimes de Boko Haram au Nigeria… ou que, par le passé, les victimes algériennes des GIA.
Dans une déclaration au journal français Le Point, vous avez expliqué que pour venir à bout de la violence islamiste, il faut s’attaquer aux «parrains» idéologiques et financiers. Qui sont-ils ?
Que l’on s’attaque à Al-Qaïda en péninsule arabique, à l’Etat Islamique en Irak et au Levant, à Mokhtar Ben Mokhtar au Sahel ou aux frères Kouachi en banlieue parisienne, on s’attaque aux effets violents du fondamentalisme politique islamiste et non à leurs causes. Et ces causes résident principalement dans la volonté de contrôle de l’islam mondial par les théocraties wahhabites en mal de légitimité face à l’Iran chiite et aux aspirations démocratiques des masses arabes. Comme l’Union soviétique des années 30 qui ne pouvait tolérer ni surenchères à gauche ni déviances sociales démocrates, les théocraties sunnites ne peuvent tolérer ni dépassement en islam ni contestation démocratique ou au moins consensuelle. Ce qui les conduit à favoriser partout où elles peuvent, à coups de pétrodollars dont elles ne manquent pas, une lecture et une pratique la plus extrémiste possible d’une religion dont leur interprétation néo-hanbalite réactionnaire et figée ne concernait il y a trente ans qu’environ 2% du monde musulman. Tant qu’on ne voudra pas considérer ces causes et tenter d’y remédier, on s’épuisera sans fin à essayer d’en combattre les effets.
Source algeriepatriotique    Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi


Moines de Tibéhirine : les juges français en Algérie

  • Enfin une lueur d’espoir. Dix-huit ans après l’assassinat des sept moines de Tibéhirine, enlevés dans leur monastère dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, la mission française emmenée par les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux a débarqué dimanche en Algérie. Elle doit y séjourner jusqu’à samedi prochain, pour tenter de faire le jour sur les circonstances toujours énigmatiques de la mort des religieux français de l’ordre de Cîteaux.

Leurs têtes avaient été retrouvées sur le bord d’une route de montagne, deux mois après leur disparition. L’équipe technique est composée d’une quinzaine de personnes. Outre Marc Trévidic, sa collègue Nathalie Poux et un magistrat du parquet antiterroriste de Paris, figurent des fonctionnaires de la police judiciaire, des gardes du corps du Service de la protection, un médecin légiste, un anthropologue, un radiologue ainsi qu’un expert en empreintes génétiques.

Après une réunion de «calage» lundi, l’équipe partira tous les matins à l’aube à Tibéhirine, situé à près de 1000 mètres d’altitude dans la région de Médéa, avant de revenir chaque soir à Alger pour des raisons de sécurité. Sa première mission sera d’exhumer les têtes inhumées aux abords du monastère et d’y prélever de l’ADN, afin de s’assurer de l’identité des victimes. En effet, le père Armand Veilleux, de l’ordre cistercien, avait eu l’occasion de les examiner brièvement après leur découverte à l’hôpital militaire d’Alger. Le religieux avait peiné à reconnaître deux des frères. Depuis lors, aucune expertise scientifique n’a été effectuée dans cette affaire pourtant exceptionnelle. Pour l’heure, la procédure française ne dispose que de clichés des têtes des victimes, photographiées légèrement de profil par les gendarmes de Médéa à l’époque de leur découverte. Dès lundi, des spécialistes algériens feront eux aussi leurs propres prélèvements, sachant que seul le magistrat français sera en mesure d’effectuer les comparaisons génétiques puisqu’il dispose des échantillons de l’ADN des membres de chaque famille des moines martyrs.

Une affaire d’État

À l’aide d’un scanner 3D mis à disposition par les autorités algériennes – dans un premier temps, les Français voulaient affréter leur matériel radiologique par avion-cargo -, la mission d’experts va aussi radiographier les crânes pour déceler d’éventuelles traces suspectes de perforations par balles. Et établir si les décapitations ont été effectuées post ou ante mortem. Ces interrogations cruciales sont au cœur d’un dossier qui a pris, au fil des années, les contours d’une affaire d’État. En effet, si la culpabilité du Groupe islamiste armé (GIA) ne fait guère de doute aux yeux d’Alger, cette thèse officielle s’est écornée à mesure qu’ont afflué les témoignages. Ainsi, Abdelkader Tigha, ex-agent de la Sécurité militaire algérienne, a accusé sur procès-verbal le pouvoir de l’époque d’avoir ordonné l’enlèvement des religieux. Mohammed Samraoui, lui aussi ancien des services de sécurité, a également soutenu que le GIA était instrumentalisé par la Sécurité militaire. En 2009 enfin, la piste de la «bavure» a pris de la consistance lorsque le général Buchwalter, attaché de défense à Alger en 1996, a affirmé avoir appris qu’un pilote d’hélicoptère de l’armée algérienne et ses hommes avaient ouvert le feu sur un bivouac suspect: «Une fois posés, ils ont découvert qu’ils avaient tiré notamment sur les moines, dont les corps étaient criblés de balles.» C’est pour dissimuler la bavure que les cadavres auraient été décapités.

En 2009, la piste de la «bavure» a pris de la consistance lorsque le général Buchwalter, attaché de défense à Alger en 1996, a affirmé avoir appris qu’un pilote d’hélicoptère de l’armée algérienne et ses hommes avaient ouvert le feu sur un bivouac suspect

Progressant avec une patience de démineur, Marc Trévidic s’est rendu à Alger dès novembre 2013 pour négocier les conditions d’exécution de la commission rogatoire internationale (CRI) délivrée depuis décembre 2011. François Hollande, aiguillonné par les familles et leur avocat Me Patrick Baudouin, a dû évoquer cette épineuse affaire avec son homologue Bouteflika en décembre 2012. «Il m’a assuré de la coopération des autorités algériennes», a écrit le président de la République dans une lettre datée du 28 janvier 2013. Avant de promettre alors: «J’y veillerai personnellement.»Mais, à plusieurs reprises, la procédure a failli s’enliser avant qu’Alger, rétive, ne donne enfin son feu vert. À propos de ce dossier empoisonné, Bouteflika avait lui-même affirmé en mars 2004 sur LCI: «Toute vérité n’est pas bonne à dire à chaud…»

Un juge algérien viendra en France

Dans le cadre de la commission rogatoire codélivrée avec Nathalie Poux, Marc Trévidic souhaite aussi recueillir les confessions de vingt-deux témoins encore jamais entendus par des magistrats français. Mais, jusqu’ici, les autorités algériennes lui ont adressé une fin de non-recevoir, promettant de procéder elles-mêmes aux auditions et de transmettre les procès-verbaux. Parmi ces personnages clefs figurent de présumés «geôliers» qui auraient transporté ou séquestré les prisonniers dans une maison surnommée Dar el-Hamra («la Maison rouge»), au lieu-dit de Tala es-Ser dans la région de Médéa. Ainsi que d’anciens repentis du GIA et certains individus susceptibles d’avoir gravité dans l’entourage d’«Abdallah», émissaire supposé de l’émir Djamel Zitouni, qui avait remis le 30 avril 1996 au consulat de France à Alger une cassette sonore contenant les voix des sept moines enregistrées dix jours auparavant. Le juge s’intéresse aussi à l’implication éventuelle d’Amari Saïfi, alias Abderrazak el-Para, une ex-figure du groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) impliqué dans l’enlèvement de touristes européens au Sahel. Sa trouble trajectoire suscite moult interrogations sur de possibles connexions avec les services algériens.

En contrepartie de la venue de la mission française à Alger, un juge algérien se déplacera en France le 23 octobre prochain pour interroger deux témoins clefs de l’époque. Outre Pierre Le Doaré, chef de poste de la DGSE à Alger entre 1994 et 1996 ayant reçu l’émissaire du GIA, ce magistrat souhaite entendre Jean-Charles Marchiani, lui aussi ancien officier des services. Ex-préfet du Var, il avait confirmé à Marc Trévidic en 2012 avoir été mandaté à l’époque par Jacques Chirac pour négocier une rançon auprès du GIA, avant qu’Alain Juppé, alors Premier ministre, ne mette fin à cette opération, faute d’avoir été informé. Risquant de se retrouver sous une lumière crue, ces négociations parallèles ne sauraient occulter le fond du dossier: la fin tragique de sept trappistes ayant consacré leur vie à la fraternité.


Tibéhirine: Alger réclame des auditions

Alger a demandé l’audition de deux anciens membres des services secrets français dans l’enquête sur l’assassinat des moines de Tibéhirine, retardant d’autant une visite prévue depuis des mois en Algérie du juge français Marc Trévidic (photo), rapporte ce dimanche le quotidien El Watan. L’Algérie a délivré une commission rogatoire internationale dans le cadre du volet algérien de l’enquête, selon ce journal bien informé sur la procédure algérienne.

 

Le magistrat en charge du dossier veut entendre Pierre le Doaré, ancien chef d’antenne des services secrets français (DGSE) à Alger (1994-1996), et Jean-Charles Marchiani, ancien officier du même service et ex-préfet du Var, a précisé le journal algérien. M. Marchiani, qui avait été chargé d’une mission auprès du Groupe islamique armé (GIA), auteur du rapt des religieux, avait été entendu fin mars 2012 par M. Trévidic.

 

L’ancien préfet a confirmé au juge que la mission avait été décidée par le président français Jacques Chirac pour négocier une rançon, mais que le Premier ministre d’alors, Alain Juppé, qui n’en avait pas été informé, y a mis fin, signant “l’arrêt de mort des moines”, selon le témoignage de M. Marchiani, cité par le Parisien en avril. De son côté, Pierre le Doaré avait reçu un émissaire du GIA dans les locaux de l’ambassade de France à Alger, qui lui avait remis une preuve de vie des religieux en captivité, selon plusieurs témoignages et documents versés au dossier.

 

“Tout comme de l’autre côté on veut entendre une vingtaine de personnes pour savoir ce qui s’est passé entre le 26 mars et le 30 mai 1996, tout comme du côté algérien, il est important que le juge sache ce qui a pu se passer entre la DGSE et les auteurs de l’enlèvement”, ont indiqué les sources d’El Watan.

 

Le juge Trévidic s’est montré excédé mercredi des reports de sa visite en Algérie: “il va falloir savoir si on se moque de nous”, a-t-il lancé sur la radio France Inter. Bien que l’Algérie ait accepté sa demande d’autopsie des têtes des religieux décapités, le magistrat antiterroriste a dû reporter deux fois cette année cette visite, notamment faute d’avoir reçu l’invitation officielle d’Alger.

 

“Il n’était pas question de confier cette opération à des experts que Trévidic s’est proposé de ramener”, ont expliqué les sources d’El Watan. “Toute la procédure d’autopsie et d’expertise sera assurée par une équipe de médecins légistes algériens” et “bien évidement le juge français assistera à toutes les étapes, sans aucun problème”, ont assuré les même sources. Le rapt des religieux avait été revendiqué par le GIA, mais l’enquête française s’est aussi orientée vers une possible bavure de l’armée algérienne.

 

Patrick Calvar nommé directeur de la DGSI

  • Patrick Calvar, directeur central du renseignement intérieur, a été nommé aujourd’hui en Conseil des ministres à la tête de la nouvelle Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Son adjoint sera Thierry Matta, nommé également en Conseil des ministres au poste de directeur du renseignement et des opérations de la DGSI. Ils prendront leurs fonctions lundi, date officielle de l’entrée en activité de la DGSI.
  • Cette nouvelle direction, chargée notamment de lutter contre le terrorisme, est rattachée directement au ministre de l’Intérieur. La DGSI reprend les missions de renseignement et de police judiciaire jusqu’alors dévolues à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), fusion des Renseignements généraux (RG) et de la DST (contre-espionnage).
  • Un spécialiste du terrorisme islamiste à la tête du renseignement
  • Nommé directeur du renseignement à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), Patrick Calvar est l’un des rares policiers à rejoindre ce poste de responsabilité boulevard Mortier à Paris (XXe), siège du service de renseignement français.
  • Le directeur du renseignement est le numéro trois de la centrale de renseignement, derrière le directeur de la DGSE et son directeur de cabinet.
  • Contrôleur général, Patrick Calvar, un Breton discret de 54 ans va donc occuper l’un des postes stratégiques de la DGSE qui compte cinq directions (renseignement, technique, opérations, stratégie, administration). La direction du renseignement est le “centre de gravité de la recherche et de l’analyse du renseignement”, selon le site de la DGSE.
  • En 2007, il était devenu l’un des deux directeurs adjoints de la DST, succédant à Jean-François Clair, l’un des spécialistes du renseignement français.
  • Entré en août 1984 à la Direction de la surveillance du territoire (DST, intégrée depuis le 1er juillet 2008 dans la Direction centrale de la sécurité intérieure), Patrick Calvar a fait l’essentiel de sa carrière dans ce service de contre-espionnage.
  • Après un passage aux Renseignements généraux à Marseille de 1993 à 1994, il regagne la DST pour trois ans avant d’occuper le poste d’attaché de police à l’ambassade de France à Londres pendant trois ans.
  • Il retrouve ensuite la DST en 2000 avant d’être nommé en 2004 sous-directeur en charge du contre-terrorisme, du monde arabe et musulman.
  • Deux policiers ont occupé avant lui le poste de directeur du renseignement de la DGSE : Michel Lacarrière, puis Jean-Pierre Pochon.

La France aide-t-elle les insurgés syriens?

– Par Georges Malbrunot le 28 novembre 2011 8h37 | Réagir

Il y a trois semaines, une source française généralement bien informée m’informe que « Paris soutient logistiquement les insurgés syriens en leur fournissant en sous-main du matériel infrarouge et des moyens de communications ». Mais, en partance pour le Moyen-Orient, ce vieux routier de la région me demande de ne « rien publier ».

 

Peu après mon arrivée à Beyrouth, samedi 19 novembre, un militaire français stationné au Liban me confirme que les services français ne sont pas « inactifs » auprès des déserteurs syriens, réfugiés en Turquie et au Pays du cèdre. Et qu’il est « très facile d’utiliser les réseaux de trafiquants d’armes qui opèrent au Liban pour renforcer la puissance des rebelles », qui multiplient de l’autre côté de la frontière les opérations contre les forces de sécurité syriennes.

 

Spécialistes de l’infiltration, les services de renseignements jordaniens ne seraient pas en reste au sud de la Syrie, frontalier du royaume, ajoute cet officier, qui me dit également que durant l’été, « Paris a cherché en vain à mettre à exécution un plan qui visait à garder Bashar el-Assad (le président syrien, ndlr) mais à écarter le reste du clan autour de lui ».

 

Parmi la palette de soutiens que la France peut fournir aux déserteurs figure également du renseignement satellitaire sur les positions de l’armée syrienne qui les combattent, poursuit le militaire.

 

Lundi soir 21 novembre, toujours depuis Beyrouth, par téléphone, un ami à Londres me briefe sur la discussion que le ministre britannique des Affaires étrangères a eue avec les délégués de l’opposition syrienne réunis le jour-même sur les bords de la Tamise. « Nous doutons de la volonté turque de mettre en place une zone tampon à l’intérieur de la Syrie », leur déclare William Hague, pour qui « Bashar ne cédera pas tant qu’il sentira que les Russes le soutiennent ».

 

Jeudi soir, au cours d’un dîner à Beyrouth, l’ambassadeur turc au Liban se montre lui aussi « très réservé » sur la possibilité que son pays avance en territoire syrien pour permettre aux déserteurs de l’Armée syrienne libre de se réfugier dans une zone sécurisée.

 

Le lendemain, un diplomate français me déclare que « la correspondance diplomatique en provenance de la région » lui suggère que « les Turcs parlent beaucoup, mais agissent peu ». « Ils évoquent des sanctions depuis des semaines, mais ils ne sont toujours pas passés à l’action », ajoute-t-il.

 

En montant dans l’avion au départ de Beyrouth, je lis l’article du Canard indiquant que la France aide les rebelles syriens en compagnie des Britanniques et des Turcs dans le cadre d’une « intervention limitée » en Syrie.

 

Qui dit vrai ? La première source et le militaire français ? Les dénégations turques et britanniques sont-elles réelles ou de simples paravent pour masquer la réalité d’un appui logistique aux opposants à Bashar el-Assad ? Une chose est sûre : l’appui turc à l’Armée syrienne libre est clair. Un confrère qui a joint au téléphone son chef le colonel Riad Assad s’est vu répondre la phrase suivante : « il n’y a pas de problème pour qu’on se rencontre, mais vous devez d’abord passer par mon minder au ministère (turc) des Affaires étrangères ». Affaire à suivre…