Macron: «Les crimes de la colonisation européenne sont incontestables»

Le chef de l’Etat a prononce un discours ce matin devant 800 étudiants de l’Université de Ouagadougou. S’exprimant sur l’esclavage de migrants en Libye, Emmanuel Macron a annoncé qu’il allait «proposer une initiative euro-africaine» pour «frapper les organisations criminelles et les réseaux de passeurs» qui exploitent les migrants subsahariens dont certains sont réduits en esclavage.

M. Macron a également annoncé «un soutien massif à l’évacuation des personnes en danger» en Libye, qualifiant la vente de migrants comme esclaves de «crime contre l’humanité», lors d’un discours devant des étudiants burkinabès. Contrairement à ce qu’ont pensé certains,
ce n’est pas l’intervention militaire franco-britannique qu’il a qualifié ainsi.

La colonisation et non l’intervention

«Il y a eu des fautes et des crimes, des grandes choses et des histoires heureuses», mais «les crimes de la colonisation européenne sont incontestables», a déclaré le président Macron. C’est «un passé qui doit passer», a-t-il ajouté.
Le président français Emmanuel Macron a également promis que tous les documents français concernant l’assassinat de l’ancien président burkinabè Thomas Sankara en 1987 seraient “déclassifiés”.
“Les archives sont aujourd’hui disponibles et ouvertes à la justice burkinabè, sauf pour les documents classifiés et couverts par le secret défense. J’ai pris un engagement clair et je viens de le dire au président Kaboré: ces documents seront déclassifiés pour la justice burkinabè qui aura accès à tous les documents sur l’affaire Sankara”, a déclaré le président français lors d’un point presse.
La mort de Thomas Sankara, devenue une figure panafricaine, était un sujet tabou pendant les 27 ans de pouvoir de l’ancien président Blaise Compaoré, qui a succédé au “père de la révolution”.

Afghanistan : l’armée américaine enfin accusée de crimes de guerre

La procureure de la Cour pénale internationale a accusé les soldats américains, mais aussi la CIA, les talibans et le gouvernement afghan d’avoir torturé des détenus, notamment en 2003 et 2004. Elle décidera «de façon imminente» si elle demande l’ouverture d’une enquête.

Quinze ans après l’entrée des forces armées américaines en Afghanistan, et alors que la situation sur le terrain est toujours incontrôlable, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) n’a pas mâché ses mots. Lundi soir, elle a accusé l’armée américaine et la CIA d’avoir pu commettre des crimes de guerre en torturant des détenus, particulièrement durant les années 2003 et 2004. La magistrate doit décider «de façon imminente» si elle demande l’ouverture d’une enquête. Ces accusations sont le résultat d’un long examen préliminaire sur les atrocités commises dans ce pays en proie à la guerre civile depuis mai 2003.

La procureure Fatou Bensouda affirme «avoir une base raisonnable permettant de croire» que les forces armées américaines, l’agence de renseignement CIA, mais aussi les talibans et leurs alliés ainsi que les forces gouvernementales afghanes auraient commis des crimes de guerre. Dans son rapport annuel sur ses examens préliminaires, l’étape préalable à l’ouverture d’une enquête, la procureure affirme que des membres des forces armées américaines auraient infligé «à au moins 61 détenus des actes de torture, traitements cruels, des atteintes à la dignité de la personne sur le territoire afghan». «Au moins 27 détenus» auraient subi les mêmes traitements, infligés par des membres de la CIA en Afghanistan mais aussi dans d’autres pays parties au Statut de Rome qui a créé la CPI, comme la Pologne, la Roumanie et la Lituanie.

Des méthodes d’interrogations critiquées

Ces allégations, assure encore la procureure, «ne concernent pas seulement quelques cas isolés». Elle estime qu’il existe des motifs raisonnables pour croire que ces crimes «ont été commis en application d’une ou plusieurs politiques visant à obtenir des renseignements au travers de techniques d’interrogatoires s’appuyant sur des méthodes cruelles ou violentes destinées à servir les objectifs américains dans le conflit en Afghanistan».

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, la CIA avait en effet reçu l’autorisation de l’administration du président George W. Bush d’utiliser les méthodes d’interrogations dites «améliorées», dont la technique du «waterboarding» « supplice de la baignoire » en français, qui consiste à simuler une noyade. La CIA n’a pas utilisé ces méthodes depuis décembre 2007 et le président Barack Obama les a interdites en janvier 2009. Le président élu Donald Trump a néanmoins affirmé avant sa victoire électorale être favorable au recours à de telles techniques.

 

Les talibans, eux, seraient responsables de la mort de plus de 17.000 civils et auraient commis des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. «Depuis mai 2003, des groupes insurgés auraient lancé de nombreuses attaques contre des endroits protégés, notamment des écoles, des bureaux des autorités civiles, des hôpitaux, des lieux saints et des mosquées», ajoute le rapport. Des actes de torture auraient également été commis dans les lieux de détention du gouvernement afghan, une pratique criminelle qui remonterait à la fin des années 70 et concernerait à l’heure actuelle entre 35% et 50% des détenus.

Une enquête explosive

La procureure affirme qu’elle va décider «de façon imminente» si elle demandera ou non aux juges l’autorisation d’ouvrir une enquête sur ces crimes présumés commis par les forces armées et la CIA mais aussi par les talibans et les forces gouvernementales afghanes. Si elle est autorisée à le faire, il s’agira de l’une des enquêtes les plus complexes et plus controversées de l’histoire de la Cour, fondée en 2002 pour juger les pires crimes de l’humanité. Elle exposerait pour la première fois des forces armées américaines à des poursuites de la CPI. Mais Washington n’ayant pas ratifié le Statut de Rome, traité fondateur de la Cour, il est très peu probable que des soldats américains se trouvent un jour sur le banc des accusés.

Kaboul, qui n’a pas non plus ratifié le Statut de Rome, a de son côté reconnu la compétence de la Cour en février 2003, l’autorisant à enquêter sur des crimes commis à partir de mai de la même année. Des poursuites contre les forces gouvernementales afghanes pourraient également être compliquées par une loi générale d’amnistie adoptée par le parlement et en application depuis 2009.

Le rapport intervient alors que doit s’ouvrir à La Haye la réunion annuelle des États membres de la Cour, la première depuis les retraits de plusieurs pays africains, qui accuse avec raison l’institution de ne s’attaquer qu’à l’Afrique. La Russie vient également d’annoncer qu’elle allait quitter la CPI.

Libye/Guerre : “Nous ne nous rendrons jamais”

Les puissances occidentales sont vouées à échouer dans leur campagne militaire pour faire tomber Mouammar Kadhafi, a déclaré l’un de ses fils, Saïf al Islam, dans une interview à la chaîne TF1. Saïf al Islam a réaffirmé que son père n’avait pas l’intention de quitter le pays dans le cadre de négociations pour mettre un terme au conflit avec les insurgés.

A la question de savoir s’il avait un message à transmettre au président Nicolas Sarkozy, il a répondu:  “Vous ne gagnerez pas. Vous n’avez aucune chance, zéro chance, de remporter la guerre ici”, a-t-il dit à TF1.  “Si vous nous en voulez parce que nous n’achetons pas d’avions Rafale, il vaudrait mieux discuter avec nous”, a-t-il ajouté, en faisant allusion à l’avion français construit par Dassault, que Paris cherchait à vendre à la Libye avant le soulèvement qui a éclaté contre Kadhafi en février.

Saïf al Islam, sur qui, comme sur son père, pèse un mandat d’arrêt international lancé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, a indiqué que les autorités libyennes étaient disposées à faire des concessions sur certaines revendications de l’Occident.

“Vous voulez la démocratie, nous y sommes prêts. Vous voulez des élections, nous y sommes prêts. Vous voulez, quoi d’autre? Une nouvelle Constitution? Nous y sommes prêts. Un cessez-le-feu? Nous y sommes prêts. C’est l’autre camp qui refuse, constamment”, a-t-il dit.  “Mais demander à mon père de quitter le pays, c’est une blague. Nous ne nous rendrons jamais. Nous lutterons. C’est notre pays”, a continué Saïf al Islam.

Libye/Guerre : Plainte de Dumas et Vergès contre Sarkozy?

Deux célèbres avocats français, l’ancien ministre Roland Dumas et Jacques Vergès, ont annoncé dimanche à Tripoli qu’ils comptaient déposer plainte contre le président français, Nicolas Sarkozy, pour “crimes contre l’humanité” en Libye.

Au cours d’une conférence de presse à Tripoli, un représentant du ministère libyen de la Justice a indiqué que les deux avocats s’étaient portés “volontaires” pour soutenir une plainte des familles des “victimes des bombardements de l’Otan” contre le président Sarkozy, dont le pays a pris la tête des opérations de la coalition internationale en Libye.

“Les deux avocats vont porter plainte au nom des familles libyennes devant les tribunaux français”, a déclaré Ibrahim Boukhzam, en présence d’une trentaine de représentants de familles qui ont signé des procurations aux deux avocats.
Me Dumas, ancien ministre socialiste, a indiqué avoir été “stupéfait de constater que cette mission (de l’Otan) qui vise à protéger les civils est en train de les tuer”.

Il a dénoncé “une agression brutale contre un pays souverain”, et a affirmé qu’il était prêt à défendre le colonel Mouammar Kadhafi au cas où il serait jugé par la Cour pénale internationale (CPI). Qualifiant les pays de l’Alliance atlantique d'”assassins”, Me Vergès a fustigé de son côté un “Etat français conduit par des voyous et des assassins”. “Nous allons briser le mur du silence”, a-t-il dit.

Le régime libyen, en proie à une révolte sans précédent depuis la mi-février, est frappé depuis plus de deux mois par les raids d’une coalition internationale intervenue le 19 mars pour, selon les termes de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, assurer la protection des civils armés ou non.

A l’issue d’une visite de deux jours en Libye, les deux avocats ont indiqué qu’ils allaient commencer les procédures juridiques pour le dépôt de la plainte, dès leur retour lundi à Paris.