Libye : Des ONG africaines déposent plainte contre Sarkozy pour crimes de guerre

Plusieurs organisations de la société civile ouest-africaine ont créé, samedi à Bamako, un «front» pour promouvoir la démocratie et les droits de l’homme en Afrique.

«Nous sommes plus de quinze associations et organisations de la société civile d’Afrique de l’Ouest. Nous sommes réunis à Bamako pour créer le Front international des sociétés civiles panafricaines (Fispa), pour promouvoir la démocratie, la dignité de l’Afrique et les droits de l’homme», a déclaré à la presse le rappeur sénégalais Simon Kouka, membre de «Y’en a marre». Ce mouvement citoyen sénégalais a été en pointe dans le combat contre un troisième mandat du président sénégalais Abdoulaye Wade (2000-2012).

Parrain du lancement du Fispa, le reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly a affirmé soutenir «totalement (…) la démarche des jeunes» dont la rencontre à Bamako a pris fin hier. «Pour nos premières actions, nous annonçons une plainte déposée ce jour à la Cour pénale internationale (CPI) contre l’ancien président français Nicolas Sarkozy, pour avoir déclenché la guerre en Libye, ce qui a entraîné la mort du colonel Mouammar El Gueddafi», a annoncé l’artiste guinéen Elie Kamano. «L’assassinat d’El Gueddafi a eu des conséquences dramatiques et néfastes sur notre continent et sur les populations africaines», a-t-il ajouté.

La plainte contre M. Sarkozy a été déposée, samedi matin à La Haye, par un avocat basé au Canada. «Non seulement je soutiens la plainte pour assassinat d’El Gueddafi contre Nicolas Sarkozy, mais nous demandons la démocratie pour le Togo», a ajouté Tiken Jah Fakoly, critique contre le régime de Faure Gnassingbé, qui fait face à une importante contestation populaire depuis plus d’un mois. «Cela fait plus de 40 ans que Faure et sa famille sont au pouvoir au Togo. Qu’il démissionne», a-t-il ajouté.

Le dirigeant togolais a succédé, avec le soutien de l’armée, à son père, le général Gnassingbé Eyadéma, décédé en 2005 après avoir dirigé le pays d’une main de fer durant 38 ans. «La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao, 15 Etats) doit dire la vérité à Faure Eyadema» pour qu’il «respecte ce que veut le peuple. La Cédéao doit arrêter de soutenir les dictatures», a ajouté M. Kamano.

L’Union Africaine accuse la CPI de racisme

  • Le président de l’Union africaine (UA) a accusé aujourd’hui à Addis Abeba la Cour pénale internationale (CPI) de mener “une sorte de chasse raciale” contre les Africains, à l’issue d’un sommet de l’organisation.

“La CPI doit bien voir qu’elle ne devrait pas pourchasser que des Africains”, a déclaré le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, président en exercice de l’UA. Il a assuré que les dirigeants africains ne comprennent pas les poursuites contre le président kényan Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto, inculpés depuis janvier 2012 de crimes contre l’humanité par la CPI. Ces derniers sont poursuivis pour leur rôle présumé dans l’organisation des terribles violences ayant suivi le précédent scrutin présidentiel de décembre 2007 au Kenya, durant lequel ils appartenaient à deux camps différents.

 

De son côté, la CPI a rejeté ces accusations de racisme et annoncé qu’elle ignorerait l’appel de l’UA au transfert des procès des deux principaux dirigeants kényans dans leur pays.

Prélèvement sur Arafat: résultats fin mai

Les résultats des prélèvements effectués par une équipe suisse sur la dépouille de Yasser Arafat ne seront pas connus avant la fin mai au plus tôt, a déclaré aujourd’hui un porte-parole du laboratoire suisse chargé du dossier. “Il y a deux séries d’analyses à effectuer, la première est terminée et nous allons commencer la 2eme”, a déclaré le porte-parole du laboratoire suisse.

Début décembre 2012, le professeur Patrice Mangin, directeur du Centre universitaire romand de médecine légale de Lausanne, qui est chargé de l’examen de ces prélèvements, avait évoqué un délai de 3 à 4 mois. Une fois les séries d’analyses terminées, la phase de l’interprétation des résultats va commencer, suivie par la rédaction du rapport et enfin sa remise officielle, a encore indiqué le porte-parole, pour justifier l’allongement des délais. Une soixantaine de prélèvements avaient été effectués l’année dernière sur la dépouille de Yasser Arafat à Ramallah, et répartis ensuite pour analyse entre les trois équipes d’enquêteurs, des Suisses, des Français et des Russes.

Chaque équipe effectue son travail individuellement, sans contact avec les autres, a indiqué aujourd’hui le porte-parole suisse. L’enquête porte sur l’éventualité d’un empoisonnement de Yasser Arafat, décédé il y a huit ans. Une présence anormalement élevée de polonium, une substance radioactive toxique, avait été trouvée par le laboratoire de Lausanne dans des effets personnels d’Arafat portés lors de son hospitalisation en France et qui avaient été soumis à examen par sa veuve. Si les prélèvements effectués confirment la thèse de l’empoisonnement, les dirigeants palestiniens saisiront la Cour pénale internationale (CPI), avait annoncé le président de la commission d’enquête palestinienne Taoufiq Tiraoui.


La Libye et la France réclament l’extradition d’al-Senoussi ex-bras droit de Kadhafi

Le colonel Abdallah al-Senoussi, recherché par la CPI, a été arrêté dans la nuit du 17 au 18 mars à l’aéroport de Nouakchott. Al-Senoussi était un pilier de l’ancien régime libyen, beau-frère de Kadhafi et ancien chef des services libyens de renseignement. Une fois l’information connue, plusieurs demandes d’extradition ont été formulées. La Mauritanie peut choisir seule où elle extradera Abdallah al-Senoussi, réclamé à la fois par la France, la Libye et la CPI. De source mauritanienne, l’arrestation de l’ancien chef de services libyen de renseignement, est le fruit de la coopération de plusieurs services.

D’après plusieurs sources diplomatiques, Abdallah Senoussi avait été repéré depuis plusieurs jours. Son arrestation serait le fruit de collaboration entre plusieurs services de renseignement occidentaux et régionaux, et ceux notamment de la France, de la Mauritanie et du Maroc. Le communiqué publié par l’Elysée quelques heures après son interpellation mentionnait qu’elle était « le résultat d’efforts conjoints des autorités françaises et mauritaniennes ».

Toujours de source diplomatique, on apprend que l’ex-chef des renseignements militaires libyens aurait possédé plusieurs passeports dont le faux passeport malien avec lequel il a été arrêté. Ces passeports feraient mention de noms d’emprunt et leur photo montrerait un Abdallah Senoussi que se serait fait pousser la barbe pour masquer son visage.

C’est donc à son arrivée à Nouakchott dans la nuit de vendredi à samedi qu’Abdallah Senoussi a été arrêté. Il voyageait en provenance de Casablanca sur un vol régulier de la Royal Air Maroc prévu d’atterrir à 23H45 . Un membre du personnel de l’aéroport souligne que l’arrestation a été particulièrement discrète. « J’étais sur place, à l’arrivée de l’avion, et je n’ai rien vu. Pas même une présence sécuritaire renforcée », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, des sources sécuritaires laissent entendre qu’Abdallah Senoussi ne séjournait pas au Maroc, mais aurait fait plutôt escale en provenance d’un autre pays africain mais elles refusent d’en dire plus sur son éventuel pays de départ.

Abdallah al-Senoussi se trouve pour le moment dans les locaux de la sûreté de l’Etat dans la capitale mauritanienne.

 

Al-Senoussi, un pilier de l’ancien régime libyen

Fidèle parmi les fidèles, le colonel Senoussi soutiendra jusqu’au bout Mouammar Kadhafi. Proche du Guide libyen depuis les années soixante-dix, il prendra au fil du temps de plus en plus de pouvoir. Véritable patron des services de renseignements Abdallah Senoussi sera l’homme de toutes les basses oeuvres du régime de Tripoli.

Impliqué dans plusieurs attentats, la justice française l’a condamné à la perpétuité par contumace pour son rôle dans l’attentat en 1989 du DC 10 d’UTA qui a couté la vie à 170 personnes, dont 54 Français. Senoussi est d’ailleurs toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt émis par la France.

En Libye, il est accusé d’avoir ordonné la fusillade en 1996 de plus d’un millier de détenus de la tristement célèbre prison d’Abou Salim. Aujourd’hui c’est la Cour pénale internationale qui l’accuse de crimes contre l’humanité pour avoir ordonné des meurtres et des persécutions de civils dès le début de l’insurrection contre le régime Kadhafi en février 2011.

Depuis la chute de Tripoli, le colonel Senoussi circulait ces derniers temps entre le Mali et le Niger. Sa cavale semble donc se terminer en Mauritanie. Le gouvernement mauritanien qui n’est pas signataire du traité de Rome livrera t-il Abdallah Senoussi à la CPI ou bien aux Français ou encore aux Libyens qui pourraient vouloir le juger?

On devrait être fixé rapidement sur le sort que Nouakchott va réserver au dernier pilier du régime de feu Mouammar Kadhafi.

La demande d’extradition de la Libye

Hier, le porte-parole du gouvernement libyen a déclaré que tous les efforts nécessaires seraient déployés pour « juger au plus vite » Abdallah Senoussi en Libye-même. Mais dans le climat de fébrilité actuelle, le gouvernement est-il capable de mener à bien un procès aussi sensible ?

Salah Al Manaa, porte-parole du gouvernement libyen déclare que Tripoli « est prêt à accueillir Abdallah Senoussi pour jugement, un jugement équitable. Conforme aux normes internationales et conforme aux critères de la Cour pénale internationale. Cette cour s’est exprimée à propos du cas de Seif Al Islam Kadhafi, en faveur d’un jugement en Libye. Nous travaillons pour que le cas de Abdallah Senoussi suive le même chemin ».

AFP  RFI

Libye: les exclus du nouveau gouvernement menacent déjà

L’annonce du nouveau gouvernement mardi a coïncidé avec la visite du procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, à qui Tripoli a confirmé son intention de juger en Libye Seif al-Islam Kadhafi, le fils du dirigeant déchu arrêté dans la nuit de vendredi à samedi.

Aussitôt formé, le nouveau cabinet a été critiqué. A Benghazi, la ville d’où est partie la révolte contre le régime Kadhafi, quelques dizaines de manifestants se sont plaints de la “sous-représentation” de l’Est. Des représentants des régions du Sud désertique ont également dit être marginalisés.

Dans un communiqué, les Amazighs (berbères) ont de leur côté dénoncé leur exclusion des ministères importants, jugeant que leur représentativité dans le gouvernement “ne correspondait pas à leur présence” et à leur contribution à la révolution.

Le Congrès amazigh libyen a ainsi appelé Libyens et Amazighs en particulier à manifester et à geler provisoirement leur coopération avec le Conseil national de transition (CNT) et le gouvernement.

“Je peux rassurer tout le monde: toute la Libye est (représentée) dans le gouvernement”, avait pourtant déclaré M. Kib.

Le chef du CNT, Moustapha Abdeljalil, a tenté de rassurer mercredi “ceux qui ont élevé leur voix pour dénoncer la marginalisation et l’exclusion: nous n’avions pas l’intention d’exclure quelque ville que ce soit, la Libye est à tout le monde”.

Il a notamment tenu à rassurer les Amazighs, les Bédouins du sud désertique, les Touaregs ainsi que les Toubous, à l’issue d’une longue réunion avec une délégation amazighe.

“Je veux rassurer certaines villes, régions et ethnies. Je promets à tout le monde que toutes les villes et tous les villages bénéficieront à égalité des services de base”, a-t-il affirmé à la presse.

Les Etats-Unis ont estimé en tout cas que ce nouveau gouvernement témoignait d’une “avancée significative vers la démocratie”, précisant être prêts à travailler avec lui.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a également salué la formation du cabinet, tout comme la Tunisie et la Chine.

Dans le nouveau gouvernement, au moins deux importants ministères ont été réservés aux ex-rebelles, pour la plupart des civils, ayant combattu le régime de Kadhafi: Oussama Jouili, un commandant ex-rebelle de la ville de Zenten, a été nommé à la Défense, tandis que le ministère de l’Intérieur a été confié à Faouzi Abdelal, de Misrata.

L’opposition en exil a aussi eu sa part: Achour ben Khayal, ancien ambassadeur sous le régime de Kadhafi, avant de rallier l’opposition dans les années 2000, devient ainsi ministre des Affaires étrangères.

Le portefeuille crucial du Pétrole et du Gaz est revenu à Abdelrahmane ben Yazza, un responsable de la compagnie pétrolière italienne ENI.

Le nouveau gouvernement compte deux femmes ministres: Mabrouka al-Chérif Jibril aux Affaires sociales et Fatma Al-Hamrouch à la Santé.

Sur le plan judiciaire, le procureur de la CPI a affirmé mercredi à Tripoli que la justice libyenne avait la “primauté” pour juger Seif al-Islam Kadhafi.

“S’ils (les Libyens) veulent (juger Seif al-Islam), nous ne sommes pas en compétition avec eux”, a-t-il déclaré à la presse.

“Dès qu’ils peuvent le faire, nous arrêtons. C’est le système. Et c’est ce que nous discutons ici”, a-t-il ajouté. “Du moment que les autorités libyennes mènent les bonnes investigations et qu’elles les présentent aux juges de la CPI, la règle dit qu’elles peuvent le faire”.

M. Ocampo a précisé à l’AFP que les autorités libyennes souhaitaient que la CPI poursuive son enquête sur Seif al-Islam.

L’ancien ministre de la Justice du CNT, Mohamed Allagui, a déclaré de son côté qu’un “accord de coopération” devrait être signé prochainement entre la CPI et le CNT pour fixer les modalités du transfert du dossier de Seif al-Islam.

M. Allagui a assuré par ailleurs que “toutes les garanties et les conditions sont réunies en Libye pour un procès équitable”.

Concernant l’ex-chef des renseignements militaires de Mouammar Kadhafi, Abdallah al-Senoussi, les autorités ne disposaient toujours d’aucune preuve de son arrestation, annoncée dimanche.

“Nous n’avons aucune confirmation de l’arrestation de Senoussi”, a dit M. Abdeljalil.

Selon l’ONU, quelque 7.000 personnes, dont de nombreux étrangers, sont par ailleurs détenues dans des centres de détention contrôlés par les milices des “brigades révolutionnaires” et n’ont pas accès à des tribunaux “en l’absence d’une police et d’une justice en état de fonctionnement”.