Maroc : Bientôt des bus roses pour lutter contre le harcèlement sexuel

La mesure, évoquée par le maire de Rabat, ne fait pas l’unanimité. Certains observateurs et internautes redoutent «un glissement dangereux vers un espace public non mixte».
«Faire reculer les cas de violences et de harcèlement dont les femmes sont victimes». Cette explication a été présentée le 21 décembre à l’occasion de la clôture de la 15e campagne nationale contre les violences faites aux femmes par le maire affilié au Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) de Rabat, Mohamed Sadiki. Ce dernier justifiait son souhait de mettre en place dans sa ville des bus roses exclusivement réservés aux femmes.
Protéger la gent féminine
«Je ne dis pas que la mise en service de ce genre de bus aura lieu dans un futur proche. Mais dès lors qu’on aura réglé la problématique du transport en commun à Rabat, nous nous pencherons sur cette initiative», a-t-il confié à l’hebdomadaire marocain Tel Quel. Un projet qu’il estime nécessaire pour «protéger la gent féminine des agressions, notamment durant les heures de pointe».
L’idée n’est pas nouvelle : le concept existe depuis octobre dernier à Malatya, en Turquie, rapporte le site de la BBC. Réservés exclusivement aux femmes turques, ces bus sont conduits uniquement par des femmes.
Vers un espace public non mixte ?
Mais, pour de nombreux Marocains, l’idée n’a rien de révolutionnaire, bien au contraire. Le site des Femmes au Maroc dénonce «une belle illusion démentie par la réalité et les faits» et ajoute que ce n’est pas en isolant les femmes dans un bus rose que la société marocaine mettra un terme au harcèlement dont les femmes sont victimes.
Dans un édito sur le site internet marocain Yabiladi, le directeur de la publication a lui aussi un avis tranché sur la question. «Repeindre en rose la carlingue d’un bus en espérant sanctuariser les 30 minutes journalières d’une femme, ne sera qu’une goutte d’eau dans l’enfer qu’elles vivent». De leur coté, une partie des progressistes marocains estiment que c’est «un projet rétrograde qui consacre un glissement dangereux vers un espace public non mixte».
“Les femmes à la merci des frotteurs”
Les critiques ne se limitent pas seulement à la presse marocaine. Sur Twitter aussi, la question divise les internautes. De nombreux utilisateurs évoquent surtout la vétusté des transports en commun au Maroc et les retards à répétition, obligeant parfois une forte proximité entre les usagers. C’est le cas de Meriamk, qui déplore l’absence de caméras de surveillance et des bus trop souvent surchargés, «qui mettent les femmes à la merci des frotteurs».

En France, dans des quartiers où résident de nombreux immigrés comme en Seine Saint Denis, certains proposent également l’installation de bus roses.