Que recherche le clan Bouteflika en changeant le chef du DRS algérien?

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika s’est séparé de son chef du renseignement militaire, qui a passé plus d’un demi-siècle au service de l’Etat, dont vingt-cinq ans à ce poste. L’information a été rendue publique par communiqué dimanche 13 septembre. Le général Mediène, appelé « général Toufik », a été admis à la retraite et remplacé par Athmane Tartag, un général-major à la retraite jusqu’ici conseiller du chef de l’Etat. Comment interpréter ces mouvements à la tête du puissant Département du renseignement et de la sécurité (DRS) ? Eléments de réponse.

Depuis longtemps, on prête à Abdelaziz Bouteflika et Mohamed Mediène, 76 ans, l’un des hommes les plus puissants du pays, des relations tendues. « C’est lié à l’affaire Sonatrach et à d’autres affaires de corruption qui remontent à l’époque de l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, expliqueAkram Kharief, spécialiste des questions de défense en Algérie. Il y a aussi des rumeurs qui disaient avant chaque présidentielle que le général Toufik était opposé à un nouveau mandat de Bouteflika », ajoute-t-il. Selon M. Kharief, ainsi « plusieurs interprétations pourraient être données » au départ du général.

Cette restructuration « ouvrira peut-être la voie vers une plus grande autorité civile en Algérie, une perte d’emprise des services secrets sur le monde politique et économique », analyse-t-il. Mais cela peut aussi s’interpréter « comme une victoire d’un camp sur un autre ou un renforcement du pouvoir présidentiel. Le communiqué annonçant la mise à la retraite du général Mohamed Mediène est parvenu à l’APS (Algérie Presse Service) par la Présidence, et il stipule bien que l’ordre a été donné par le président de la République. Et la nomination du successeur est aussi le fait du Président lui-même, et non pas de l’état-major ou de quiconque », note l’analyste.

Lequel des deux a pris l’initiative de restructurer les services algériens ?

Alors faut-il voir dans ce limogeage du général Toufik une victoire du clan Bouteflika et un renforcement de la Présidence ? Il est vrai que cette annonce présidentielle est la dernière d’une série de décisions visant à réduire l’influence du DRS en émiettant les services. Selon Adlène Meddi, rédacteur en chef du média algérien El Watan, « la première théorie dit que c’est le président Bouteflika qui a pris l’initiative de déstructurer le DRS, pour rester dans l’histoire de l’Algérie comme le seul général civil, celui qui a pu damer le pion aux faucons miliaires à partir des années 2004-2005. »

Une première théorie, selon le journaliste algérien, qui s’accompagne cependant d’une autre thèse : « La deuxième thèse dit plutôt que c’est le général Toufik, qui est un intriguant très fantomatique, qu’on ne comprenait pas très bien, qui reste toujours très caché, qui aurait lui-même décidé de ce démantèlement afin de préparer sa retraite, son départ, et ne pas laisser ce Léviathan extraordinaire qu’il avait créé dans les années 1990. Le DRS est la concentration de la communauté de renseignement en Algérie en un seul service, qui était présidé par le général Toufik. Donc les deux théories se tiennent toutes les deux, d’où la difficulté de comprendre exactement ce qu’il s’est passé depuis deux ans entre les deux hommes. »

Source RFI


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