Oussama Romdhani: La Tunisie, l’Occident et le « printemps arabe »

Bien que la Tunisie continue à bénéficier d’un préjugé favorable à Washington, il est peu probable que cela puisse se traduire par l’octroi d’une assistance à même de permettre au pays de surmonter les défis économiques et sécuritaires auxquels il est confronté.

 

 

Oussama Romdhani

D’aucuns à Washington, et dans le monde occidental en général, estiment que la Tunisie est l’exemple de ce que le « printemps arabe » aurait pu apporter. Pour d’autres, le cas de la Tunisie a parfois représenté le seul argument pouvant être invoqué pour justifier les attentes optimistes suite aux soulèvements qui ont secoué le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord après 2010.
L’expérience tunisienne est restée un cas à part malgré les généralisations impétueuses au sujet d’un invraisemblable effet de domino démocratique dans le monde arabe. Le Président tunisien Béji Caïd Essebsi a lui-même réfuté cette tendance. « Il n’y a pas ‘de printemps arabe’, a-t-il dit, « en fait, il n’y a qu’un début de « printemps tunisien ».
Pour la plupart des occidentaux, le cas de la Tunisie vient tout simplement rappeler, a contrario, les guerres, la violence et la dévastation qui continuent de ravager nombre de pays de la région depuis 2011. 
Aujourd’hui, la question qui revient à l’esprit de la majorité des Américains et des Européens est de savoir pourquoi la transition pacifique qui a été possible en Tunisie ne l’a pas été dans d’autres pays arabes.
La réponse, qui échappe toujours à de nombreux Occidentaux est que, depuis son indépendance voire même depuis le XIXe siècle, la Tunisie a connu une évolution différente de celles de la plupart des autres pays arabes. En 2010, la société tunisienne était nettement en avance par rapport au régime politique en place; et c’était seulement la réticence du pouvoir d’introduire les réformes idoines qui avait précipité la révolution. Pareilles conditions n’existaient pas dans d’autres pays arabes et leur absence ne pouvait être compensée ni par les interventions étrangères ni par les violences. Celles-ci ne pouvaient qu’aggraver la situation, chose qu’elles n’ont pas tardé à occasionner.
Tout en bataillant pour préserver ses acquis, la Tunisie n’est pas pour autant au bout de ses peines. Elle cherche toujours les moyens lui permettant de remettre son économie sur les rails, de donner de l’espoir à sa jeunesse mécontente et de protéger le pays du terrorisme.
Les responsables et experts américains savent pertinemment les nombreux défis devant être relevés par la Tunisie. Seulement, les Américains, comme les Européens, sont trop absorbés par leurs propres préoccupations internes pour envisager une initiative majeure de soutien économique à la Tunisie.
De toute évidence, le temps des Plans Marshall est définitivement révolu.
S’il est vrai que pratiquement toute la classe politique et les experts US souhaitent voir la Tunisie réussir sa transition démocratique, il faut vraiment chercher longtemps pour trouver parmi eux quelqu’un qui soit disposé à prôner la prise en charge de la facture des défis économiques et sociaux en Tunisie.
Aussi paradoxal que cela puisse paraitre,  il est relativement décevant pour certains que la transition démocratique et paisible en Tunisie soit en fait une exception et non un modèle pouvant être dupliqué dans le reste de la région.
Dans le discours politique américain, l’on peut déceler des traces du  « Freedom Agenda » du président américain George W. Bush ou des autres incarnations connexes de l’ère Obama.  Mais désormais face aux situations actuelles de crises et de conflits, les décideurs politiques européens et américains sont de plus en plus enclins à se contenter d’objectifs moins ambitieux que la promotion de la démocratie. La recherche de la paix et de la sécurité est désormais un objectif plus réaliste et suffisant.
Bien que l’expérience tunisienne trouve toujours une place importante au cœur du débat sur l’engagement américain dans le monde arabe, la nature du débat lui-même a cependant beaucoup changé. La détérioration de la situation dans la région depuis 2011 a engendré une quête non avouée d’hommes forts pouvant au moins maîtriser les événements. Il fait dire qu’une telle tendance se constate aussi bien au sein de la classe politique en Occident que dans de nombreux pays arabes.
La politique libyenne de l’Occident en est la meilleure illustration. La priorité, pour les Etats-Unis et l’Europe, serait de trouver quelqu’un ou quelque chose à même de contrecarrer les risques de l’immigration illégale et de la contagion djihadiste. De nombreux Libyens voudraient eux-aussi trouver quelqu’un ou quelque chose qui leur rendrait la vie supportable. Pour l’instant, les citoyens de la Libye, ainsi que ceux de la Syrie, de l’Irak et du Yémen, sont beaucoup plus préoccupés par leur survie plutôt que par la promotion de la démocratie. 
Face à l’expérience tunisienne, de nombreux défenseurs occidentaux de la démocratie sont plutôt déçus de constater qu’une transition démocratique réussie ne se soit pas révélée être un antidote efficace contre l’extrémisme et le terrorisme ; d’où leur incapacité à comprendre comment un pays qui a reçu le prix Nobel de la paix pour avoir réussi sa transition démocratique soit en même temps un pays exportateur de terroristes.
La relation entre la Tunisie et l’Occident n’est pas sans autres paradoxes.
Tout comme les Américains et les autres occidentaux qui arrivent à peine à dépasser leur conviction simpliste que l’expérience tunisienne pourrait être d’une façon ou d’une autre reproduite à travers la région, les Tunisiens sont en train de se libérer doucement de l’idée chimérique que l’Occident viendrait à leur secours avec des moyens conséquents.
La Tunisie ne doit pas, et ne devrait pas, s’attendre à ce que les Etats-Unis ou l’Europe viennent la sauver.
Bien que la Tunisie ait encore un long et difficile chemin à parcourir, elle est cependant en mesure d’arriver à bon port en comptant sur ses propres ressources, et ce, tout en prenant en compte certaines considérations.

 

 

 

 

– Une vue générale des équipements militaires offerts par les Etats-Unis à la Tunisie- REUTERS/Zoubeir Souissi

Il est du devoir de la classe politique en Tunisie de concentrer son énergie sur la bataille de la transition socio-économique — bataille qu’elle peut remporter — plutôt que sur les querelles intestines inutiles.
Toutefois, la relance économique en Tunisie d’une manière durable est tributaire dans une large mesure d’une solution permanente au problème libyen. C’est justement là où les Etats-Unis et l’Occident pourraient apporter leur aide à la Tunisie en redoublant d’effort à l’échelle internationale pour arriver à un règlement permanent et réel de la crise libyenne.
Les Etats-Unis disent appuyer l’initiative des Nations Unis en Libye conduite par le médiateur libanais Ghassan Salamé. Fort du soutien de l’opinion US, Washington semble aussi déterminé  à entrer en action en Libye si « l’Etat Islamique » relève trop la tête de nouveau en Libye. Une enquête récente du Middle East Institute à Washington a indiqué que 82% des Américains interrogés seraient favorables à l’entrée en guerre des Etats-Unis contre « l’Etat Islamique ».
Même si les Etats-Unis décidaient de s’engager davantage en Libye pour faire face à une résurgence de « l’Etat Islamique », il est peu probable que cela puisse mener à un progrès tangible sur la voie d’un règlement durable du conflit en Libye. Comme ce fut le cas pendant l’Opération “ Odyssey Lightning ” en Libye en 2016 et, comme c’est le cas actuellement en Syrie, l’engagement américain est essentiellement militaire et fait la distinction entre efforts militaires et efforts politiques nécessaires pour une solution globale du problème. Les Européens, quant à eux, avancent en rangs dispersés et dans le sens de leurs propres intérêts nationaux.
Pourtant, une solution en Libye apporterait la paix aux Libyens et une meilleure sécurité pour l’Europe. Pour la Tunisie, cela se traduirait en frontières plus sûres, davantage d’emplois et de plus grandes opportunités en matière de commerce. « Nous estimons que la crise en Libye aurait contribué à hauteur de 24%  dans la chute du taux de croissance économique en Tunisie pendant les cinq années de 2010 à 2015 », relève la Banque mondiale dans un récent rapport.  C’est justement cette relation entre conditions socio-économiques et considérations sécuritaires qui devrait motiver les Etats-Unis et l’Europe pour aider la Tunisie.
Toutefois, la Tunisie ne peut pas se permettre le luxe d’attendre jusqu’à ce que les Etats-Unis et l’Europe perçoivent un tel objectif comme étant une priorité ou qu’ils se penchent sérieusement et constructivement sur le règlement du dossier libyen.
Des facteurs régionaux et locaux font que la Tunisie aura à mener elle-même sa  bataille pour s’assurer que les transformations politiques déjà réalisées puissent mener à des changements socio-économiques tout aussi significatifs. Des succès socio-économiques en Tunisie garantiraient à long terme la sécurité et la stabilité de la Tunisie ainsi que celles des autres pays de la Méditerranée. Mais, aujourd’hui, aussi bien l’Europe que l’Amérique ne sont préoccupées malheureusement que par le court terme.
Le pire des scénarios pour la Tunisie et l’Occident serait que les pays occidentaux n’optent pour l’indifférence à l’égard de l’avenir de la Tunisie et que les Tunisiens sombrent quant à eux dans le désenchantement. Mais, quoi qu’il en soit, le « printemps tunisien  » ne saurait être que la résultante de l’effort des Tunisiens eux-mêmes. Le soutien occidental viendra après.

Oussama Romdhani

Rédacteur-en-chef de l’hebdomadaire The Arab Weekly

Une version anglaise de cette analyse a été précédemment publiée par le site du think tank américain The Atlantic Council.
Source : The Arab Weekly et Leaders / Afrique-Asie.fr
http://www.leaders.com.tn/article/23444-oussama-romdhani-la-tunisie-l-occident-et-le-printemps-arabe

 

Afrique-Asie, c’est fini !

Le numéro de septembre 2017 d’Afrique–Asie est le dernier. Le mensuel vient de déposer le bilan et ne paraîtra plus. Quelle tristesse de voir ainsi ce titre historique disparaître ! Dans la presse française, Afrique-Asie était une institution. Lancé en 1969 par Simon Malley, Africasia est devenu Afrique-Asie en 1972. Suite à des difficultés financières, la diffusion s’interrompt de juillet 1987 à octobre 1989. A l’époque, Le Monde place Afrique-Asie « au premier rang de la presse tiers-mondiste de langue française ». Effectivement, le titre s’inscrit dans la filiation de la conférence de Bandung (1955), à la convergence du non-alignement, de la Tricontinentale et des mouvements de décolonisation africains et asiatiques.

 

Militant à la plume acérée, Simon Malley n’a pas que des amis. Il est momentanément expulsé de France en 1980, accusé de nuire, par ses propos, « aux intérêts de la France dans des Etats ayant avec elle des relations diplomatiques normales », selon les propos du ministre de l’Intérieur de l’époque Christian Bonnet, en réponse à une question à l’Assemblée nationale de Laurent Fabius. En 1981, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en France, Simon Malley peut revenir et poursuivre l’aventure éditoriale d’Afrique-Asie.

 

En décembre 2005, le journal dépose le bilan, ciblé depuis des années par un contrôle fiscal politique. Simon Malley portera plainte contre l’administration fiscale, contestant auprès du Tribunal administratif les conclusions de cette enquête à charge qui aboutira à la liquidation de la société Afriasial qui exploitait le titre. Le tribunal lui donnera raison, mais à titre posthume puisque le fondateur historique du titre est décédé le 7 septembre 2006, un an après avoir été contraint de déposer le bilan.

 

Majed Nehmé – rédacteur en chef d’Afrique–Asie depuis dix-sept ans – prend, avec quelques anciens du journal, l’initiative de relancer le titre qui sera exploité par une nouvelle société, la SARL-Afriam. Progressiste franco-syrien, ce grand connaisseur du monde arabe – intellectuel tous terrains -, améliore la qualité éditoriale, l’expertise, le réseau des correspondants et des collaborateurs. Afrique-Asie est régulièrement diffusé dans une cinquantaine de pays. Parallèlement à la version papier, il est possible de consulter le magazine en ligne, augmenté par des papiers et reportages qu’on ne lit nul par ailleurs http://www.afrique-asie.fr

En effet – sous la direction de Majed Nehmé – la qualité et la spécificité du titre ne cessent de s’améliorer, tranchant singulièrement avec la descente aux enfers de la presse parisienne mainstream. Pour les habituels « chiens de garde », une telle liberté est insupportable : Afrique-Asie, qui est régulièrement cité et repris par la presse internationale, mais systématiquement exclu et censuré par la plupart des revues de presse dans l’Hexagone, notamment par celle de Radio France Internationale (RFI), radio publique censée être spécialisée en affaires africaines… Sans parler de madame Ockrent-Kouchner et de ses étranges Affaires étrangères sur France-Culture…

 

Dans tous les cas de figures, les rédactions parisiennes ont toujours préféré Jeune Afrique et ses publi-reportages politiquement corrects à la liberté de ton et la profondeur des informations et enquêtes d’Afrique–Asie. A cela s’ajoutent, bien-sûr, les difficultés structurelles actuelles de la presse écrite – baisse des annonceurs, coût de la distribution et diffusion, etc. – et la multiplication de sous-produits numériques dédiés à l’Afrique, sans que l’on puisse voir toujours clairement les financements comme les intentions de ces « experts » du moment.

 

Mais le coup de grâce est venu de celui-là même qui interpellait Christian Bonnet sur la liberté de la presse française dans les années 1980 ! De bonne source, on sait que la lecture d’Afrique–Asie donnait des boutons au distingué normalien qui fut le chef de notre diplomatie de 2012 à 2016 avant d’aller pantoufler à la présidence du Conseil constitutionnel. Depuis le début de la crise syrienne (mars 2011), les papiers d’Afrique–Asie ont eu le don de faire grimper Laurent Fabius aux rideaux du Quai d’Orsay. En 2014, un contrôle fiscal zélé (on n’ose dire politique !) s’abat à bras raccourcis sur Afrique-Asie. Voilà donc un titre résolument internationaliste, déconstruisant avec intelligence les crises internationales, prônant les valeurs de laïcité, de lutte contre le communautarisme et les confessionnalismes religieux, déchiqueté par les petites mains de Bercy.

 

L’auteur de ces lignes croise un jour Pierre Moscovici, qui venait de quitter Bercy pour rejoindre la Commission européenne, et l’alerte sur ce contrôle fiscal. Le baron socialiste prend son air le plus concerné avant de demander la communication du dossier sur son email personnel. Trois mois plus tard, la réponse mérite citation : « Bercy est souverain de ces choix en matière de contrôle fiscal. » Rien de plus normal, mais on peut toujours se demander pourquoi Médiapart, Libération ou L’Express n’ont pas goûté les délices d’une telle souveraineté.

 

Voilà donc une douzaine de chômeurs de plus dans le secteur déjà sinistré de la presse et un titre prestigieux qui va – probablement – renaître dans un pays voisin… C’est d’une grande tristesse, surtout lorsque l’on connaît Majed Nehmé, l’un des hommes les plus délicieux, courtois et profonds de la corporation journalistique française, laquelle, pendant ce temps, continue dans sa majorité de s’abîmer dans l’opportunisme, l’ignorance et le carriérisme.

 

Et à la tristesse s’ajoute la colère, parce que la disparition d’Afrique–Asie pourrait bien être le symptôme du retour de la censure au soi-disant pays des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Evidemment, lorsqu’on explique ça dans les dîners en ville, on vous regarde avec des yeux ronds d’incrédulité, sinon d’indignation, parce que les « chiens de garde » de la grande presse veillent au grain tous les jours que Dieu fait et que les Français sont très mal informés de l’évolution de leurs médias.

 

Donc Afrique-Asie n’est plus ! Vive Afrique-Asie, qui renaîtra un jour, d’une manière ou d’une autre, parce qu’on ne peut décidément pas laisser le champ libre aux désinformateurs. Bonne lecture, donc ! Et à la semaine prochaine, parce que nous écrivons et publions depuis la ville de Jean-Jacques Rousseau.

 Richard Labévière
23 octobre 2017
Comme Richard Labévière, le Comité Valmy est convaincu qu’Afrique-Asie, ce journal anti impérialiste ami, ne saurait disparaître définitivement. Nous espérons vivement que les conditions permettant sa reparution seront rapidement réunies. Ce journal est plus indispensable que jamais.CB.

 

Du terrorisme islamiste à l’islam dévoyé

Jadis riche par sa pluralité religieuse, l’Algérie s’est réduite à sa plus insignifiante expression : l’islamisme.

Il est coutumier de lire et d’entendre que le terrorisme islamiste a été vaincu en Algérie. Il faut néanmoins nuancer cette affirmation. En effet, certes, le terrorisme islamiste a été militairement anéanti. Mais il a survécu idéologiquement sous une autre forme encore plus sournoise et cruelle. Il a laissé place à l’islam dévoyé. A l’islam rigoriste. A l’islam rigoriste. A la bigoterie généralisée.

Ainsi, si le terrorisme islamiste a été défait, l’islam dévoyé lui a succédé. Aujourd’hui, nul besoin d’armes, de bombes, de conquête du pouvoir par la lutte armée pour imposer la charia en Algérie. Nul besoin de force pour terroriser religieusement l’Algérien. Pour soumettre théocratiquement l’Algérien. Nul besoin de contrainte pour museler la pensée algérienne. Pour verrouiller l’esprit algérien. Pour cadenasser la politique algérienne. Pour démolir la culture algérienne. Pour néantiser la personnalité algérienne. Pour anéantir la psychologie algérienne. Pour annihiler l’imagination débordante algérienne. Pour crétiniser l’humour algérien. Pour déprimer l’humeur algérienne. Pour dépraver l’honneur algérien. Pour déviriliser l’Algérien. Pour abêtir l’intelligence algérienne. Pour corroder l’algérianité de l’Algérie. Pour orientaliser l’Algérie. Pour dénaturer l’Algérie. Pour violer les traditions algériennes. Pour transformer les Lumineux algériens en algériens illuminés.

L’islam dévoyé, bien imprégné par la majorité des Algériens, s’en acquitte de manière efficiente. Le terrorisme islamiste a, certes, perdu la bataille. Mais l’islam dévoyé a gagné la guerre. Et cette victoire religieuse sur les esprits est autrement plus prestigieuse et glorieuse que l’aurait été une victoire militaire islamique.

Jadis, le terrorisme islamiste par les armes s’était aliéné la majorité de la population. De nos jours, la majorité de la population s’est alignée par la foi sur l’islam dévoyé. Chaque Algérien pratique l’islam dévoyé, après avoir éclipsé le terrorisme islamiste. Tout musulman algérien s’érige aujourd’hui en Procureur ou en Supplétif de la police des mœurs musulmanes pour traquer tout comportement incompatible avec l’orthodoxie islamiste contemporaine dominante. Même à l’étranger, il se conduit de façon inquisitoriale pour imposer son mode de vie islamiste.

On prétend que l’islam sunnite ne comporte pas de clergé, à l’instar de l’Eglise chrétienne. On se trompe. En vérité, de nos jours, chaque Algérien s’est improvisé «curé» : n’hésitant pas à édicter ses propres principes islamistes, à se muer en confesseur des âmes «égarées», à imposer sa grille de lecture subjective musulmane, à pourchasser les manquements à ses pratiques érigées en normes, à promulguer des fatwas contre les agissements considérés comme blasphématoires, à ses yeux, à s’ériger en docteur es «sciences islamiques».

Tout est déterminé par et pour l’islam. En dehors de la doctrine religieuse islamique consacrée par le Livre, partagée par l’ensemble des Algériens, aucune autre forme de pensée n’a aujourd’hui droit au chapitre. Elle a envahi toute la société. De sorte que cet islam dévoyé est parvenu à éradiquer toutes les différences au sein de la société algérienne, à uniformiser la pensée à force de la propagation de cette pensée dictatoriale tentaculaire, grâce à l’endoctrinement islamiste totalitaire inculqué dès l’école élémentaire.

L’Algérien autiste dans son existence

La tolérance légendaire de nos compatriotes a été bannie des cœurs, desséchés par ces nouveaux zélateurs algériens convertis à la nouvelle foi musulmane outrancière et exhibitionniste.  Naguère riche par sa pluralité ethnique et religieuse (que sont Français, Européens, juifs et autres devenus ?), par sa diversité culturelle, son hétérogénéité politique, l’Algérie s’est réduite à sa plus insignifiante et rétrograde expression, symbolisée par l’islamisme.

Ce rétrécissement régressif de la vision intellectuelle et culturelle des Algériens a favorisé l’apparition d’une forme autistique de l’existence. L’Algérien, nouvelle version coranique, est tourné, non pas vers lui-même (c’eût été un narcissisme salutaire, une thérapie psychologique salvatrice) mais vers sa religion. Il ne vit que par et pour Sa religion. Il est musulman avant d’être Algérien. Il sacrifierait plus volontiers sa vie pour l’islam que pour l’Algérie. Il aliénerait sans scrupule toute sa millénaire culture (ou plutôt cultures, car l’Algérie a toujours été riche par sa diversité culturelle) pour sa religion. Quitte à perdre son âme. Que lui importe l’identité culturelle algérienne pourvue pourtant de nobles traditions. Dans le cœur de chaque Algérien, la pulsation féconde et bigarrée culturelle a laissé place à la palpitation poussive et monolithique cultuelle. Le corps ne vibre qu’au son du muezzin. Les échos de nos sublimes coutumes ne résonnent plus dans le cœur des Algériens. Les valeurs morales millénaires se sont transmuées en valeurs marchandes avalisées et bénies par le nouvel islam mercantile. L’islam innocent d’antan s’est immolé au feu du capitalisme incendiaire et génocidaire.

Pour preuve, au lieu de consacrer les deniers publics pour la sauvegarde de nos multiples riches patrimoines laissés à l’abandon à travers tout le pays, ou pour la construction d’universités, de bibliothèques, d’hôpitaux, de gymnastiques, de logements sociaux, les potentats du pouvoir le dilapident dans l’édification dispendieuse d’une mosquée construite à la gloire du nouveau Pharaon algérien résolu à embaumer l’Algérie dans le souvenir de son règne momifié, magnifié, gratifié, glorifié, déifié.

De fait, comme dans le cas de l’autisme, marqué par des comportements restreints et répétitifs, la vie de l’Algérien aujourd’hui se réduit en l’accomplissement des immuables rites quotidiens qu’aucune volonté humaine ne doit troubler, modifier et, encore moins, enrayer. Bien au contraire, tout Algérien, quelles que soient ses convictions, doit se plier au modèle islamiste dominant. La diversité a plié, s’est effacée devant l’uniformité, la conformité, l’unicité, la morosité.

Le ciel bleu azur de l’Algérie s’est recouvert d’un ténébreux brouillard religieux, obscurcissant l’horizon intellectuel et culturel d’une moyenâgeuse uniformisation de la pensée unique (inique). L’étroitesse de la pensée s’est ouvert un grand boulevard dans lequel affluent et déferlent à grande vitesse les plus rétrogrades idées moyenâgeuses. La vacuité existentielle irrigue toutes les artères algériennes embouteillées par un peuple arborant l’ennui sur sa face tourmentée par le vide spirituel. On associe injustement spiritualité et religion. Aucune religion ne renferme quelque spiritualité. L’esprit belliqueux gouverne leur existence. L’esprit religieux est toujours agité, excité, enflammé, angoissé, déchaîné. Il n’aspire au repos, à la quiétude, à la sérénité qu’une fois trépassé, une fois dans l’au-delà. Sa vie terrestre n’est qu’une guerre permanente contre lui-même, et surtout contre les autres esprits réfractaires, insubordonnés, séditieux, épris de liberté. Il pourchasse tous ses penchants naturels pour se conformer aux recommandations célestes. Il n’est jamais en accord avec sa conscience toujours suspicieuse, soupçonneuse, éternellement despotique. Tout comme il dompte sa conscience tourmentée pour demeurer fidèle aux exigences de son créateur, il voudrait soumettre toutes les consciences au même sort autocratique.

Ainsi, emmailloté dans ses langes religieux enfantins et infantiles, l’Algérien refuse de s’élever à l’âge adulte de la pensée, de la réflexion, de la raison moderne et universelle.

Ne tolère pas la… tolérance

Il ne tolère pas la diversité d’opinions. La multiplicité culturelle. La pluralité religieuse. La liberté de conscience. La conscience libérée, libérante, délibérante, délivrante, délurante, délirante. La critique religieuse. La satire irréligieuse, irrévérencieuse. Le débat politique. La critique radicale. La controverse philosophique. La relégation de la religion dans la sphère privée, donc la dénationalisation de la religion (la sécularisation). L’égalité sexuelle. Il ne tolère pas la tolérance. Surtout il ne se tolère pas lui-même, étant en conflit avec sa personnalité fragmentée, en dissension avec son identité déculturée, en guerre permanente contre sa vie qu’il refuse de bâtir de ses mains dans la paix, préférant remettre son sort à la fatalité, à sa rentière Nation bâtie sur ses provisions pétrolières provisoires sur fond d’un désert industriel productif. Ainsi, toute la vie de l’Algérien tourne autour de sa religion. Religion qui tire sa raison d’être d’un lointain passé depuis longtemps révolu.

Paradoxalement, cette fixation obsessionnelle sur cette période pourtant révolue et désuète de l’islam primitif et primaire, réputée mythiquement comme glorieuse, n’est pas sans rappeler les premiers moments de l’enfant accroché aux flancs de sa mère dans une relation fusionnelle et symbiotique. Cette période de l’enfance marquée par un amour exclusif et possessif manifesté par l’enfant à l’égard de sa mère. L’individuation est traumatique pour cet enfant longtemps couvé par sa mère. Le sevrage lui est difficile, douloureux. Et toute l’existence de l’enfant tourne autour de sa personne. Le Moi règne en maître. La pensée magique domine son univers. L’enfant vit dans sa bulle. Il ne peut concevoir d’autres univers que le sien. Il perçoit le monde adulte comme un univers menaçant. C’est aussi l’âge d’opposition. Opposition à tout ce qui contrecarre son principe de plaisir. Le principe de réalité est ignoré, méconnu. La réalité doit s’effacer devant l’imagination infantile. Aucune logique ne peut venir à bout de cette pensée magique. Pour lui, son univers enfantin et infantile n’a pas de début, ni de fin. C’est l’éternité de l’esprit enfantin. De l’enfance. C’est par le prisme de la pensée magique qu’il appréhende l’existence. Son univers est peuplé de fantômes. Sa personnalité est envahie par la peur irrationnelle. Sa pensée est dominée par l’animisme. Sa notion du bien et du mal est très subjective, limitative, réductrice.

Tout comme l’a magistralement analysé et développé le célèbre psychiatre algérien Khaled Benmiloud dans son ouvrage La Raison paramagique, traitant des fondements du sous-développement des pays du tiers-monde, la raison prélogique domine encore la pensée de ces populations, la pensée religieuse.

Somme toute, à croire que l’Algérien, par sa mue régressive islamiste, éprouve également le même traumatisme à l’idée de s’affranchir de certaines de ses croyances surannées, pourtant inopérantes et inadaptées à notre époque hautement scientifique et technologique. De là découle son rejet instinctif de tout mode de vie incompatible avec sa vision théologique. De là lui vient son refus radical de tout autre modèle de pensée, de vie, d’existence. De là provient sa propension à éliminer toute innovation, à rejeter toute évolution. Et corrélativement son inclination à plier tout Algérien à son mode de pensée et d’existence archaïque, même au prix du terrorisme religieux.

Comme dans le cas de l’enfant, son univers imaginaire prime sur la réalité. Sa pensée religieuse lui dicte d’imposer son mode d’existence, considéré comme unique manière de vivre.

Hors de l’islam, point de salut.

Par Mesloub Khider in New Press/Algérie Patriotique

Pactole à capter pour la France en Algérie et en Tunisie en 2017

Euler Hermes, le leader mondial de l’assurance-crédit, revient sur la situation économique de l’Algérie et de la Tunisie. Quelles sont les forces et les faiblesses de ces économies ? Quelles perspectives futures envisager pour ces deux pays ? Ces deux marchés, géographiquement proche de la France, offrent-ils des opportunités intéressantes aux entreprises tricolores ?

 

Une pesante dépendance aux hydrocarbures pour l’Algérie

 

L’économie algérienne, très dépendante du secteur des hydrocarbures qui représente 40% du PIB et 99% des exportations du pays, paie la faiblesse durable du prix des matières premières. « Les recettes liées aux hydrocarbures sont moins importantes qu’auparavant, et le gouvernement n’a pas réduit ses dépenses de soutien à l’économie. Le déficit budgétaire s’est creusé, et a atteint -12,9% du PIB en 2016. Néanmoins, la dette publique reste contenue, à 13% du PIB en 2016, ce qui est rassurant », développe Stéphane Colliac, économiste Afrique chez Euler Hermes. A court-terme, la croissance de l’Algérie devrait rester plus modérée que par le passé, à +3% en 2017, comme en 2016. Mais ce niveau reste proche de la croissance algérienne moyenne constatée lors de la décennie précédente (4% par an en moyenne), en vertu du soutien apporté par les dépenses publiques.

 

La Tunisie peine à se relever du Printemps Arabe

 

L’économie tunisienne devrait croître de +2% en 2017 (+1,3% en 2016), encore loin des taux enregistrés avant les évènements socio-politiques de 2011 (entre +5% et +6%). Le tourisme, qui représente 14% du PIB tunisien, et l’investissement étranger, deux points forts traditionnels du pays, restent largement affectés par la crise de confiance qui a suivi les perturbations de 2011. « Le climat social reste tendu en Tunisie, entre terrorisme périodique et violences contestataires. De plus, l’Europe, qui représente 80% des débouchés tunisiens à l’exportation, devrait continuer de croitre faiblement. C’est particulièrement le cas de la France et l’Italie, les deux débouchés principaux de la Tunisie. En l’espèce, la croissance tunisienne repose donc beaucoup sur les dépenses budgétaires. Mais avec une dette publique qui a dépassé les 60% du PIB en 2016 et des réserves de change qui représentent moins de 4 mois d’importations, les contraintes qui pèsent sur la Tunisie sont nombreuses », estime Stéphane Colliac.

 

Quelles opportunités pour la France dans ces pays ?

 

Malgré ce panorama d’ensemble pour le moins contrasté, les économies algériennes et tunisiennes continuent de croître. Il existe donc des opportunités à saisir pour les exportateurs français sur ces marchés. Euler Hermes estime que la demande additionnelle adressée à la France en 2017 en provenance d’Algérie et de Tunisie s’élèvera respectivement à +400 millions d’euros et +150 millions d’euros. « Dans ces deux pays, +550 millions d’euros seront à capter pour les exportateurs tricolores cette année, ce qui représente près de 2% de la demande supplémentaire adressée à la France en 2017 (+28 Mds EUR). Des débouchés existent pour nos entreprises dans ces pays géographiquement proches », analyse Stéphane Colliac.

 

Les biens d’équipement qui constituent la majeure partie des exportations de la France vers ces deux pays (50% en Tunisie et 40% en Algérie) devrait en être les principaux bénéficiaires, avec des opportunités additionnelles à saisir à hauteur de +100 millions d’euros en Algérie et +50 millions d’euros en Tunisie.

Obsèques de Lucien Bitterlin : rien à attendre des régimes arabes

Lucien Bitterlin, président de l’Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA) fondée en 1967 pour accompagner la politique arabe du général de Gaulle, n’est plus. Gravement malade, lui qui a consacré sa vie à défendre les pays arabes et la cause palestinienne face aux attaques des lobbies pro-israéliens, est décédé sans connaitre les bouleversements survenus ces dernières années dans ces pays, et c’est tant mieux.

En me rendant, le 17 février dernier, à la cérémonie d’hommage organisée au funérarium des Batignolles, à Clichy, je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait grand monde, à part sa famille, des proches et quelques personnalités l’ayant côtoyé de près. Mais, pour moi, il allait de soi qu’au moins les ambassadeurs d’Algérie, de Syrie et de l’Autorité palestinienne seraient présents ou représentés. C’était la moindre de obligations pour ces diplomates, bien placés pour savoir ce que leur pays lui doivent.

Une balle de 22 Long Rifle

J’ai rencontré pour la dernière fois Lucien Bitterlin en 2006, avant qu’il ne tombe malade. C’était au Palais de justice de Paris. Nous venions d’assister au jugement d’un forcené ultra-sioniste qui nous avait adressé une balle de 22 Long Rifle – ainsi qu’à une vingtaine de pro-palestiniens – assortie d’un message menaçant: « La prochaine n’arrivera pas par la poste ! ».

L’individu, dont la cave était pourtant bourrée d’armes et munitions, n’avait été condamné qu’à une peine symbolique : de la prison avec sursis et à verser… un euro de dommages et intérêts à ses victimes. J’avais trouvé Lucien Bitterlin désabusé. Il y avait de quoi, mais n’avait pas voulu faire appel.

« Avec les Arabes… malgré les Arabes »

Au funérarium des Batignolles, à part sa famille, nous n’étions qu’une quinzaine devant son cercueil. Force m’était de constater que les marques de considération pour les activités de ceux qui les soutiennent n’étouffent pas les régimes arabes. La seule ambassade représentée était celle de l’Autorité palestinienne, d’un peuple qui ne compte heureusement que sur lui-même pour survivre. D’Algérie: pas même un message. De celle de Syrie (à l’Unesco), n’en parlons pas. Une honte… Cela dit, je ne pense pas que l’absence de diplomates arabes à ses obsèques aurait vraiment étonné Lucien Bitterlin. Il savait à quoi s’en tenir quand il disait être « avec les Arabes… malgré les Arabes » !

Le conteur danois Hans Christian Andersen écrivait que « la reconnaissance est la mémoire du cœur ». Pourquoi faudrait-il en attendre de régimes devenus des monstres froids ?

Par Gilles Munier qui a été membre de l’Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA) dès sa création, puis un de ses permanents dans les années 1970. Président de France-Irak actualité

“De la mythologie sioniste à la tragédie palestinienne”

Publié par Gilles Munier sur France-Irak Actualité

Par Ziad Medoukh*  (préface du livre « De la mythologie sioniste à la tragédie palestinienne » de Chérif Abdedaïm)

La cause palestinienne a toujours été celle du peuple algérien. L’Algérie est presque le seul pays arabe dont le gouvernement et le peuple ont soutenu et soutiennent encore la cause et la lutte du peuple palestinien pour ses droits et sa liberté, et ce, depuis l’indépendance de ce pays en 1962 à nos jours.

Donc, il ne serait pas étonnant qu’un enfant de ce peuple, journaliste, écrivain engagé, militant et historien comme Chérif Abdedaïm écrive ce livre captivant sur l’histoire du sionisme, mouvement colonial, basée sur des mythes, des mensonges et des mystifications.

Je ne veux pas revenir sur ce qu’a offert l’Algérie à la Palestine, mais ce qui m’a attiré dans le livre de Chérif Abdedaïm, c’est son approche singulière de cette question centrale sur la scène internationale, en l’occurrence la question palestinienne.

Outre l’explication historique détaillée du conflit israélopalestinien,l’auteur insiste dans son récit sur la propagande sioniste, persistante, pour continuer à occuper et à coloniser la Palestine historique ; passant en revue les différents crimes et massacres israéliens depuis 1948 jusqu’au dernier massacre de Ghaza en 2014 en transitant par celui de Sabra et Chatila en 1982.

Un livre très passionnant qui nous permet donc de comprendre l’histoire du sionisme comme doctrine politique et toutes les mesures illégales en violation des droits fondamentaux du peuple palestinien et des peuples arabes.

Pour comprendre la réalité et l’actualité dans les territoires palestiniens marquées par la poursuite des agressions israéliennes au quotidien à l’encontre des Palestiniens (le mur de l’apartheid en Cisjordanie, l’accélération de la colonisation et le blocus israélien inhumain contre Ghaza et les différentes offensives militaires contre les civils palestiniens), nous devrions lire plusieurs fois ce livre très intéressant qui retrace l’histoire du sionisme depuis 1896 avec la tenue du premier congrès sioniste à Bâle (en 1897) en passant par la déclaration Balfour en 1917 et la déportation des Palestiniens en 1948.

La politique israélienne a toujours été une politique d’instrumentalisation des mythes et de la manipulation de la religion pour continuer à écraser les Palestiniens et les chasser de leur terre d’origine avec la complicité des Nations unies et des pays occidentaux. Le livre de Chérif Abdedaïm nous dévoile cette histoire noire de ce mouvement colonial et raciste.

Dans sa présentation accompagnée des dates, des déclarations et des évènements, Chérif Abdedaïm montre que le mythe sioniste « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » a toujours été d’actualité pour tous les gouvernements israéliens de gauche comme de droite.

Le sionisme sous toutes ses formes (sionisme politique, économique, culturel et religieux) n’a pas réussi à faire partir les Palestiniens de leur terre, ni à faire de la Palestine historique une terre promise pour les juifs du monde ; et ce, malgré la conjugaison de plusieurs facteurs : toutes les mesures répressives israéliennes, la pression du lobby sioniste notamment en Europe et aux États-Unis et les pressions exercées sur les défenseurs et les sympathisants de la cause palestinienne en les accusant d’antisémitisme. Si cette politique sioniste n’a pas réussi, selon l’auteur, c’est parce qu’elle fait face à la détermination d’un peuple qui se bat, un peuple qui résiste, qui existe, qui persiste, un peuple qui a décidé de rester digne sur sa terre.

Pour moi, Palestinien de Ghaza, je place ce livre de Chérif Abdedaïm dans la catégorie des meilleurs écrits sur l’histoire du sionisme. Un livre historique, non seulement fourmillant de détails et de précisions, mais aussi un livre d’analyse, objectif, pour toutes les générations afin qu’elles comprennent que la soi-disant paix israélienne n’est qu’un grand mensonge, une grande mystification comme toute l’histoire du sionisme et que la liberté des Palestiniens ne pourrait être arrachée qu’avec leurs sacrifices et leur combat pour leur indépendance, et ce, avec l’appui de tous ceux qui soutiennent cette juste cause à l’instar de mon ami et frère algérien Chérif Abdedaïm.

*Ziad Medoukh,

poète et écrivain palestinien d’expression française.

Citoyen de Ghaza.

Février 2016

La spoliation d’un peuple recommence,

Un refrain de tragédie,

Des massacres interminables,

L’effusion du sang par une machine militaire,

Des exactions commises par une armée ignoble,

Folie meurtrière et abjecte !

Ainsi,

La violence de l’occupation féroce s’accroît,

L’injustice est à son comble.

« Un soulèvement légitime contre l’injustice »

Ziad Medoukh

Nota : L’ouvrage « De la mythologie sioniste à la tragédie palestinienne » (Editions ANEP. Algérie. septembre 2016) de Chérif Abdedaïm, n’est malheureusement pas diffusé en France…

“Non, Shimon Peres n’était pas un homme de paix”

Les hommages gouvernementaux et médiatiques se succèdent, ce mardi, à l’annonce du décès du dirigeant israélien Shimon Peres, dans sa 93ème année. Chacun y va de ses trémolos sur « Shimon », censé représenter le « camp de la paix » israélien, par opposition aux « faucons » qui dirigent le pays.

C’est de l’enfumage.

Au cours de sa très longue carrière, terminée en apothéose comme président de l’Etat d’Israël, Peres n’a jamais dévié d’un pouce du projet sioniste de conquête et de destruction de la Palestine.« L’homme de paix » ne manquait ni de talent, ni d’entregent en matière de militarisme. Dans les années 1950, il joua par exemple un rôle-clé dans l’acquisition de la technologie d’origine française qui allait permettre à Israël d’introduire l’arme atomique au Moyen-Orient (sans jamais l’avouer, soit dit en passant).

A la différence d’un grand nombre de dirigeants politiques israéliens, Shimon Peres n’avait pas fait préalablement carrière dans l’armée.

Mais cela ne le rendait pas plus pacifiste pour autant. Aucun problème, pour lui, de faire partie de coalitions gouvernementales avec des criminels assumés, comme le terroriste du groupe Stern Yitzhak Shamir devenu Premier ministre dans les années 1980, ou le tristement célèbre Ariel Sharon lors de la terrible vague de répression du peuple palestinien (plusieurs milliers de morts) au début des années 2000.

Lorsqu’il devient lui-même temporairement Premier Ministre – épisode rare, pour l’individu, qui n’était pas très populaire dans l’opinion publique israélienne -, Peres montre que lui aussi sait jouer les « durs ». On lui doit notamment le massacre de Cana, une localité du sud du Liban, où 106 civils, réfugiés placés sous la protection de l’ONU, furent massacrés par les bombardiers de Tsahal.

Jamais hostile à la colonisation des territoires palestiniens, malgré des légendes sur ce point diffusées à l’international, Peres a bien servi jusqu’à ses derniers jours, dans une astucieuse répartition des rôles, en vendant une image floue de « colombe », tandis que ses collègues (Netanyahou, Lieberman, etc) revendiquent leur rôle de brutes.

Pour rappel la lettre de Mordechai Vanunu demandant au Comité du prix Nobel de la paix de retirer son nom de la liste des candidats.au Comité du Prix Nobel, intitulée : “Je ne saurais figurer sur une liste de lauréats incluant quelqu’un tel que Shimon Peres”

Jérusalem-Est occupée, le 1er mars 2009,

Chers membres du Comité du Prix Nobel de la Paix (Oslo),

Je suis Mordechaï Vanunu ; j’ai été nominé à plusieurs reprises à la candidature au Prix Nobel de la Paix. C ’est également le cas, en cette année 2009.

Par la présente, je demande au Comité de retirer mon nom de la liste des candidats, cette année. Je ne saurais en effet figurer sur une liste de lauréats incluant quelqu’un tel que Shimon Peres. Il s’agit, en effet, de l’homme qui a présidé de A jusqu’à Z à la politique d’armement nucléaire israélien.

Peres a créé, puis développé, le centre de production d’armes atomiques de Dimona, en Israël. Exactement comme l’a fait le Dr. Khan au Pakistan, Peres a été l’homme derrière la prolifération d’armes atomiques vers l’Afrique du Sud et d’autres pays. Il a aussi été, à titre d’exemple, à l’origine du programme de tests d’armes nucléaires en Afrique du Sud, à partir de 1978.

C’est ce même Peres qui a ordonné que je sois kidnappé à Rome, en Italie, le 30 septembre 1986, et qui a diligenté le procès secret qui m’a condamné pour espionnage et trahison à dix-huit années de prison de haute sécurité, dans un isolement total, en Israël.

Jusqu’à ce jour, il persiste à s’opposer à ma liberté et à mon élargissement, ce, en dépit du fait que j’ai effectué la totalité de ma condamnation, soit dix-huit ans d’incarcération.

Pour toutes ces raisons, je ne veux pas être nominé et je n’accepterai aucune nomination.

Je dirai « Non » à toute nomination de cette nature, aussi longtemps que je ne serai pas libre, c’est-à-dire, aussi longtemps que je resterai contraint à ne pas quitter le territoire israélien.

 

par Euro-Palestine

Tunisie-Davos: un recul de 55 places depuis 5 ans… Vive la démocratie !

  • Les professionnels des revendications injustifiées et des sit-in devenus les maîtres du pays en l’absence d’un Etat fort capable de faire régner l’ordre et de dénoncer les abus de ceux-là mêmes qui prétendent être les plus honnêtes, les plus intègres et les plus sensibles aux maux du peuple.
    Travailler, produire, exceller… En quoi ceci est-il contradictoire avec les droits des travailleurs?
    Et si dépassements il y a, pourquoi ne pas résoudre les conflits par les négociations plutôt que par les rapports de force en brimant l’Etat, son prestige et l’affaiblissant au point où le célèbre dicton du «Azri akwa min sidou» est devenue de mise aujourd’hui?
    Pourquoi les cadres syndicaux ne se positionnent pas dans la logique de la préservation et des droits des travailleurs et de celle de l’entreprise?
    Qu’est-ce qui fait que la valeur travail ait autant perdu de sa valeur et que l’image des sit-in, des grèves et des revendications, des fois justifiées, d’autres injustifiées aient acquis autant de «noblesse» dans un pays qui était considéré comme l’un des meilleurs en matière d’IDE? Comment pouvons-nous détruire notre tissu économique et prétendre être des patriotes?

  • En l’espace de deux semaines, deux grandes entreprises ont plié bagages: Lear Corporation à Borj Cedria, qui s’est implantée au Maroc et a créé 4.000 postes d’emplois, et Bruel Confection à Bizerte. Les travailleurs sont en chômage? Pourquoi pas, ils pourraient bien trouver un moyen de pression pour se faire recruter ailleurs, après tout, cela s’est vu dans d’autres régions du pays, alors pourquoi pas à Bizerte ou dans la banlieue sud de la capitale?
    Faiblesse de l’Etat? Absence de vision?
    La Tunisie est pénalisée par Davos à cause du recul de presque tous ses indicateurs de compétitivité économique. Mais ce n’est pas grave, nous avons la démocratie, la liberté d’expression, l’anarchie, la corruption, l’affairisme, la contrebande pour remédier aux maux socioéconomiques du pays! Les discours dont la résonance a eu pour conséquence le classement de la Tunisie 95ème à Davos, soit loin derrière le Maroc et l’Algérie. La Tunisie était classée 32ème en 2010!
    Voici du reste ce qu’a écrit l’universitaire Chokri Mamoghli: «La chute continue, nous ne faisons que reculer. La dernière dégringolade est celle enregistrée dans le classement Davos 2016-2017 publié aujourd’hui. Nous passons de la 92ème à la 95ème place, alors qu’en 2010 nous étions 32ème dans le monde et deuxièmes en Afrique.
    Cette chute ne va pas s’arrêter si l’on continue à procéder de la même manière. Avec laxisme et ignorance. De lâcheté en lâcheté, de compromission en compromission, de reculade en reculade, de pantalonnade en pantalonnade, le pouvoir est en train d’enfoncer le pays dans la médiocrité. Les mains continuent à trembler. Peut-être même plus qu’hier. Alors que nous étions leaders incontestés dans le Maghreb, nous voici troisième, dépassés en matière de compétitivité par le Maroc et par… l’Algérie»
    De toutes façons, que toutes ces firmes internationales qui «sucent le sang ne nos travailleurs productifs, engagés, passionnés par leur travail et croyant en leur apport au développement économique de leur pays et sa croissance» dégagent! Nous n’en avons pas besoin!
    Même l’appel du mufti de Tunisie, «à cesser les grèves et manifestations pour “sauver” une économie en difficulté», n’a pas trouvé grâce aux yeux de ceux qui trouvent qu’on n’en fait pas assez.
    Tant pis pour une Tunisie gouvernée aujourd’hui par le populisme et les démagogies, où la loi du plus fort est toujours la meilleure.
    Quant à l’Etat, il faudrait peut-être lancer un mandat d’amener pour le retrouver!
  • Par Amel Belhadj Ali  pour webmanagercenter.com

Comment Laurent Fabius a ruiné, décrédibilisé et démoralisé la diplomatie française(*)

Le pire ministre des Affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire. C’est là que le bât blesse.
Le départ d’un ministre aussi étranger aux affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar Al-Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.
Le partant était un pilier du «groupe des amis de la Syrie», dont la liste des Etats membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’Otan sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser [la France] à l’avant-garde des va-t-en-guerre de la vertueuse «communauté internationale». N’est-ce pas lui qui, mi-dépité mi-gourmand, estimait en juillet 2012 qu’il «reste encore quelques renforcements possibles en matière de sanctions», insistant pour que la Grèce cesse d’importer du phosphate syrien ?
Le club Elisabeth Arden (Washington, Londres, Paris), qui prétend depuis un quart de siècle incarner la «communauté internationale», s’est transformé au fil des dernières années en un directoire de pères fouettards ayant pour inspirateurs les néoconservateurs de «l’Etat profond» des pays d’Occident et d’ailleurs, et pour alliés privilégiés les régimes moyen-orientaux les plus portés sur la flagellation. En 2011, après l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Palestine, la Yougoslavie, l’Iran ou l’Ukraine et quelques autres, nos pères fouettards, pourtant bien absorbés par leur tâche du moment (protéger les populations civiles de la Jamahiriya libyenne en les bombardant, avant de liquider physiquement Kadhafi, ndlr), vont réserver à la Syrie un traitement de choix. C’est ainsi que les sanctions vont pleuvoir en giboulées dès les premiers beaux jours.
En juillet 2012 (on taira par décence le nom du journal et ceux des journalistes), une vidéo apparaît sur le Net avec un titre en forme de question qui tue : «A quoi servent les sanctions contre la Syrie ?» Celle-ci, note le commentaire écrit, «fait depuis plus d’un an l’objet de mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale, avec un succès mitigé». Il faut «punir et étouffer économiquement le régime de Bachar Al-Assad, qui réprime dans le sang ses opposants : tel est l’objectif». On n’aura pas fini d’entendre cette rengaine.
Notre vidéo précise que, le 23 juillet 2012, l’Union européenne a adopté un nouveau train de sanctions, pour la dix-septième fois en un an (sic). Elle rappelle que les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Suisse, la Turquie et la Ligue arabe (kidnappée par le Qatar et les régimes du Golfe) ont pris des mesures équivalentes.
Sans dresser une liste interminable des sanctions imposées, renouvelées et renforcées les années suivantes, il n’est pas inutile de rappeler au passage, à l’attention des distraits, des ignorants ou des bonnes consciences, le script général du chef-d’œuvre des dirigeants occidentaux et de leurs bureaucraties sadiques :
1 – D’abord viennent les sanctions classiques «de mise en situation» par le Conseil de Sécurité, prises en mai 2011 :
Les premières mesures prises par l’Union européenne concernent la mise au ban (refus de délivrer des visas) et le gel des avoirs de 150 personnalités du «régime syrien».
Par ailleurs, une cinquantaine de sociétés «soutenant le régime» sont soumises à boycott dont cinq organismes militaires, conformément à l’embargo adopté «sur les exportations d’armes et de matériel susceptible d’être utilisé à des fins de répression». Il est ainsi interdit d’exporter vers la Syrie des équipements, des technologies ou des logiciels destinés à surveiller ou intercepter des communications sur Internet ou les téléphones.
2 – Le 10 août 2011, le gouvernement américain prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunications syriennes et les banques liées à Damas, empêchant les citoyens étatsuniens de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés aux Etats-Unis sont gelés, autant dire volés. Hillary Clinton annonce dans la foulée un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie.
Imitant aussitôt ses maîtres, l’Union européenne décide de plusieurs trains de sanctions supplémentaires, y compris un embargo sur le pétrole.
La dernière salve visera à réduire les échanges commerciaux afin de finir d’asphyxier l’économie du pays.
3 – Viendront ensuite les sanctions diplomatiques (rappel des ambassadeurs en consultation) décidées dès l’automne 2011, après le double véto russo-chinois sur le projet de résolution islamo-occidental visant à provoquer en Syrie un processus à la libyenne. Les Etats-Unis ayant rappelé de Damas leur ambassadeur du troisième type, plusieurs Etats de l’Union européenne rappellent les leurs.
Juppé rappellera le sien une première fois le 17 novembre 2011 : «erreur fatale» pour le ministre ordinateur. Après un faux retour, ce sera le départ définitif en février 2012. Nommé en mai 2012, Fabius fera encore mieux : à peine intronisé, il expulsera l’ambassadrice de Syrie à Paris, ayant oublié que cette dernière est également représentante auprès de l’Unesco et qu’il ne peut la contraindre au départ.
4 – En 2012, ce sera la fermeture de la compagnie aérienne Syrianair à Paris, puis l’interdiction de toute liaison aérienne entre la France et la Syrie et, plus généralement, entre les capitales européennes et Damas. Etc.
Hélas, se lamentent des experts pleins d’onction et de componction, tout le monde n’est pas d’accord pour mettre en place un embargo, ce qui en limite la portée. La belle unanimité qui, de 1991 à 2011, a rassemblé les cinq permanents du Conseil de sécurité autour des trois Occidentaux n’existe plus et c’est un élément déterminant qui permet de briser l’arrogance et la toute-puissance des puissances atlantiques. Des doigts accusateurs pointent «certains pays qui ne jouent pas le jeu» (sic). Mais est-ce bien un jeu ? La Russie et la Chine soutiennent le gouvernement et l’Etat syriens : ils seront priés de «rejoindre la communauté internationale» (sic). La Syrie peut également compter sur l’aide multiforme de son allié, l’Iran, mais celui-ci est déjà sous de lourdes sanctions. D’autres pays, comme le Brésil, ne soutiennent pas les Occidentaux. En outre, certains Etats traînent les pieds au sein de l’Union européenne, et les accrocs aux engagements pris contre Damas se multiplient.
Ce blocus qui asphyxie progressivement la Syrie est certes difficile à mettre en œuvre, mais que nos perfectionnistes se consolent : il est indéniable que les résultats escomptés sont là. Après cinq années de sanctions et d’acharnement collectif, le peuple syrien est épuisé et vit dans des conditions terrifiantes. Nos grands dirigeants, si bons et si pudiques, ne connaissent-ils pas la vérité, non pas celle de leurs protégés émigrés qui vivent au chaud ou au frais à l’ombre de leurs protecteurs, mais la vérité des habitants qui ont tenu bon dans leur pays. Loin du paradis de la révolution auquel les premiers feignent de croire, loin du paradis auquel aspirent les djihadistes démocratiques et les terroristes modérés, c’est un enfer que vivent les Syriens de la Syrie réelle, un enfer qu’ils doivent au fanatisme de leurs «libérateurs» et de leurs alliés turcs ou arabes ainsi qu’au sadisme de l’«Axe du Bien», parrain des terroristes et grand déverseur de punitions devant l’éternel.
Les sanctions sont parvenues à détruire un pays qui était plutôt prospère, quasiment sans endettement, autosuffisant pour l’essentiel de ses besoins et globalement bien parti. Elles ont fini par entamer le tissu national syrien, soudé par une tolérance «laïque» assez exemplaire, sans réussir toutefois à le déstructurer. Le but de ce politicide était (et reste toujours) de démoraliser les populations, en les amenant à perdre confiance dans la légitimité de leur Etat, de leur gouvernement, de leurs dirigeants, de leurs institutions, de leur armée, tout en leur donnant l’illusion que l’Occident est heureusement là pour les «sauver du tyran qui les massacre» et accueillir en son sein les réfugiés et les transfuges.
Le terrible bilan enregistré en Irak – un million et demi de morts, dont 500 000 enfants – est là pour rappeler que les sanctions sont une arme de destruction massive, utilisée avec un total cynisme par les «maîtres du monde». Pour Madeleine Albright évoquant sans doute des «dégâts collatéraux», «cela en valait la peine». On voit le résultat.
En Syrie, les «punitions» occidentales ne sont pas mieux intentionnées. Elles visent à mater un peuple résistant et à le forcer à accepter la fatalité d’un changement de régime, ou bien à l’amener à fuir ou à déserter… Quitte à saigner le pays de sa jeunesse déjà formée, de ses cadres aspirant à vivre mieux dans un climat de paix… Quitte à faire de ces réfugiés un peuple de mendiants, à la merci des trafiquants de toutes spécialités : en témoignent ces femmes et enfants installés la nuit au coin des boulevards parisiens par des équipes inquiétantes.
Depuis cinq ans, nos politiciens combinards, nos journalistes complaisants, nos intellectuels perdus ou dévoyés participent, à quelques exceptions près, à l’énorme conspiration du mensonge qui fait passer la Syrie souveraine et légale pour usurpatrice et massacreuse, et ses agresseurs et leurs parrains, orientaux ou occidentaux, pour des libérateurs révolutionnaires. Outre l’horreur et l’effroi que soulèvent les images de cette guerre sauvage, comment ne pas avoir la nausée devant l’aveuglement, volontaire ou non, de nos élites qui préfèrent donner du crédit aux mensonges de leurs alliés et protégés criminels plutôt qu’aux témoignages innombrables des victimes qui désignent sans ambiguïté leurs bourreaux ? Comment ne pas avoir la nausée devant cette complicité assumée, à peine camouflée par une omerta systématique ? Comment enfin ne pas frémir devant cet aplomb et cette bonne conscience bétonnée de nos faiseurs d’opinion ?
La solution ne consiste pas à accueillir en Europe les réfugiés que l’on a d’une façon ou d’une autre créés en alimentant la guerre universelle d’agression et le djihad en Syrie. Il faut lever immédiatement, sans délai et sans conditions, les sanctions qui sont destinées à briser tout un peuple. Il faut mettre fin à la guerre et non en décupler l’impact par les moyens minables, sournois et iniques que sont les sanctions à la mode occidentale.
Il faut rendre justice à ce peuple martyrisé et humilié. Et la plus élémentaire des justices, la première, est de ne plus couvrir d’un voile de vertu les criminels féroces qui cherchent à détruire au nom de l’intolérance la Syrie tolérante. Elle implique également de ne plus cautionner les impudeurs des maîtres fouettards qui punissent en toute impunité avec la morgue des arrogants. Assez de mensonges, assez d’hypocrisie, assez de leçons.
Répétons-le, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates qui tuent la Syrie et son peuple. Ni dans un mois, ni dans un an, mais maintenant. Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une affaire d’honneur, et la France s’honorerait en prononçant, pour sa part et à titre national, la levée des sanctions.

Par Michel Raimbaud
In Afrique Asie
(*)Titre originel : Le mensonge, la nausée et les sanctions.

Que recherche le clan Bouteflika en changeant le chef du DRS algérien?

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika s’est séparé de son chef du renseignement militaire, qui a passé plus d’un demi-siècle au service de l’Etat, dont vingt-cinq ans à ce poste. L’information a été rendue publique par communiqué dimanche 13 septembre. Le général Mediène, appelé « général Toufik », a été admis à la retraite et remplacé par Athmane Tartag, un général-major à la retraite jusqu’ici conseiller du chef de l’Etat. Comment interpréter ces mouvements à la tête du puissant Département du renseignement et de la sécurité (DRS) ? Eléments de réponse.

Depuis longtemps, on prête à Abdelaziz Bouteflika et Mohamed Mediène, 76 ans, l’un des hommes les plus puissants du pays, des relations tendues. « C’est lié à l’affaire Sonatrach et à d’autres affaires de corruption qui remontent à l’époque de l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, expliqueAkram Kharief, spécialiste des questions de défense en Algérie. Il y a aussi des rumeurs qui disaient avant chaque présidentielle que le général Toufik était opposé à un nouveau mandat de Bouteflika », ajoute-t-il. Selon M. Kharief, ainsi « plusieurs interprétations pourraient être données » au départ du général.

Cette restructuration « ouvrira peut-être la voie vers une plus grande autorité civile en Algérie, une perte d’emprise des services secrets sur le monde politique et économique », analyse-t-il. Mais cela peut aussi s’interpréter « comme une victoire d’un camp sur un autre ou un renforcement du pouvoir présidentiel. Le communiqué annonçant la mise à la retraite du général Mohamed Mediène est parvenu à l’APS (Algérie Presse Service) par la Présidence, et il stipule bien que l’ordre a été donné par le président de la République. Et la nomination du successeur est aussi le fait du Président lui-même, et non pas de l’état-major ou de quiconque », note l’analyste.

Lequel des deux a pris l’initiative de restructurer les services algériens ?

Alors faut-il voir dans ce limogeage du général Toufik une victoire du clan Bouteflika et un renforcement de la Présidence ? Il est vrai que cette annonce présidentielle est la dernière d’une série de décisions visant à réduire l’influence du DRS en émiettant les services. Selon Adlène Meddi, rédacteur en chef du média algérien El Watan, « la première théorie dit que c’est le président Bouteflika qui a pris l’initiative de déstructurer le DRS, pour rester dans l’histoire de l’Algérie comme le seul général civil, celui qui a pu damer le pion aux faucons miliaires à partir des années 2004-2005. »

Une première théorie, selon le journaliste algérien, qui s’accompagne cependant d’une autre thèse : « La deuxième thèse dit plutôt que c’est le général Toufik, qui est un intriguant très fantomatique, qu’on ne comprenait pas très bien, qui reste toujours très caché, qui aurait lui-même décidé de ce démantèlement afin de préparer sa retraite, son départ, et ne pas laisser ce Léviathan extraordinaire qu’il avait créé dans les années 1990. Le DRS est la concentration de la communauté de renseignement en Algérie en un seul service, qui était présidé par le général Toufik. Donc les deux théories se tiennent toutes les deux, d’où la difficulté de comprendre exactement ce qu’il s’est passé depuis deux ans entre les deux hommes. »

Source RFI