La France ne réinterviendra pas militairement en Libye

La France n’interviendra pas militairement en Libye, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, dans la foulée des précisions apportées par le chef de l’Etat sur l’opération de démantèlement de réseaux de passeurs décidée lors de sa tournée africaine.
En marge du sommet Union européenne-Union africaine d’Abidjan, Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mise en place d’une task-force de lutte contre les trafiquants d’êtres humains en Libye entre l’UE, l’Union africaine et l’Onu, avant de préciser le lendemain qu’aucun envoi de forces militaires et de policiers français n’était “prévu à ce stade”.
“Il n’y aura pas d’intervention militaire de la France”, a déclaré Benjamin Griveaux lors du Grand Rendez-vous Europe 1-CNEWS-Les Echos.
“Il faut qu’il puisse y avoir une force interafricaine qui puisse intervenir ; la France et l’UE peuvent être là en soutien sur l’intelligence, sur les services, sur le renseignement, sur la technique”, a-t-il ajouté, soulignant que l’opération serait conduite par des contingents militaires interafricains.
Responsabilité de la France
“C’est le chaos en Libye. On a fait la guerre mais nous n’avons pas préparé la paix, et il y a là une responsabilité. Aujourd’hui des gens y meurent, il fallait donc que la France prenne cette initiative dans le cadre européen.”

Macron: «Les crimes de la colonisation européenne sont incontestables»

Le chef de l’Etat a prononce un discours ce matin devant 800 étudiants de l’Université de Ouagadougou. S’exprimant sur l’esclavage de migrants en Libye, Emmanuel Macron a annoncé qu’il allait «proposer une initiative euro-africaine» pour «frapper les organisations criminelles et les réseaux de passeurs» qui exploitent les migrants subsahariens dont certains sont réduits en esclavage.

M. Macron a également annoncé «un soutien massif à l’évacuation des personnes en danger» en Libye, qualifiant la vente de migrants comme esclaves de «crime contre l’humanité», lors d’un discours devant des étudiants burkinabès. Contrairement à ce qu’ont pensé certains,
ce n’est pas l’intervention militaire franco-britannique qu’il a qualifié ainsi.

La colonisation et non l’intervention

«Il y a eu des fautes et des crimes, des grandes choses et des histoires heureuses», mais «les crimes de la colonisation européenne sont incontestables», a déclaré le président Macron. C’est «un passé qui doit passer», a-t-il ajouté.
Le président français Emmanuel Macron a également promis que tous les documents français concernant l’assassinat de l’ancien président burkinabè Thomas Sankara en 1987 seraient “déclassifiés”.
“Les archives sont aujourd’hui disponibles et ouvertes à la justice burkinabè, sauf pour les documents classifiés et couverts par le secret défense. J’ai pris un engagement clair et je viens de le dire au président Kaboré: ces documents seront déclassifiés pour la justice burkinabè qui aura accès à tous les documents sur l’affaire Sankara”, a déclaré le président français lors d’un point presse.
La mort de Thomas Sankara, devenue une figure panafricaine, était un sujet tabou pendant les 27 ans de pouvoir de l’ancien président Blaise Compaoré, qui a succédé au “père de la révolution”.

Souad Ayada, nouvelle présidente du Conseil supérieur des programmes

Jean-Michel Blanquer a annoncé, sur son compte twitter, la nomination de Souad Ayada, inspectrice générale de philosophie, comme nouvelle présidente du Conseil supérieur des programmes. Le poste était jusqu’à présent occupé par Michel Lussault qui avait annoncé sa démission le 26 septembre dernier.
Agrégée et docteur en philosophie, Souad Ayada est spécialiste de philosophie et de spiritualité islamiques. Elle a écrit un ouvrage sur “Avicenne” (Ellipses, 2002) et plusieurs articles sur l’esthétique de l’islam et les arts islamiques.

Dieudonné au Dôme de Marseille devant 8 000 spectateurs

L’humoriste contesté, condamné pour incitation à la haine et tenue de propos antisémites, a présenté devant un public de 8 000 personnes ravies son nouveau spectacle, « La Guerre », ce qu’aucun de ses confrères ne réussit à faire !

Cette succession de salles combles (Dieudonné avait déjà triomphé quelques jours auparavant en région Auvergne Rhône-Alpes devant des salles pleines) énerve ses opposants, dont Manuel Valls qui exigent une culpabilisation des fans qui se rendraient au spectacle de Dieudonné, sans préciser de quelle manière il compte s’y prendre…

« Faites des photos pour Jean-Claude Gaudin, dites-lui que ça s’est bien passé et que nous sommes des gens de paix ». Dimanche dernier, Dieudonné a savouré sa revanche sur le maire de Marseille. Sur la scène du Dôme, devant une salle comble de huit mille personnes, le comique interdit de médias a eu droit à une standing ovation à l’issue de son nouveau one-man-show intitulé La Guerre.
En septembre, la mairie de Marseille avait annulé le contrat de location avec sa société de production, estimant que le spectacle était « susceptible d’engendrer des troubles à l’ordre public ». Le 13 novembre, le Conseil d’Etat a débouté la municipalité phocéenne en faisant valoir qu’une annulation porterait « une atteinte grave à la liberté d’expression ».
Une dizaine de cars de CRS étaient visibles près de l’entrée du Dôme dimanche soir mais aucune manifestation ni banderole n’ont perturbé l’entrée du public. De tous âges et de toutes origines, les spectateurs ont entonné avec Dieudonné une chansonnette à l’encontre de Jean-Claude Gaudin et applaudi à tout rompre leur idole lorsqu’il reconnaît avoir « un casier judiciaire long comme le bras ».
Atteinte grave à la liberté d’expression
Malgré (ou à cause de ?) son itinéraire, Dieudonné continue à remplir les salles contrairement à la plupart des humoristes soutenus par les médias. Le 28 octobre, il jouait à guichets fermés au Summum à Grenoble et, après Marseille, il poursuivra sa tournée dans les Zenith de Toulouse, Nantes, Montpellier, et à la patinoire de Bordeaux. Il annonce d’ores et déjà un prochain spectacle intitulé L’Emancipation, en avril 2018 à Toulon. Internet – via son site, son compte twitter et sa page Facebook – lui permet de fidéliser son public, ses « quenelliers », comme il les appelle, en référence au geste de la « quenelle  » (un bras tendu vers le bas), signe de révolte bien profonde, devenu signe politique de ralliement de ses partisans.

Dans La Guerre, les mots « juif » et « Shoah » ont disparu. Le comique de l’ombre affirme qu’il en a « marre d’être traité d’antisémite ». Un mannequin soldat et des caisses militaires en bois composent le décor. Une voix off prévient : « Nous sommes sous le feu nourri de perversions et de mensonges. L’attaque que nous subissons est désespérée. Des forces de manipulation du système jouent la carte du tout pour le tout. Restez calme et gardez votre sens de l’humour ». Dieudonné, vêtu d’un long manteau jaune à capuche pointue, arrive au son d’une musique d’église. Tel un guide spirituel, il s’installe à sa chaire.
Emmanuel Macron et Jacques Attali moqués
« Si je prie c’est pour éviter une guerre thermonucléaire généralisée, lance le polémiste qui vient de se voir signifier par la cour d’appel de Paris son expulsion du théâtre de la Main d’or. Je reviens de Corée du Nord, c’est chaud. J’ai des gosses. Ça ferait un pincement au cœur de les voir atomisés ou shootés à la kalachnikov en allant voir un spectacle au Bataclan. La guerre est devenue free style. L’Etat nous dit qu’il faut s’habituer aux attentats. On essaie mais ce n’est pas évident ».

S’étonnant qu’autant de monde soit dans une salle de spectacle en plein état d’urgence, au lieu de « stocker du riz » en attendant le « chaos », Dieudonné tacle « une société qui part en couille », où « les enfants ne font plus la différence entre le défilé du 14 juillet et celui de la Gay Pride », et un pays qui « s’est choisi un banquier comme président ». Son texte n’épargne personne. Emmanuel Macron et Jacques Attali sont conspués, et les « élites » accusées de « sacrifier » le peuple « en nous abandonnant à notre propre barbarie, seule solution pour retrouver la croissance et le plein-emploi ». Le public, représentatif de la diversité à la française, est hilare. Et en redemande…

L’Afrique s’indigne du sort des clandestins vendus comme esclaves en Libye

Qu’ils viennent du Guinéen Alpha Condé, du Nigérien Mahamadou Issoufou, du Sénégalais Macky Sall ou du Malien Ibrahim Boubacar Keïta, les messages de condamnation se multiplient au lendemain de la diffusion d’une vidéo montrant des personnes vendues sur un marché en Libye. Ce reportage, tourné par la chaîne américaine CNN, sur l’existence de ventes aux enchères en Libye de candidats à l’émigration clandestine, suscite aussi l’indignation de la société civile.
Même cri du cœur poussé par l’artiste ivoirien Tiken Jah Fakoly, installé au Mali. « Nous dénonçons l’esclavage dont sont victimes nos frères et sœurs en Libye », a-t-il lancé. L’artiste souhaite mobiliser la jeunesse africaine. « Nous ne pouvons pas rester silencieux face à cette situation », poursuit-il.
A Daloa, ville du centre-ouest de la Côte d’Ivoire, fortement touchée par l’émigration irrégulière de jeunes vers l’Europe, cette vidéo choque et interpelle les acteurs locaux, qui tentent de sensibiliser les habitants sur les dangers de ce voyage périlleux.
« Nous avons entrepris des démarches pour faire revenir des jeunes de notre commune », affirme Soro Mamadou, le président de l’Union de la jeunesse communale de Daloa. « Jusque-là, nous étions au courant que des jeunes étaient enfermés dans des prisons, et qu’on sollicite leurs familles pour donner de l’argent, mais ça, les ventes aux enchères, ça nous dépasse », souligne-t-il avec dégoût.
Une pétition a été lancée cette semaine pour demander la fermeture de ces sites et l’arrêt de cette pratique. Elle a recueilli plus de 89 000 signatures en moins de deux jours.

Libye: Réduction du nombre d’entreprises mandatées par les autorités pour le contrôle de marchandises

Conformément à la décision de la Banque Centrale de Libye (Circulaire 96 publiée le 30 avril 2015), un Certificat d’Inspection est obligatoire pour toutes les exportations vers ce pays. Par conséquent, les expéditions à destination de la Libye doivent donner lieu, préalablement à leur embarquement, à une inspection qui porte sur la quantité, la qualité et le prix des marchandises.
Seules les sociétés mandatées par les autorités Libyennes :sont habilitées à effectuer ces contrôles :
Bureau Veritas
https://verigates.bureauveritas.com/
Intertek France
http://www.intertek-france.com/
SGS Monitoring
http://www.sgs.com/

Source  CCIP

europemaghreb.fr, une présentation rajeunie

Nous avons le plaisir de vous proposer la nouvelle version de notre site d’information europemaghreb.fr & Partenariat Europe Maghreb, édité à Paris.
Depuis bientôt vingt ans, par des informations brèves et précises, nous offrons un panorama sur l’actualité des deux rives, permettant de suivre les principaux secteurs d’activités de l’Algérie, de la Libye, du Maroc, de la Tunisie et de la Mauritanie, soit du Grand Maghreb.
Face au pari de la mondialisation, il nous paraît vital de développer une coopération euro-maghrébine positive, dans le respect des identités et sans ingérences.
C’est la vocation, depuis ses débuts, de Partenariat Europe Maghreb & europemaghreb.fr
Au delà d’une actualité passionnante, il s’agit aussi, et plus simplement, de découvrir ou de redécouvrir combien des siècles d’échanges économiques, scientifiques, culturels, etc. nous ont enrichi et nous enrichissent encore.

Hugues Wagner
directeur de la publication

Oussama Romdhani: La Tunisie, l’Occident et le « printemps arabe »

Bien que la Tunisie continue à bénéficier d’un préjugé favorable à Washington, il est peu probable que cela puisse se traduire par l’octroi d’une assistance à même de permettre au pays de surmonter les défis économiques et sécuritaires auxquels il est confronté.

 

 

Oussama Romdhani

D’aucuns à Washington, et dans le monde occidental en général, estiment que la Tunisie est l’exemple de ce que le « printemps arabe » aurait pu apporter. Pour d’autres, le cas de la Tunisie a parfois représenté le seul argument pouvant être invoqué pour justifier les attentes optimistes suite aux soulèvements qui ont secoué le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord après 2010.
L’expérience tunisienne est restée un cas à part malgré les généralisations impétueuses au sujet d’un invraisemblable effet de domino démocratique dans le monde arabe. Le Président tunisien Béji Caïd Essebsi a lui-même réfuté cette tendance. « Il n’y a pas ‘de printemps arabe’, a-t-il dit, « en fait, il n’y a qu’un début de « printemps tunisien ».
Pour la plupart des occidentaux, le cas de la Tunisie vient tout simplement rappeler, a contrario, les guerres, la violence et la dévastation qui continuent de ravager nombre de pays de la région depuis 2011. 
Aujourd’hui, la question qui revient à l’esprit de la majorité des Américains et des Européens est de savoir pourquoi la transition pacifique qui a été possible en Tunisie ne l’a pas été dans d’autres pays arabes.
La réponse, qui échappe toujours à de nombreux Occidentaux est que, depuis son indépendance voire même depuis le XIXe siècle, la Tunisie a connu une évolution différente de celles de la plupart des autres pays arabes. En 2010, la société tunisienne était nettement en avance par rapport au régime politique en place; et c’était seulement la réticence du pouvoir d’introduire les réformes idoines qui avait précipité la révolution. Pareilles conditions n’existaient pas dans d’autres pays arabes et leur absence ne pouvait être compensée ni par les interventions étrangères ni par les violences. Celles-ci ne pouvaient qu’aggraver la situation, chose qu’elles n’ont pas tardé à occasionner.
Tout en bataillant pour préserver ses acquis, la Tunisie n’est pas pour autant au bout de ses peines. Elle cherche toujours les moyens lui permettant de remettre son économie sur les rails, de donner de l’espoir à sa jeunesse mécontente et de protéger le pays du terrorisme.
Les responsables et experts américains savent pertinemment les nombreux défis devant être relevés par la Tunisie. Seulement, les Américains, comme les Européens, sont trop absorbés par leurs propres préoccupations internes pour envisager une initiative majeure de soutien économique à la Tunisie.
De toute évidence, le temps des Plans Marshall est définitivement révolu.
S’il est vrai que pratiquement toute la classe politique et les experts US souhaitent voir la Tunisie réussir sa transition démocratique, il faut vraiment chercher longtemps pour trouver parmi eux quelqu’un qui soit disposé à prôner la prise en charge de la facture des défis économiques et sociaux en Tunisie.
Aussi paradoxal que cela puisse paraitre,  il est relativement décevant pour certains que la transition démocratique et paisible en Tunisie soit en fait une exception et non un modèle pouvant être dupliqué dans le reste de la région.
Dans le discours politique américain, l’on peut déceler des traces du  « Freedom Agenda » du président américain George W. Bush ou des autres incarnations connexes de l’ère Obama.  Mais désormais face aux situations actuelles de crises et de conflits, les décideurs politiques européens et américains sont de plus en plus enclins à se contenter d’objectifs moins ambitieux que la promotion de la démocratie. La recherche de la paix et de la sécurité est désormais un objectif plus réaliste et suffisant.
Bien que l’expérience tunisienne trouve toujours une place importante au cœur du débat sur l’engagement américain dans le monde arabe, la nature du débat lui-même a cependant beaucoup changé. La détérioration de la situation dans la région depuis 2011 a engendré une quête non avouée d’hommes forts pouvant au moins maîtriser les événements. Il fait dire qu’une telle tendance se constate aussi bien au sein de la classe politique en Occident que dans de nombreux pays arabes.
La politique libyenne de l’Occident en est la meilleure illustration. La priorité, pour les Etats-Unis et l’Europe, serait de trouver quelqu’un ou quelque chose à même de contrecarrer les risques de l’immigration illégale et de la contagion djihadiste. De nombreux Libyens voudraient eux-aussi trouver quelqu’un ou quelque chose qui leur rendrait la vie supportable. Pour l’instant, les citoyens de la Libye, ainsi que ceux de la Syrie, de l’Irak et du Yémen, sont beaucoup plus préoccupés par leur survie plutôt que par la promotion de la démocratie. 
Face à l’expérience tunisienne, de nombreux défenseurs occidentaux de la démocratie sont plutôt déçus de constater qu’une transition démocratique réussie ne se soit pas révélée être un antidote efficace contre l’extrémisme et le terrorisme ; d’où leur incapacité à comprendre comment un pays qui a reçu le prix Nobel de la paix pour avoir réussi sa transition démocratique soit en même temps un pays exportateur de terroristes.
La relation entre la Tunisie et l’Occident n’est pas sans autres paradoxes.
Tout comme les Américains et les autres occidentaux qui arrivent à peine à dépasser leur conviction simpliste que l’expérience tunisienne pourrait être d’une façon ou d’une autre reproduite à travers la région, les Tunisiens sont en train de se libérer doucement de l’idée chimérique que l’Occident viendrait à leur secours avec des moyens conséquents.
La Tunisie ne doit pas, et ne devrait pas, s’attendre à ce que les Etats-Unis ou l’Europe viennent la sauver.
Bien que la Tunisie ait encore un long et difficile chemin à parcourir, elle est cependant en mesure d’arriver à bon port en comptant sur ses propres ressources, et ce, tout en prenant en compte certaines considérations.

 

 

 

 

– Une vue générale des équipements militaires offerts par les Etats-Unis à la Tunisie- REUTERS/Zoubeir Souissi

Il est du devoir de la classe politique en Tunisie de concentrer son énergie sur la bataille de la transition socio-économique — bataille qu’elle peut remporter — plutôt que sur les querelles intestines inutiles.
Toutefois, la relance économique en Tunisie d’une manière durable est tributaire dans une large mesure d’une solution permanente au problème libyen. C’est justement là où les Etats-Unis et l’Occident pourraient apporter leur aide à la Tunisie en redoublant d’effort à l’échelle internationale pour arriver à un règlement permanent et réel de la crise libyenne.
Les Etats-Unis disent appuyer l’initiative des Nations Unis en Libye conduite par le médiateur libanais Ghassan Salamé. Fort du soutien de l’opinion US, Washington semble aussi déterminé  à entrer en action en Libye si « l’Etat Islamique » relève trop la tête de nouveau en Libye. Une enquête récente du Middle East Institute à Washington a indiqué que 82% des Américains interrogés seraient favorables à l’entrée en guerre des Etats-Unis contre « l’Etat Islamique ».
Même si les Etats-Unis décidaient de s’engager davantage en Libye pour faire face à une résurgence de « l’Etat Islamique », il est peu probable que cela puisse mener à un progrès tangible sur la voie d’un règlement durable du conflit en Libye. Comme ce fut le cas pendant l’Opération “ Odyssey Lightning ” en Libye en 2016 et, comme c’est le cas actuellement en Syrie, l’engagement américain est essentiellement militaire et fait la distinction entre efforts militaires et efforts politiques nécessaires pour une solution globale du problème. Les Européens, quant à eux, avancent en rangs dispersés et dans le sens de leurs propres intérêts nationaux.
Pourtant, une solution en Libye apporterait la paix aux Libyens et une meilleure sécurité pour l’Europe. Pour la Tunisie, cela se traduirait en frontières plus sûres, davantage d’emplois et de plus grandes opportunités en matière de commerce. « Nous estimons que la crise en Libye aurait contribué à hauteur de 24%  dans la chute du taux de croissance économique en Tunisie pendant les cinq années de 2010 à 2015 », relève la Banque mondiale dans un récent rapport.  C’est justement cette relation entre conditions socio-économiques et considérations sécuritaires qui devrait motiver les Etats-Unis et l’Europe pour aider la Tunisie.
Toutefois, la Tunisie ne peut pas se permettre le luxe d’attendre jusqu’à ce que les Etats-Unis et l’Europe perçoivent un tel objectif comme étant une priorité ou qu’ils se penchent sérieusement et constructivement sur le règlement du dossier libyen.
Des facteurs régionaux et locaux font que la Tunisie aura à mener elle-même sa  bataille pour s’assurer que les transformations politiques déjà réalisées puissent mener à des changements socio-économiques tout aussi significatifs. Des succès socio-économiques en Tunisie garantiraient à long terme la sécurité et la stabilité de la Tunisie ainsi que celles des autres pays de la Méditerranée. Mais, aujourd’hui, aussi bien l’Europe que l’Amérique ne sont préoccupées malheureusement que par le court terme.
Le pire des scénarios pour la Tunisie et l’Occident serait que les pays occidentaux n’optent pour l’indifférence à l’égard de l’avenir de la Tunisie et que les Tunisiens sombrent quant à eux dans le désenchantement. Mais, quoi qu’il en soit, le « printemps tunisien  » ne saurait être que la résultante de l’effort des Tunisiens eux-mêmes. Le soutien occidental viendra après.

Oussama Romdhani

Rédacteur-en-chef de l’hebdomadaire The Arab Weekly

Une version anglaise de cette analyse a été précédemment publiée par le site du think tank américain The Atlantic Council.
Source : The Arab Weekly et Leaders / Afrique-Asie.fr
http://www.leaders.com.tn/article/23444-oussama-romdhani-la-tunisie-l-occident-et-le-printemps-arabe

 

Histoire et géopolitique de la Libye, un nouveau livre de Bernard Lugan

Présentation par l’auteur :

Collés à l’immédiat, journalistes et “experts” décrivent le chaos libyen. Ils ne l’expliquent pas. Ne connaissant ni les couches sédimentaires historiques, ni la marqueterie tribale du pays, ils en seraient d’ailleurs incapables.

Or, les origines du drame et ses conséquences, tant locales que régionales et migratoires, ne peuvent être analysées et comprises qu’à travers les permanences de cette société profondément originale qu’est la Libye.

Vieille terre berbère islamisée puis arabisée par la violence, cette dernière se caractérise à la fois par la faiblesse du pouvoir central et par la vitalité de ses forces tribales.

Au nombre de plusieurs dizaines si nous ne comptons que les principales, mais de plusieurs centaines si nous prenons en compte leurs subdivisions, les tribus libyennes sont groupées en trois grandes alliances régionales : la confédération Sa’adi en Cyrénaïque, la confédération Saff al-Bahar  dans le nord de la Tripolitaine et la confédération Awlad Sulayman qui occupe la Tripolitaine orientale et intérieure ainsi que le Fezzan.

Au sein de ces alliances, agissant comme de véritables “fendeurs d’horizon”, les tribus les plus fortes contrôlaient jadis les couloirs de nomadisation sur l’axe Méditerranée-Tchad. Les trafics d’aujourd’hui (notamment drogue et migrants), se font le long de ces anciennes voies sur lesquelles les jihadistes-contrebandiers  bénéficient de solidarités lignagères séculaires.

Faute d’avoir pris en compte ces données pourtant essentielles, ceux qui, au nom de l’illusion démocratique, déclenchèrent l’intervention franco-britannique de 2011 contre le colonel Kadhafi sont les responsables directs de l’actuel chaos. Or, par le biais des migrations, celui-ci frappe à nos portes.

Face à un tel danger, la pacification de la Libye est un impératif vital. Il serait cependant singulièrement inconséquent de vouloir l’obtenir au nom de l’utopie démocratique et sans prendre en compte son archéologie tribale.

Fondé sur le seul réel, à savoir la terre, les hommes et leur histoire, ce livre donne les véritables clés de compréhension d’une crise qui menace directement l’Europe. Il permet de poser le bon diagnostic et donc de définir les bons remèdes.

Histoire et géopolitique de la Libye, des origines à nos jours

– 225 pages

– 25 cartes couleur

– Importante bibliographie et index (nom des personnages, des peuples et des tribus)

 

Prix :

– 32€ pour livraison en France

– 34€ pour l’Europe

– 37€ pour le reste du monde

IMPORTANT :

Edité par l’Afrique Réelle, ce livre est à commander à la maison d’éditions.

 

Libye : Des ONG africaines déposent plainte contre Sarkozy pour crimes de guerre

Plusieurs organisations de la société civile ouest-africaine ont créé, samedi à Bamako, un «front» pour promouvoir la démocratie et les droits de l’homme en Afrique.

«Nous sommes plus de quinze associations et organisations de la société civile d’Afrique de l’Ouest. Nous sommes réunis à Bamako pour créer le Front international des sociétés civiles panafricaines (Fispa), pour promouvoir la démocratie, la dignité de l’Afrique et les droits de l’homme», a déclaré à la presse le rappeur sénégalais Simon Kouka, membre de «Y’en a marre». Ce mouvement citoyen sénégalais a été en pointe dans le combat contre un troisième mandat du président sénégalais Abdoulaye Wade (2000-2012).

Parrain du lancement du Fispa, le reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly a affirmé soutenir «totalement (…) la démarche des jeunes» dont la rencontre à Bamako a pris fin hier. «Pour nos premières actions, nous annonçons une plainte déposée ce jour à la Cour pénale internationale (CPI) contre l’ancien président français Nicolas Sarkozy, pour avoir déclenché la guerre en Libye, ce qui a entraîné la mort du colonel Mouammar El Gueddafi», a annoncé l’artiste guinéen Elie Kamano. «L’assassinat d’El Gueddafi a eu des conséquences dramatiques et néfastes sur notre continent et sur les populations africaines», a-t-il ajouté.

La plainte contre M. Sarkozy a été déposée, samedi matin à La Haye, par un avocat basé au Canada. «Non seulement je soutiens la plainte pour assassinat d’El Gueddafi contre Nicolas Sarkozy, mais nous demandons la démocratie pour le Togo», a ajouté Tiken Jah Fakoly, critique contre le régime de Faure Gnassingbé, qui fait face à une importante contestation populaire depuis plus d’un mois. «Cela fait plus de 40 ans que Faure et sa famille sont au pouvoir au Togo. Qu’il démissionne», a-t-il ajouté.

Le dirigeant togolais a succédé, avec le soutien de l’armée, à son père, le général Gnassingbé Eyadéma, décédé en 2005 après avoir dirigé le pays d’une main de fer durant 38 ans. «La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao, 15 Etats) doit dire la vérité à Faure Eyadema» pour qu’il «respecte ce que veut le peuple. La Cédéao doit arrêter de soutenir les dictatures», a ajouté M. Kamano.