Le chef d’Al-Qaïda appelle les musulmans du Maghreb à combattre la France

Le chef d’Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri a appelé les musulmans du Maghreb à combattre les soldats français au Sahel, dans un message vidéo rendu public récemment, selon le Centre américain de surveillance des sites djihadistes SITE. Dans cette vidéo de sept minutes, qu’aucun élément ne permet de dater, le successeur d’Oussama ben Laden ne fait aucune référence aux récents attentats de Ouagadougou, revendiqués par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), un mouvement jihadiste basé au Mali et affilié à Al-Qaïda.
La semaine dernière, une double attaque coordonnée a visé l’ambassade de France et l’état-major général des armées burkinabè dans la capitale du Burkina, faisant sept morts et plus de 80 blessés parmi les forces de l’ordre. Neuf jihadistes ont été abattus. “Ceux qui ont combattu, tué et pourchassé vos pères sont de retour pour tuer vos frères musulmans (…) et vous rappeler que vous restez sous leur occupation et leur oppression”, affirme Ayman al-Zawahiri, en référence à l’époque de la colonisation.
Il souligne également l’échec des révolutions du Printemps arabe estimant que “l’ancienne corruption est revenue, mais plus féroce (…) qu’avant”. Ayman al-Zawihiri menace régulièrement la France dans ses messages: en septembre dernier, il avait déjà appelé les musulmans du Maghreb et d’Afrique subsaharienne à donner “une leçon aux Français” qui “ont tué vos aïeux, occupé vos terres et torturé vos ancêtres”.
Environ 4.000 soldats français sont déployés au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane qui combat les groupes jihadistes dans la région et appuie les forces des pays du G5-Sahel.

Prochaine visite d’Emmanuel Macron en Algérie

Dix mois après un déplacement très remarqué en tant que candidat, le chef de l’État Emmanuel Macron effectue, mercredi 6 décembre, sa première visite en Algérie depuis son élection.
Au lendemain de sa victoire à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron, chantre du renouveau politique, et salué en Algérie mais pas en Israël pour ses propos sur la colonisation, avait suscité beaucoup d’espoir à Alger. Qualifié d’ « ami de l’Algérie » par le président Bouteflika, son élection devait être synonyme d’une nouvelle étape dans la relation franco-algérienne, en particulier sur la question mémorielle.
Une visite de travail et d’amitié 
Sept mois après son investiture, Emmanuel Macron est donc attendu mercredi pour une « visite de travail et d’amitié ». Ce déplacement, qui n’est pas une visite d’État, s’inscrit dans le cadre d’une « séquence franco-algérienne ».
En effet, la réunion du Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN), co-présidée par les Premiers ministres français et algérien, se tiendra jeudi 7 décembre à Paris, soit le lendemain du déplacement d’Emmanuel Macron à Alger. À l’Élysée, on insiste sur l’importance d’avoir « organisé cette visite rapidement car les deux pays sont des partenaires », et sur la volonté du président français de « souligner la profondeur et la densité des liens entre nos deux pays ». Si une visite d’État, en bonne et due forme, devrait avoir lieu ultérieurement, aucune date n’a été communiquée.
En outre, Paris assure que le Président bénéficie d’une « image très bonne en Algérie » et que la relation entre les deux pays est  « très bonne, étroite et constante ».
Une audience avec le président Bouteflika
Au cours de cette visite express (le chef de l’État arrivera en fin de matinée pour repartir en début de soirée pour le Qatar), le président français sera accompagné du chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, et de son ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérard Darmanin.
Des entretiens sont prévus avec le premier ministre Ahmed Ouyahia et avec le président du conseil de la nation, Abdelkader Bensalah. Une audience est également programmée avec le président Abdelaziz Bouteflika dans sa résidence de Zéralda.
Une délégation -« assez réduite » selon l’Élysée- composée d’élus (dont la députée LREM Fadila Khattabi, ci-dessous,

présidente du groupe d’amitié France Algérie à l’Assemblée nationale), de jeunes startupeurs et d’artistes fera également partie du voyage.

Macron: «Les crimes de la colonisation européenne sont incontestables»

Le chef de l’Etat a prononce un discours ce matin devant 800 étudiants de l’Université de Ouagadougou. S’exprimant sur l’esclavage de migrants en Libye, Emmanuel Macron a annoncé qu’il allait «proposer une initiative euro-africaine» pour «frapper les organisations criminelles et les réseaux de passeurs» qui exploitent les migrants subsahariens dont certains sont réduits en esclavage.

M. Macron a également annoncé «un soutien massif à l’évacuation des personnes en danger» en Libye, qualifiant la vente de migrants comme esclaves de «crime contre l’humanité», lors d’un discours devant des étudiants burkinabès. Contrairement à ce qu’ont pensé certains,
ce n’est pas l’intervention militaire franco-britannique qu’il a qualifié ainsi.

La colonisation et non l’intervention

«Il y a eu des fautes et des crimes, des grandes choses et des histoires heureuses», mais «les crimes de la colonisation européenne sont incontestables», a déclaré le président Macron. C’est «un passé qui doit passer», a-t-il ajouté.
Le président français Emmanuel Macron a également promis que tous les documents français concernant l’assassinat de l’ancien président burkinabè Thomas Sankara en 1987 seraient “déclassifiés”.
“Les archives sont aujourd’hui disponibles et ouvertes à la justice burkinabè, sauf pour les documents classifiés et couverts par le secret défense. J’ai pris un engagement clair et je viens de le dire au président Kaboré: ces documents seront déclassifiés pour la justice burkinabè qui aura accès à tous les documents sur l’affaire Sankara”, a déclaré le président français lors d’un point presse.
La mort de Thomas Sankara, devenue une figure panafricaine, était un sujet tabou pendant les 27 ans de pouvoir de l’ancien président Blaise Compaoré, qui a succédé au “père de la révolution”.

Algérie/élections locales: le FLN et le RND toujours en tête

Le FLN a raflé à l’issue de ce scrutin 603 communes (30,56 %) suivi du RND avec 451 communes (26,21 %), soit la majorité des 1541 communes que compte le pays.
Le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, a annoncé, aujourd’hui, les résultats provisoires  des élections locales tenues jeudi. Le taux de participation a atteint  44,96 % pour les élections des assemblées de wilayas ( APW) et  46, 83% pour les assemblées communales (APC). Ces chiffres marquent une légère progression par rapport au taux de participation enregistré lors des élections locales de 2012 (40,92% pour les APW et 44,26% pour les APC).

Les suffrages exprimés sont de l’ordre de 10,14 millions pour les APW et 10,5 millions votants pour les APC, a indiqué Bedoui en rappelant que le corps électoral compte 22 883 772 d’inscrits.  Le nombre de bulletins nuls est de 1,8 million dans l’élection des membres des APC et 1,08 million pour les APW.

Les résultats annoncés par le ministre de l’Intérieur viennent confirmer la mainmise des partis au pouvoir sur la vie politique en Algérie. Le FLN a raflé à l’issue de ce scrutin 603 communes (30,56 %) suivi du RND avec 451 communes (26,21 %), soit la majorité des 1541 communes que compte le pays. Le Front Elmoustakbel a obtenu 71 communes, le FFS 64, le MPA 62, puis vient le MSP et le RCD avec respectivement  49  et 37 communes. Les listes indépendantes ont remporté les élections dans 35 APC, TAJ 31 et le FNA 27. Le Parti des travailleurs PT s’est contenté de 17 communes.

Le FLN est arrivé également en tête dans les APW avec 711 sièges (35,48%) suivi du RND avec 527 sièges  (26,30). Le MSP a obtenu quant à lui 152 sièges.

Noureddine Bedoui a soutenu que les élections se sont déroulées dans le « calme » malgré des « incidents  isolés » enregistrés dans certaines régions.

E. Macron invite Saad Hariri à poursuivre sa “détention dorée” en France

A l’issue d’un entretien avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman et Saad Hariri, le président français Emmanuel Macron a invité le Premier ministre libanais « démissionnaire » et sa famille en France.
Saad Hariri devrait arriver en France « dans les prochains jours », annonce l’Elysée à l’AFP. Après s’être entretenu avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman et Saad Hariri lui-même, Emmanuel Macron a annoncé mercredi dans un communiqué qu’il invitait le Premier ministre libanais démissionnaire et sa famille en France.

Enfants en otages?

Enfin une partie de sa famille puisque deux enfants seraient encore à Ryad. En otages prétendent certains.Cette invitation fait suite à douze jours de crise provoquée par la démission surprise de Saad Hariri depuis l’Arabie saoudite. Nombre d’observateurs y ont vu un nouvel épisode dans la guerre froide qui oppose Riyad, soutien de l’ex-chef du gouvernement libanais, et Téhéran, allié du Hezbollah. Depuis, les spéculations sur sa liberté de mouvement vont bon train. Alors que l’ex-chef du gouvernement libanais a affirmé dans un entretien télévisé dimanche « être libre », puis promis dans un tweet mardi qu’il rentrerait dans les « deux jours » au Liban, le président Michel Aoun a déclaré ce mercredi qu’il le considérait « comme en captivité et détenu ». La France confirme ainsi être en première ligne pour tenter de dénouer cette crise. Le 9 novembre, Emmanuel Macron avait ainsi effectué une visite impromptue à Riyad. Depuis, que ce soit par la voix du chef de l’Etat ou par celle du chef du gouvernement Edouard Philippe, les appels de Paris au retour de Saad Hariri dans son pays se sont multipliés. Hier, c’est le chef de la diplomatie libanaise Gebran Bassil, missionné par Michel Aoun, qui a été reçu à l’Elysée.

Parallèlement à ces prises de position, Emmanuel Macron a multiplié ces deux derniers jours les entretiens téléphoniques avec Mohammed ben Salman et Saad Hariri, qui ont donc abouti à cette “invitation”.
Le Drian à Riyad
Faut-il y voir le renoncement de Saad Hariri à rentrer dans son pays ? Prié de dire s’il s’agissait d’un exil politique, le chef de l’Etat français a répondu par la négative. « Je souhaite que la situation au Liban soit pleinement pacifiée et que les choix politiques puissent être faits conformément aux institutions », a déclaré le président français à la presse. Par cette invitation, Emmanuel Macron dit souhaiter effectuer « un geste d’amitié » et permettre « un retour au calme et à la stabilité au Liban ». Sa position reste la même : que celui qui reste Premier ministre puisse rentrer au Liban pour remettre sa démission.
Cette annonce intervient en tout cas alors que le ministre français des Affaires étrangères se rend en Arabie saoudite. Jean-Yves Le Drian devait rencontrer Mohammed ben Salman dès ce mercredi soir lors d’un dîner consacré aux dossiers régionaux, mais qui devrait être dominé par la crise libanaise.
Ce jeudi, le ministre français des Affaires étrangères sera reçu en audience par le roi Salman. Il a également rendez-vous avec le chef de la diplomatie saoudienne. Et surtout avec Saad Hariri lui-même. Ce voyage qui était prévu de longue date, notamment pour transmettre une invitation au prince héritier Mohammed ben Salman, semble donc tomber à point nommé.

Raqqa: Les Occidentaux auraient permis à des centaines de soldats de Daech de fuir avec leurs armes

Après la reconquête de Raqqa par les forces alliées, l’État islamique serait maintenant un califat sans capitale. Dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu, 200 à 300 combattants de l’État islamique ont pu fuir sans obstacle des zones libérées. C’est ce qu’avaient rapporté des médias occidentaux le 18 octobre.
Mais la vérité serait totalement différente, montre un excellent rapport de Quentin Somerville, le correspondant au Moyen-Orient de la chaîne publique britannique BBC. Une vidéo terrible de 7 minutes, disponible notamment sur le site de l’Express, révèle aussi les images d’une ville totalement détruite.
Voici les détails de l’accord de cessez-le-feu réel :
1 Des centaines de combattants de l’EI ont quitté Raqqa en compagnie de leurs familles. Au total, on aurait dénombré 50 camions, 13 bus et plus de 100 véhicules privés. Le convoi faisait près de 7 km de long, et comptait 4000 personnes.
2 Contrairement à ce qui a été dit, les djihadistes étaient armés et équipés lors de leur fuite.
3 Des combattants ont également pu fuir à l’étranger.
4 La plupart d’entre eux sont aujourd’hui en Turquie.
5 Selon un djihadiste français, la plupart des combattants français de l’EI sont rentrés en France, où ils prépareraient une « journée de la colère ».
La coalition contre l’État islamique, qui est dirigée par les États-Unis, et dont notre pays fait partie, était au courant de l’affaire, mais a tout fait pour l’étouffer. Les chauffeurs de camions qui ont participé à cette évacuation ont été payés contre leur silence, mais la BBC a parlé à plusieurs témoins qui ont confirmé ces informations.
Sous protection de l’aviation alliée
Dans ces camions, des combattants, leurs femmes et enfants, mais aussi «des tonnes d’armes et de munitions», selon les chauffeurs.
Le convoi est parti de Raqqa en traversant le désert durant des jours pour rejoindre les zones contrôlées par l’État islamique, entre les localités d’Al-Suwar et Markadah, plus à l’Est. Dans son enquête, la BBC publie notamment des vidéos inédites montrant le convoi long de sept kilomètres progresser à travers le désert. Selon ces mêmes chauffeurs, des avions de la coalition internationale, menée par les États-Unis, auraient survolé à plusieurs reprises le convoi pour larguer des fusées éclairantes «pour éclairer la région».
De retour en France ils organiseront une « journée de la colère »
Parmi les combattants évacués, figurent de nombreux étrangers, contrairement à l’accord traité au préalable entre la coalition alliée et les Forces démocratiques syriennes (opposition soutenue par l’Occident).

Certains sont restés dans les zones encore contrôlées par l’EI. D’autres ont rejoint la Turquie. Un Français, un certain Abu Basir al-Faransy, témoigne pour sa part depuis la localité d’Idlib, où de nombreux combattants ont trouvé refuge. «Certains de nos frères français sont repartis pour la France pour mener des attaques», indique-t-il.
Parmi les rares pays à avoir réagi officiellement, la Turquie a déploré mardi soir une «révélation (…) grave et édifiante». Ankara estime qu’elle montre le bien-fondé de ses mises en garde à Washington contre sa collaboration avec les milices kurdes. «Cet accord est un nouvel exemple que combattre une organisation terroriste en s’aidant d’une autre se traduira par une collusion entre ces deux organisations», a écrit le ministère turc des Affaires étrangères.

Oussama Romdhani: La Tunisie, l’Occident et le « printemps arabe »

Bien que la Tunisie continue à bénéficier d’un préjugé favorable à Washington, il est peu probable que cela puisse se traduire par l’octroi d’une assistance à même de permettre au pays de surmonter les défis économiques et sécuritaires auxquels il est confronté.

 

 

Oussama Romdhani

D’aucuns à Washington, et dans le monde occidental en général, estiment que la Tunisie est l’exemple de ce que le « printemps arabe » aurait pu apporter. Pour d’autres, le cas de la Tunisie a parfois représenté le seul argument pouvant être invoqué pour justifier les attentes optimistes suite aux soulèvements qui ont secoué le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord après 2010.
L’expérience tunisienne est restée un cas à part malgré les généralisations impétueuses au sujet d’un invraisemblable effet de domino démocratique dans le monde arabe. Le Président tunisien Béji Caïd Essebsi a lui-même réfuté cette tendance. « Il n’y a pas ‘de printemps arabe’, a-t-il dit, « en fait, il n’y a qu’un début de « printemps tunisien ».
Pour la plupart des occidentaux, le cas de la Tunisie vient tout simplement rappeler, a contrario, les guerres, la violence et la dévastation qui continuent de ravager nombre de pays de la région depuis 2011. 
Aujourd’hui, la question qui revient à l’esprit de la majorité des Américains et des Européens est de savoir pourquoi la transition pacifique qui a été possible en Tunisie ne l’a pas été dans d’autres pays arabes.
La réponse, qui échappe toujours à de nombreux Occidentaux est que, depuis son indépendance voire même depuis le XIXe siècle, la Tunisie a connu une évolution différente de celles de la plupart des autres pays arabes. En 2010, la société tunisienne était nettement en avance par rapport au régime politique en place; et c’était seulement la réticence du pouvoir d’introduire les réformes idoines qui avait précipité la révolution. Pareilles conditions n’existaient pas dans d’autres pays arabes et leur absence ne pouvait être compensée ni par les interventions étrangères ni par les violences. Celles-ci ne pouvaient qu’aggraver la situation, chose qu’elles n’ont pas tardé à occasionner.
Tout en bataillant pour préserver ses acquis, la Tunisie n’est pas pour autant au bout de ses peines. Elle cherche toujours les moyens lui permettant de remettre son économie sur les rails, de donner de l’espoir à sa jeunesse mécontente et de protéger le pays du terrorisme.
Les responsables et experts américains savent pertinemment les nombreux défis devant être relevés par la Tunisie. Seulement, les Américains, comme les Européens, sont trop absorbés par leurs propres préoccupations internes pour envisager une initiative majeure de soutien économique à la Tunisie.
De toute évidence, le temps des Plans Marshall est définitivement révolu.
S’il est vrai que pratiquement toute la classe politique et les experts US souhaitent voir la Tunisie réussir sa transition démocratique, il faut vraiment chercher longtemps pour trouver parmi eux quelqu’un qui soit disposé à prôner la prise en charge de la facture des défis économiques et sociaux en Tunisie.
Aussi paradoxal que cela puisse paraitre,  il est relativement décevant pour certains que la transition démocratique et paisible en Tunisie soit en fait une exception et non un modèle pouvant être dupliqué dans le reste de la région.
Dans le discours politique américain, l’on peut déceler des traces du  « Freedom Agenda » du président américain George W. Bush ou des autres incarnations connexes de l’ère Obama.  Mais désormais face aux situations actuelles de crises et de conflits, les décideurs politiques européens et américains sont de plus en plus enclins à se contenter d’objectifs moins ambitieux que la promotion de la démocratie. La recherche de la paix et de la sécurité est désormais un objectif plus réaliste et suffisant.
Bien que l’expérience tunisienne trouve toujours une place importante au cœur du débat sur l’engagement américain dans le monde arabe, la nature du débat lui-même a cependant beaucoup changé. La détérioration de la situation dans la région depuis 2011 a engendré une quête non avouée d’hommes forts pouvant au moins maîtriser les événements. Il fait dire qu’une telle tendance se constate aussi bien au sein de la classe politique en Occident que dans de nombreux pays arabes.
La politique libyenne de l’Occident en est la meilleure illustration. La priorité, pour les Etats-Unis et l’Europe, serait de trouver quelqu’un ou quelque chose à même de contrecarrer les risques de l’immigration illégale et de la contagion djihadiste. De nombreux Libyens voudraient eux-aussi trouver quelqu’un ou quelque chose qui leur rendrait la vie supportable. Pour l’instant, les citoyens de la Libye, ainsi que ceux de la Syrie, de l’Irak et du Yémen, sont beaucoup plus préoccupés par leur survie plutôt que par la promotion de la démocratie. 
Face à l’expérience tunisienne, de nombreux défenseurs occidentaux de la démocratie sont plutôt déçus de constater qu’une transition démocratique réussie ne se soit pas révélée être un antidote efficace contre l’extrémisme et le terrorisme ; d’où leur incapacité à comprendre comment un pays qui a reçu le prix Nobel de la paix pour avoir réussi sa transition démocratique soit en même temps un pays exportateur de terroristes.
La relation entre la Tunisie et l’Occident n’est pas sans autres paradoxes.
Tout comme les Américains et les autres occidentaux qui arrivent à peine à dépasser leur conviction simpliste que l’expérience tunisienne pourrait être d’une façon ou d’une autre reproduite à travers la région, les Tunisiens sont en train de se libérer doucement de l’idée chimérique que l’Occident viendrait à leur secours avec des moyens conséquents.
La Tunisie ne doit pas, et ne devrait pas, s’attendre à ce que les Etats-Unis ou l’Europe viennent la sauver.
Bien que la Tunisie ait encore un long et difficile chemin à parcourir, elle est cependant en mesure d’arriver à bon port en comptant sur ses propres ressources, et ce, tout en prenant en compte certaines considérations.

 

 

 

 

– Une vue générale des équipements militaires offerts par les Etats-Unis à la Tunisie- REUTERS/Zoubeir Souissi

Il est du devoir de la classe politique en Tunisie de concentrer son énergie sur la bataille de la transition socio-économique — bataille qu’elle peut remporter — plutôt que sur les querelles intestines inutiles.
Toutefois, la relance économique en Tunisie d’une manière durable est tributaire dans une large mesure d’une solution permanente au problème libyen. C’est justement là où les Etats-Unis et l’Occident pourraient apporter leur aide à la Tunisie en redoublant d’effort à l’échelle internationale pour arriver à un règlement permanent et réel de la crise libyenne.
Les Etats-Unis disent appuyer l’initiative des Nations Unis en Libye conduite par le médiateur libanais Ghassan Salamé. Fort du soutien de l’opinion US, Washington semble aussi déterminé  à entrer en action en Libye si « l’Etat Islamique » relève trop la tête de nouveau en Libye. Une enquête récente du Middle East Institute à Washington a indiqué que 82% des Américains interrogés seraient favorables à l’entrée en guerre des Etats-Unis contre « l’Etat Islamique ».
Même si les Etats-Unis décidaient de s’engager davantage en Libye pour faire face à une résurgence de « l’Etat Islamique », il est peu probable que cela puisse mener à un progrès tangible sur la voie d’un règlement durable du conflit en Libye. Comme ce fut le cas pendant l’Opération “ Odyssey Lightning ” en Libye en 2016 et, comme c’est le cas actuellement en Syrie, l’engagement américain est essentiellement militaire et fait la distinction entre efforts militaires et efforts politiques nécessaires pour une solution globale du problème. Les Européens, quant à eux, avancent en rangs dispersés et dans le sens de leurs propres intérêts nationaux.
Pourtant, une solution en Libye apporterait la paix aux Libyens et une meilleure sécurité pour l’Europe. Pour la Tunisie, cela se traduirait en frontières plus sûres, davantage d’emplois et de plus grandes opportunités en matière de commerce. « Nous estimons que la crise en Libye aurait contribué à hauteur de 24%  dans la chute du taux de croissance économique en Tunisie pendant les cinq années de 2010 à 2015 », relève la Banque mondiale dans un récent rapport.  C’est justement cette relation entre conditions socio-économiques et considérations sécuritaires qui devrait motiver les Etats-Unis et l’Europe pour aider la Tunisie.
Toutefois, la Tunisie ne peut pas se permettre le luxe d’attendre jusqu’à ce que les Etats-Unis et l’Europe perçoivent un tel objectif comme étant une priorité ou qu’ils se penchent sérieusement et constructivement sur le règlement du dossier libyen.
Des facteurs régionaux et locaux font que la Tunisie aura à mener elle-même sa  bataille pour s’assurer que les transformations politiques déjà réalisées puissent mener à des changements socio-économiques tout aussi significatifs. Des succès socio-économiques en Tunisie garantiraient à long terme la sécurité et la stabilité de la Tunisie ainsi que celles des autres pays de la Méditerranée. Mais, aujourd’hui, aussi bien l’Europe que l’Amérique ne sont préoccupées malheureusement que par le court terme.
Le pire des scénarios pour la Tunisie et l’Occident serait que les pays occidentaux n’optent pour l’indifférence à l’égard de l’avenir de la Tunisie et que les Tunisiens sombrent quant à eux dans le désenchantement. Mais, quoi qu’il en soit, le « printemps tunisien  » ne saurait être que la résultante de l’effort des Tunisiens eux-mêmes. Le soutien occidental viendra après.

Oussama Romdhani

Rédacteur-en-chef de l’hebdomadaire The Arab Weekly

Une version anglaise de cette analyse a été précédemment publiée par le site du think tank américain The Atlantic Council.
Source : The Arab Weekly et Leaders / Afrique-Asie.fr
http://www.leaders.com.tn/article/23444-oussama-romdhani-la-tunisie-l-occident-et-le-printemps-arabe

 

Emmanuel Macron en visite en Algérie le 6 décembre

Emmanuel Macron se rendra en Algérie le 6 décembre, a annoncé le chef de l’État en marge d’une visite à Tourcoing (Nord) consacrée à la politique de la ville. M. Macron a annoncé cette visite en réponse à un habitant de Tourcoing, qui l’interpellait lors d’un bain de foule.
Emmanuel Macron n’a pas précisé s’il s’agit d’une visite d’État ou d’un simple déplacement officiel. La visite en Algérie d’Emmanuel Macron a été annoncée dès l’été dernier. Le déplacement du 6 décembre prochain sera le premier à Alger pour le nouveau président français.
En mai, le président algérien Abdelaziz Bouteflika avait félicité M. Macron pour son «élection bien méritée», affirmant que le peuple français avait «distingué un ami de l’Algérie». Le président français avait suscité la polémique en France pendant la campagne présidentielle en qualifiant, lors d’un déplacement en Algérie, la colonisation française de «crime contre l’humanité». Emmanuel Macron s’est déjà rendu au Maroc, un mois après sa prise de fonctions.

Afrique-Asie, c’est fini !

Le numéro de septembre 2017 d’Afrique–Asie est le dernier. Le mensuel vient de déposer le bilan et ne paraîtra plus. Quelle tristesse de voir ainsi ce titre historique disparaître ! Dans la presse française, Afrique-Asie était une institution. Lancé en 1969 par Simon Malley, Africasia est devenu Afrique-Asie en 1972. Suite à des difficultés financières, la diffusion s’interrompt de juillet 1987 à octobre 1989. A l’époque, Le Monde place Afrique-Asie « au premier rang de la presse tiers-mondiste de langue française ». Effectivement, le titre s’inscrit dans la filiation de la conférence de Bandung (1955), à la convergence du non-alignement, de la Tricontinentale et des mouvements de décolonisation africains et asiatiques.

 

Militant à la plume acérée, Simon Malley n’a pas que des amis. Il est momentanément expulsé de France en 1980, accusé de nuire, par ses propos, « aux intérêts de la France dans des Etats ayant avec elle des relations diplomatiques normales », selon les propos du ministre de l’Intérieur de l’époque Christian Bonnet, en réponse à une question à l’Assemblée nationale de Laurent Fabius. En 1981, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en France, Simon Malley peut revenir et poursuivre l’aventure éditoriale d’Afrique-Asie.

 

En décembre 2005, le journal dépose le bilan, ciblé depuis des années par un contrôle fiscal politique. Simon Malley portera plainte contre l’administration fiscale, contestant auprès du Tribunal administratif les conclusions de cette enquête à charge qui aboutira à la liquidation de la société Afriasial qui exploitait le titre. Le tribunal lui donnera raison, mais à titre posthume puisque le fondateur historique du titre est décédé le 7 septembre 2006, un an après avoir été contraint de déposer le bilan.

 

Majed Nehmé – rédacteur en chef d’Afrique–Asie depuis dix-sept ans – prend, avec quelques anciens du journal, l’initiative de relancer le titre qui sera exploité par une nouvelle société, la SARL-Afriam. Progressiste franco-syrien, ce grand connaisseur du monde arabe – intellectuel tous terrains -, améliore la qualité éditoriale, l’expertise, le réseau des correspondants et des collaborateurs. Afrique-Asie est régulièrement diffusé dans une cinquantaine de pays. Parallèlement à la version papier, il est possible de consulter le magazine en ligne, augmenté par des papiers et reportages qu’on ne lit nul par ailleurs http://www.afrique-asie.fr

En effet – sous la direction de Majed Nehmé – la qualité et la spécificité du titre ne cessent de s’améliorer, tranchant singulièrement avec la descente aux enfers de la presse parisienne mainstream. Pour les habituels « chiens de garde », une telle liberté est insupportable : Afrique-Asie, qui est régulièrement cité et repris par la presse internationale, mais systématiquement exclu et censuré par la plupart des revues de presse dans l’Hexagone, notamment par celle de Radio France Internationale (RFI), radio publique censée être spécialisée en affaires africaines… Sans parler de madame Ockrent-Kouchner et de ses étranges Affaires étrangères sur France-Culture…

 

Dans tous les cas de figures, les rédactions parisiennes ont toujours préféré Jeune Afrique et ses publi-reportages politiquement corrects à la liberté de ton et la profondeur des informations et enquêtes d’Afrique–Asie. A cela s’ajoutent, bien-sûr, les difficultés structurelles actuelles de la presse écrite – baisse des annonceurs, coût de la distribution et diffusion, etc. – et la multiplication de sous-produits numériques dédiés à l’Afrique, sans que l’on puisse voir toujours clairement les financements comme les intentions de ces « experts » du moment.

 

Mais le coup de grâce est venu de celui-là même qui interpellait Christian Bonnet sur la liberté de la presse française dans les années 1980 ! De bonne source, on sait que la lecture d’Afrique–Asie donnait des boutons au distingué normalien qui fut le chef de notre diplomatie de 2012 à 2016 avant d’aller pantoufler à la présidence du Conseil constitutionnel. Depuis le début de la crise syrienne (mars 2011), les papiers d’Afrique–Asie ont eu le don de faire grimper Laurent Fabius aux rideaux du Quai d’Orsay. En 2014, un contrôle fiscal zélé (on n’ose dire politique !) s’abat à bras raccourcis sur Afrique-Asie. Voilà donc un titre résolument internationaliste, déconstruisant avec intelligence les crises internationales, prônant les valeurs de laïcité, de lutte contre le communautarisme et les confessionnalismes religieux, déchiqueté par les petites mains de Bercy.

 

L’auteur de ces lignes croise un jour Pierre Moscovici, qui venait de quitter Bercy pour rejoindre la Commission européenne, et l’alerte sur ce contrôle fiscal. Le baron socialiste prend son air le plus concerné avant de demander la communication du dossier sur son email personnel. Trois mois plus tard, la réponse mérite citation : « Bercy est souverain de ces choix en matière de contrôle fiscal. » Rien de plus normal, mais on peut toujours se demander pourquoi Médiapart, Libération ou L’Express n’ont pas goûté les délices d’une telle souveraineté.

 

Voilà donc une douzaine de chômeurs de plus dans le secteur déjà sinistré de la presse et un titre prestigieux qui va – probablement – renaître dans un pays voisin… C’est d’une grande tristesse, surtout lorsque l’on connaît Majed Nehmé, l’un des hommes les plus délicieux, courtois et profonds de la corporation journalistique française, laquelle, pendant ce temps, continue dans sa majorité de s’abîmer dans l’opportunisme, l’ignorance et le carriérisme.

 

Et à la tristesse s’ajoute la colère, parce que la disparition d’Afrique–Asie pourrait bien être le symptôme du retour de la censure au soi-disant pays des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Evidemment, lorsqu’on explique ça dans les dîners en ville, on vous regarde avec des yeux ronds d’incrédulité, sinon d’indignation, parce que les « chiens de garde » de la grande presse veillent au grain tous les jours que Dieu fait et que les Français sont très mal informés de l’évolution de leurs médias.

 

Donc Afrique-Asie n’est plus ! Vive Afrique-Asie, qui renaîtra un jour, d’une manière ou d’une autre, parce qu’on ne peut décidément pas laisser le champ libre aux désinformateurs. Bonne lecture, donc ! Et à la semaine prochaine, parce que nous écrivons et publions depuis la ville de Jean-Jacques Rousseau.

 Richard Labévière
23 octobre 2017
Comme Richard Labévière, le Comité Valmy est convaincu qu’Afrique-Asie, ce journal anti impérialiste ami, ne saurait disparaître définitivement. Nous espérons vivement que les conditions permettant sa reparution seront rapidement réunies. Ce journal est plus indispensable que jamais.CB.

 

Algérie: une ONG politique dénonce “des propos choquants et scandaleux” de Ouyahia sur les clandestins

 

Amnesty International a vivement dénoncé les propos du chef de cabinet du président Bouteflika avec rang de ministre d’Etat, Ahmed Ouyahia, sur les migrants clandestins africains, les qualifiant de “choquants et scandaleux !”.

 

Selon l’ONG politique de défense des droits de l’homme, “De tels propos alimentent le racisme et favorisent la discrimination et le rejet de ces personnes”.

 

Dans un rappel à Ahmed Ouyahia, Amnesty souligne que “ces personnes ont fui les guerres, la violence et la pauvreté. Ils sont venus en Algérie chercher la paix et la sécurité. Il est de notre responsabilité de les accueillir, conformément aux textes internationaux signés et ratifiés par l’Algérie “.

 

Source de crime

 

” Ces étrangers en séjour irrégulier sont source de crime, de drogue et de plusieurs autres fléaux”, a déclaré samedi Ahmed Ouyahia sur la chaîne Ennahar TV.

 

“On ne dit pas aux autorités : jetez ces migrants à la mer ou au-delà des déserts. Mais le séjour en Algérie doit obéir à des règles. On ne laissera pas le peuple algérien souffrir de l’anarchie”, a clamé M. Ouyahia, également patron du Rassemblement national démocratique (RND), 2e parti d’Algérie et allié crucial du Front de libération nationale (FLN) de M. Bouteflika.

 

“Et quand on me parle de droits de l’homme, je dis : nous sommes souverains chez nous”, a-t-il ajouté.

 

Signe qu’il ne s’agit pas d’un dérapage, le RND a indiqué assumer les propos de son chef et accusé de nouveau les clandestins d’être “devenus ces derniers temps une source pour tous les types de crimes”.

 

“Ce n’est pas Amnesty International qui va nous dicter notre conduite”, a de son côté expliqué le porte-parole du parti, Seddik Chihab, au site Alg24.

 

A ce sujet, rappelons que les pays du Maghreb endurent en premiers ce que vivent nombre de pays européens.