Législatives en Algérie : pas de raz-de-marée islamiste

Les islamistes algériens n’ont pas profité de la vague du printemps arabe lors des législatives du 10 mai. Leur percée qui était attendue dans le pays n’a pas eu lieu. Le scrutin est remporté par les deux partis au pouvoir, le FLN et le RND, qui obtiennent la majorité absolue. L’Alliance verte des islamistes, arrivée troisième, se dit déçue et frustrée. Elle dénonce une manipulation des résultats.

La majorité présidentielle ne changera pas. C’est le premier enseignement de ces législatives. Avec 220 sièges qui reviennent au FLN, Front de libération national, et 68 au RND, Rassemblement national démocratique, le parti du Premier ministre Ahmed Ouyahia , le chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika dispose d’une majorité confortable pour faire passer les réformes qu’il entend mener pour une ouverture démocratique.

Les mêmes partis peuvent-ils incarner le changement ? Il va falloir! C’est le conseil donné hier par le ministre de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia, aux parlementaires qui demandent aux députés qui ont été reconduits, d’opter pour de nouveaux habits et un autre discours.

La nouvelle Assemblée sera également très féminine à 30%. Concrètement, 145 Algériennes font leur entrée au Parlement, grâce à la parité instaurée sur les listes. C’est une petite révolution dans un pays où les traditions sont encore fortes, où les femmes votent dans des bureaux séparés de ceux des hommes.

Autre nouveauté, l’arrivée du FFS. Avec 20 sièges, le Front des forces socialistes d’Hocine Aït Ahmed, renoue avec la vie politique après 15 années de boycott. Les plus déçus sont sans doute les islamistes qui réfléchissaient déjà à former un gouvernement. Hier soir, les leaders de l’Alliance verte ont dénoncé un retour au parti unique, et annoncé la volonté de réunir tous les partis mécontents comme eux des résultats pour envisager une action commune.

Les raisons d’une contre-performance

Le raz-de-marée que les islamistes espéraient n’a pas eu lieu, et aujourd’hui ils accusent le coup. L’Alliance verte composée de trois partis dont le MSP, Mouvement de la société pour la paix, avait 15 % des sièges avec 59 députés dans l’Assemblée sortante, elle n’en a que 10 % aujourd’hui, avec 48 députés.

Abdallah Djaballah, figure historique à la tête du Front pour la justice et le développement,  s’attendaient à un plébiscite, il ne récolte que 7 sièges. Le Front du changement, d’ Abdelmajid Menasrah, un dissident du MSP, obtient lui seulement 4 députés

L’Alliance verte assurait hier soir avoir effectué un décompte des voix qui, même en tenant compte des fraudes, lui donnait deux fois plus de sièges. La coalition islamiste s’étonne notamment de n’avoir aucun siège dans 31 régions.

Le pouvoir a exagéré, en gonflant à ce point les chiffres de la majorité présidentielle, dit Bouguerra Soltani, leader du MSP, qui dispose encore de quatre ministres dans le gouvernement actuel.

Et c’est bien là peut-être aussi la clé du score des islamistes. Au-delà des fraudes qu’ils dénoncent, ils ont, semble-t-il, surestimé leur popularité. Ceux du MSP notamment n’incarnent pas le changement puisqu’ils ont travaillé jusqu’à maintenant avec le pouvoir, et qu’ils sont critiqués pour la gestion de certains projets.

Beaucoup avaient d’ailleurs ici prédit que ce qui s’est passé en Tunisie et au Maroc n’était pas transposable à l’Algérie.

Par ailleurs, le FLN propose la création d’alliances politiques au sein du Parlement. Des alliances sur la base de convergence de vues et de projets de société.
Soupçons sur la fiabilité des chiffres officiels

Le taux de paticipation (officiellement de 42,32%) est jugé suspect pour plusieurs partis dont le RCD. Il atteint des records dans les villes du sud du Sahara notamment à Tindouf où sont stationnés des milliers de militaires. Pourquoi tant d’écart entre le Sud et le Nord dans la participation? Des militaires n’ont -ils pas voté en surnombre, n’ont-ils pas été contraints de voter pour un parti? Le ministre de l’Intérieur Dahou Ould Kablia a répondu dès hier soir à ces interrogations.

Pour le RCD, le Rassemblement pour la culture et la démocratie, qui a boycotté ce scrutin, le taux de participation ne dépasse en réalité pas 18 %. Il a dénoncé hier des chiffres « totalement farfelus », par la voix de Mohcine Belabbas, son président.

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