L’ancien ambassadeur Boris Boillon sera jugé en correctionnelle

  • L’ancien conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy à l’Elysée sera jugé en mars prochain pour «blanchiment de fraude fiscale». Il avait été intercepté à Paris le 31 juillet 2013 alors qu’il s’apprêtait à monter dans un train à destination de Bruxelles avec 350.000 euros en liquide.

● Un procès en mars pour «blanchiment de fraude fiscale»

Le diplomate et ancien «Sarko boy» Boris Boillon, interpellé mi-2013 avec 350.000 euros et 40.000 dollars en liquide sur lui à la Gare du Nord, sera jugé le 23 mars devant le tribunal correctionnel de Paris.

Boris Boillon devra répondre, sur le banc des prévenus, de «blanchiment de fraude fiscale», «faux et usage de faux», «manquement à l’obligation déclarative de transfert de capitaux» et «abus de biens sociaux». Le parquet de Paris a décidé de faire citer à comparaître le diplomate de 46 ans à l’issue de son enquête préliminaire.

Diplomate et Sarko boy

La loi impose de déclarer tout transfert international en liquide, à l’intérieur de l’Union européenne, au-delà de 10.000 euros, selon le code des douanes, qui prévoit, dans le cas contraire, une amende égale au quart de la somme non déclarée.

Boris Boillon avait expliqué aux enquêteurs que ces sommes provenaient de ses activités professionnelles privées en Irak, a précisé une source proche de l’enquête. D’après lui, ces prestations étaient rémunérées en liquide du fait des carences du système bancaire irakien. Les investigations n’ont pas permis de retracer l’origine des espèces.

Outre la non-déclaration des sommes, la justice le soupçonne de les avoir éludées au fisc et d’avoir produit un faux document pour justifier ces prestations. Des sommes qui ne sont pas ensuite rentrées en comptabilité dans sa société.

● Bientôt suspendu par le Quai d’Orsay

Le Quai d’Orsay a annoncé mardi la suspension prochaine de Boris Boillon en raison de ses ennuis judiciaires. «Compte tenu des derniers développements de la procédure judiciaire, le ministère des Affaires étrangères a décidé d’interrompre immédiatement sa mission à New York et de procéder à son rappel en vue d’une mesure de suspension».

Boris Boillon avait été réintégré au ministère à l’été 2016, après quatre années de disponibilité, et affecté sur une mission de renfort à l’ONU à New York. «Lors de sa réintégration, le ministère des Affaires étrangères n’avait aucune connaissance des suites qu’entendait donner la justice à l’enquête préliminaire qui avait été ouverte à son encontre, en 2013», indique le ministère.

● Un mandat mouvementé sous la présidence Sarkozy

Boris Boillon (ci-contre avec Christian Estrosi) avait été nommé par l’ancien président de la République ambassadeur de France en Irak en juillet 2009, où il était surnommé le Babouin de Bagdad par la résistance irakienne. Avec le  proconsul américain Paul Bremer. ils partagaient tous les deux le même nom et son étymologie. Les Iraqiens appellent Paul Bremer, Bol – pisse – et Boillon signifie en arabe pisseurs avérés…

Il était devenu, en janvier 2011, ambassadeur en Tunisie, pour redresser, en plein “Printemps arabe”, une image marquée de la France très liée à l’ex-président Ben Ali.

Mais son mandat avait débuté avec fracas: il avait dû, peu après son arrivée, présenter ses excuses publiques aux Tunisiens, après avoir répondu à la presse nationale d’une manière jugée «agressive». Des centaines de personnes avaient manifesté leur colère aux cris de «Boris dégage!» ou de « Casse toi pauv’Boillon ».

Il avait quitté son poste en août 2012, après l’arrivée de François Hollande à l’Elysée.

Revenu au ministère des Affaires étrangères, le diplomate est actuellement affecté en renfort à New York, aux Nations unies.

● Une possible participation au financement libyen

Son nom est aussi apparu dans l’enquête – distincte – qui vise des accusations et des soupçons de financement libyen lors de la campagne présidentielle victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007. Il n’est pas mis en cause judiciairement dans ce dossier.

Un témoignage anonyme, non étayé à ce stade, d’un proche de Mouammar Kadhafi, l’ex-leader libyen tué en octobre 2011, le désigne aussi comme l’un des récipiendaires, avec un autre proche de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, d’un versement de 20 millions d’euros en liquide, destinés au financement de la campagne. Une somme ramenée par avion privé, selon ce témoin.

Contacté par l’AFP, l’avocat de Boris Boillon, Jean-Marc Fedida, n’était pas disponible.

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