L’Algérie et la corruption à  Sonatrach

 

…   …   Interview du professeur  des Universités, Expert International,

Abderrahmane MEBTOUL à la télévision internationale satellitaire – libanaise (Bir Hassan, Beirut, Lebanon)

Al Alam TV

 

 

Question1. La presse internationale relate des scandales financiers à Sonatrach, qu’en pensez-vous ?

 

Au départ je voudrais souligner que la majorité des cadres algériens sont honnêtes, vient de leur travail   et  que c’est une minorité de prédateur qui  s’adonnent à cette pratique. Et  que dans un Etat de droit supposant une indépendance de la justice, réelle et non formelle, qu’une personne est innocente, toute inculpation devant reposer sur des preuves concrètes.  C’est désolant pour mon pays qui recèle d’importantes potentialités  nuisant à son  image internationale. Effectivement, la presse italienne  a mis en examen  le n°1 d’ENI, Paolo Scaroni, l’ex-dirigeant de Saipem qui  aurait affirmé avoir versé des spots de vin à des responsables algériens d’un montant avoisinant 200 millions de dollars  par le le truchement d’une société établie à Hong Kong, Pearl Partners Limited, en contrepartie  de  huit contrats portant sur plus de 11 milliards de dollars, dont le projet de la construction du deuxième gazoduc reliant l’Algérie à l’Italie, le Galsi (Algérie-Sardaigne-Italie) dont le projet est toujours en gestation. Vient ensuite la mise en cause  de  Sonatrach Petrolum corporation dont le siège est situé aux Îles Vierges britanniques, British Virgin Islands, situées dans la mer des Caraïbes qui fait l’objet d’un redressement fiscal au Royaume-Uni, réclamant  45 millions de dollars d’impôts pour le recouvrement de ses impôts impayés dans ce pays depuis l’année 2008. La police  fiscale justice britannique enquête actuellement les activités de cette société  soupçonnée de « fraude fiscale »où selon la presse britannique  durant les exercices 2009, 2010 et 2011 et 2012, les autorités financières britanniques soupçonnent les gestionnaires de cette filiale de Sonatrach de s’être adonnés à des manipulations financières. Et récemment le scandale  est remonté au Canada où la  selon  l’enquête conjointe menée par les journaux canadien et italien – « The Globe and Mail » et «  Il Sole 24 ore » en date du 21 février 2013, la  multinationale SNC-Lavalin, présente en Algérie  depuis les  années 1980 qui avait obtenu le marché du  Mémorial du martyr Maqam E’chahid,  ayant  décroché des contrats ces dernières années d’une valeur de six à sept milliards de dollars,  aurait obtenu des contrats  en contrepartie de pots de vin .Cette nouvelle affaire de corruption impliquant le groupe Sonatrach a été révélée suite à l’enquête engagée par la justice suisse qui a abouti à l’incarcération, en 2012, de Riadh Ben Aïssa, ancien dirigeant des activités internationales, pour paiements douteux de 160 millions de dollars à l’un des fils de l’ex-dirigeant  Libyen Mouammar Kadhafi..

 

Question 2- Comment combattre cette corruption en Algérie ?

 

C’est que  l’Algérie Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach. Les hydrocarbures   représentent 98% des exportations en devises du pays en 2012 et permettant l’importation  de la majorité des biens tant des ménages que des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 10/15%. Cela s’appelle le syndrome hollandais posant d’ailleurs pour Algérie l’urgence d’une stratégie hors rente  dans le cadre de la mondialisation. Horizon 2020,  l’Algérie sera importateur net de pétrole et horizon 2030 importateur de gaz conventionnel tenant compte, de la nouvelle transition énergétique, de  la concurrence internationale,( bon nombre  des clients de Sonatrach demanderont certainement à l’Algérie courant 2014 une baisse des prix de cession du gaz, aussitôt les contrat à terme arrivé à expiration, l’indexation sur le prix  du pétrole n’étant plus à l’ordre du jour),  de la  révolution du gaz de schiste aux USA,  des couts, des exportations prévues et surtout de la forte consommation intérieure,  avec le doublement des capacités d’électricités à partir des turbines  de gaz horizon 2017. Que deviendra la population algérienne de 50 millions en 2030? Uniquement entre 2000 et 2012 Sonatrach a pu engranger 600 milliards de dollars selon les bilans officiels de Sonatrach . Cela a permis d’avoir des réserves de change  de plus de 200 milliards de dollars  fin 2012 mais 86% y compris els DTS au FMI, étant placées à l’étranger mais faute  de transparence on ne connait pas leur rentabilité réelle. Qu’en a-t-il été  entre 1971 date e la nationalisation des hydrocarbures  et 2012 : en tout cas, en termes de parité de pouvoir d’achat 2013,  plusieurs milliers de milliards de dollars. Car il  faut éviter de raisonner à prix courants de peu de signification, la parité du dollar et le pouvoir d’achat mondial ayant évolué, devant donc déflater  pour avoir le montant réel aux prix de 2013. Par exemple un baril de 20 dollars en 2000 équivaut à prix constant à plus de 90 dollars prix 2013.  On combat la corruption par l’approfondissement de la démocratisation de la  société tenant compte e son anthropologie culturelle et un Etat de Droit. L’Algérie a déversé une grâce toujours à Sonatrach, une dépense publique faramineuse de 500 milliards de dollars((dont une partie faible en dinars)  entre 2004/2013 sans mettre en place tant le contrôle  démocratique  que technique ce qui a conduit à cette situation déplorable. Pour répondre directement à votre question, il s’ensuit qu’il ne pourra pas avoir une véritable démocratisation de la société algérienne sans une démocratisation de la gestion de la rente des hydrocarbures impliquant un réaménagement dans les structures du pouvoir pour se libérer des aléas de la rente. Cela mettra du temps, il ne faut pas être utopiste. D’où l’importance d’un large débat national sur la gestion de cette rente qui irrigue tous les segments de la société, de la rentabilité des investissements et des réserves de change, placées à l’étranger,  produit de cette rente si l’on veut combattre réellement la corruption.


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