La prochaine révolution : Un appel à la réconciliation dans le monde arabe

—   —   *Par Oussama Romdhani.

 

Le chaos en Afrique du Nord et au Moyen Orient actuel a déçu de nombreux Occidentaux, qui attendaient des révolutions de 2011 qu’elles conduisent à une nouvelle ère de justice sociale et de transformation démocratique dans la région.

 

De ce fait, on ne manque pas aujourd’hui de jeux de mots sur l’expression du “Printemps arabe”  afin de mettre en exergue les changements météorologiques indiquant un changement de saisons depuis les soulèvements populaires. Mais en réalité les gens qui s’étaient précipités au départ à utiliser cette expression sont seuls responsables de leur déception.  Il était imprudent et « ahistorique » de présumer nécessairement qu’après décembre 2010, que le monde arabe allait se lancer dans une transition démocratique comme celle que les pays européens de l’Est avaient connue après la chute du mur de Berlin. Malgré certaines vagues et séduisantes similarités, les processus de transition dans les pays arabes ont en réalité peu en commun avec ceux de l’Europe post-communiste.

 

Se traçant leur chemin après le naufrage du Communisme, les dirigeants des révolutions européennes de 1989 ont été capables de tirer profit de leurs traditions démocratiques profondément ancrées. Les classes politiques post-Printemps arabe ne pouvaient pas tirer profit de telles fondations. Elles furent confrontées, à la place, au malheureux héritage légué par les régimes autocratiques. Dans le monde arabe, malgré les efforts déployés longtemps par les forces de changement,  les élites politiques privées de droits ont continué de frapper  en vain pendant des décennies aux portes de la participation politique, tandis que les régimes en place, sans réelle vision du futur, cherchaient désespérément à maintenir le statu quo.

 

Robert Kaplan avait raison lorsqu’il écrivait récemment, « dans l’Europe centrale et de l’Est post-communiste, la transition a été plus rapide, parce que ces pays avaient un background de pratiques démocratiques et de culture bourgeoise avant la Seconde guerre mondiale, à un niveau que beaucoup d’États arabes n’avaient simplement jamais atteint.”

 

Oussama Romdhani

Outre les expériences de la démocratie, les populations derrière le Rideau de fer avaient été suffisamment proches géographiquement des sociétés libres pour avoir vu le style de vie dont jouissaient leurs voisins de l’Ouest. Lorsque les lignes de partage commencèrent à s’effriter, les membres d’une communauté européenne plus large et les institutions transatlantiques comme l’OTAN furent un  plus pour les faire s’écrouler complètement. « Construire l’Europe entière et libre » devint ce que Pavol Demes, du German Marshall Fund américain appelle « un méga-projet sans précédent attractif à la fois pour les populations et les dirigeants de l’ouest démocratique et pour ceux de l’Europe post-communiste ».

 

Dans le monde arabe, les révolutions des dernières trois années ont eu lieu contre dans un contexte intellectuel pauvre, aggravé par des crises socioéconomiques terribles. À la fin de la dernière décade, par exemple, le taux de chômage des jeunes en Afrique du nord, particulièrement parmi les diplômés universitaires, était le plus élevé du monde. La pauvreté atteignait un taux à deux chiffres. Pire encore, il y avait de sérieux déséquilibres de développement entre les pays du Printemps arabe, et les vieux régimes, du moins en partie, provoquèrent eux-mêmes les soulèvement en promouvant un discours sur l’ascension sociale qu’ils étaient incapables d’assurer. Les dirigeants comme Hosni Moubarak d’Égypte et Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie ont essayé de conjurer le désespoir de la jeunesse en prônant  un idéal de « chances égales » qu’ils discréditèrent eux-mêmes en tolérant la corruption et le népotisme chez leurs proches. L’accès libre à l’université a créé un immense « prolétariat diplômé » et peu d’occasion d’emplois à valeur ajoutée. Les diplômes ouvrirent une voie sans issue pour les jeunes qui furent finalement conduits à la rébellion par des espoirs déçus.

 

Une fois tombés les vieux régimes, la jeunesse rebelle n’eut nulle part où aller. Aucune région prospère voisine où ils auraient pu voyager, comme les jeunes travailleurs polonais l’ont fait à Londres ou Paris. Aucune Allemagne de l’Ouest arabe prête à faire un pari existentialiste sur le sauvetage du pauvre voisin. Voire, aucun Plan Marshall. Il n’y eut rien ressemblant le moins du monde à l’aide massive fournie par l’Europe occidentale et les Etats-Unis à l’Europe de l’Est et centrale après 1989. À la place, il y eut des guerres civiles, des bombardements de l’OTAN, un désordre et un sous-développement permanents dans le voisinage immédiat de chaque pays du Printemps arabe. La seule « mobilisation » post-2011 prise en charge par l’Occident dans la région visa à contrer l’invasion jihadiste au Mali, un problème provoqué en premier lieu par le manque de stratégie de sortie de Libye des Occidentaux.

 

Après le départ des « anciens régimes », l’un après l’autre, suite aux manifestations massives, les conditions socio-économiques ne changèrent pas vraiment. Les misérables, les chômeurs, et les pauvres restèrent misérables, chômeurs et pauvres. La situation ne pouvait pas s’améliorer sans une meilleure sécurité, une plus grande stabilité et une gestion plus expérimentée. Avec la stagnation du développement et de la création d’emplois, la minuterie de la bombe que représentait le mécontentement de la jeunesse se mit en marche, et l’est toujours. Alors que les institutions d’État déjà secouées devaient s’occuper de problèmes et de défis toujours plus nombreux, le zèle révolutionnaire privait les gouvernements inexpérimentés de la contribution des cadres supérieurs qui auraient pu contribuer à supporter la tempête des changements radicaux. L’exclusion des personnalités qui avaient servi  à des postes de direction sous les anciens régimes a constitué un handicap majeur pour les nouveaux dirigeants alors qu’ils se précipitaient à fixer des objectifs bien au-delà de leur capacité.

 

Si le nouvel ordre social naissant à travers les combattants dans des pays du Printemps arabe avait des difficultés avec le présent, il avait aussi des problèmes avec le passé. Il y eut une forte diabolisation de la situation pré-Révolution,  mais aucun examen objectif du passé. Dans l’Afrique-du-Sud postapartheid, les responsables de la transition s’identifiaient  par les mots de L.P. Hartley : « Le passé est un pays étranger : ils font les choses différemment là-bas. »

 

Ce n’est pas le cas avec les révolutionnaires du Printemps arabe qui permirent à l’esprit de vengeance de les menotter. Si beaucoup d’anciens responsables vivaient dans un purgatoire légal, cela ne signifiaient pas que les souffrances des activistes auparavant persécutés, y compris les Islamistes, les gauchistes et autres, étaient correctement reconnues.

 

Il n’y eut aucun lieu pour dire de façon constructive la vérité qui pourrait conduire à la réconciliation nationale. Des questions brûlantes et persistantes à la base des clivages sociaux dangereux ne furent pas abordées. Même avec la meilleure intention chez les laïcs et islamistes « modérés », il aurait été irréaliste d’espérer la fusion expérimentale du religieux et du politique pour  agir normalement. Mais les choses furent rendues inextricablement compliquées par le mépris de la démocratie considérée comme « une religion contredisant les lois du Seigneur » par des franges islamistes radicales.

 

Déjà prêts à utiliser la violence, les extrémistes ont souvent transformé la précaire stabilité politique post-soulèvement en confusion. Même sans la pression constante de la ligne dure des fondamentalistes, les laïcs et les Islamistes modérés ont eu des grandes difficultés à établir une relation de confiance. Le fossé était trop profond. Les groupes semblaient parfois vivre dans deux mondes différents, séparés par des divisions profondes sur l’identité culturelle, la signification de l’Histoire, le mode de vie et les visions d’un futur possible. Comme l’a dit récemment le juriste constitutionnel tunisien Kais Said, « la division n’est pas politique, légale ou constitutionnel, elle est existentielle ».

 

Au lieu d’un vrai dialogue, il y eut une renaissance de stéréotypes et de diabolisations mutuelles. Sur Facebook, et parfois même dans les médias plus traditionnels, des rivaux politiques se transformèrent en « rats », « chiens » et « serpents ». La vision politique étroite, d’un côté, la condescendance  culturelle de l’autre, ont divisé encore plus les deux camps. La première victime des tensions permanentes fut la notion de « politique du positif commun ». La haine entretenue et la méfiance ont transformé la compétition politique en un jeu d’échec survivaliste. Un « Echec et mat ! » sur certaines questions ne signifie pas le départ d’un nouveau jeu pour tous les joueurs, mais une irréversible « fin de jeu » et un voyage pour l’équivalent arabe du purgatoire pour le perdant. La table était mise pour des compétitions sans fin où « le gagnant prend tout ». Le résultat fut un environnement toujours pire profondément hostile à une culture de la démocratie. Après les soulèvements, les nouveaux dirigeants semblèrent trop souvent tentés d’accaparer le pouvoir et d’exclure leur opposition. Les règles démocratiques d’engagement ne furent pas bien définies. Les transitions démocratiques pouvaient difficilement s’effectuer au milieu d’une suspicion rampante. Les laïcs n’avaient pas confiance dans les dirigeants islamistes nouvellement élus pour renoncer au pouvoir. Les Islamistes pensaient que rien ne pouvaient les sauver d’une nouvelle victimisation totale s’il leur arrivait d’être exclus.

 

Chaque camp tenait à sa propre légitimité formelle. « La voix des masses » défiait la « légitimité électorale ». La « politique de la rue » devint la forme préférée des luttes politiques. Depuis le début, il y eut même ceux qui croyaient que monopoliser le pouvoir aux dépens de leurs rivaux pouvait constituer la « seconde révolution » du Printemps arabe. Décrire la confrontation comme une forme de « polarisation politique » est un euphémisme. La violence inspirée politiquement et la militarisation de la politique devinrent un vrai danger. Lorsque des factions politiques échouent en permanence à résoudre leurs différents pacifiquement, la tentation d’unités armées et de milices politiques ne peut pas être très loin.

 

Le conflit civil et les troubles violents malheureusement sont toujours largement en vue dans le futur de nombre de pays du Printemps arabe. Pendant des mois, un nombre d’analystes ont annoncé la « bonne  nouvelle » à l’Occident : aucun soucis, les conflits actuels ne sont que des guerres civiles à l’intérieur du monde musulman.  Le potentiel de chaos dans la région est « tolérable ». Mais les experts ont oublié de mentionner que les guerres fratricides arabes pouvaient finalement signifier des problèmes pour les Européens, les Américains et tous les autres. Les États faillis au sud de la côte méditerranéenne pourraient ruiner les jours de la plupart des Arabes et d’un  bon nombre d’Occidentaux aussi.

 

Trouver une solution basée sur le vieux projet de « transition démocratique » n’est pas réaliste. Il faut repenser les données et réécrire les  vieux manuels de « changement de régime » et le faire vite. Légitimement enthousiastes sur les révolutions du Printemps arabe, les promoteurs occidentaux de la démocratie n’ont pas manifesté assez de prudence quant à l’importance de la réconciliation nationale dans les nouvelles transitions démocratiques. Alors que les événements se poursuivent, l’incapacité des nouvelles classes dirigeantes à se placer au-dessus des tentations vindicatives ne pénalise pas seulement les membres des régimes précédents. Elle risque de faire obstacle à tout transfert pacifique de pouvoir. Même élus démocratiquement, les nouveaux régimes ne se retireront probablement pas pacifiquement s’ils craignent d’être sujets à des récriminations après avoir quitté le pouvoir.

 

Le scénario « un homme, un vote, une fois » autrefois décrit par l’ancien secrétaire adjoint d’État, Ed Djerijian, pourrait alors devenir un cauchemar récurrent, freinant les transitions en douceur. Une dépendance excessive par rapport au judiciaire pour régler des comptes du passé ne pourrait que compliquer les choses. Il est difficile de voir la valeur rédemptrice de l’implication d’un système judiciaire déjà surchargé dans des affaires à caractère essentiellement politique ou administratif.

 

L’expérience de nombreux pays, particulièrement en Afrique, a montré que les amnisties permettent de tourner la page du passé. Les vérités devraient être dites et les fautes reconnues  en tant que processus de réconciliation. Mais un processus de longue durée et exhaustif de « justice transitionnelle » risque de créer une nouvelle génération de victimes et de nourrir de nouveaux conflits. La paresse intellectuelle et l’opportunisme  politique ont aidé à créer la fausse notion que la  justice vindicative est beaucoup plus en harmonie avec l’ambiance générale de la « rue arabe ». En dépit de références au pardon immédiatement disponibles dans l’Islam, peu d’intervenants ont osé développer une théologie de la réconciliation.

 

Le problème du terrorisme vient encore compliquer les tâches de transition et de gouvernance. La Tunisie n’est pas le seul pays à avoir été mal préparé à la libération d’extrémistes condamnés à la prison et au retour d’autres de l’étranger. Ce n’est pas le seul à souffrir du flot transfrontière d’armes et de l’infiltration de combattants jihadistes, particulièrement après les guerres en Libye et au Mali.

 

Le trafic d’armes de Libye a trouvé son chemin vers les terroristes de l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb, le Sinaï et ailleurs. Les deux militants de gauche tunisiens, Mohamed Brahmi et Chokri Belaid, ont été tués par la même arme, un pistolet 9mm semi-automatique  volé en Libye. Du Yémen à la Libye, de la Syrie à la Tunisie et l’Égypte, la menace d’al Qaeda est plus présente que jamais. Les sociétés turbulentes et les classes politiques divisées tendent à affaiblir la capacité de l’État à combattre la terreur. Des politiciens ennemis voient même les incidents terroristes comme des opportunités de gagner un avantage politique. Comme le ministre tunisien de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, s’en plaignait amèrement en août : « Quand un pays est frappé par le terrorisme, tous ses citoyens serrent les rangs. La seule exception est la Tunisie où le terrorisme divise les gens. »

 

Ajouté à l’affiliation politique et aux divisions idéologiques, tribales, régionales et même ethniques, les clivages peuvent mettre l’unité nationale elle-même en péril. Les risques potentiels de désintégration territoriale sont évidents en Libye et en Syrie, par exemple. Des tensions dangereuses sont en train de monter des tribus les unes contre les autres. Des frictions continuent de marquer les relations entre les populations des différentes villes et toutes les régions du pays, provoquant des ruptures graves de la production de pétrole.

 

Avec la poursuite des règlements de compte entretenue par la disponibilité d’armes et d’explosifs depuis la chute du régime de Kadhafi en Libye, les anciens juges et officiers militaires et de police sont régulièrement assassinés. Plus récemment, des journalistes et des militants politiques ont été ajoutés à la liste noire des assassins.

 

Secoués par l’insécurité et l’instabilité, des pays comme l’Égypte et la Tunisie ont des difficultés à attirer les investisseurs étrangers cruciaux et les touristes dont ils ont besoin. Malgré toute l’aide financière régionale et internationale qu’ils ont fini par recevoir, ces pays qui ne sont pas riches en pétrole ont besoin de lancer et d’appliquer rapidement des programmes d’urgence économique pour éviter les défauts de paiement et la faillite. Pour assurer les convalescences économiques, ils ont besoin de la contribution de toutes les générations de cadres supérieurs. Négliger un vaste contingent de ressources humaines nationales, y compris les élites hautement qualifiées, n’est pas un luxe qu’ils peuvent se payer.

 

Tous ces défis sont liés entre eux. Les inquiétudes au sujet de l’économie et la sécurité peuvent rapidement affaiblir l’enthousiasme pour les transitions démocratiques. Selon une enquête Pew publiée en septembre, une majorité de Tunisiens privilégient maintenant la prospérité économique et la stabilité politique à l’établissement de la démocratie.

 

Même s’ils ont à faire à des désordres internes, les peuples des nations du Printemps arabes sont de plus en plus convaincus que, avant toute chose, ils ont besoin de restaurer la paix civile. Les sociétés à large classe moyenne, telles que la Tunisie, tiennent clairement à leurs libertés nouvellement acquises. Mais, ils donnent aussi une place élevée à la stabilité et la sécurité comme conditions nécessaires à la préservation de leur niveau de vie. Les gens sont donc profondément frustrés par les batailles politiciennes. Ils veulent retourner à leur vie. Ils veulent des élites dirigeantes plus attentives à leurs besoins d’hommes de la rue. Avec l’augmentation de la violence et l’aggravation des crises économiques, il y a un consensus de plus en plus grand que chaque seconde compte, même si l’accord sur ce que l’on doit faire est restreint.

 

Dans pratiquement la plupart des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, les peuples sont hypersensibles à la manifestation des ingérences étrangères. Mais lorsque les acteurs locaux et régionaux échouent, il est inévitable que les médiateurs internationaux poussés par la peur des conséquences régionales, s’invitent tout seuls. Le scénario cauchemar de la communauté internationale est que le conflit  ne se calme pas et qu’une autre onde de choc d’instabilité et d’échec s’étende sur le monde arabe et au-delà. Mais comme l’a montré la crise égyptienne, des médiateurs extérieurs ne peuvent pas mettre en place la réconciliation nationale si les protagonistes locaux n’y sont pas intéressés.

 

Après la répression, en août, des membres de l’organisation des Frères musulmans, y a-t-il  encore de la place pour la réconciliation en Égypte ? À long terme, peut-être. Mais avec les événements sanglants du 14 août, la réconciliation est devenue un objectif compliqué et lointain. « L’Égypte qui a assisté à des scènes de joie et de jubilation aux images de corps morts, hier, n’est pas une Égypte à laquelle nous pouvons aspirer, ou de laquelle nous nous devrions être satisfaits », écrivait, le 15 août, Ibrahim Negm, conseiller supérieur du Grand Mufti d’Égypte.

 

Mais la tournure des événements en Égypte peut avoir aidé à convaincre les dirigeants politiques dans d’autres pays du Printemps arabe des risques inhérents à des confrontations « zéro positif commun ». Des dirigeants de deux partis de la troïka dirigeante en Tunisie, Ennahda et Ettakatol, parlent maintenant en faveur d’une « réconciliation nationale totale », comme l’a fait  le président du principal parti d’opposition, Nidaa Tounes. Tirant les leçons des événements en Égypte, Mohamed al Qassem, un éditorialiste du journal islamiste tunisien al-Dhamir, écrivait à la fin août : « La réconciliation nationale est la seule façon de juguler les tentations d’éradication, de despotisme, de coups d’État, et de conspiration pour le pouvoir ». Le journaliste libéral, Nizar Bahloul a argumenté en écrivant que la communauté internationale attend, des Tunisiens, la réconciliation. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si, après les événements du Caire, un projet de loi sur l’exclusion des anciens cadres supérieurs tunisiens de l’administration semble avoir été définitivement enterré. Plusieurs responsables supérieurs ont également été relâchés.

 

Même si la réconciliation nationale n’est pas une panacée pour les pays arabes en transition, les perspectives de transition pacifiques sont nulles sans réconciliation nationale. « Si le miracle d’un règlement négocié n’était pas survenu, nous aurions été submergés par un bain de sang que tout le monde prédisait inévitable », disait l’archevêque Desmond Tutu à propos de l’Afrique-du-Sud. À travers le processus de vérité et réconciliation,  son pays a réussi à se libérer de son terrible passé et à regarder vers un futur prospère.

 

Je suis moi-même un des soi-disant « vestiges » des vieux régimes de la région. Mon appel à un processus de réconciliation nationale pourrait donc apparaître comme intéressé. Mais en réalité, tous les camps politiques ont quelque chose à gagner d’un tel processus. Sans lui, les protagonistes post-Printemps arabe ne pourront même pas coexister à l’intérieur des frontières actuelles de leurs pays. Le processus de réconciliation pourrait faire la vérité, toute la vérité, sur le passé, mais plus important encore, il ouvrirait la voix à un processus de reconstruction innovateur. Insister sur l’humiliation ou l’éradication des adversaires politiques ne fait que semer la graine de nouveaux cycles de répression et de violence. La réconciliation nationale pourrait être la seconde véritable révolution des Printemps arabes.

*Oussama Romdhani, ancien membre du gouvernement tunisien et actuel chroniqueur dans la presse internationale.

 

Lien à l’article dans sa version originale :

http://www.worldaffairsjournal.org/article/next-revolution-call-reconciliation-arab-world


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *