Hollande au Maroc pour tenter de relancer l’amitié franco-marocaine

François Hollande effectue ce week-end à Tanger une délicate visite de « travail et d’amitié » sur fond de polémique autour du patron du contre-espionnage marocain, visé par des plaintes en France pour torture, à l’origine notamment d’une grave crise diplomatique entre les deux pays.

Mais, malgré ce contexte, le chef de l’Etat français entend renforcer les liens économiques entre les deux pays, alors que la France s’est fait ravir par l’Espagne la place de premier partenaire commercial du Maroc. Mais Paris reste le premier partenaire économique de Rabat grâce à l’importance de ses investissements, « une douzaine de milliards d’euros en stock », souligne Paris.

M. Hollande, qui rencontrera également le Premier ministre Abdel-Ilah Benkiran, sera accompagné de cinq ministres et d’une délégation étoffée de chefs d’entreprises parmi lesquelles Thales, SNCF, Alstom, Egis, Cistra, intéressées dans le chantier LGV mais aussi Bouygues, CMA-CGM, Renault impliqués dans les nouveaux aménagements du port de Tanger.

EDF-énergies nouvelles, Suez, Veolia, Lafarge, ENGIE seront aussi présentes pour les enjeux climatiques.

Des associations de défense des droits de l’homme se sont inquiétées jeudi de ce que le déplacement du chef de l’Etat ne soit l’occasion de décorer de la Légion d’honneur M. Hammouchi en guise d’excuses.

L’entourage du Président a formellement démenti la remise de cette décoration lors de cette visite présidentielle, jugeant cette information « sans fondement », mais pas son principe.

En février, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait lui-même annoncé que Paris décorerait prochainement des insignes d’officier de la Légion d’honneur M. Hammouchi, pour son rôle dans la lutte contre le terrorisme.

A Paris, on considère que « la page est tournée » sur cette affaire qui a empoisonné les relations franco-marocaines durant près d’un an.

« Depuis plusieurs mois, on n’est plus dans la réconciliation, on est plutôt dans la reprise d’une relation très dense », assure ainsi un diplomate français.

Rabat avait suspendu tous les accords de coopération judiciaire avec Paris de février 2014 à janvier 2015, après la convocation de M. Hammouchi par un juge d’instruction à Paris enquêtant sur plusieurs plaintes d’associations.

Une série d’impairs diplomatiques avaient également envenimé la crise, avant que François Hollande ne mette fin à la brouille en recevant Mohammed VI à l’Elysée le 9 février, après la signature d’un nouvel accord judiciaire avec le Maroc.

A la veille de la visite de M. Hollande, l’association Reporters sans frontières (RSF) a pour sa part dénoncé « la situation actuelle de la liberté d’information » au Maroc, « où la critique de sujets tabous tels que la monarchie ou l’intégrité territoriale peut amener à de lourdes condamnations ». Comme si ceci n’existait pas en France…

M. Hollande, qui aura plusieurs entretiens avec le souverain marocain, visitera avec lui un site de maintenance des rames de la future Ligne à grande vitesse Tanger-Casablanca dont l’entrée en service est prévue en 2017-2018. La première rame du TGV marocain a été livrée par Alstom en juin.

Il doit aussi se rendre sur le port de Tanger, deuxième port du Maroc et important hub entre l’Europe et l’Afrique.

Le climat sera aussi au menu des discussions et M. Hollande signera avec le roi Mohammed VI « un appel de Tanger » en vue de la Conférence (COP 21) de Paris en décembre. Le Maroc, qui organisera la COP 22, est le premier pays du Maghreb à avoir remis sa contribution, avec pour objectif de passer à 42% d’énergies renouvelables d’ici 2020.

Les deux dirigeants poseront également la première pierre d’un Institut de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.


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