COFACE/Risque Pays : Libye

—   Coralie Bescond.

Transition politique chaotique et insécurité accrue

Après la chute, fin août 2011, du régime du colonel Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, le Conseil National de Transition a élaboré une constitution provisoire. Un gouvernement intégrant toutes les composantes de la société libyenne a été formé en novembre 2012, dont le diplomate Ali Zeidan était le Premier ministre. Contesté, cet indépendant appuyé par les partis libéraux a été démis de ses fonctions par le Congrès en mars 2014 et des élections ont été organisées le 25 juin 2014.
Elles ont permis aux partis modérés de remporter la majorité parlementaire. Mais suite à la proclamation des résultats, les milices islamistes présentes dans la zone de Benghazi et de Misrata ont pris position contre la majorité parlementaire et sont entrées en conflit avec l’armée libyenne. Le gouvernement d’Abdallah Al Theni formé à l’issue du scrutin et résidant à Tobrouk, a été appuyé par les forces du General Haftar. Ce dernier a pris l’initiative en mai 2014, de mener une coalition militaire dissidente afin de contrer l’emprise des milices islamistes sur la ville de Benghazi. Une deuxième formation politique non reconnue par la communauté internationale a pris le contrôle de Tripoli en août 2014. Mené par Omar El Hassi un indépendant, elle est soutenue par le Conseil Général National libyen et par la coalition des milices de Misrata, Fajr Lybia de mouvance islamiste. Les deux gouvernements se disputent le contrôle du territoire sous couvert de conflits entre leurs différents soutiens armés.
Le 6 novembre 2014, la cours suprême libyenne a invalidé les élections du 25 juin et défait le parlement issu du scrutin pour cause de non-respect de la constitution. Elle envisage la tenue de nouvelles élections dont la date n’est pas encore déterminée.

Variations erratiques de la croissance liées à la situation sécuritaire
Le secteur des hydrocarbures, qui représente environ 70% du PIB, joue un rôle prépondérant au plan économique. Or, 2013 et 2014 ont été en partie marquées par des conflits armés qui ont induit de fortes variations de la production pétrolière. Ces évolutions erratiques de la production d’hydrocarbure expliquent les fortes variations des taux de croissance depuis 2011. Néanmoins, malgré la gravité de la situation sécuritaire, la Libya’s National Oil Corporation (NOC) est parvenue à maintenir sa production à 700 000 barils par jour courant septembre 2014 et le pays continue d’exporter. Le gouvernement de Tripoli et le celui de Toubrouk s’accordent sur le maintien de la production et se partagent le contrôle du monopole public pétrolier.
Cependant, le risque qui pèse sur le secteur pétrolier reste important, les attaques de milices dissidentes contre les principales plateformes de production d’hydrocarbure étant récurrentes et une possible chute de la production est possible.
Les changements quotidiens de la situation politique et sécuritaire en Libye ne permettent donc pas de percevoir les probables retombées économiques de la crise politique. Notons également que la forte croissance anticipée pour 2015 traduit davantage un effet de rattrapage suite à la perte importante d’activité des deux dernières années qu’une reprise économique.
Hors hydrocarbures, la croissance qui devait être portée par la reconstruction des infrastructures, subira également le contrecoup de la guerre civile. Suite à dissolution du parlement, l’ensemble des mesures économiques sont reportées.

Les comptes publics et extérieurs de nouveau en déficit en 2014
Les hydrocarbures représentent 95% des recettes budgétaires et 98% des exportations, rendant les comptes publics et extérieurs vulnérables aux aléas de ce secteur.
Les recettes de la production pétrolière étant fortement dépendantes des aléas de la situation sécuritaire, les comptes publics en subissent le contrecoup. La baisse récente des prix du pétrole accentue le problème, si bien que le pays affichera un déficit public important en 2015. De plus, les dépenses courantes représentent plus de 70% du total des recettes, les salaires et les subventions alimentaires et énergétiques en étant les principaux postes.
Le déficit des comptes extérieurs s’est creusé en 2014 à cause d’un ralentissement des exportations. Il est en outre accentué par les importations de produits alimentaires et de biens d’équipement ainsi que par le rapatriement de fonds opéré par les firmes étrangères.
Toutefois, les réserves en devise sont préservées, le total des avoirs libyens (réserves officielles et actifs à l’étranger du fonds souverain Libyan Investment Authority) représentant l’équivalent de 3 ans d’importations en 2014.

Environnement des affaires très problématique
L’environnement des affaires reste très difficile depuis la chute de l’ancien régime et la situation politique et sécuritaire actuelle accentue cet état de fait. Avant la résolution de tous ces problèmes, des retards de paiement et des difficultés de recouvrement des créances sont à prévoir.

Source :  coface.fr


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