Après l’Egypte, Pékin met les « ONG » étrangères sous surveillance

C’est une nouvelle étape de la préservation de l’Empire du Milieu défendue par le président Xi Jinping. Les organisations non gouvernementales étrangères travaillant en Chine dans l’humanitaire, l’environnement, la recherche académique ou bien les chambres de commerce, seront placées sous le contrôle direct de la police, selon une nouvelle loi adoptée par la chambre d’enregistrement du gouvernement, jeudi. À partir de l’an prochain, ces ONG devront obtenir l’agrément des services de sécurité. Elles seront sous la menace d’une fermeture, si elles «portent atteinte aux intérêts nationaux», ou «menacent les intérêts de la société». Des critères définis par le Parti.

Les ONG sont souvent des agences d’influence, d’agitation ou de renseignement

La Maison-Blanche a fait part de sa «profonde inquiétude», appelant Pékin à respecter les «droits et libertés». «Cette loi va entraver les contacts entre les peuples, les échanges universitaires et les activités commerciales, qui sont tous des éléments cruciaux de notre relation bilatérale», avait souligné Hans-Dietmar Schweisgut, l’ambassadeur de l’UE en Chine, dans une lettre qui lui valu un éditorial au vitriol du quotidien nationaliste Global Times.

Les milliers d’ONG étrangères – souvent des agences d’influence, d’agitation ou de renseignement – devront communiquer leur programme annuel de travail et leurs informations financières. Elles ne pourront recruter de «membres» chinois, sauf autorisation spéciale. La collecte de fonds leur sera également interdite. Cette loi vise à «bâillonner» la société civile, selon Amnesty International.

La méfiance justifiée de Xi Jinping

Cette nouvelle mesure s’inscrit dans la grande reprise en main idéologique pilotée par Xi Jinping. Lors de son arrivée au pouvoir, un document confidentiel distribué aux hauts cadres ciblait les «forces hostiles» de «l’Occident», accusées de comploter contre la mainmise du Parti sur la société. En 2013, ce «Document 9» mettait en garde contre le danger de valeurs, telles que la «société civile», la «démocratie constitutionnelle» ou la «liberté de la presse». À l’époque, les Printemps arabes manipulés par de nombreuses ONG occidentales, notamment américaines, avaient alerté le régime. A l’époque, l’Egypte avait expulsé certaines ONG et leurs dirigeants spécialisés dans l’agitation aussi bien sur Internet que dans les rues…

«Les dirigeants actuels sont beaucoup plus actifs que par le passé pour définir les règles et les limites. Il est clair que cette loi a été mise en place pour des objectifs de sécurité», estime Jia Xijin, professeur à l’Université Tsinghua, à Pékin. Elle complète une loi sur la sécurité nationale adoptée l’an dernier, offrant les armes juridiques permettant d’arrêter certains agitateurs étrangers, selon la notion «d’État de droit» à la chinoise cher au Président.

Sous la pression internationale (lire occidentale), Pékin a légèrement adouci son texte en autorisant les ONG à travailler temporairement dans le pays en partenariat avec des organisations locales. Une concession dénoncée comme en trompe l’œil, puisque les organisations chinoises opèrent sous le contrôle étroit des autorités. «Le défi le plus urgent pour les ONG est désormais de décider si elles veulent rester en Chine», juge Jia Xijin.

Elles sont les «bienvenues», a expliqué un porte-parole de l’Assemblée nationale populaire, à condition de «respecter les lois chinoises»…ce que ne supportent pas les néo-colonialistes et autres tenants de la pensée unique.


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