Affaire Merah : son frère manipulé balance alors que sa sœur se dit fière

Abdelghani, l’aîné du clan qui est marié à une jeune femme de confession juive, dénonce le rôle de son frère Abdelkader dans la radicalisation de Mohamed. La sœur, Souad, glorifie le combat de son frère.

 

Le rôle joué par Abdelkader Merah auprès de son frère Mohamed s’éclaire d’un jour particulier avec la publication mercredi prochain de Mon frère, ce terroriste (éditions Calmann-Lévy), un livre écrit par Abdelghani Merah, le frère aîné du clan et co-écrit avec le journaliste très controversé Mohamed Sifaoui. Alors qu’Abdelkader, 29 ans, incarcéré pour «complicité d’assassinats et association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme», se défend de toute implication dans les tueries de Toulouse et Montauban, Abdelghani Merah, 36 ans, dénonce avec force son rôle dans la radicalisation de Mohamed, qui l’a conduit à ses actes meurtriers.

Lors de sa garde à vue, si Abdelkader reconnaît avoir été présent lors du vol du scooter utilisé pour les tueries, il nie avoir été au courant des projets de son cadet. Or selon l’ouvrage du frère aîné, ­Abdelkader, surnommé «Ben Laden» par son entourage, ne peut pas ignorer les intentions djihadistes de Mohamed, qui se présente partout comme un «soldat d’al-Qaida», puisque c’est lui qui l’aurait endoctriné. Quand Mohamed est emprisonné en 2007 pour vol avec violence, c’est lui qui lui fournit des livres et des CD faisant l’apologie du salafisme à travers des hymnes djihadistes et des textes extrémistes. Il le met à la prière, lui présente des «barbus». C’est à ce moment-là, selon Abdelghani, que l’endoctrinement «insidieux» opère un tournant décisif dans sa vie. En 2010, Abdelkader l’accueille même au Caire, où il se rend régulièrement entre 2006 et 2011, et lui présente ses amis fanatiques. La sœur du clan, Souad, 24 ans, épaule Abdelkader dans la tâche, accuse encore Abdelghani, qui a rompu tout lien depuis longtemps avec sa famille.

Pour cet homme de 36 ans, qui se définit comme «le frère du tueur mais solidaire de ses victimes», le terreau de violence dans lequel grandit la fratrie Merah préfigure sa déroute vers la haine. Avec ce livre, «une fois pour toutes», il veut «raconter sa famille», «le rôle fort qu’elle a eu dans la dérive islamiste de mon frère Mohamed», confie-t-il à Libération. Le jour de l’enterrement de son frère, il lui fait un serment: «Je raconterai pourquoi tu es devenu ce tueur d’enfants, écrit-il dans l’ouvrage à paraître. J’expliquerai comment mes parents t’ont élevé dans une atmosphère de racisme et de haine avant que les salafistes ne te fassent baigner dans l’extrémisme religieux.»

Place vacante du père

Un père cogneur et trafiquant de drogue qui finit par les abandonner, une mère dépassée, des luttes fratricides pour occuper la place vacante du patriarche… la violence est telle que, en 2003, Abdelkader poignarde Abdelghani à sept reprises.

«Ils se haïssent dans cette famille, confirme Me Éric Dupond-Moretti, avocat d’Abdelkader. Alors, qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’un homme qui a pris sept coups de couteau de son frère dénonce son radicalisme? Mais la démonstration de celui-ci vaut-elle démonstration de sa culpabilité? À supposer qu’il ait contaminé son frère, cela ne fait pas une complicité d’assassinat.» Livre accusateur ou non, le célèbre pénaliste l’affirme comme au premier jour de l’arrestation d’Abdelkader: «Il n’y a pas d’indice pour dire que ce garçon, en toute connaissance de cause, a aidé son frère», martèle l’avocat.

 

La sœur de Merah est «fière» de lui

Dimanche soir, M6 a diffusé une émission centrée sur Abdelghani Merah qui s’est rapproché de dirigeants communautaires juifs. On y voit notamment Souad Merah, sœur du tueur au scooter, se dire «fière» de son frère Mohamed «qui a combattu jusqu’au bout» et «sauté le pas», dans des images filmées à son insu. Dans ce reportage, la jeune femme, qui dit pourtant soupçonner qu’on l’enregistre, répète à plusieurs reprises être «fière» des actes meurtriers de son frère. «Je suis fière de mon frère, il a combattu jusqu’au bout (…) je pense du bien de Ben Laden, je l’ai dit aux flics, je peux te le dire à toi.» Elle ne cache pas ses sentiments antisémites: «Les juifs, tous ceux qui sont en train de massacrer les musulmans, je les déteste.» «Les salafistes, ils agissent», dit-elle encore. «Moi et (Abdel)Kader, on soutient les salafistes, Mohamed a sauté le pas. Je suis fière, fière, fière», crie-t-elle.


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